+ Connaissance élémentaire de la franc‑maçonnerie
L’encyclique Humanum genus de Léon XIII (1884) proposait aux catholiques comme arme principale contre la franc‑maçonnerie : « Arracher à la franc‑maçonnerie le masque dont elle se couvre et la faire voir telle qu’elle est. » C’est à ce travail d’utilité publique que s’est attelé Arnaud de Lassus dans une brochure intitulée Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie. La première édition de cet ouvrage est parue en 1980, mais la seconde, que nous présentons ici, a été largement amplifiée, approfondie et étayée de références récentes. L’entrée en matière est saisissante (p. 9‑13). L’auteur nous montre l’omniprésence des francs‑maçons dans la vie politique. En 1988, par exemple, « une douzaine de ministres sont francs‑maçons, et une centaine de parlementaires ».
Ce constat étant fait, l’analyse de la franc‑maçonnerie est conduite avec rigueur et méthode. Elle commence par un aperçu historique qui nous montre ses origines lointaines et sa naissance en 1717 (chap. 2) puis son extension prodigieuse etson influence croissante, en particulier en France, en Angleterre et aux États-Unis (chap. 3). Une annexe est spécialement consacrée à l’acharnement des francs‑maçons d’hier et d’aujourd’hui contre l’école et la famille .
Après les œuvres, c’est l’idéologie de la franc‑maçonnerie qui nous retient, avec ses deux gonds : le rationalisme et l’occultisme.
Qu’il nous soit permis de regretter à cet endroit l’absence de toute critique doctrinale du rationalisme. Celle-ci est simplement exposée : l’auteur nous montre sa désapprobation, mais l’esprit du lecteur est laissé sur sa faim. Les droits de la vérité auraient exigé, nous semble‑t‑il, d’être défendus ici par quelques arguments solides. L’occultisme, en revanche, est l’objet d’un long développement (chap. 9) : chacune de ses facettes (panthéisme, réincarnation, spiritisme, etc.) reçoit une réponse brève mais pertinente. Il manque peut-être ici une étude de la véritable nature de l’initiation maçonnique : confère-t-elle réellement une « influence spirituelle », comme l’affirme René Guénon, et de quelle nature serait celle-ci ?
L’auteur nous fait entrer ensuite dans l’édifice même de la franc‑maçonnerie pour nous en décrire l’organisation interne (chap. 7). Il nous guide, avec compétence, dans le dédale des loges, grades, conseils, comités, en ayant bien soin de nous faire distinguer l’organisation apparente de l’organisation occulte. C’est cette dernière est en effet le moteur secret de tout le système et qui est le rouage d’un pouvoir tout‑puissant imprimant ses directives dans les volontés par suggestion et donc à leur insu. Mais, au‑delà de cette organisation savante et de son action subversive, la véritable puissance de la franc‑maçonnerie trouve sa source dans ses pratiques occultistes et illuministes qui la mettent en contact direct avec le préternaturel diabolique et la livrent à lui. (p. 87‑92).
Quelle fut la réaction de l’Église face à ce fléau ? (chap. 11).
Arnaud de Lassus nous rappelle avec bonheur les condamnations répétées des papes et leurs principaux motifs (le naturalisme et le secret), il met bien en lumière l’action de la franc‑maçonnerie contre l’Église (par attaques violentes, par infiltration progressive ou par la politique de la main tendue), mais nous devons avouer que cette partie est la plus facile de l’ouvrage.
En particulier, Arnaud de Lassus passe très rapidement sur un fait pour le moins troublant, à savoir la non-réitération par le code de Droit canon de 1983 de l’excommunication ipso facto des francs‑maçons.
Pour excuser cette lacune et peut‑être pour rassurer, notre auteur affirme qu’il « est bien évident que discipline et doctrine sont deux domaines différents et qu’on peut modifier l’une sans toucher à l’autre » (p 105). Est‑ce si évident que cela ? La pratique d’un individu ne change pas la doctrine immuable de la sainte Église, c’est entendu, mais la pratique d’un individu et a fortiori d’un groupe d’ecclésiastiques (la Rome moderniste), surtout pour un acte si solennel et lourd de conséquences, traduit et trahit une pensée. Le nouveau rite de la messe nous l’a assez montré. Ici, l’omission volontaire de la condamnation de la franc-maçonnerie révèle, au moins, l’état d’esprit du Vatican.
Ces réserves faites, cette brochure d’Arnaud de Lassus nous semble un excellent travail. Elle donne une connaissance exacte de la franc‑maçonnerie et fera du bien. Elle est à lire et à diffuser. Quels sont les industriels, les médecins, les financiers de nos milieux qui n’ont pas été sollicités par la franc‑maçonnerie ? Ne nous contentons donc pas de nous en prémunir nous‑mêmes, mais ouvrons les yeux de notre entourage sur cette entreprise gigantesque de Satan. Le travail d’Arnaud de Lassus y contribuera efficacement.
fr. J.D.
Arnaud de Lassus, Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie, Action Familiale et Scolaire (31 rue Rennequin, 75017 Paris), 2e éd., sans date (1992 ?), 15 x 21, 154 pages, 84 F.

