Théologie du cœur immaculé de Marie
par Jean-Marc Rulleau
LES apparitions de Fatima établissent un lien nécessaire entre la conversion de la Russie, la sauvegarde de la chrétienté et le triomphe du cœur immaculé de Marie :
« Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon cœur immaculé » (Fatima, 13 juin 1917). Et le Christ lui‑même déclara à sœur Lucie, le 18 mai 1936 : « Je veux que toute mon Église reconnaisse cette consécration comme un triomphe du cœur immaculé de Marie, afin d’étendre ensuite son culte et placer à côté de la dévotion à mon divin cœur, la dévotion à ce cœur immaculé. »
Considérant les événements de la vie du monde et de l’Église à la lumière de la foi, nous savons que l’histoire n’est pas le fruit du hasard ou de l’obscure dialectique des forces économiques et politiques. Tous les événements sont voulus ou permis par Dieu dans les moindres détails ; rien n’échappe à la Providence et au gouvernement divin. Le cœur immaculé de Marie apparaît comme la clé de l’histoire du XXe siècle. Le sens commun des fidèles reconnut cette exigence du ciel et la dévotion à ce cœur immaculé en avait pris un essor magnifique.
Néanmoins cet appel de Fatima suscite bien des questions. Quel rapport y a‑t‑il entre une dévotion et les forces économiques, politiques et idéologiques en présence dans les événements actuels de ce monde ? La vie de l’Église peut‑elle reposer sur de telles révélations, comme si la révélation n’était pas close à la mort du dernier apôtre ? On serait tenté de penser que cette dévotion est une surcharge à la pure Tradition spirituelle de l’Église.
De telles interrogations peuvent conduire à rejeter cette dévotion comme périphérique, périmée, voire nuisible. Elle peut conduire au contraire à s’interroger davantage. Si, d’une part le cœur immaculé de Marie est essentiel à l’Église et à la chrétienté, si d’autre part, il se heurte à notre esprit moderne, n’est-ce pas parce qu’il est un secret, un mystère sublime, déjà présent dans la Tradition, mais que le ciel nous appelle à découvrir ? Mystère sublime, et donc, secret caché, grâce spéciale et éminente de vie intérieure et ecclésiale.
Notons tout d’abord que cette dévotion au cœur de Marie n’est pas une nouveauté introduite en 1917. Saint Jean Eudes l’avait déjà magnifiquement propagée. « A l’actif de saint Jean Eudes, il faut faire figurer surtout la première élaboration théologique du culte du cœur de Marie. Il fit pour cela l’inventaire des sources doctrinales : sainte Écriture, Pères et écrivains ecclésiastiques. Il définit l’objet de la dévotion avec une grande sûreté et une grande profondeur : n’hésitant pas à proposer à notre vénération et à notre imitation, sous le nom de cœur divin de Marie, l’intime présence et le règne de Jésus dans le cœur de sa Mère. Rarement cette dévotion a été présentée de façon aussi sublime, et Flachaire, peu enclin, cependant, à tresser des couronnes à notre saint, a pu écrire : “Spirituelle et compréhensive, la dévotion du père Eudes n’est pas un culte amoindri, resserré dans d’étroites limites, qui paralyserait la vie chrétienne ; elle veut être une quintessence du christianisme, un sommaire de toute la religion, un moteur d’aspirations mystiques variées” [1]. »
Mais, bien avant saint Jean Eudes, l’âge d’or de la chrétienté avait déjà décerné ses hommages à ce cœur très pur. Citons par exemple sainte Mechtilde de Hacheborn (†1298) :
« Au temps de l’Avent, comme elle désirait offrir ses hommages à la bienheureuse Vierge Marie, le Seigneur lui enseigna ce qui suit : “Salue le cœur virginal de ma mère, à cause de la surabondance de tous biens qui l’ont rendu si secourable aux hommes ; ce cœur était si pur qu’il a émis le premier vœu de virginité ; salue ce cœur à qui son humilité a mérité de concevoir du Saint‑Esprit ; ce cœur très brûlant d’amour envers Dieu et envers le prochain ; ce cœur qui a si fidèlement conservé en lui‑même toutes les actions de mon enfance et de ma jeunesse ; ce cœur qui a été transpercé dans ma passion par des stigmates dont il ne put jamais perdre le souvenir ; ce cœur très fidèle, car il consentit à l’immolation de son Fils unique pour la rédemption du monde ; ce cœur sans cesse incliné à intercéder pour le bien de l’Église naissante ; enfin salue ce cœur tout adonné à la contemplation et qui, par ses mérites, obtint la grâce pour les hommes” [2]. »
La dévotion au cœur de Marie n’est donc pas une invention de la piété moderne. L’expression des réalités divines épouse la culture et le goût, plus ou moins heureux, des hommes dont elle émane. Qu’il y ait du sentimentalisme et parfois de la laideur dans certaines représentations du cœur immaculé, ne doit pas nous empêcher d’en découvrir la réalité.
Ce qu’est le cœur de Marie
Ce cœur de Marie, au sens le plus littéral du terme, est le cœur physique, organique, charnel, du corps de la très sainte Vierge. Comme toute partie corporelle, ce cœur n’est pas un organe indépendant ; il existe par l’être personnel, il vit par l’âme personnelle et spirituelle de Marie, présente en toute partie du corps comme son acte [3]. La rationalité moderne nous conduit à concevoir l’homme comme un agrégat d’organes autonomes et interchangeables. Il n’en est rien. L’unité substantielle et vitale de la personne est indistinctement présente en chacune des parties de son corps. Il en est ainsi du cœur de Marie. C’est ce qui lui confère sa dignité particulière et éminente.
Car la personne de Marie est au‑dessus de toute créature. Marie a engendré l’humanité de Jésus ; ce qui est né d’elle n’est qu’une nature humaine, comme la nôtre. Mais celui qui est né d’elle n’est pas une personne humaine, il est le Verbe de Dieu. Tel est le mystère de l’incarnation. Marie est conjointe à la personne du Verbe de Dieu de manière suprême ; il ne peut y avoir d’union à Dieu au‑dessus de l’union de Marie avec le Verbe, si ce n’est l’union de Dieu avec lui‑même, l’unité du Verbe avec lui‑même. Sous le Christ, Verbe incarné, Marie est au sommet de tout l’ordre surnaturel, au sommet de tout l’univers. Son union avec le Verbe est la plus grande qui se puisse concevoir. Elle n’est pas seulement une union de connaissance et d’amour, une union mentale ou spirituelle ‑ ce qui est le cas de tous les saints ‑ elle est une union qui habite et qui détermine tout son être. Sa maternité engage toute sa vie, aussi bien physique que spirituelle. Tout son être, toute sa personne est essentiellement reliée au Verbe de Dieu. Son cœur, son cœur de chair, est donc lui aussi essentiellement relié au Verbe. En ce cœur nous voyons donc la suprême union d’une personne créée avec le Créateur. Et l’aspect physiologique n’en est que le moindre, bien qu’il ne soit pas à négliger : dans la mesure où le cœur est un principe organique de toute la vie physiologique, le cœur de Marie fut principe de la génération corporelle du Christ. Et ce cœur continue de vivre et de battre, au sens le plus physique du terme, dans la gloire du ciel où se trouve le corps de Marie depuis l’assomption. Il participe donc à la gloire de ce corps.
Principe de vie physique, ce cœur est aussi, comme tout cœur humain, symbole de toute la vie affective, et, tout d’abord, de l’affectivité sensible. Le cœur n’est pas l’organe de l’amour. Mais, par une intuition commune à toute l’humanité, on voit dans les battements du cœur l’intensité de l’affectivité. L’amour sensible est symbolisé par le cœur. Or Marie, comme toute femme, et même plus excellemment que toute femme, a une affectivité sensible. De par sa pureté, Marie n’est pas dominée pas les passions ; mais ce serait une caricature rationaliste que de considérer Marie comme au‑delà de toute sensibilité, impassible à l’amour et à l’horreur, à la joie ou à la tristesse. Marie a véritablement une vie psychologique, semblable à celle de toutes les autres femmes, le désordre et le péché mis à part.
Plus profondément, le cœur est enfin le symbole de toute la vie intérieure d’une personne, et, plus spécialement de son amour spirituel, de sa volonté. Dans le langage courant, ne parle‑t‑on pas de cœurs généreux, de cœurs pusillanimes, de grands cœurs, de cœurs de pierre ? Le cœur signifie la personne en tant qu’elle veut, qu’elle aime, qu’elle est vertueuse ou vicieuse. Le cœur est le premier organe à se mouvoir, le dernier à mourir :
« primum movens et ultimum moriens. » Le cœur de Marie est le symbole de toute sa vie intérieure et de sa charité. « Sans toi, qu’ai‑je voulu sur terre ? (…) Je n’ai désiré rien d’autre que de te voir, ô mon unique Seigneur, toi que j’ai aimé (…) que j’ai cherché de tout mon cœur. Mon cœur et ma chair ont défailli d’amour : tu es le Dieu de mon cœur. » Ainsi Radbert fait-il parler Marie dans un sermon sur l’assomption. « Surtout, nous entendons et désirons révérer et honorer premièrement et principalement cette faculté et capacité d’aimer, tant naturelle que surnaturelle, qui est en cette mère d’amour, et qu’elle a toute employée à aimer Dieu et le prochain, ou pour mieux dire, tout l’amour et toute la charité de la Mère du Sauveur au regard de Dieu et au regard de nous [4]. »
Ceci conduit à considérer ce cœur comme l’amour de Marie pour Jésus, comme l’union de Marie et de Jésus. « Si les premiers chrétiens furent dits n’avoir qu’un cœur et qu’une âme, à cause de leur parfaite mutuelle dilection ; si saint Paul ne vivait plus lui-même, mais si Jésus-Christ vivait en lui, à raison de l’extrême union de son cœur à celui de son Maître, par laquelle son âme était comme morte en son cœur qu’elle animait, pour vivre dans le cœur du Sauveur qu’il aimait : ô vrai Dieu, combien est‑il plus véritable que la sacrée Vierge et son Fils n’avaient qu’une âme, qu’un cœur et qu’une vie, en sorte que cette sacrée Mère, vivant, ne vivait pas elle, mais son Fils vivait en elle [5]. »
« O cœur de Jésus vivant en Marie et par Marie ! O cœur de Marie vivant en Jésus et pour Jésus ! O liaison délicieuse de ces deux cœurs [6] ! »
Il apparaît, en définitive, que le cœur de Marie est le symbole du cœur de Jésus vivant en Marie, et par conséquent, symbole de la mission du Saint‑Esprit, image sacrée du Saint‑Esprit.
Le cœur de Jésus vit en Marie en tant qu’il s’y est imprimé. La vie intérieure de Marie est l’impression du cœur de Jésus, du cœur de Dieu. « Il a envoyé dans le cœur et le sein de la Vierge très fidèle la substance même du Verbe éternel conçu dans son propre cœur, engendré avant les siècles de son propre cœur [7]. » « Vraiment la foi et le consentement à l’incarnation, par lesquels a commencé le salut du monde, ont procédé du cœur de la bienheureuse Vierge ; son cœur s’est trouvé digne, entre toutes les créatures, de recevoir en premier le Fils unique de Dieu procédant du cœur du Père : le cœur du Père a produit la sainte Parole, qui a été reçue du sein du Père dans le sein de la Vierge [8]. » Cette Vierge a reçu en son sein le Verbe qui procède du coeur du Père. La vie intérieure de la Vierge est l’impression de la vie du Verbe de Dieu. Son amour est l’impression de l’amour du Verbe de Dieu. Le cœur de Marie est la charité divine du Christ imprimée en Marie.
Or, qu’est-ce que cette impression de la charité du Christ en Marie ? Cette impression de l’amour du Christ est une œuvre commune des trois personnes de la Trinité, comme toute œuvre extérieure à la Trinité [9]. Mais elle est aussi mission du Saint‑Esprit : « C’est selon le don de la charité que se produit la mission du Saint‑Esprit [10]. » Comme le Saint‑Esprit procède du Père et du Fils, ainsi, la mission du Saint‑Esprit suit‑elle celle du Fils : la mission d’une personne divine présuppose et comporte la procession d’origine [11] ; la génération du Fils est la source de la mission du Fils par le Père, la procession du Saint‑Esprit est la source de la mission du Saint‑Esprit par le Père et le Fils. « Le principe de la grâce habituelle, qui est donnée avec la charité, est le Saint‑Esprit, dont on dit qu’il est envoyé, selon qu’il habite dans l’esprit de l’homme par la charité. Or la mission du Fils précède la mission du Saint‑Esprit selon l’ordre de nature : de même que selon l’ordre de nature le Saint‑Esprit procède du Père et du Fils comme amour [12]. » L’incarnation, mission du Fils, est accomplie et diffusée par la mission du Saint‑Esprit : « Je ne vous laisserai pas orphelins : je viendrai vers vous [13] », mais autrement. « Lorsque viendra cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité : (…) Il me glorifiera, car c’est de moi qu’il recevra, et il vous l’annoncera [14]. » « Depuis l’ascension, le Saint‑Esprit est une présence plus apparente aux hommes que celle du Verbe incarné. (…) c’est le Christ qui se cache après avoir accompli son œuvre ici‑bas, et c’est l’Esprit qui alors se manifeste ; depuis l’ascension, jusqu’à ce que le Seigneur revienne dans la gloire du Père, il est la véritable théophanie [15]. » La présence du Saint‑Esprit dans l’Église n’est pas la présence de l’union hypostatique du Verbe en Jésus‑Christ. Elle n’en est pas moins réelle : « L’Église doit contenir l’Esprit, comme l’humanité du Christ contient sa Personne divine [16]. » Et ceci, bien que l’Église, comme toute œuvre extérieure de la Trinité, soit une œuvre commune des trois personnes divines, comme l’est également l’incarnation du Verbe.
Tel est le mystère de l’Église, « Jésus répandu et communiqué », tel est le mystère de Marie, le mystère de son cœur immaculé. Car cette mission du Saint‑Esprit dans l’Église se réalise premièrement, exemplairement, en Marie.
Le cœur de Marie est l’icône du Saint‑Esprit.
L’amour du cœur de Marie
« La charité de Dieu a été diffusée dans nos cœurs par le Saint‑Esprit qui nous a été donné [17]. » La charité est amour de Dieu et amour du prochain ; elle est premièrement amour de Dieu. En Marie se trouve par excellence l’amour de la créature pour son Créateur. « C’est une flèche de choix de l’amour du Christ, qui ne se borna pas à atteindre l’âme de Marie mais la perça de part en part, afin qu’aucune parcelle de son cœur virginal ne restât vide d’amour et que de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force elle aimât et fût pleine de grâce [18]. » « Par le feu du Saint‑Esprit son cœur se fondit dans l’amour de son Créateur et s’y dissout, au point qu’elle méritât de concevoir corporellement dans son sein, et de mettre au monde celui qui est vrai Dieu et vrai homme, celui que son âme embrasse d’un amour spirituel ineffable et incomparable aux amours de tous les hommes [19]. » Marie est revêtue du Christ, comme le fer est revêtu d’un feu brûlant : car Dieu est un feu consumant. Qui donc douterait que le cœur de la Vierge fut enflammé par ce feu, alors qu’il était revêtu d’un tel manteau [20] ? »
Marie fut « plus heureuse de porter le Christ dans son cœur que de le porter dans sa chair [21]. » Et saint Augustin écrit encore : « La parenté maternelle n’aurait été d’aucun profit pour Marie si elle n’avait porté le Christ plus heureusement dans son cœur que dans son corps [22]. »
L’amour de Marie pour Jésus-Christ est le premier de tous. Elle est la première à aimer Jésus-Christ selon sa nature divine et selon sa nature humaine. L’amour de Marie est, en effet, simultanément théologal et maternel. Qu’y a‑t‑il, dans la nature, de plus fort que l’amour maternel ? Or, en Marie, l’amour théologal envers Dieu, et l’amour maternel envers Jésus, ont un seul et même objet. « Qui pourra nous dévoiler les secrets de ton cœur, ô excellente et très aimable Vierge Marie. De quelle manière admirable tes pensées se portaient vers un double objet : tenant en tes mains celui qui était à la fois le Fils de Dieu et le tien, tu l’adorais comme Dieu très haut, et tu l’embrassais comme ton enfant chéri [23]. » Alain de Lille décrit parfaitement la profondeur et la force de l’amour de Marie pour Jésus : « Elle a nourri et choyé la chair du Christ au point d’en oublier l’amour de sa chair pour l’amour de la chair de son fils ; elle répandit toutes les affections de son cœur pour subvenir aux nécessités de son enfant, en sa naissance, en son allaitement, en ses vagissements et en sa croissance [24]. »
L’union d’amour de Marie et de Jésus est non seulement au‑dessus de tout amour humain, mais encore l’exemplaire, l’amour par excellence de tout membre de l’Église envers sa tête. Si la vie chrétienne se résume dans l’amour du Christ, Marie est la vie chrétienne par excellence. Le sommet de la vie chrétienne est l’union du cœur chrétien au cœur de Jésus ; c’est en Marie que cette union des cœurs se réalise en plénitude.
L’amour du Christ entraîne l’amour de l’Église. Uni en plénitude au cœur de Jésus, le cœur de Marie en reçoit la charité salvifique universelle.
Cœur douloureux et immaculé
Cette unité du cœur de Marie avec le cœur de Jésus s’exprime dans le mot « immaculé. ». Il faut veiller à ne pas prendre ce mot en un sens purement négatif, comme s’il ne signifiait que l’absence de péché. L’absence de toute tache, la pureté totale et suprême est identique à la plénitude de grâce, à l’union suprême à Dieu, tout comme l’infusion de la grâce coïncide avec la conversion du pécheur [25]. « Immaculé » est une expression négative exprimant la sainteté suprême. Pourquoi user ainsi d’un terme négatif (non‑maculé) ? Pour manifester que Marie est totalement créature, issue d’une race de pécheurs, rachetée du péché. La sainteté de Marie n’est pas la sainteté de Jésus. On ne dira pas que le cœur de Jésus est immaculé. Jésus‑Christ est saint par son identité avec Dieu. Il ne reçoit pas la sainteté ; il est la sainteté. Le cœur du Christ ne peut pas être atteint par le péché, car il est Dieu. La première créature à recevoir la sainteté est Marie. « Immaculé » indique que son cœur serait de nature à être taché. De par sa descendance, Marie est de nature à être atteinte par le péché. Marie, parce qu’elle n’est pas Dieu, parce qu’elle est descendante d’Adam, devrait normalement être atteinte par le péché. C’est pourquoi sa sainteté suprême s’exprime de manière négative. Et comme elle est au sommet de la sainteté, sous le Christ, elle ne peut pas simplement avoir été purifiée la première, elle ne peut pas simplement être au‑dessus des autres saints. Il faut qu’elle soit sainte de manière exemplaire, incommunicable, absolue pour une créature, sans possibilité de concevoir une créature plus sainte. Ce qu’on exprime en disant qu’elle est immaculée, sans la moindre tache, même temporaire. Ce caractère d’immaculé est donc identique à la sainteté suprême et exemplaire de tout membre de l’Église sous son Chef, et, donc, à l’union suprême avec le cœur de Jésus.
Cette union au cœur de Jésus, que l’on pourrait qualifier d’union dans l’ordre de l’être, entraîne l’union dans l’ordre d’agir. Si le cœur de Marie et de Jésus sont unis, ils le sont bien évidemment dans la rédemption du monde. « La bienheureuse Vierge Marie n’a pas été assumée à une fonction de servante par le Seigneur, mais à une fonction d’adjointe et de compagne, selon qu’il est dit : Faisons lui une aide semblable à lui… La bienheureuse Vierge est adjointe et associée [26]. »
Le Fiat de Marie n’est pas seulement un Fiat à la maternité. Marie connaît les prophéties de l’Ancien Testament sur la passion du Messie. Elle en a une intelligence supérieure à celle de tous les docteurs de l’Ancien Testament. Son Fiat est un oui à la rédemption et donc à la passion. Il s’accomplit au pied de la croix. « Le martyre de la Vierge nous est rapporté par l’histoire tant lors de la prophétie de Siméon que dans la passion du Seigneur [27]. » « Lorsque ton Jésus, qui est à tous, mais plus spécialement à toi, eut rendu le dernier souffle, la lance cruelle ouvrit son côté, sans épargner un corps qui ne pouvait plus souffrir, mais c’est ton âme qu’elle transperça. L’âme de ton Fils n’était déjà plus dans ce corps, mais la tienne ne pouvait s’en arracher, et c’est elle qu’étreignit la douleur. (…) Mais qui es-tu, mon frère, et d’où te vient cette sagesse que la compassion de Marie trouble davantage que la passion de son Fils ? Jésus a pu mourir dans son corps, et tu veux que Marie ne soit pas morte en même temps dans son cœur [28] ? »
D’autres docteurs médiévaux célèbrent cette compassion, avec moins d’éloquence, mais avec autant de profondeur. « Elle fut la seule à recevoir ce privilège de la communication de la passion ; pour pouvoir lui donner la récompense, son Fils a voulu lui communiquer le mérite de sa passion ; et pour la rendre participante des bienfaits de la rédemption, il a voulu la rendre participante de la peine de la passion, en sorte que, devenue son adjointe et son aide dans la rédemption par la compassion, elle devînt ainsi mère de tous les hommes selon la recréation : et de même que le monde entier est obligé envers Dieu de par sa passion, ainsi l’est‑il envers Notre Dame de par sa compassion [29]. » « Son cœur plein de douceur et d’amour fut rempli de l’amertume de la crucifixion au‑delà de toute expression ; et son âme ne fut plus qu’un vase rempli du torrent de la compassion ; cette âme était alors blessée par nos iniquités, et prostrée à cause de nos crimes. Elle porta alors en l’intimité de ses entrailles aussi bien nos douleurs et nos infirmités que celles de son Fils [30]. » « Alors que d’autres souffrent le martyre dans leur corps, elle le souffrit dans son âme ou dans son cœur, selon la prophétie de Siméon [31]. » « Tandis qu’il souffrit dans son corps, toi tu souffris dans ton cœur ; et les blessures qui étaient dispersées dans son corps se trouvèrent réunies dans ton cœur. Là ton cœur fut percé par la lance, là il fut cloué, là il fut couronné d’épines. (…) Tout le Christ fut crucifié à l’intime de ton cœur [32]. »
Cette unité dans la passion donne au cœur de Marie sa dimension sacerdotale. Car le sacerdoce du Christ est communiqué à l’Église et donc à Marie. Là réside tout le mystère de la divine liturgie. Le sacerdoce du Christ est communiqué à son Église. L’Église est sacerdotale. Et le sacerdoce de l’Église se réalise par le sacerdoce sacramentel. Marie étant la première de l’Église, l’Église par excellence, elle est en conséquence revêtue du sacerdoce, mais non pas de manière sacramentelle. Elle n’a pas, elle ne peut pas recevoir de caractère sacerdotal. Mais sa dignité n’en est en rien diminuée. Elle a plus que le sacerdoce sacramentel.
En effet, le sacerdoce a pour objet le sacrifice de la croix. Or, cet unique sacrifice se réalise de deux manières. Le premier mode est physique (il comporte l’immolation sanglante du corps physique du Christ) et exemplaire (il est le principe exemplaire, l’acte fondateur du sacrifice eucharistique qui en est le signe commémoratif, tout en lui étant essentiellement identique). Le second mode est sacramentel. Le sacrifice eucharistique, identique au sacrifice de la croix, a néanmoins un mode d’être différent. Le concile de Trente parle « d’immolation non sanglante [33] ». Saint Thomas d’Aquin utilise l’expression « être sacramentel [34] ».
Alors que les prêtres de l’Église n’offrent le sacrifice du Christ que de manière sacramentelle, Marie offre ce même sacrifice dans son être initial et exemplaire en même temps que son Fils. Le sacrifice de Marie est identique à celui du Christ, même du point de vue de son être et du mode d’immolation. Elle n’offre pas le Christ dans son être sacramentel, mais dans son être physique. Autrement dit, Marie n’offre pas le Christ sous les espèces sacramentelles, elle n’offre pas non plus ses propres souffrances et sa vie en union au sacrifice du Christ, mais elle offre le Christ lui‑même, en son corps et en son âme physiquement présents : « Il n’y avait alors qu’une volonté du Christ et de Marie ; ils n’offraient tous deux qu’un seul holocauste : elle, par le sang de son cœur, lui, par le sang de sa chair [35]. » « Assurément on découvre dans ce tabernacle deux autels, l’un dans le cœur de Marie, l’autre dans le corps du Christ [36]. » « Ô divine tête percée d’épines : elle les enfonce dans mon cœur… Ton côté fut transpercé, mais en même temps mon cœur était également transpercé [37]. » Et Richard de Saint‑Laurent, s’adressant au Christ peut dire : « Toutes les plaies, toutes les blessures, toutes les douleurs que tu ressens et que tu éprouves dans ton corps, elle les reçoit par sa compassion dans l’intime de son cœur : et, comme la pointe de la lance perfore ton côté, les glaives universels de tes douleurs traversent son âme [38]. » « Alors que les autres martyrs ont souffert pour la foi, Marie a souffert pour la charité (…) les autres ont souffert dans leur corps, Marie en son cœur (…) les autres par divers coups, Marie par le même coup qui frappait le Christ [39]. » Nous voyons ainsi la différence entre les sacrifices des chrétiens et le sacrifice de Marie. Tout chrétien unit ses souffrances à la croix du Christ. Mais le sacrifice de Marie est sacerdotal, exemplairement sacerdotal, car il n’est autre que le sacrifice du Christ offert par Marie. Elle n’offre pas ses souffrances en les unissant au sacrifice du Christ. Elle offre le sacrifice du Christ avec le Christ, comme l’Église offre son sacrifice sacramentel, unie avec le Christ dans le même acte sacerdotal.
Le sacrifice est essentiellement un acte qui s’adresse à Dieu, l’acte suprême de louange et d’expiation. Mais il est aussi un acte tourné vers les hommes : il est le salut et la source de la grâce. C’est pourquoi Marie épouse l’amour rédempteur de Jésus pour tous les hommes : « Toute créature pleurait la mort du Fils de Dieu ; mais la Vierge seule, immobile et joyeuse, unie à la Divinité, voulait que son Fils fût immolé pour le salut du monde [40]. » « Le cœur de ma Mère était comme mon cœur (… ) nous avons opéré le salut du monde avec un même cœur en quelque manière [41]. »
Et si le cœur de Marie est associé au cœur du Christ dans l’acte même du sacrifice, il l’est en conséquence dans la diffusion de la grâce et de la vérité. « Le Saint‑Esprit a déposé et rassemblé, dans le cœur sans souillure de la Vierge Marie, tous les aromates (universum pulverem) de la grâce médicinale, c’est‑à‑dire tous les dons de commisération et de réconciliation. Ainsi, comme il existe dans le genre humain une grande diversité d’indispositions provenant des infirmités, ce cœur possède aussi tous les divers remèdes pour apporter santé et guérison aux âmes malades [42]. » « A cause de la misère des indigents et des gémissements des pauvres, le Christ est venu du cœur du Père dans le cœur de la Vierge, et il a établi dans le sein de cette Vierge le trésor des pauvres [43]. » « (Cette flèche) la transperça aussi pour parvenir jusqu’à nous, afin que nous eussions tous notre part de cette plénitude, et qu’elle-même devînt mère de la charité dont le Père est le Dieu de charité [44]. » « Comme le Père éternel a donné à Marie le pouvoir de concevoir son Fils et dans son cœur et dans son sein virginal : ainsi il lui a donné puissance en même temps de le former et de le faire naître dans les cœurs des enfants d’Adam. (…) Et comme elle a conçu et porté et portera éternellement son Fils Jésus dans son cœur, elle a conçu pareillement, elle a porté et portera à jamais dans ce même cœur tous les saints membres de ce divin Chef, comme ses enfants bien‑aimés et comme le fruit de son cœur maternel. (…) Le cœur de Marie coopère à l’achèvement de notre salut. (…) par l’emploi qu’elle fait, avec un amour incroyable, du pouvoir spécial qu’elle a de former, de faire naître et de faire vivre son Fils Jésus dans les cœurs des fidèles [45]. » Ce rôle de faire naître et croître Jésus dans les cœurs, Marie l’exerce dès le commencement de l’Église : « (Le Christ) l’a réservée comme consolation aux Apôtres, pour qu’elle enseignât le collège des Apôtres, et qu’elle formât la doctrine évangélique à partir de ce qu’elle‑même avait vu et entendu, et médité dans son cœur [46]. »
Uni activement au sacrifice du Christ, associé au cœur du Christ dans l’offrande de ce sacrifice et dans l’application de ses effets, le cœur de Marie doit aussi être le premier à recueillir les fruits de ce sacrifice. Là encore, il ne suffit pas qu’il soit racheté et purifié plus que les autres, avant tous les autres. Mais il faut qu’il le soit d’une manière souveraine, exemplaire, incommunicable. C’est la rédemption préservatrice, c’est l’immaculée conception. Le cœur de Marie n’échappe pas à la rédemption (c’est la difficulté que voyait saint Thomas d’Aquin). Il est racheté, mais cette rédemption ne s’accomplit pas après la conception ; elle s’accomplit dans l’instant même de la conception de Marie.
Or, cette rédemption préservatrice, qui est au principe de la conception immaculée, est l’application du sacrifice rédempteur auquel Marie elle‑même est activement associée. En cet instant sacré, qui est le centre de l’histoire, où « la mort est engloutie dans la victoire [47] », où du cœur ouvert de Jésus jaillit l’Église, nouvelle humanité, le cœur de Marie est présent, assiste et « coagit » sa propre rédemption.
La théologie du cœur immaculé de Marie implique tous les mystères chrétiens : Trinité, incarnation, sacrifice, Église. L’Église a toujours vécu sa théologie avant d’en donner la formulation. L’instinct du peuple chrétien a reconnu dans le cœur de Marie le « secours opportun. »
« Le mystère tenu secret depuis le début des temps et de la race humaine est maintenant révélé à ses saints [48]. » Ce mystère a commencé à s’accomplir en Marie par la mission du Fils de Dieu. Il s’accomplit dans toute l’Église par la mission du Saint‑Esprit, mais premièrement, exemplairement, dans le cœur de Marie. De la mission du Fils, présence parmi nous de la naissance éternelle de ce Fils, nous avions déjà un visage, non pas seulement une apparence ou un signe, mais la réalité même sensible et corporelle : « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nous avons touché de nos mains, (…) nous vous l’annonçons [49]. » De la mission du Saint‑Esprit, présence parmi nous de la procession éternelle, un signe sensible nous est nécessaire : « C’est un mode connaturel à l’homme que d’être conduit aux réalités invisibles par les réalités visibles : (…) il était donc convenable que les missions invisibles des divines Personnes fussent aussi manifestées par des créatures visibles [50]. » Mais la Mère de Dieu est plus qu’un symbole. Elle n’est pas une allégorie, ni même un corps moral comme l’Église. Elle est une personne bien vivante, mystérieusement active. Le Saint‑Esprit y est présent d’une présence qui n’est ni celle de l’union hypostatique, ni celle de l’eucharistie, mais qui n’en est pas moins réelle.
La vie intérieure de Marie contient tout ce mystère. Toute vie intérieure est secrète ; a fortiori la vie intérieure de la Mère de Dieu. On peut, certes, la connaître par le saint Évangile, par les écrits de la Tradition patristique, théologique et magistérielle. Mais l’inconvénient d’un discours, même s’il est inspiré, est d’être complexe et abstrait. Pour révéler ce mystère, il faut aussi quelque chose de simple et de concret : c’est le cœur de Marie. Telle est l’économie surnaturelle, profondément réaliste. Le cœur de Marie est une réalité physique, sensible et pourtant sacrée, surnaturellement vivante.
Ce cœur est douloureux : il offre le sacrifice rédempteur dans un même acte avec le cœur de Jésus. Ce cœur est immaculé : premier fruit de la rédemption, il possède en plénitude la sainteté qui découle du cœur du Christ. Il est le cœur sacerdotal et sacré de Jésus vivant dans son Église.
On comprend alors que la victoire prochaine de l’Église sur le monde soit la victoire du cœur douloureux et immaculé de Marie. Les hérésies modernes ne portent pas sur la Trinité ou l’incarnation. Elles portent sur les mystères de la grâce et de l’Église, sur les mystères de la liturgie, sur la mission de l’Esprit-charité. L’Église est atteinte en son intérieur, aux plus hauts sommets. Elle est privée de son enveloppe charnelle que constituait la chrétienté. La Révolution a dépassé les niveaux politiques et économiques pour atteindre la vie intérieure des individus dans sa base naturelle. Elle a même détruit la civilisation naturelle que la Providence avait préparée. C’est vraiment la guerre totale, l’universelle hérésie.
Marie a toujours été le rempart contre l’hérésie, la source du renouveau de l’Église. Elle s’est manifestée aujourd’hui dans le mystère de ce cœur. La gloire de ce cœur resplendira dans la victoire de l’Église. La gloire de ce cœur resplendit dans les fruits qu’il y produit déjà : fruits de louange, de doctrine, de sainteté, d’action et de contemplation.
J. M. Rulleau
[1] — J. Arragain, La dévotion au Cœur de Marie ; H. du Manoir, Maria, V, p. 1014.
[2] — Le Livre de la grâce spéciale, Mame, 1920, I, 2, pp. 10‑11.
[3] — Somme Théologique, I, q. 76, a. 1 ; a. 8. De Anima, II, l. 1.
[4] — Saint Jean Eudes, La dévotion au Cœur de Marie, œuvres choisies, II, p. 344 ; Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu, éd. Lethielleux, p. 71, nº 1.
[5] — Saint François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, VII, ch. 13.
[6] — Cardinal de Bérulle.
[7] — Rupert de Deutz (†1135) De glorificatione Trinitatis 7, 6. PL 169, 147 bc.
[8] — « Si quidem ex corde beatæ Virginis processerunt fides et consensus, per quæ duo initiata est salus mundi: et ipsum cor eius præ omnibus creaturis dignum inventum est exeuntem de corde paterno primo suscipere unigenitum Dei quando scilicet cor Patris eructavit verbum bonum, quod de sinu Patris in sinum matris Virginis se recepit. » (Richard de Saint‑Laurent, De laudibus BMV, II, ch. 2)
[9] — Somme Théologique, I, q. 43, a. 6.
[10] — « Secundum donum caritatis attenditur missio Spiritus Sancti. Filius autem est Verbum, non qualecumque, sed spirans Amorem. » (Somme Théologique, q. 43, a. 5, ad 2)
[11] — Somme Théologique, I, q. 43, a. 1.
[12] — « Principium autem gratiæ habitualis, quæ cum caritate datur, est Spiritus Sanctus, qui secundum hoc dicitur mitti quod per caritatem mentem inhabitat. Missio autem Filii, secundum ordinem naturæ, prior est missione Spiritus Sancti: sicut ordine naturæ Spiritus Sanctus procedit a Filio et a Patre dilectio. » (Somme Théologique, III, q. 7, a. 13)
[13] — Jn 14, 18.
[14] — Jn 16, 13‑14.
[15] — Dom Vonier, L’Esprit et l’Epouse, Cerf, 1947, ch. 2.
[16] — Dom Vonier, L’Esprit et l’Epouse, Cerf, 1947, ch. 3.
[17] — Rm 5, 5.
[18] — « Est etiam sagitta electa amor Christi, quæ Mariæ animam non modo confixit, sed etiam pertransivit, ut nullam in pectore virginali particulam vacuam amore relinqueret, sed toto corde, tota anima, tota virtute diligeret, ut esse gratia plena. » (Saint Bernard, Sermon sur le Cantique, 29)
[19] — « Cuius cor igne sancti Spiritus liquefactum in amorem sui Creatoris eatenus resolvitur, ut ipsum in suo utero corporaliter concipere, et verum Deum verumque hominem parere mereatur, quem præ cunctis mortalibus incomparabili et ineffabili amore spiritualiter eius anima complectitur. » (Godefridus de Wemmingen, Hom. 65 in Assumpt. Secunda, PL 174, 965 d)
[20] — « Maria amicitur Christo, sicut ferrum amicitur candenti igne: Deus enim ignis consummens. Quis ergo dubitet cor Virginis hoc igne succensum, cum fuerit tali opertorio amictum ? » (Richard de Saint-Laurent, De laudibus BMV, XII, 7, nº 5)
[21] — Saint Augustin, De Sancta Virginitate III.
[22] — Ibid.
[23] — « Quis cordis tui arcana nobis poterit reserare, optima et præamabilissima virgo Maria! Qualiter cogitatum tuum ad utrumque flectebas, dum unum eumdemque Filium Dei ac tuum in manibus tenens, nunc adorares ut Deum altissimum, nunc osculeris ut tuum puerulum ! » (Denys le Chartreux [†1471], De dignitate et laudibus BMV, I, q. 18)
[24] — « Ipsa enim Christum toto corde dilexit, quæ carnem Christi sic nutrivit et fovit, ut ob amorem carnis eius ab amore amore carnis suæ suspensa, necessitatibus nascentis, lactantis, vagientis, crescentis, omnes cordis affectiones effunderet. » (Alain de Lille, Elucidationes in Cantica Canticorum, 1, 6)
[25] — Somme Théologique, I-II, q. 113, a. 2.
[26] — « B.Virgo non est assumpta in ministerium a Domino, sed in consortium et adiutorium, iuxta illud : « Faciamus ei adiutorium simile sibi » (...). B.Virgo (...) est (...) coadiutrix et socia. » (Albertus Magnus, Mariale, q. 42)
[27] — « Martyrium sane Virginis.(..) tam in Simeonis prophetia, quam in ipsa Dominicæ passionis historia commendatur » (Saint Bernard, Serm. de Dom. infra Oct. Assumpt., PL 183 c, q. 437‑438)
[28] — « Ut mireris plus Mariam compatientem, quam Mariæ filium patientem ? Ille etiam mori corpore potuit, ista commori corde non potuit ? » (Saint Bernard, Sermo 4 de quadriduano Lazari et præconio Virginis, PL 183, 438 a‑b)
[29] — « Et sic sola fuit, cui datum est hoc privilegium scilicet communicationis passionis, cui Filius ut dare possit præmium, voluit communicare passionis meritum, et ut ipsam participem faceret beneficii redemptionis, participem esse voluit et pœnæ passionis, quatenus sic adiutrix redemptionis per compassionem, ita mater fieret omnium per recreationem : et sicut totus mundus obligatur Deo per suam passionem, ita et Dominæ omnium per compassionem. » (Albertus Magnus, Mariale, q. 150).
[30] — « Item, cor illius dulce et amantissimum, plus quam dici possit, amaricatum est Filio crucifixo, et animæ eius totalis alveus per compassionem repletus torrente passionis, quæ videlicet anima tunc vulnerabatur ob iniquitates nostras, et atterebatur suo modo propter scelera nostra. Dolores siquidem nostros et Filii, et languores nostros et Unigeniti, tunc ipsa portavit in intimæ pietatis visceribus » (Richard de Saint-Laurent, De Laudibus BMV II, ch. 2, nº 2).
[31] — « Cum alii martyres patiantur in corpore, ipsa passa est in anima vel in corde, iuxta prophetiam Simeonis » (Richard de Saint-Laurent, De Laudibus BMV III, ch. 12, nº 1)
[32] — « Ipse in corpore, tu autem in corde; necnon et vulnera per eius corpus dispersa sunt in tuo corde unita. Ibi, domina lanceatum est cor tuum, ibi clavatum, ibi spinis coronatur. (…) Totus Christus crucifixus est in intimis visceribus cordis tui » (Iacobus Milanus, XIIIe s., Stimulus amoris)
[33] — « Incruente immolatur », Cc. Tridentinum, sess. XXII, Decr. de Missa, ch. 2 (DS 1743).
[34] — Somme Théologique, III, q. 76, a. 6 : « Christo autem non est idem esse secundum se, et esse sub sacramento. (...) Dicimus Christum moveri per accidens secundum esse quod habet in hoc sacramento. » Cf. aussi III, q. 79, a. l ; a. 5 ; a. 7.
[35] — « Et omnino tunc erat una Christi et Mariæ voluntas, unumque holocaustum ambo pariter offerebant Deo; hæc in sanguine cordis, hic in sanguine carnis. » (Arnaud de Chartres [†1157], Tractatus de laudibus BMV, PL 189, 1727 a)
[36] — « Nimirum in tabernaculo illo duo videres altaria, aliud in pectore Mariæ, aliud in corpore Christi. » (Tractatus de septem verbis, PL 189, 1693 c‑1695 a)
[37] — Saint Siméon Métaphraste, In lugubrem lamentationem.
[38] — « Quascumque plagas, quæcumque vulnera, quoscumque dolores sentis et suscipis in tuo corpore, compatiendo suscipit in visceribus cordis sui: et sicut dira lancea perforat latus tuum, sic eius animam pertranseunt dolorum tuorum gladii universi. » (Richard de Saint-Laurent [†1260], De laudibus BMV, II, ch. 2, nº 2)
[39] — « Cum alii martyres passi sint propter fidem, Maria passa est propter caritatem ; (…) alii in corpore, Maria in corde ; (...) alii diversis ictibus, mater eodem ictu quo Christus. » (Op. cit. III, 12, 5)
[40] — Sainte Mechtilde (†1298), Révélations, I, 45.
[41] — Sainte Brigitte (†1373), Rev. extrav., c 3.
[42] — Godefroy (†1165), Hom. in Assumpt. 7 ; J. Arragain, op. cit., p. 1027.
[43] — « Propter miseriam inopum et gemitum pauperum, venit de corde Patris Christus in cor Virginis, et in Virginis utero pauperum gazophylacium collocavit. » (Adam de Perseigne [†1221], Fragmenta mariana 7, PL 211, 753 c-754 c)
[44] — « Aut certe pertransivit eam, ut veniret usque ad nos, et de plenitudine illa omnes acciperemus, et fieret mater charitatis, cuius pater et charitas Deus. » (Saint Bernard, In Canticum, 29)
[45] — Saint Jean Eudes.
[46] — « Et matrem adhuc volens sic esse, ad consolationem apostolorum reservavit superstitem, ut ex his quæ ipsa ab initio audierat et viderat, et contulerat in corde suo, senatus apostolorum doceretur, et evangelica formaretur doctrina. » (Arnaud de Chartres [†1157], Tractatus de septem verbis, PL 189, 1695 b)
[47] — 1 Co 15, 54.
[48] — Col 1, 26.
[49] — 1 Jn 1, 3.
[50] — Somme Théologique, I, q. 43, a. 7.
Informations
L'auteur
L'abbé Jean-Marc Rulleau a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et professeur de théologie au séminaire d'Écône, avant d'embrasser la vie monastique.
Le numéro

p. 90-104
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