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La Passion de l’Église

Homélies et allocutions de Mgr Lefebvre (volume 2)

 


Le temps présent serait-il tant à la lassitude et à l’abandon que l’on en vienne à prendre les effets pour des causes, et ainsi à justifier ce que nous avions toujours regardé comme in­justifiable ? Nous parlons de la Tradition catholique bien sûr, et de certains ralliements que l’on vou­drait nous faire prendre pour le signe que « quelque chose » est en train de changer dans l’Église, alors que le seul changement perceptible est du côté de ceux qui se rallient. Nous ferions bien de nous souvenir, avec le bon sens populaire, que quelques hirondelles (ou devrions nous dire quelques coucous ?) ralliés ne feront pas le printemps de la Tradition.

Il était donc opportun que le sé­minaire Saint-Pie X d’Écône édite ce second volume [1] d’homélies et allo­cutions de son fondateur, Mgr Lefebvre, consacré tout entier à rendre intelligible aux prêtres, sémi­naristes et fidèles cette crise (qu’il nomme Passion) que l’Église tra­verse depuis un demi-siècle. Plus qu’opportun, nécessaire devrions-nous dire, de faire retentir de nou­veau la voix du pasteur qui, parmi les rares, et le premier, appela cette crise par son nom (Révolution), sut en comprendre la nature, en décrire les causes et en prescrire les re­mèdes.

Cette crise dans l’Église est un mystère car l’Église est un mystère, au même titre que l’incarnation ou la rédemption. A ce titre, sa compré­hension excède les seules facultés de notre nature, elle requiert aussi une contemplation surnaturelle. C’est le fruit de cette contemplation que Mgr Lefebvre livre à ses différents audi­teurs, établissant un parallèle entre la passion du Christ et celle de son Église.

La passion de Notre Seigneur ré­side essentiellement dans le sacrifice de la croix, qui se poursuit dans l’Église par le saint sacrifice de la messe. La crise actuelle s’étant cris­tallisée dans la réforme de la messe, il est donc juste de l’appeler « Passion », l’Église étant touchée au cœur. Nous sommes d’autant plus scandalisés par cette crise qu’elle at­teint ce qu’il y a de plus sacré au sein de l’Église : le saint sacrifice de la messe. Et certains en viennent à douter, à être ébranlés dans leur foi, à contester l’autorité de cette Église, de son chef visible, le pape. D’autres au contraire, refusant de concevoir qu’un tel scandale soit possible, se réfugient dans la dénégation, dans l’obéissance aveugle. De même, rap­pelle Mgr Lefebvre, le scandale de la passion du Christ ébranla la foi de bien des disciples qui en vinrent à perdre la foi orthodoxe, ne pouvant expliquer la Passion qu’en niant soit la divinité de Notre-Seigneur (Arius et ses disciples), soit au contraire son humanité (les monophysites). Il est cependant de foi catholique que le Crucifié était tout à la fois vrai Dieu et vrai homme. De même, cette Église crucifiée, humiliée, défigurée, est de nature à la fois divine et hu­maine. Les catholiques doivent gar­der à l’esprit que les hommes d’Église sont tout à la fois partici­pant de sa divinité (le sacerdoce ca­tholique, le saint sacrifice de la messe, les sacrements, le magistère infaillible) et de son humanité (le pé­ché). Mgr Lefebvre éprouve donc le besoin d’insister : Certes, nous sommes témoins d’une réalité ter­rible, comme l’avaient été les apôtres assistant à la passion de Jésus-Christ. Mais dans cette épreuve, notre de­voir est de garder la foi, de conserver la saine doctrine, les sacrements va­lides, la Messe de toujours. Pour cela nous devons contempler le mystère, non nous en scandaliser.

Pour bien comprendre la nature de cette crise, Mgr Lefebvre s’attache à en décrire les causes, rappelant que, dans cette affaire, les erreurs fu­rent d’abord philosophiques avant d’être théologiques. Une conception subjectiviste de la connaissance a engendré le relativisme que l’on re­trouve dans les principales constitu­tions du concile Vatican II. Sur la base du « A chacun sa vérité », on a assisté à l’effritement de la doctrine catholique sous prétexte de l’ac­commoder aux besoins du temps et aux nécessités d’un œcuménisme mal compris. Dans le même temps, on s’est attaché à modifier la liturgie catholique, afin qu’elle soit le reflet de la nouvelle conception du dogme. La crise dans l’Église est née d’une volonté illusoire d’unir ce qui ne peut être uni, l’Église et le monde, la lumière et les ténèbres. Cette volonté procède d’un « esprit adultère », dit Mgr Lefebvre. Cette volonté de faire la paix avec ceux qui crucifient Notre-Seigneur dans son Corps mystique est une erreur d’une gra­vité exceptionnelle. Elle alimente la destruction de l’Église et des sociétés chrétiennes au nom d’une concep­tion erronée de la dignité humaine, la conception révolutionnaire des Droits de l’homme. Elle conduit les plus hautes autorités de l’Église à nier en pratique la divinité et la royauté de Notre Seigneur, et à faire le lit du royaume de Satan.

Face à cette situation, Mgr Lefebvre invitait à se garder de deux écueils : l’un consiste à s’abandonner par découragement ou facilité à la vague déferlante, à accepter la situa­tion actuelle ou du moins à s’en ac­commoder, à céder au confort d’une obéissance qui peut mettre en dan­ger notre foi et notre salut, à vouloir rentrer dans la norme nouvelle ; l’autre tient dans un raidissement trop radical qui nous ferait considé­rer que plus rien de bon ne peut ve­nir de cette Église, ni être fait en son sein, et nous entraînerait vers le schisme. Notre attitude doit être de fermeté face à l’erreur mais aussi d’indéfectible fidélité à l’Église, même souffrante, même défigurée, à raison même de cette souffrance, à l’image de Notre-Dame, fidèle jusque dans la Passion de son Fils, unie à ses souffrances et offrant sa passion à Dieu pour le salut des hommes. Comme le disait cet autre grand défenseur de l’Église catho­lique que fut le R. P. Calmel :

 

Le modernisme ayant fait entrer l’Église en agonie, il ne suffit pas d’une méditation, même pieuse et apologétique, sur la nature de l’Église pour se tenir à la hauteur de l’épreuve qui l’accable. Il faut encore, et c’est urgent, veiller auprès du Seigneur Jésus qui est en agonie dans son Église. Jésus sera en agonie jusqu’ à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps là [2].

 

C’est à cette veille patiente, persé­vérante, active, dans l’attente pleine d’espérance de la résurrection, que nous invite aujourd’hui encore Mgr Lefebvre.

 

Joël Daire

 

La Passion de l’Église, Homélies et allocutions de Monseigneur Lefebvre, Coffret n°2 (2 CD), Séminaire Saint-Pie X, Écône (CH 1908 Riddes), Service enregistrements, 14 E.



[1] — Un premier volume, consacré au Christ Roi, avait été publié précédemment, voir Le Sel de la terre n° 54, p. 233. Comme le précédent, ce double CD entrecoupe des extraits d’homélies ou de conférences données entre 1976 et 1987 avec de brèves plages de musiques sacrées, toujours choisies avec discernement. Il favorise ainsi des temps de méditations, bien utiles compte tenu de la densité des propos du prélat.

[2] — Roger-Thomas Calmel O.P, Apologie pour l’Église de toujours, Itinéraires 155, juillet-août 1971, repris dans Le Sel de la terre n° 12 bis, p. 140.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 60

p. 184-186

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