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Catéchisme de la

Somme théologique

 

par le fr. Thomas Pègues O.P.

 

NDLR : nous donnons à partir de ce numéro le texte du livre paru en 1918 sous le titre de La somme théologique de saint Thomas d’Aquin en forme de catéchisme pour tous les fidèles. Nous avons utilisé l’édition de Privat-Téqui de1929.

 

 

BREF du pape Benoît XV

Au cher fils thomas pègues, de l’ordre des prêcheurs

Cher fils,

salut et bénédiction apostolique.


Les éloges, d’éclat exceptionnel, que le Siège Apostolique a faits de Thomas d’Aquin ne permettent plus à aucun catholique de douter que ce docteur n’ait été, dans ce but, suscité par Dieu, afin que l’Église eût un maître de la doctrine qu’elle suivrait par excellence en tout temps. D’autre part, il semblait convenable que la sagesse unique de ce docteur fût directement ouverte, non pas seulement aux hommes du clergé, mais encore à tous ceux, quels qu’ils soient, qui cultiveraient à un degré plus élevé les études religieuses, et jusqu’à la multitude elle-même : la nature veut, en effet, que plus on approche de la lumière, plus on s’en trouve abondamment éclairé. Vous êtes donc grandement à louer, vous qui, ayant entrepris d’expliquer par un commentaire littéral en français l’œuvre principale du Docteur angélique, la Somme théologique — et les volumes déjà parus montrent que votre projet se réalise avec succès — avez récemment publié la même Somme rendue en forme de catéchisme. Par là, vous n’avez pas d’une façon moins apte approprié les richesses de ce grand génie à l’usage des moins instruits qu’à celui des plus doctes, donnant, sous une forme brève et succincte, dans le même ordre lumineux, tout ce que lui-même avait exposé d’une façon plus copieuse. Et, assurément, Nous vous félicitons de ce fruit d’un travail et d’une étude prolongés, dans lequel il est permis de reconnaître votre grande connaissance et votre grande science de la doctrine thomiste ; et Nous souhaitons, ce qui est le vœu que vous inspire votre amour de la sainte Église, que ce travail serve au plus grand nombre possible pour connaître à fond la doctrine chrétienne. Comme gage des faveurs divines et comme témoignage de Notre bienveillance très spéciale, Nous vous accordons très affectueusement, à vous, cher fils, et à vos disciples, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 5 février 1919, de Notre Pontificat, la cinquième année.

 

                                                              BENOÎT XV, pape.

 

 

PRÉFACE

 

 

DANS le compte rendu de la Revue thomiste, où il présentait aux lecteurs de cette revue, dont il était le fondateur, les deux premiers volumes du Commentaire français littéral de la Somme théologique, le père Coconnier, bon juge en la matière, parlant de la Somme théologique elle-même, l’appelait « le plus beau livre sur la plus belle des sciences ». C’était l’écho, sous une forme littéraire et moderne, de la grande parole du pape Jean  XXII, proclamant, au moment de la canonisation de saint Thomas d’Aquin, après avoir évoqué de nombreux miracles opérés par le saint docteur : « Quot scripsit articulos, tot fecit miracula : Il a fait autant de miracles qu’il a écrit d’articles ». De nos jours, une autre grande voix pontificale, celle du pape Léon XIII, qui semblait ne pouvoir se lasser d’exalter le Docteur angélique, déclarait, dans l’encyclique Gravissimo Officio ,que la Somme de saint Thomas contenait, renfermé en elle, tout ce qui avait pu être pensé et agité de plus profond dans le domaine de la raison et de la foi par quelques sages que ce pût être, et que c’est là qu’on trouvait les principaux points et les sources de cette doctrine éminente entre toutes qui s’appelle la théologie chrétienne.

Cette excellence hors de pair de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, devait recevoir sa consécration la plus précieuse dans le Motu proprio du pape Pie X, ordonnant que dans les principaux centres d’études ecclésiastiques la Somme de saint Thomas devînt désormais le livre de texte que les maîtres devraient expliquer à leurs élèves.

Et, enfin, mettant le sceau définitif à tous ces actes pontificaux en l’honneur du Docteur angélique, le pape Benoît XV, dans le Code nouveau [1] faisant loi désormais pour toute l’Église, édictait deux canons, le canon 589 et le canon 1366, où tous les professeurs de philosophie et de théologie, dans l’Église, recevaient l’ordre formel de traiter de tout point les matières de leur enseignement et la formation de leurs disciples selon la méthode, la doctrine et les principes de Thomas d’Aquin et de s’y tenir saintement.

C’est donc un fait acquis désormais que l’Église catholique considère Thomas d’Aquin comme son docteur préféré et que son désir le plus ardent est de voir toutes les intelligences aller puiser, selon qu’il est en leur pouvoir, à la source de lumière que constituent les écrits du saint docteur, notamment le plus complet et le plus parfait de tous, sa Somme théologique.

Nous inspirant de ce désir, nous avions déjà voulu, dans la mesure de nos moyens, mettre à la portée d’un public d’élite cet enseignement de saint Thomas, en entreprenant le Commentaire français littéral de la Somme théologique.

L’œuvre se continue, grâce à Dieu, et de précieux témoignages nous persuadent que ce travail aura facilité, en effet, l’étude du chef‑d’œuvre du saint docteur. Mais, en raison même de son étendue (douze volumes ont déjà paru, et l’œuvre entière en comprendra une vingtaine environ), comme aussi en raison de certains points de doctrine nécessitant des explications plus développées ou plus techniques, cette œuvre ne pouvait et ne peut atteindre qu’un public restreint.
Fallait-il donc renoncer au dessein de mettre à la portée de tous, par un exposé rapide et cependant complet, où serait gardé scrupuleusement l’ordre si lumineux de saint Thomas lui‑même et où serait reproduite toute sa pensée essentielle, le trésor de doctrine qu’est son immortelle Somme ?

Le présent travail montrera, nous l’espérons, qu’il était possible de faire descendre des plus hautes sphères de l’enseignement théologique jusque dans les milieux les moins habitués à son caractère technique et spécial, la moelle substantielle et savoureuse de cet enseignement.

On trouvera dans ce petit livre toute la substance doctrinale de la grande Somme théologique. Pas un point essentiel n’y a été omis de ce qui nous a paru nécessaire pour la mise à la portée de tous de son enseignement lumineux.

Et, afin de rendre sa lecture plus facile, plus attrayante, plus vivante aussi et plus pénétrante, nous avons voulu lui donner la forme catéchistique, qui est bien, sans doute, la forme d’enseignement la plus parfaite pour atteindre toutes les intelligences. N’est‑elle pas comme la réalisation idéale de ce qu’on a pu appeler l’enseignement socratique, procédant par voie d’interrogation graduée et ordonnée, qui éveille l’esprit et conduit insensiblement jusqu’aux plus hautes sphères de la doctrine ?

Elle est aussi la réalisation parfaite du dialogue platonicien, où l’intelligence qui écoute, mise en éveil par l’intelligence de celui qui parle, pose à son tour de nouvelles questions, et où toutes deux vivant ainsi du pain de la vérité, goûtent excellemment le charme du plus délicieux vivre ensemble dans une sorte de divin banquet.

Nous dédions ce petit livre à tous les amis de la vérité.

Ils la trouveront exposée, ici, dans sa suite la plus parfaite. Et, s’il en était qui fussent d’abord étonnés de la forme plus humble que nous avons voulu lui donner, ils en auront tout le sens quand ils se souviendront des paroles du Fils de Dieu dans son Évangile nous disant que de se faire tout petit est une excellente condition pour pénétrer les secrets du royaume des cieux : « Nisi efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum — Abscondisti hæc a sapientibus et revelasti ea parvulis [2]. » – La simplicité, du reste, n’enlève rien à la profondeur. L’enseignement de Thomas d’Aquin dans sa Somme théologique est d’une telle richesse, d’une telle fécondité, d’un tel charme, que ceux qui le connaissent à fond dans son exposé complet éprouveront, à le retrouver dans un résumé vivant et intégral, une sorte de ravissement : et ceux qui ne le connaîtront encore que par ce résumé fidèle, voudront, par une sorte de désir irrésistible, le posséder autant qu’il leur sera possible, dans toute l’ampleur de son exposé magistral.

Puissent toutes les intelligences qui ont faim et soif de vérité, de la grande vérité, qui, seule, intéresse le bien dernier et souverain de l’homme, venir puiser à cette source. Nulle part ailleurs, elles n’en trouveront de plus pure, ou qui soit en rapport plus intime et plus direct avec cette source d’eau vive qui rejaillit jusqu’à la vie éternelle.

 

                                                              Rome, en la fête de la Toussaint, 1918.

 

 

Avertissement pour la nouvelle édition

 

 

Un mois, à peine, s’était écoulé depuis la mise en vente du Catéchisme ; et, malgré la crise des transports qui sévissait en plein à ce moment, les deux mille exemplaires de la première édition ne suffisaient plus à satisfaire les demandes qui se multipliaient de tous côtés. Il a donc fallu, tout de suite, penser à rééditer le volume.

La nouvelle édition ne diffèrera en rien de la première. On s’est borné simplement à faire disparaître les quelques fautes matérielles d’impression qui avaient pu se glisser dans un premier tirage ; et l’on a inséré, à leur place, les deux ou trois addenda qui étaient marqués à la fin du livre.

Nous remercions Dieu de la bénédiction qu’il a daigné accorder à ce modeste travail. L’accueil qu’il lui a fait rencontrer dans les milieux les plus divers montre bien, semble‑t‑il, que l’ouvrage est venu à son heure.

Nous ne pouvons songer à reproduire, ici, les témoignages qui ont accompagné cet accueil et en ont fixé le vrai caractère. L’impression la plus générale qu’on a bien voulu nous traduire est que désormais il n’est plus une intelligence, « à partir de quinze ans et au‑dessus », comme daignait nous l’écrire un de NN. SS. les évêques de France, qui ne puisse s’initier à la moelle de doctrine contenue dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin.

Rien ne pouvait nous être plus sensible qu’un tel témoignage. Car c’est bien là ce que nous avons voulu en publiant ce travail. L’ordre de la Somme, que nous avons toujours regardé comme si essentiel et qu’on retrouve avec tout son relief dans ce catéchisme, a vivement frappé aussi les intelligences du dehors. L’un de nos meilleurs penseurs catholiques, venu de très loin à la foi par l’action même de la doctrine de saint Thomas d’Aquin et qui fait maintenant sa vie de cette doctrine, nous écrivait, parlant de lui et de sa femme également convertie par l’influence de saint Thomas : « Ce qui nous a frappés le plus en lisant votre livre, c’est le relief où il met le plan général de la Somme, que bien des lecteurs “fragmentaires”, si j’ose dire, de saint Thomas perdent trop souvent de vue, et qui apparaît si bien dans votre catéchisme. Ce livre, le modèle des catéchismes, sera d’une extrême utilité pour la diffusion de la doctrine catholique intégrale et pour toutes les œuvres d’éducation chrétienne. Puissent tous les prêtres de paroisses instruites s’en servir pour l’instruction de la jeunesse cultivée et pour leurs catéchismes de persévérance ! »

Un autre de nos excellents écrivains catholiques, d’autant plus frappé de l’ordre de la Somme théologique, mis en relief dans le catéchisme, qu’il était en contact avec lui pour la première fois, nous écrivait : « La limpidité du style, la clarté des démonstrations, la pertinence et l’enchaînement des réponses aux questions et des questions entre elles, tiennent du prodige. » N’est‑ce pas, ici encore, comme un écho, et d’autant plus admirable qu’il vient de quelqu’un qui se dit « profane » dans le sujet, de la parole du pape Jean XXII, disant de saint Thomas : Il a fait autant de miracles qu’il a écrit d’articles.

Mais le témoignage qui domine tous les autres et qui a été pour nous la plus douce des récompenses est celui du vicaire même de Notre-Seigneur Jésus‑Christ, Sa Sainteté le pape Benoît XV. Nous avons eu l’insigne honneur de lui offrir personnellement ce Catéchisme de la Somme. Il a bien voulu l’agréer, nous a dit sa haute satisfaction et a souligné lui‑même l’opportunité d’un travail qui permettait enfin de mettre entre toutes les mains l’œuvre par excellence de l’enseignement sacré jusque‑là inabordable pour le plus grand nombre. Sa Sainteté a daigné exprimer le désir que ce catéchisme fût traduit le plus tôt possible dans les autres langues. Un tel désir est pour nous un ordre ; et, dans le plus bref délai, il sera fait tout le possible pour le réaliser.

 

                                                              Rome, 28 janvier 1919,

                                                              en la fête de la Translation des reliques

                                                              de saint Thomas d’Aquin à Toulouse.

 

 

P.S. — Les épreuves de cet « avertissement » nous arrivent au lendemain de la réception du Bref que sa Sainteté le pape Benoît XV a daigné nous adresser en date du 5 février, et qu’on a pu lire en tête de cette nouvelle édition. On y aura remarqué deux choses :

• l’affirmation renouvelée, sous une forme encore plus explicite et plus pressante, de l’autorité exceptionnelle que Dieu a voulu donner à saint Thomas d’Aquin, dans son Église, comme maître de la doctrine, et qu’il n’est plus permis à aucun catholique de mettre en doute ;

• la recommandation si haute de travailler à rendre accessible à tous directement la source incomparable de sagesse que constituent les écrits du saint docteur, surtout sa Somme théologique. Le Saint Père a poussé même son extrême bonté jusqu’à exprimer dans son Bref, sous forme de souhait personnel, la pensée qu’il nous avait manifestée de voir ce modeste travail du Catéchisme de la Somme « servir au plus grand nombre possible pour s’instruire à fond de la doctrine chrétienne ». Nous déposons humblement, aux pieds de sa Sainteté, l’hommage ému de notre profonde reconnaissance.

 

                                                              Rome, 7 mars 1919,

                                                              en la fête de saint Thomas d’Aquin.

 

 


Première partie

Dieu

 

(Être souverain, source et maître de tout être)

 

 

1. Existence

 

 

— Dieu existe-t-il ?

— Oui, Dieu existe (q. 2).

— Pourquoi dites-vous que Dieu existe ?

— Parce que, si Dieu n’existait pas, rien n’existerait (q. 2, a. 3).

— Comment montrez-vous que, si Dieu n’existait pas, rien n’existerait ?

— On le montre par ce raisonnement : — Ce qui n’existe que par Dieu, n’existerait pas si Dieu n’existait pas. Or, tout ce qui existe et qui n’est pas Dieu, n’existe que par Dieu. Donc, si Dieu n’existait pas, rien n’existerait.

— Mais comment montrez-vous que ce qui existe et n’est pas Dieu, n’existe que par Dieu ?

— Par ce raisonnement : — Ce qui existe et n’existe point par soi, n’existe en dernière analyse que par un autre qui est par soi et que nous appelons Dieu. Or, ce qui existe et n’est pas Dieu, n’existe point par soi. Donc ce qui existe et n’est pas Dieu, n’existe en dernière analyse que par Dieu.

— Et comment montrez-vous que ce qui existe et n’est pas Dieu, n’existe point par soi ?

— Par ce raisonnement : — Rien de ce qui a besoin de quelque chose, n’existe par soi. Or, tout ce qui existe et n’est pas Dieu, a besoin de quelque chose. Donc ce qui existe et n’est pas Dieu, n’existe point par soi.

— Pourquoi dites-vous que rien de ce qui a besoin de quelque chose, n’existe par soi ?

— Parce que ce qui existe par soi ne dépend ni ne peut dépendre de rien, ni de personne; et que tout ce qui a besoin de quelque chose ou de quel qu’un, dépend de ce quelque chose ou de ce quelqu’un.

— Et pourquoi dites-vous que ce qui existe par soi ne dépend ni ne peut dépendre de rien ni de personne ?

— Parce qu’existant par soi, il a tout en lui même et par lui-même, et ne peut rien recevoir, de rien ni de personne.

— Tout être donc qui existe et qui a besoin de quelque chose prouve manifestement par sa seule existence, que Dieu existe ?

— Oui, tout être qui existe et qui a besoin de quelque chose, prouve manifestement, par sa seule existence que Dieu existe.

— Que font donc ceux qui nient Dieu ?

— Ils affirment équivalemment que ce qui a besoin de tout, n’a besoin de rien.

— Mais c’est là une contradiction ?

— Exactement, et on ne peut nier Dieu sans se contredire.

— C’est donc une véritable folie de nier Dieu ?

— Oui, c’est une véritable folie de nier Dieu.

 

 

2. Nature et attributs

 

 

— Qu’est-ce que Dieu ?

— Dieu est un Esprit, en trois Personnes, Créateur et Souverain Maître de toutes choses.

— Que voulez-vous dire quand vous dites que Dieu est un Esprit ?

— Je veux dire qu’il n’a point de corps, comme nous, et qu’il est libre de toute matière, ou même de toute nature distincte de son être (q. 3, a. 1-4).

— Que s’ensuit-il de cela pour Dieu ?

— Il s’ensuit que Dieu n’est pas un être comme les autres êtres, qui ne sont que tels ou tels êtres particularisés ; mais qu’il est, au sens le plus vrai, le plus transcendant et le plus absolu, I’Être même (q. 3, a. 4).

— Dieu est-il parfait ?

— Oui, Dieu est parfait ; car il ne lui manque rien (q. 4, a. 1).

— Dieu est-il bon ?

— Oui, Dieu est la Bonté même ; car il est le principe et le terme de tout amour (q. 6).

— Dieu est-il infini ?

— Oui, Dieu est infini ; car il n’est limité par rien (q. 7, a. 1).

— Dieu est-il partout ?

— Oui, Dieu est partout; car tout ce qui est, est en lui et par lui (q. 8).

— Dieu est-il immuable ?

— Oui, Dieu est immuable ; car il n’a rien à acquérir (q. 9).

— Dieu est-il éternel ?

— Oui, Dieu est éternel ; car il n’y a pas de succession en lui (q. 10).

— Y a-t-il plusieurs Dieux ?

— Non, il n’y a qu’un seul Dieu (q. 11).

— Pourquoi affirmez-vous de Dieu ces divers attributs ?

— Parce que, s’il ne les avait pas, il ne serait plus lui-même.

— Comment montrez-vous que, si Dieu n’avait pas ces attributs, il ne serait plus lui-même ?

— Parce que Dieu ne serait plus lui-même s’il n’était pas celui qui existe par soi. Or celui qui existe par soi doit être parfait, car il a tout en lui-même ; et, s’il est parfait, il est nécessairement bon. Il doit être infini, sans quoi quelque chose aurait action sur lui pour le limiter ; et, s’il est infini, il faut qu’il soit partout. Il doit être immuable, sans quoi il serait à la recherche de quelque chose ; et, s’il est immuable, il est éternel, le temps étant une succession qui implique le changement. D’autre part, étant infiniment parfait, il ne peut être qu’un ; deux infiniment parfaits étant absolument impossibles, car l’un n’aurait rien par où il se distinguerait de l’autre (q. 3-11).

 

— Pouvons-nous voir Dieu sur cette terre ?

— Non, nous ne pouvons pas voir Dieu sur cette terre, notre corps mortel y faisant obstacle (q. 12, a. 11).

— Pourrons-nous voir Dieu au ciel ?

— Oui, nous pourrons voir Dieu au ciel, des yeux de l’âme glorifiée (q. 12, a. 1-10).

— Comment pouvons-nous connaître Dieu sur cette terre ?

— Nous pouvons connaître Dieu sur cette terre par la raison et par la foi (q. 12, a. 12-13).

— Qu’est-ce que connaître Dieu sur cette terre par la raison ?

— C’est connaître Dieu à l’aide des créatures qu’il a faites (q. 12, a. 12).

— Qu’est-ce que connaître Dieu sur cette terre par la foi ?

— C’est connaître Dieu par ce qu’il nous a dit lui-même de lui-même (q. 12, a. 13).

— De ces deux sortes de connaissances que nous pouvons avoir de Dieu, sur cette terre, quelle est la plus parfaite ?

— C’est, à n’en pas douter, la connaissance que nous avons de lui par la foi ; car elle nous fait atteindre Dieu sous un jour que la raison ne pouvait même pas soupçonner ; et, bien que ce jour soit encore pour nous mêlé d’ombre et d’obscurité impénétrable, il est cependant comme un commencement du jour de la vision au ciel dont la pleine clarté constituera notre bonheur pendant toute l’éternité (q. 12, a. 13).

 

— Quand nous parlons de Dieu ou que nous nous exprimons à son sujet, les mots ou les termes que nous employons ont-ils un sens précis et que nous puissions légitimer ?

— Assurément ; car ces termes, ou ces mots, bien qu’usités d’abord pour désigner les perfections de la créature, ont pu être transférés ensuite à désigner ce qui, en Dieu, correspond à ces mêmes perfections (q. 13, a. 1-4).

— Ces termes, ou ces mots, ont-ils le même sens quand nous les disons de Dieu et de la créature, ou ont-ils un sens tout à fait différent ?

— Ils ont le même sens ; mais avec une portée plus haute. Et cela veut dire qu’employés pour désigner les perfections des créatures, ils les désignent dans leur plénitude et en disant tout ce qu’elles sont ; tandis qu’employés pour désigner les perfections divines ou ce qui est en Dieu, si tout ce qu’ils disent de perfection est bien véritablement en Dieu, ils ne disent pas tout ce que sont en Dieu les perfections qu’ils expriment (q. 13,a. 5).

— Il est donc vrai que Dieu demeure pour nous ineffable, quoi que nous puissions dire de lui et quelque sublimes que puissent être nos expressions à son sujet ?

— Oui ; mais nous ne pouvons rien faire de mieux cependant, ni de plus vrai ou de plus parfait, que de parler de lui et de nous exprimer à son sujet, quelque imparfait que demeure sur cette terre tout ce que nous pouvons penser de lui ou dire de lui (q. 13, a. 6-12).

 

 

3. Opérations

 

 

— Que fait Dieu en lui-même ?

— Il vit de sa connaissance et de son amour (q. 14-26).

— Est-ce que Dieu connaît toutes choses ?

— Oui, Dieu connaît toutes choses (q. 14, a. 5).

— Est-ce que Dieu sait tout ce qui se passe sur la terre ?

— Oui, Dieu sait tout ce qui se passe sur la terre (q. 14, a. 11).

— Est-ce que Dieu connaît les secrets des cœurs ?

— Oui, Dieu connaît les secrets des cœurs (q. 14, a. 10).

— Est-ce que Dieu connaît l’avenir ?

— Oui, Dieu connaît l’avenir (q. 14, a. 13).

— Pourquoi dites-vous que cette science se trouve en Dieu ?

— Parce que Dieu, étant au souverain degré de l’immatérialité, est d’une intelligence infinie ; et qu’il ne peut rien ignorer de ce qui est, ou sera, ou serait, ou pourrait être, en quelque être que ce soit, tout cela étant dans un rapport d’effet à cause, à l’endroit de sa science, faite d’intelligence et de volonté (q. 14, a. 1-5).

 

— Il y a donc aussi une volonté en Dieu ?

— Oui, il y a aussi une volonté en Dieu, la volonté étant toujours où est l’intelligence (q. 19, a. 1).

— Est-ce que tout dépend de la volonté de Dieu ?

— Oui, tout dépend de la volonté de Dieu, parce qu’elle est la cause première et suprême de tout (q. 19, a. 4-6).

.

— Est-ce que Dieu aime toutes ses créatures ?

— Oui, Dieu aime toutes ses créatures, ne les ayant faites que par amour (q. 20, a. 2).

— L’amour de Dieu pour ses créatures a-t-il quelque effet en elles ?

— Oui, I’amour de Dieu pour ses créatures a son effet en elles.

— Quel est l’effet de l’amour de Dieu dans ses créatures ?

— C’est tout le bien qui est en elles (q. 20, a. 3).

 

— Dieu est-il juste ?

— Oui, Dieu est la justice même (q. 21, a. 1).

— Pourquoi dites-vous que Dieu est la justice même ?

— Parce qu’il donne à tout être ce que sa nature exige (q. 21, a. 1-2).

— Y a-t-il un mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes ?

— Oui, il y a un mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes.

— Quel est le mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes ?

— Le mode spécial de la justice de Dieu envers les hommes, c’est qu’il récompense les bons et punit les méchants (q. 21, a. 1, ad 3).

— Est-ce sur cette terre que Dieu récompense les bons et punit les méchants ?

— Ce n’est jamais qu’en partie que Dieu sur cette terre récompense les bons et punit les méchants

— Où Dieu récompense-t-il entièrement les bons et punit-il les méchants ?

— C’est au ciel que Dieu récompense entièrement les bons et dans l’enfer qu’ll punit les méchants.

 

— Y a-t-il en Dieu la miséricorde ?

— Oui, il y a en Dieu la miséricorde (q. 21, a. 3)

— En quoi consiste la miséricorde de Dieu ?

— La miséricorde de Dieu consiste en ce qu’il donne à tout être bien plus que sa nature n’exige, et aussi qu’il récompense les bons au-delà de leurs mérites et punit les méchants en deçà même de tout ce qu’ils méritent (q. 21, a. 4).

 

(à suivre)

 




[1] — Code de 1917. Le Nouveau Code de 1983 est très en retrait sur ce sujet : cf. Le sel de la terre 2, p. 2, note 2.

[2] — A moins que vous ne deveniez comme de tout petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux (Mt 18, 3). Vous avez caché ces choses aux sages et vous les avez révélées aux petits (Lc 1, 21).

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 6

p. 146-156

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