Bach et Pink Floyd
Petite étude comparative de la musique classique et de la musique rock
par l’abbé Bertrand Labouche
Sur cent disques vendus, quatre-vingt-dix appartiennent à la musique rock. Il est impossible d’ignorer ce phénomène international qui représente des millions d’auditeurs et d’heures d’écoute.
Penchons-nous un peu sur cette musique inséparable de l’univers quotidien de la jeunesse actuelle.
Nous désignons par « musique rock » celle qu’écoutent les jeunes en général depuis environ 1950 jusqu’à nos jours. Nous y incluons le « vieux rock’n’roll des années cinquante », le boogie-woogie, le blues, le rythm and blues, la musique des Beatles, la pop music, le hard rock, le punk rock, le heavy metal, l’acid rock, la techno, le rock psychédélique, le funk, le rap, etc. Tous ces genres, à des degrés divers, appartiennent à une même famille ; ils en partagent les caractéristiques essentielles, se fondent sur les mêmes principes de composition et d’interprétation. Ce sont ces principes musicaux spécifiques qui retiendront notre attention.
Notre propos est de considérer le « rock » comme une musique qui, en tant que telle, est composée des éléments communs à toute musique : de mélodie, d’harmonie et de rythme.
Si ces éléments sont communs, cela n’implique pas qu’ils soient identiquement hiérarchisés et agencés. Ainsi Bach et U2, Chopin et AC-DC, Dvorak et Black Sabbath, Haendel et les Rolling Stones utilisent des mélodies, de l’harmonie et du rythme, mais pas de la même façon. Comment ces musiciens les utilisent-ils ? En pratique, qu’est-ce qui différencie, musicalement parlant, le solo du guitariste de Pink Floyd d’une fugue de Bach ? C’est précisément la question à laquelle nous désirons apporter une réponse.
Mais peut-être objecterez-vous, cher lecteur, que la différence est évidente ! Pourquoi toutes ces pages pour démontrer ce qui est clair comme de l’eau de roche : « Bach, c’est de la vraie musique, le rock ce n’est que du bruit ! »
… Si ce n’était « que du bruit », il n’aurait sans doute pas un tel succès : enregistrez un embouteillage aux heures de pointe à Paris, puis diffusez-le, cela ne suffira pas à faire de vous une idole. Par ailleurs, démontrer que le rock n’est pas de la musique n’est pas si simple ! Les Beatles, les groupes Pink Floyd, Yes, Elp, le guitariste Carlos Santana, par exemple, ont composé plusieurs pièces qui, indéniablement, ne sont pas sans valeur musicale. Un ouvrage qui fait autorité en matière de musique n’affirme-t-il pas : « Les Beatles ont combiné le swing à un certain raffinement mélodique et harmonique, des instrumentations hautes en couleur, des syncopes bondissantes, comme dans le célèbre Let it be [1] ? »
Du reste, se limiter à accuser le rock d’être une musique de drogués démoniaques et dépravés, ne constituera pas une argumentation satisfaisante pour les jeunes qui en sont passionnés ; au contraire, cela les renforcera dans leur attachement, par goût du défi et de l’originalité. Vous aurez obtenu l’inverse de ce que vous cherchiez !
Mais se placer sur un plan purement musical peut les amener à écouter avec intérêt un interlocuteur qui critique en relatif connaisseur la « rock music » ; il est alors permis d’espérer de leur faire découvrir ensuite la « vraie musique ».
C’est également le but de ce travail.
Ainsi, après avoir défini les éléments de la musique prise en général (première partie), nous verrons leur application dans la musique classique (deuxième partie), puis dans le rock (troisième partie). Cette comparaison objective nous permettra d’identifier clairement ce qu’est la musique rock, d’évaluer cet art musical si prisé de nos jours, et d’en présager les effets sur l’auditeur.
Les éléments de la musique
Le mot grec mousikh` désignait l’ensemble des arts inspirés par les muses : la poésie, la musique, la danse. Puis, plus particulièrement, il s’appliqua à l’art des sons. Si les possibilités d’ordonner des sons sont innombrables, il est possible, en revanche, de définir les principes qui régissent ces possibilités. Ils s’appliquent universellement, au-delà des époques, des types d’instruments et des genres musicaux. Qu’elle soit médiévale, baroque, classique, romantique, folklorique, polyphonique, symphonique, concertiste, de chambre, sacrée, ou d’opéra, nous pouvons retrouver trois constantes communes à toutes ces formes de musique. Ces éléments sont :
La mélodie, l’harmonie, le rythme.
La mélodie
C’est l’air que vous fredonnez, le thème d’une symphonie, le dessin ascendant ou descendant des notes sur la partition. La mélodie identifie une pièce musicale et la différencie d’une autre. Elle peut être définie comme « la succession ordonnée de sons dont l’écriture linéaire constitue une forme [2] », l’agencement particulier de notes musicales. Mais plus qu’une série de sons, organisée et agréable à l’oreille, elle produit aussi un effet sur l’âme humaine : la mélodie chante des sentiments, des passions, elle traduit une pensée, exprime une réalité ou un idéal ; en quelques notes, elle évoque un être aimé, une saison, la course d’un ruisseau.
Comme un récit, elle se développe « horizontalement », chacune de ses notes en engendrant une autre. Elle peut rire ou pleurer, aimer ou haïr, croire ou désespérer, rêver ou danser.
Elle est l’âme de la musique. Du musicien elle révèle le génie ou trahit la petitesse.
La patience ou l’étude suffisent pour assembler des sons agréables, mais l’invention d’une belle mélodie est le fait du génie. La vérité est qu’une belle mélodie n’a besoin ni d’ornements ni d’accompagnements pour plaire. Afin de savoir si elle est réellement belle, il faut la chanter sans accompagnement,
affirmait Josef Haydn, dont les symphonies regorgent de motifs aux lignes d’une confondante richesse mélodique.
La mélodie s’adresse à l’être humain dans ce qu’il a de supérieur : l’intelligence, la noblesse d’âme, le désir d’infini, de bonheur, comme le montre bien Tolstoï :
Après le dîner, Natacha, sur sa demande, se mit au clavecin et chanta. Tout en causant avec les dames dans l’embrasure d’une fenêtre, Bolkonski l’écoutait. Il se tut brusquement au milieu d’une phrase en sentant des sanglots lui monter à la gorge, ce dont il ne se croyait pas capable. Les yeux fixés sur la chanteuse, il éprouvait un émoi inconnu, un bonheur mêlé de tristesse. Sans avoir aucun sujet de pleurer, il était prêt à verser des larmes. Sur quoi ? Sur son premier amour ? Sur la petite princesse ? Sur ses espoirs ? Oui et non. Cette envie de pleurer provenait surtout d’une révélation qui se faisait en lui : l’effrayante contradiction entre ce qu’il sentait d’infiniment grand et d’indéterminé au fond de son être et l’individu étroit et corporel qu’il était lui-même – et qu’elle était aussi – venait de lui apparaître. Voilà ce qui causait à la fois son tourment et sa joie, durant le chant de Natacha [3].
La musique est l’art qui exerce la plus puissante impression sur l’être humain : elle soutient le soldat prêt à sacrifier sa vie, elle élève jusqu’à Dieu – le chant des psaumes, essentiellement mélodique, faisait pleurer un saint Augustin –, elle chante un peuple et sa terre, elle console l’affligé, elle équilibre les tempéraments ou les secoue violemment… Et point de musique sans mélodie. La musique peut même être constituée par une simple mélodie : c’est le cas du chant grégorien, ou d’une partita pour violon de Bach, ou de la sonnerie d’un clairon…
La mélodie n’a pas besoin, en soi, d’accompagnement. Celui-ci pourra, en une étroite dépendance, la valoriser, l’affiner, mais jamais se substituer à elle.
En guise d’exemple, qui introduira la notion d’harmonie, écoutez le premier prélude en do majeur du « Clavier Bien Tempéré » de J.S. Bach (nous y reviendrons) : il est constitué par une série d’accords arpégés admirablement agencés. Écoutez ensuite ce même prélude servant d’accompagnement à l’Ave Maria composé par Gounod, vous constaterez que l’harmonie de Bach s’efface devant la mélodie de Gounod.
Voici quelques exemples représentatifs de belles mélodies que, cher lecteur, vous pourrez écouter avec profit :
— L’Aria (suite pour orchestre nº 3) de Jean-Sébastien Bach.
— La Serenata de Schubert (D 957, nº 4).
— Le Kyrie grégorien nº IV.
— L’Introït « Resurrexi » de la messe grégorienne de Pâques.
— Le motet « Laudate Dominum », de Mozart.
— L’Adagio dit d’Albinoni [4].
L’harmonie
C’est « l’ensemble des principes sur lesquels est basé l’emploi de sons simultanés, la combinaison des parties ou des voix ; elle est la science, la théorie des accords et des simultanéités des sons [5] ». Un accord est un son composé de plusieurs notes : l’accord de do majeur, par exemple, se compose de do-mi-sol. Il accompagnera la mélodie, se conformant à elle. Il peut être dissonant, de 7e, par exemple [6] : do-mi-si bémol-do, donnant une teinte différente à la mélodie et appelant un accord consonant comme solution harmonique ; un do chanté sur un accord de do majeur ne « sonnera » pas comme un do chanté sur un accord de do 7e ou de do mineur. Le compositeur modifiera les accords en fonction de ce qu’il souhaite évoquer par la mélodie.
Le chant polyphonique (Palestrina, Vittoria, de Lassus…), le contrepoint [7], l’art de la fugue (Jean-Sébastien Bach), l’orchestration symphonique (Beethoven, Mahler…) supposent une parfaite connaissance des lois de l’harmonie. Celle-ci a moins de liberté que la mélodie dont elle est la servante ; si elle s’en émancipe, et devient exacerbée, la pureté mélodique en souffrira. Ce qui ne signifie pas que l’harmonie soit quelque chose d’élémentaire. Au contraire, elle peut être très complexe, mais en soi, elle n’est pas nécessaire à la mélodie : le chant grégorien, si estimé par les grands musiciens [8], se chante en principe a capella, c’est-à-dire sans l’accompagnement de l’orgue.
L’harmonie touche l’homme dans sa sensation, ses sentiments, ses impressions sensibles, son cœur. Elle épouse la mélodie, la rehausse, la précise, la nuance, comme les feux d’un diamant ou la neige des hautes montagnes. Un accord majeur lui donnera une teinte, un climat particulier, et un accord mineur la peindra d’une autre couleur ; chacun des deux agit différemment sur le sentiment, en lui apportant, l’un, plénitude, l’autre, une certaine mélancolie… Elle est le vêtement, l’ornement de la mélodie.
Étymologiquement, « harmonie » vient d’un mot grec qui signifie « assemblage » : l’harmonie est l’art d’assembler, de combiner des sons simultanés en fonction d’une ligne mélodique. Il peut arriver qu’un compositeur écrive une succession harmonique avec une ligne mélodique tout au plus en filigrane ; c’est le cas de la polyphonie et de pièces d’études ou d’exercices, comme le premier prélude du « clavier bien tempéré » de Jean-Sébastien Bach, composé pour ses élèves. Gounod, nous l’avons dit plus haut, l’a utilisé comme accompagnement de son « Ave Maria » : mélodie et harmonie s’enrichissent réciproquement, mais la première domine et la seconde s’estompe. Cette dernière est même d’autant plus réussie qu’elle ne s’impose pas et tient sa place avec une parfaite justesse et discrétion. Un orateur qui utilise l’art du discours non pour exprimer des idées mais pour se faire valoir devient pédant ; son discours est creux – il chante plus qu’il ne parle, il fait de sa personne le but de son discours. De même, une harmonie qui tombe dans la démesure, et veut excessivement attirer l’attention sur elle-même, transforme la musique en un sentimentalisme de mauvais aloi ou en « effet fanfare ». Une harmonie pauvre et répétitive réduira aussi la musique à une série ennuyeuse d’accords qui « tournent en rond »…
Rien de plus déplaisant, par exemple, qu’un organiste qui se sert d’une pièce grégorienne pour mettre en valeur son propre accompagnement ; c’est un contresens musical. La mélodie n’a plus la première place, elle est trahie par celui qui doit la servir. Les sentiments de l’organiste, servis par ses prétentions musicales asphyxient la pureté mélodique et lui ôtent son contenu.
Même erreur caractéristique dans les chansons à la mode dont les mélodies, contrairement à l’exemple précédent, sont d’une consternante pauvreté : par mode de compensation, l’accompagnement desdites mélodies est gavé d’effets de toutes sortes, harmoniques mais aussi vocaux, instrumentaux, rythmiques, ce qui « rend super bien » paraît-il. Commercialement, sans doute ; musicalement, sûrement pas. La plupart des « tubes » de Johnny Hallyday, par exemple, en sont une illustration. Il est d’ailleurs symptomatique que ces succès à la mode soient très éphémères, alors que les grandes œuvres musicales traversent, inchangées, les siècles. Le temps est aussi, a posteriori, un critère de beauté.
Voici quelques œuvres, d’une grande beauté harmonique :
— La Messe en si mineur, de Jean-Sébastien Bach.
— Le « Miserere » d’Allegri.
— La Fantaisie en sol majeur pour orgue, de Jean-Sébastien Bach.
— Le 2e mouvement de la symphonie inachevée de Franz Schubert.
Le rythme
Le rythme donne une structure à la mélodie. La phrase mélodique se développe selon la cadence imposée par le compositeur. La Lettre à Élise ou un nocturne de Chopin joués en rythme de valse ou de boléro deviennent pratiquement méconnaissables.
Nous envisageons ici un rythme cadencé, régulier, en deux temps (marche), trois temps (valse), quatre temps, etc.
Le cas du chant grégorien, dont le rythme n’est pas mesuré, est à considérer à part : ses lignes mélodiques se développent par succession d’arsis (élan) et de tesis (repos), en fonction du sens du texte et de l’accent du mot latin. Ce rythme particulier, qu’aucun métronome ne peut fixer, est à l’image de la prière, « l’élévation de l’âme vers Dieu [9] » puis son repos en Dieu ; la chironomie [10] du chant grégorien, tout en étant aussi précise que la battue classique de la main, n’en est pas moins « toute immatérielle, souple et flexible [11] ».
Mais que ce soit dans ce cas ou celui de la musique classique au sens large, s’applique la définition du rythme donnée par Platon : il est « l’ordonnance du mouvement [12] ».
Le rythme n’est pas en soi quelque chose de mauvais, bien évidemment ! Le cadre rythmique constitue une limite imposée à la ligne mélodique, mais il faut y voir, plutôt qu’un carcan, un contexte dans lequel la musique peut s’épanouir en d’infinies possibilités. Le choix des rythmes est d’ailleurs déjà lui-même abondant ; pour n’évoquer que celui des danses qui inspirèrent de nombreux musiciens, on peut citer, parmi les plus courants : chaconne, bourrée, allemande, sarabande, gavotte, sicilienne, gigue, menuet, polonaise, mazurka, valse, polka, etc.
La nature autour de nous est remplie de rythmes : les saisons, les battements du cœur, le pas-trot-galop des chevaux, le vol des oiseaux, les vagues de la mer, les ondulations de la moisson, le bruit du vent, le va-et-vient des marées, le cours du temps, la course des planètes dans l’espace… obéissent à des rythmes présents dans la création. Bien que ces rythmes ne soient pas tous strictement cadencés (encore que beaucoup soient d’une impressionnante régularité, comme ceux du temps ou du cœur – ce qui est préférable…), ils s’inscrivent, quels qu’ils soient, dans l’immense « ordonnance des mouvements » dont le Créateur est le premier moteur. Ils constituent un élément important de l’ordre et de la beauté de la création.
Les rythmes de la musique participent, en quelque sorte, à ceux de la création, de même que les couleurs de l’harmonie reflètent ses multiples beautés. La mélodie, plus élevée encore, naît, analogiquement, du musicien, comme la création est née de la pensée de Dieu. Elle est le trait du dessin, la ligne de la sculpture.
L’artiste a reçu du Créateur le don de produire de la beauté.
En musique, comme l’harmonie, le rythme accompagne, structure la mélodie. Mais à la différence de l’harmonie, le rythme atteint l’homme dans la partie inférieure, corporelle de son être. Le corps humain est mû par le rythme, qui le fera danser, battre des mains, marcher au pas cadencé, « vibrer » ou, au moins, bouger le pied en mesure. Trop valorisé, il étouffera la mélodie et l’harmonie ; violent, il les détruira en voulant se les assimiler.
Beethoven, dans sa sonate « L’Appassionata », ou sa Cinquième symphonie, imprime une telle puissance au rythme que celui-ci, d’une certaine manière s’approprie parfois la mélodie. Il passe alors de l’état de structure sous-jacente à celui de principe actif. Le génie de Beethoven, en cette lutte qui est l’expression de son propre combat intérieur, sait faire triompher la grandeur de sa mélodie et de ses jeux harmoniques sur ce rythme dévastateur. Ce combat intime de Beethoven n’est-il pas aussi celui qui oppose l’ordre de l’Ancien Régime aux principes de la Révolution [13] ? La vie du grand musicien, précurseur du romantisme, se situe entre ces deux mondes : l’ordre moral et social selon le plan de Dieu, et le renversement de cet ordre par la Révolution…
Une petite remarque en passant : nos jeunes gens qui réclament du rythme, et qui ne vont pas forcément le rechercher dans ce qu’il y a de mieux, feraient bien d’écouter Beethoven, ou le boléro de Ravel ou encore Tchaïkovski, Rimsky Korsakoff, Liszt et une simple pièce comme « La danse du sabre » de Khatchatourian,… ils ne seront pas déçus !
Chez d’autres auteurs comme Vivaldi, Bach (voir son Aria de la suite pour orchestre nº 3), Haendel, Pergolesi, Albinoni (l’Adagio), Mozart (motet Laudate Dominum), le rythme demeure à sa place de simple et discrète structure de la mélodie, sans atteindre les déchaînements beethovéniens. Il se fait même parfois oublier, tant la mélodie et l’harmonie dominent, comme le philosophe ou le poète qui, cheminant dans la campagne, sont si absorbés dans leurs réflexions qu’ils ne se rendent pas compte du temps qui passe ou de la distance qu’ils parcourent. L’auditeur en est comme pacifié, précisément parce que les trois éléments de la musique – mélodie, harmonie, rythme – occupent chacun leur place, en parfaite conformité avec les composants de la nature humaine – âme (intelligence, volonté), cœur (sensibilité), corps.
Alors, se vérifie l’adage : « La musique adoucit les mœurs », élève l’âme, ennoblit les sentiments et ordonne les passions.
Découvrons maintenant, comment une musique où s’ordonnent la mélodie, l’harmonie et le rythme, peut devenir un chef-d’œuvre.
La beauté en musique
… Difficile de choisir ! Nous nous limiterons à l’étude de trois pièces très connues, pas trop longues et qu’il est facile de se procurer : l’introït grégorien Resurrexi, de la Messe de Pâques ; le premier prélude du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach ; et la sonate Appassionata de Beethoven. Chacune de ces œuvres, en effet, illustre respectivement la place et l’importance de la mélodie, de l’harmonie et du rythme dans la musique. Nous ne prétendons pas donner un cours d’érudition musicale, nous espérons seulement, d’une part, expliciter ce que l’amateur de belle musique ne fait peut-être qu’entrevoir, et, d’autre part, susciter chez l’amateur exclusif de musique rock et de ses dérivés, le désir d’écouter d’autres œuvres.
La musique n’a pas commencé avec Elvis Presley !
L’introït Resurrexi, de la messe grégorienne de Pâques
Ce n’est pas sans hésitations que j’ai opté pour cette pièce. Dans un premier temps, mon choix s’était porté sur le motet Laudate Dominum, de Mozart, à la ligne mélodique si noble, sereine et pure. Puis, réfléchissant sur sa merveilleuse conformité au texte du psaume 116, il m’a semblé dommage de ne pas choisir une pièce du commentaire musical le plus achevé des textes sacrés qu’est le chant grégorien.
Une petite anecdote illustrera ce propos : le grand chef de chœur de Solesmes, Dom Joseph Gajard, alors qu’il célébrait une messe basse, s’attarda plus longtemps qu’il ne fallait lors de la lecture du Graduel ; au point que son servant de messe lui demanda par la suite s’il ne s’était pas senti mal. « Non, lui répondit Dom Gajard, mais je ne comprenais pas le sens du texte, alors je me suis chanté intérieurement sa mélodie, laquelle me l’a expliqué. »
Nous n’envisagerons pas ce chant sous un angle religieux – en tant qu’il est la prière chantée de l’Église –, mais sous un angle musical et dans sa relation étroite avec le texte. Bien qu’amené nécessairement à donner quelques considérations spirituelles, qui expliciteront ce rapport texte-musique, mon souci sera de mettre l’accent sur la mélodie et de souligner sa beauté malgré son apparente simplicité.
M’exposerai-je à ennuyer le lecteur du XXIe siècle par ces réflexions sur une musique si peu contemporaine ? Répondons avec Saint-Exupéry :
Il n’y a qu’un problème, un seul : redonner aux hommes une signification spirituelle ; faire pleuvoir sur eux quelque chose de semblable à du chant grégorien… Il n’y a qu’un seul problème : redécouvrir qu’il existe une vie de l’esprit encore plus élevée que celle de l’intelligence, la seule qui puisse satisfaire l’homme [14].
La mélodie grégorienne a ce pouvoir, comme nous le révèle, en particulier, ce chef-d’œuvre qu’est l’introït Resurrexi.
Voici le commentaire [15], agrémenté de conseils d’interprétation, qu’en donne Dom Gajard, ce moine bénédictin qui fut un grand musicien, héritier spirituel de Dom Moquereau (l’auteur du Nombre musical) :
… Une pièce incomparable, hors de pair sans doute dans tout le répertoire : L’introït Resurrexi, où le Seigneur lui-même, ayant accompli le grand œuvre pour lequel il était venu sur terre, se présente devant son Père pour lui dire son adoration et son amour. Ici tout est divin : c’est une extase de Dieu en Dieu. Cet introït est tout immatériel, spirituel. Pas de « mouvement » : il ne sort pas des limites de la quinte ré-la, sauf sur mirabilis, où il atteint le do grave en passant, comme pour donner plus de profondeur à la prière ; il ne touche même que rarement aux notes extrêmes ré et la, et se tient ordinairement dans la tierce mi-sol. C’est peu pour un chant triomphal, mais il s’agit du triomphe d’un Dieu, de quelqu’un en dehors des conditions de notre nature. Il semble l’écho, traduit en langage créé, de la conversation qui se tient dans la Trinité
Je suis ressuscité, et me voici encore avec vous, alléluia Vous avez posé sur moi votre main, Alléluia : merveilleuse s’est montrée votre Sagesse, Alléluia, alléluia. Seigneur, vous m’avez éprouvé et vous me connaissez : Vous connaissez mon repos et ma résurrection. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit…
Après la première phrase, qui est comme une prise de conscience très douce, par le Seigneur, de ce qui vient de se faire, et la joie de se retrouver avec Dieu, d’y être toujours (regardez toute la paix et la tendresse impliquée dans ce adhuc tecum sum), affirmez un peu plus la seconde, posuisti etc., avec ses longues tenues sur le fa, où l’on a si bien l’impression d’une main étendue et toute puissante, et chantez doucement l’alléluia qui la clôt, en retenant bien chacun des deux ré de ia (marqués d’un t = tenete, dans un de nos manuscrits), et en prolongeant indéfiniment le fa final, lui, alors, tout à fait extatique. Puis, après un long silence, le Seigneur, comme s’éveillant et reprenant conscience de lui-même, murmure dans un mouvement d’admiration et d’amour : « Ah oui ! vraiment vos œuvres sont admirables », mirabilis facta et sciencia tua, donné en un crescendo bien marqué. Enfin les deux alleluia, le premier avec son balancement très doux du mi au sol (leniter disent ici les manuscrits), et le dernier, qui finit sur le mi, nous laissent dans cette atmosphère de paix, de calme, de contemplation extatique où nous sommes depuis le début.
Les conseils que Dom Gajard donne ensuite sont particulièrement intéressants : ils montrent combien cette musique est inconcevable sans la vie intérieure qui l’inspire et l’anime. Il est avant tout le chant de l’âme, lequel donne une forme à ce qui n’est qu’une succession, en elle-même sans grande valeur, de quelques notes.
Il est un fait que la beauté d’une musique est liée aussi à son interprétation ; et cette interprétation sera d’autant plus réussie qu’elle se conformera à l’inspiration du musicien. L’inspiration, étymologiquement [16], est ce souffle intérieur qui guide le compositeur.
Mais cela ne réserve-t-il pas l’exécution musicale à des spécialistes ? Pas nécessairement. Le chant grégorien est le chant de l’Église auquel doit participer le peuple chrétien : « Je veux qu’il chante sur de la beauté » disait saint Pie X [17]. En moins d’un mois, au cours d’un camp de vacances, un séminariste est parvenu à faire chanter très honorablement le grand Salve Regina romain à de jeunes enfants qui ignoraient le chant grégorien. Il leur enseigna la mélodie petit à petit en la leur faisant répéter par cœur, car ils ne savaient pas lire les notes ; mais surtout, il leur expliqua le texte en leur montrant comment le chant devait l’évoquer. Les enfants associèrent ainsi le texte à la musique, ce qui facilita considérablement la mémorisation et du texte et du chant, ainsi que la qualité de l’exécution. L’intelligence du texte est inséparable de la beauté du chant, comme la beauté d’une prière de musique instrumentale est inséparable de l’intelligence de son interprétation.
Car, précisément, la musique n’est pas qu’une série de notes et de sons. Elle va au-delà, elle traduit une idée, un tableau, un combat, un idéal, des sentiments et des passions.
Toute musique, en vérité, révèle le musicien. Selon l’adage scolastique : Agitur sequitur esse (on agit selon ce qu’on est). Cela s’applique aussi à la musique. Bach, Beethoven ou le rocker chantent ce qu’ils sont, leur grandeur ou leur bassesse, leur paix, leur confiance ou leurs déchirements intérieurs, leur intelligence ou leur animalité. Ils chantent aussi ce qu’ils aiment : Dieu, la Vierge Marie, leur patrie… ou l’amour perverti, leur ego, les forces du mal, etc.
Sainte Cécile est la patronne de la musique sacrée, et même des musiciens en général. Serait-ce qu’elle chantait merveilleusement ou jouait avec virtuosité d’un instrument ? Non – du moins, ce n’est pas ce que l’histoire a retenu. Mais lors du festin païen de ses noces, elle chantait dans son cœur la gloire de Dieu et son désir de lui consacrer sa vie : c’est ce chant intérieur, celui de son âme qui lui valut le titre de patronne des musiciens…
Voici ce qu’un grand maître de chœur grégorien enseigne pour que le chant de la voix s’unisse au chant d’une âme, celle de l’Église :
Chantez cet Introït largement, sans lourdeur toutefois, sans grandes nuances, dans une tonalité plutôt basse. On voit quel contresens ce serait de le chanter à grands cris et de la « monter » beaucoup pour lui donner de l’« éclat », sous prétexte que c’est Pâques. Ce serait lui enlever son caractère propre et le rendre tout à fait inexpressif. Chantez-le enfin en ne pensant qu’à celui qui parle et aux choses qu’il dit, et vous verrez. Pour le comprendre, il faut savoir quelque peu ce qu’est le christianisme et la vie surnaturelle, le vrai caractère de la religion chrétienne, qui est d’être, avant tout, non une grande démonstration extérieure, non une question de sentiment, mais une religion intérieure, une chose d’âme, une adhésion de tout soi à tout Dieu.
Dom Gajard souligne ici l’importance de la connaissance du catholicisme comme source d’une bonne interprétation. Transposons au monde de la musique classique. Il est clair que le manque d’une sérieuse formation en humanités est une des grandes lacunes de notre époque de techniciens et d’ordinateurs. Le clavier sur lequel nos jeunes contemporains tapent fébrilement est rarement celui d’un orgue ou d’un piano ! Or si la musique est une forme d’expression, encore faut-il qu’il y ait quelque chose à exprimer de la part du musicien, et quelque chose que puisse comprendre celui qui l’écoute. Si ce dernier évolue dans un monde où la formation en humanités (littérature, art, philosophie, histoire…) est absente, remplacée par les mathématiques, les sciences et l’informatique à outrance, il est clair qu’il s’adonnera à une musique faite de technologie et de brutalité et que la musique classique lui sera comme étrangère car s’inscrivant dans le monde réel et humain, et non dans son monde virtuel et inhumain.
La conclusion du commentaire de Dom Gajard le démontre, a contrario, d’une manière saisissante :
Savoir que celui qui est en cause est d’une grandeur absolue, qu’il nous dépasse infiniment. Savoir enfin que nous n’avons de raison d’être qu’en lui, par lui et pour lui. Alors le Resurréxi vous apparaîtra comme une pièce unique, comme le véritable chant de Pâques.
La compréhension de cette pièce de musique grégorienne est proportionnée à la connaissance de Dieu.
La compréhension et l’amour de la musique, et plus encore sa création, nécessitent un minimum de vie de l’esprit, la seule qui puisse satisfaire et élever l’homme.
Vérifions-le en nous penchant un peu sur deux pièces musicales célèbres, l’une de Jean-Sébastien Bach, l’autre de Ludwig van Beethoven.
Le premier prélude, en do majeur, du « Clavier bien tempéré » de J.S. Bach
Dans son Clavier bien tempéré, composé pour des élèves, Bach, en bon professeur, a classé les 24 préludes et fugues par tonalités [18] : les 24 tonalités majeures et mineures sont représentées, en une succession chromatique (par 1/2 tons) ascendante :
1er prélude | 3 | 5 | 7 | 9 | 11 | 13 | 15 | 17 | 19 | 21 | 23 |
Do Majeur | Do # M | Ré M | Mi b M | Mi M | Fa M | Fa # M | Sol M | La b M | La M | Si b M | Si M |
2 | 4 | 6 | 8 | 10 | 12 | 14 | 16 | 18 | 20 | 22 | 24 |
Do mineur | Do # m | Ré m | Mi b m | Mi m | Fa m | Fa # m | Sol m | La b m | La m | Si b m | Si m |
Bach utilise plusieurs types de préludes [19] : « arpèges », « figures régulières », « toccata », « aria », « invention », « sonate en trio ». Celui qui retient notre attention, le 1er prélude, en do majeur, est de type « arpèges » : il est constitué par une succession d’arpèges (accords dont les notes sont égrenées, par exemple : ré-fa#-la pour l’accord de ré majeur). La pulsation rythmique régulière, en 4/4, contribue à créer une impression de balancement et de tranquillité. Le rythme, à noter, est subordonné à l’harmonie.
Le souci du compositeur est de faire travailler l’harmonie à ses élèves et de leur montrer quel accord peut être suivi d’un autre, en partant d’un do initial pour conclure sur un do final.
Bach utilise 36 accords, chacun étant joué deux fois, à l’exception des deux avant-derniers qui préparent l’accord final.
En voici le début, le premier accord étant un do majeur. Cet accord introduit et conclut le prélude…
Et en voici la fin :
Certes, cette pièce est avant tout un exercice, mais composé par un très grand musicien, celui que Beethoven désignait comme « le père de l’harmonie ». Aussi, au-delà d’un outil pédagogique sans difficulté technique particulière, Bach a écrit un beau petit prélude, à la fois simple et d’une grande richesse harmonique, qui constituera plus tard un merveilleux accompagnement à la mélodie de l’Ave Maria de Charles Gounod. Le prélude s’effacera devant le chant de l’Ave Maria, tout en le valorisant. Mon propos est ici de montrer que la richesse de l’harmonie sert et embellit la mélodie, et participe ainsi de la beauté musicale. A contrario, il est clair qu’une harmonie limitée à trois ou quatre accords ne contribuera qu’à appauvrir la mélodie et donc la musique…
Quels sont les nombreux accords que Bach utilise dans ce prélude ?
Do majeur, ré mineur septième, sol majeur septième, do majeur, la mineur, ré majeur septième, sol majeur, do majeur septième, do majeur, ré majeur septième, sol majeur, sol septième diminuée, ré mineur, si diminué, do majeur, fa majeur septième, fa majeur, sol septième, do majeur, do septième, fa septième, fa # septième diminuée, do majeur septième, sol majeur septième, do majeur, sol septième, sol septième, fa # diminué, do majeur, sol septième, sol septième, do septième, fa majeur, sol septième, do majeur [20].
Sans entrer dans des considérations trop techniques, rappelons qu’un accord peut être « dissonant » comme celui, par exemple, de septième (ajout d’un 7e intervalle après la tonique) : ainsi, le mi septième comporte un ré qui, uni au mi, forme une dissonance. Ces accords dissonants appellent une « résolution », comme le sol septième dont la « tension » est résolue par un do majeur.
Ainsi, dans les troisième et quatrième mesures
Quittons ces précisions pour retenir l’essentiel :
— Bach emploie une série extrêmement variée d’accords, constituée de tensions et de résolutions harmoniques tout aussi variées. Ainsi l’oreille n’a jamais une impression de « déjà entendu ».
— Cette riche diversité s’inscrit dans une tonalité, celle de do majeur. L’accord de do majeur est le plus fréquemment employé. Ainsi l’oreille éprouve également une impression d’unité.
— Un rythme régulier, sans à-coups, respecte cette unité dans la diversité.
— Il manquerait, cependant, « quelque chose », un certain achèvement. Ce bel exercice d’harmonie reste un exercice. Une ligne mélodique serait la bienvenue ! L’Ave Maria de Gounod la lui donnera.
Les accords du prélude de Bach – y compris les dissonants, puisqu’ils n’ont pas une fin en eux-mêmes mais appellent et trouvent chacun leur résolution – fournissent une belle coloration et de riches nuances à la mélodie de Gounod qui chante et commente la salutation angélique. Par exemple, dès le début, le gratia plena, si bien rendu par l’accord de la mineur (le seul de toute la pièce) pour chanter le doux mystère de la plénitude de grâce en Marie ; dans la deuxième partie de l’Ave, qui est une prière de l’homme pécheur, les accords dissonants, relativement nombreux, traduisent la misère du péché, la gravité du moment de la mort, tandis que les accords majeurs expriment la confiance en Notre-Dame, la puissance de son intercession, etc.
Texte, mélodie, harmonie, rythme : tel est l’ordre qui engendre la beauté musicale.
Écoutez cet Ave Maria, cher lecteur, vous le constaterez aisément par vous-même !
La sonate pour piano nº 23, « Appassionata », opus 57, de Ludwig van Beethoven
Beethoven a composé cette sonate en 1805, entre la symphonie héroïque (1803) et la célèbre 5e symphonie (1808), à l’époque de son apogée. Son œuvre se revêt alors d’une extraordinaire force d’expression.
Dans cette pièce pour piano forte, « Beethoven pousse jusqu’aux limites tant les dimensions de l’œuvre que les possibilités sonores du piano de l’époque. Il abandonne les catégories esthétiques en usage et échange la beauté traditionnelle [21] contre un nouveau type d’expression [22] ». Certes, la structure est celle d’une sonate classique (exposition – développement – récapitulation – coda [23]), mais « des masses sonores d’intensité maximale viennent brusquement faire irruption : dans la nuance ƒƒ [24], sur un rythme syncopé, des accords massifs de fa mineur, en un mouvement ascendant, déchirent brutalement la ligne thématique et l’atmosphère (mesure 18), mais cet épisode prépara en même temps l’arrivée du second thème ascendant en la bémol majeur (mesure 35), à la mélodie noble indiquée pp dolce :
Beethoven aurait répondu à Schindler qui lui demandait la signification des sonates op. 31 nº 2 et opus 57 : « Lisez la Tempête de Shakespeare ! » La sonate op. 31 nº 2 est en effet désignée sous le nom de « la Tempête », mais l’opus 57 sous le nom de « Appassionata [25] ». Celle-ci évoque néanmoins une véritable tempête par ses martèlements et déchaînements rythmiques accompagnés de violents contrastes harmoniques.
Cette pièce traduit la lutte des passions en proie au destin, ainsi que l’énergie intérieure de ce « Napoléon de la musique » : « Je n’ai encore jamais vu aucun artiste plus puissamment concentré, plus énergique, plus intériorisé », disait de lui Goethe. « Il y a six hommes en lui », affirmait Haydn. On a voulu y voir le couronnement de la vie spirituelle de Beethoven, la lutte contre le destin (thème qui se retrouve dans sa 5e symphonie : sol-sol-sol-mi : le destin qui frappe à la porte…) puis l’acceptation et le sentiment religieux qui s’en dégage, notamment dans le 2e mouvement, l’andante con moto, avant le déferlement du finale :
Quoiqu’il en soit, le morceau illustre la puissance que peut exercer le rythme d’une musique sur le cœur et les passions humaines, au prix d’un étouffement de la mélodie et d’une forte tension harmonique. Beethoven ne va pas jusqu’à sacrifier la musique au rythme, comme le font les groupes de hard rock, mais il sait déchaîner le rythme comme aucun musicien n’avait encore jamais pensé ou osé le faire. D’une certaine manière, ses effets rythmiques sont plus violents encore que ceux du rock, parce qu’intelligemment mis en contraste avec des mélodies revêtues d’une grande noblesse et même tendresse, ou d’une profonde religiosité [26]. Une musique qui se réduit essentiellement au rythme ne sait proposer ces contrastes ; elle n’est que violence. Nous y reviendrons. Que nos jeunes écoutent Beethoven, ils y découvriront ce que le rock ne peut leur donner : puissance, noblesse et profondeur.
Entrons maintenant dans la structure même de la sonate « Appassionata ». Je vous suggère de l’écouter tout en lisant le canevas qu’en donne Mgr Williamson, grand connaisseur de Beethoven :
RÉCAPITULATION | I. Agitation et explosion
II. Calme et tempête
Codetta | ... pire qu’avant, avec une nouvelle basse agitée et une lutte plus intense (5 accords)... qui aboutit à une certaine paix exprimée par des passages doux et une noble mélodie, interrompue par une tempête de 4 notes, qui s’amplifie presque hystériquement, pour s’apaiser de nouveau. | |
DÉVELOPPEMENT | I. Calme
Tempête
Calme
II. 1ère crise | Début en arpèges, accord de mi majeur, trille en si majeur, la majeur, mi majeurs ; moments nostalgiques interrompus par des arpèges extrêmement agités (cinq contre trois), mi mineur, do mineur, la bémol majeur. Un moment presque paisible, avec de douces modulations et des passages lyriques, reconduit à la mélodie en do bémol majeur... mais arrachée en fa majeur, répétée en si bémol puis en sol bémol ; suit une autre répétition où ne subsistent que 2 notes de la mélodie, flagellée en la #, puis en si mineur, puis en do majeur jusqu’à sa désintégration en un accord de 7e diminuée, en une passion hystérique | |
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