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Nouvelles de Rome

 

Benoît XVI explique la « Tradition vivante »

 LA TRADITION SELON LES MODERNISTES

« Un autre point où les modernistes se mettent en opposition flagrante avec la foi catholique, c’est que le principe de l’expérience religieuse, ils le transfèrent à la tradition : et la tradition, telle que l’entend l’Eglise, s’en trouve ruinée totalement. Qu’est-ce que la tradition, pour les modernistes ? La communication faite à d’autres de quelque expérience originale, par l’organe de la prédication, et moyennant la formule intellectuelle. Car, à cette dernière, en sus de la vertu représentative, comme ils l’appellent, ils attribuent encore une vertu suggestive s’exerçant soit sur le croyant même pour réveiller en lui le sentiment religieux, assoupi peut-être, ou encore pour lui faciliter de réitérer les expériences déjà faites, soit sur les non-croyants pour engendrer en eux le sentiment religieux et les amener aux expériences qu’on leur désire. C’est ainsi que l’expérience religieuse va se propageant à travers les peuples, et non seulement parmi les contemporains par la prédication proprement dite, mais encore de génération en génération par l’écrit ou par la transmission orale. »

Saint Pie X, encyclique Pascendi, 17.

 

Une question très importante a été abordée le pape Benoît XVI lors de l’audience générale du 26 avril 2006 : la notion correcte de Tradition. On se souvient que le motu proprio Ecclesia Dei afflicta du pape Jean-Paul II avait condamné Mgr Lefebvre pour sa « notion incomplète de la tradition ». Voyons donc ce que Benoît XVI enseigne sur ce point crucial.

Le pape résume d’abord ses discours précédents sur l’Église. Il avait expliqué, suivant l’ecclésiologie conciliaire, que l’Église est une communion dans l’Esprit-Saint conservée par la hiérarchie. Mais cette communion ne doit pas être seulement « synchronique », c’est-à-dire universelle dans l’espace (unissant les fidèles de toutes les parties du monde), mais aussi « diachronique » c’est-à-dire universelle dans le temps (incluant les fidèles de toute l’histoire de l’Église). Derrière ce jargon un peu fastidieux, est évoqué le grand problème de la continuité de l’unité de l’Église à travers les siècles. Toute la crise actuelle vient précisément de la discontinuité introduite par les modernistes entre « l’avant » et « l’après » Concile. Déjà comme cardinal,

Benoît XVI était conscient du problème et en parlait souvent. Voyons comme il le résout par la notion de « Tradition vivante ».

Pour le pape, le principe de la continuité de l’Église dans le temps n’est autre que l’Esprit-Saint, principe de la « communion » qu’est l’Église. C’est lui qui transmet l’expérience vêcue des Apôtres et qui permet ainsi aux générations successives d’en vivre : cette vie, c’est la Tradition.

L’Esprit apparaît comme le garant de la présence active du mystère dans l’histoire, celui qui en assure la réalisation au cours des siècles. Grâce au Paraclet, l’expérience du Ressuscité, faite par la communauté apostolique aux origines de l’Église, pourra toujours être vécue par les générations successives, dans la mesure où elle est transmise et actualisée dans la foi, dans le culte et dans la communion du Peuple de Dieu, pèlerin dans le temps [1].

La saveur modernisante de ces paroles ne manquera pas d’être perçue par ceux qui se souviennent de l’encyclique Pascendi dominici gregis. Le pape saint Pie X condamnait le modernisme précisément à cause de son interprétation de la religion comme une « expérience vécue ». Pourtant, le pape actuel en fait la « notion complète » de la Tradition :

C’est dans cette transmission des biens du salut, qui fait de la communauté chrétienne l’actualisation permanente, dans la force de l’Esprit, de la communion originelle, que consiste la Tradition apostolique de l’Église. Elle est ainsi appelée car elle est née du témoignage des Apôtres et de la communauté des disciples au temps des origines, elle a été consignée sous la direction de l’Esprit-Saint dans les écrits du nouveau Testament et dans la vie sacramentelle, dans la vie de la foi, et c’est à elle – à cette Tradition, qui est toute la réalité toujours actuelle du don de Jésus – que l’Église se réfère constamment comme étant son fondement et sa norme, à travers la succession ininterrompue du ministère apostolique.

Le pape insiste sur le fait que cette Tradition vient de l’Esprit-Saint qui permet aux hommes d’aujourd’hui de participer à l’expérience des premiers disciples. Ainsi la Tradition n’est pas la simple transmission de choses mortes mais un « fleuve vivant » :

Qui actualisera la présence salvifique du Seigneur Jésus à travers le ministère des Apôtres […] et à travers toute la vie du peuple de la nouvelle alliance ? La réponse est claire : l’Esprit-Saint. […] Cette actualisation permanente de la présence active de Jésus Seigneur dans son peuple, opérée par l’Esprit saint et exprimée dans l’Église à travers le ministère apostolique et la communion fraternelle, est ce que l’on entend au sens théologique avec le terme Tradition : celle-ci n’est pas la simple transmission matérielle de ce qui fut donné au début aux Apôtres, mais la présence efficace du Seigneur Jésus, crucifié et ressuscité, qui accompagne et guide dans l’Esprit la communauté qu’il a rassemblée. La Tradition est la communion des fidèles autour des pasteurs légitimes au cours de l’histoire, une communion que l’Esprit-Saint alimente en assurant la liaison entre l’expérience de la foi apostolique, vécue dans la communauté originelle des disciples, et l’expérience actuelle du Christ dans son Église. En d’autres termes, la Tradition est la continuité organique de l’Église, Temple de Dieu le Père, érigé sur le fondement des Apôtres et tenu ensemble par la pierre angulaire, le Christ, à travers l’action vivifiante de l’Esprit. […] En conclusion, et en résumé, nous pouvons donc dire que la Tradition n’est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. La Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. Le grand fleuve qui nous conduit aux portes de l’éternité.

On voit combien ce fleuve nous a éloigné de la notion du « dépôt » que saint Paul a confié à saint Timothée pour le « garder » (1 Tm 6, 20) [2].

 

 Benoît XVI explique la « collégialité »

 

L’AUTORITÉ SELON LES MODERNISTES

« La conscience religieuse, tel est donc le principe d’où l’autorité procède, tout comme l’Église, et, s’il en est ainsi, elle en dépend. Vient-elle à oublier ou méconnaître cette dépendance, elle tourne en tyrannie. Nous sommes à une époque où le sentiment de la liberté est en plein épanouissement. Dans l’ordre civil, la conscience publique a créé le régime populaire. Or il n’y a pas deux consciences dans l’homme, non plus que deux vies. Si l’autorité ecclésiastique ne veut pas, au plus intime des consciences, provoquer et fomenter un conflit, à elle de se plier aux formes démocratiques. Au surplus, à ne le point faire, c’est la ruine. Car il y aurait folie à s’imaginer que le sentiment de la liberté, au point où il en est, puisse reculer. Enchaîné de force et contraint, terrible serait son explosion ; elle emporterait tout, Église et religion. Telles sont, en cette matière, les idées des modernistes, dont c’est, par suite, le grand souci de chercher une voie de conciliation entre l’autorité de l’Église et la liberté des croyants. »

Saint Pie X, encyclique Pascendi, 27.

 

Avant son voyage en Allemagne de septembre 2006, Benoît XVI a accordé un entretien télévisé qui contient des remarques éclairantes sur sa façon de concevoir la collégialité :

– Question : Comment voyez-vous le rapport de tension et d’équilibre entre le primat du pape d’un côté et la collégialité des évêques de l’autre ? – Benoît XVI : Il y a naturellement un rapport fait de tension et d’équilibre, et celui-ci doit exister. La multiplicité et l’unité doivent sans cesse redéfinir leur rapport réciproque et ce rapport doit s’établir d’une manière toujours nouvelle dans les situations changeantes du monde. […] Ce que l’on appelle les « visites ad limina » des évêques, qui ont toujours existé, sont aujourd’hui beaucoup plus mises en valeur pour dialoguer réellement avec toutes les instances du Saint-Siège et également avec moi-même. […] Au cours de ces rencontres, justement, le centre et la périphérie se retrouvent ensemble, dans un échange franc. Je pense que cela permet de développer des relations réciproques cordiales dans une tension équilibrée. Nous avons aussi d’autres instruments, comme le synode, le consistoire, que je tiendrai désormais de manière régulière et que je voudrais développer. […] Nous savons, d’un côté, que le pape n’est pas du tout un monarque absolu, mais qu’il doit, dans l’écoute collective du Christ, – pour ainsi dire – personnifier l’ensemble. Mais on ressent très fortement le besoin d’une instance unifiante susceptible également de garantir l’indépendance par rapport aux forces politiques […], le besoin d’une telle instance supérieure et plus vaste, capable de créer l’unité dans l’intégralité dynamique du tout, et qui, d’autre part, accueille et promeut la multiplicité [3].

Dès le début de son pontificat, Benoît XVI a fait savoir que la collégialité serait une de ses priorités. Il manifeste ici clairement sa pensée. Sa notion de l’autorité est profondément viciée par sa mauvaise philosophie, d’une part, qui conçoit la vérité en termes de « tension » entre deux thèses opposés, et par le dogme politique de la démocratie, d’autre part, incapable de concevoir les rapports humains en d’autres termes que ceux de « dialogue » et d’« échange franc ». La chose n’est guère surprenante pour ceux qui ont tant soit peu étudié la doctrine du cardinal Ratzinger. Mais l’entendre dire de la bouche de celui-là même qui doit gouverner l’Église fait entrevoir la terrible gravité de la crise qui affecte celle-ci. Quand c’est le pape lui-même, et non plus un théologien ou même un cardinal, qui dit que « le pape n’est pas du tout un monarque absolu mais qu’il doit, dans l’écoute collective du Christ – pour ainsi dire – personnifier l’ensemble » on saisit que la crise est loin d’être finie. Même si Benoît XVI avait une foi parfaitement orthodoxe (ce qui est malheureusement loin d’être le cas), une telle conception de l’autorité l’empêcherait évidemment de l’imposer à l’Église.

  

Toujours Assise…

« Les modernistes, les uns d’une façon voilée, les autres ouvertement, tiennent pour vraies toutes les religions. »

Saint Pie X, Pascendi, 16.

 

À l'occasion du vingtième anniversaire de la rencontre interreligieuse de prière pour la paix à Assise en 1986, Benoît XVI a envoyé un « Message » à l’évêque d’Assise. On a dit que le cardinal Ratzinger n’était, à l’époque, pas favorable à l’initiative. Si c’est vrai, il semble avoir changé d’avis. Il « célèbre [4] » la mémoire de cette journée, tout en essayant d’en donner une interprétation qui puisse apaiser les consciences troublées, comme le montre le titre de l’article :

L’« esprit d’Assise » nous engage à construire la paix sans céder au relativisme ni au syncrétisme [5].

Le pape commence par rappeler l’espérance qui avait suivi la chute du communisme et la cruelle déception que dut subir « ce rêve de paix » lorsque le deuxième millénaire s’est ouvert dans la violence. Cette violence peut « donner l’impression » d’être causée par des différences religieuses [6], mais il n’en est rien, comme le prouve la « prophétie » de la rencontre d’Assise :

C’est précisément sous ce profil que l’initiative promue il y a vingt ans par Jean-Paul II revêt le caractère d’une prophétie exacte. Son invitation aux responsables des religions mondiales en vue d’un témoignage commun de paix servit à préciser sans équivoque possible que la religion ne peut qu’être porteuse de paix. […] En dépit des différences qui caractérisent les divers chemins religieux, la reconnaissance de l’existence de Dieu, à laquelle les hommes peuvent parvenir ne serait-ce qu’à partir de l’expérience de la création (Rm 1, 20), ne peut manquer de disposer les croyants à considérer les autres êtres humains comme des frères. Il n’est donc permis à personne de se servir du motif de la différence religieuse comme présupposé ou prétexte pour une attitude belliqueuse envers les autres êtres humains.

Si l’on objecte que les guerres de religion sont un fait historique, le pape répond que l’on ne peut pas attribuer ces violences « à la religion en tant que

telle, mais aux limites culturelles dans lesquelles elle est vécue et se développe dans le temps ».

On ne peut que s’étonner (même après quarante années d’errances conciliaires) de cet amalgame de toutes les religions sous le vocable, apparemment innocent et pieux, de « la religion ». « La religion » semble être, pour le pape, une sorte d’être universel qui se manifeste de différentes manières, mais qui reste toujours fondamentalement la même, avec des différences accidentelles, plus ou moins négligeables, au moins quant au sujet qui nous intéresse ici : la paix du monde.

Mais la vérité est tout autre. « La religion » – c’est-à-dire, pour être précis, les fausses religions, notamment le protestantisme et l’Islam – a bel et bien été cause de guerre, à travers l’histoire. Dire que cette violence ne doit pas être attribuée aux religions elles-mêmes, mais uniquement « aux limites culturelles », c’est s’installer dans l’illusion et le mensonge.

Le pape continue en affirmant que « la religion » est, en fait, un puissant stimulant de la paix.

Toutefois, lorsque le sentiment religieux atteint sa maturité, il suscite chez le croyant la perception que la foi en Dieu, Créateur de l’univers et Père de tous, ne peut manquer de promouvoir entre les hommes des relations de fraternité universelle. En effet, des témoignages du lien intime qui existe entre le rapport avec Dieu et l’éthique de l’amour sont visibles dans toutes les grandes traditions religieuses.

Mais l’hindouisme – par exemple – contient-il vraiment de tels témoignages ? Et même si ces religions parlent un peu de l’amour, donnent-elles aux hommes ce qu’il faut pour le pratiquer, à savoir, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Par ailleurs, comment passer sous silence toutes les violences qu’elles ont fait subir aux chrétiens, précisément parce qu’ils démontraient à tout le monde leur fausseté ? Nous sommes encore en plein mensonge. La vérité est que la « foi en Dieu » suscitée par ce sentiment religieux n’est qu’une foi humaine, assez peu efficace contre les passions humaines – ces passions qui, déchaînées depuis le péché d’Adam, chassent la charité du cœur des hommes et causent les guerres ainsi que les persécutions contre la vraie religion.


Tous unis, malgré nos différences, contre le relativisme !

Après une étrange allusion à « l’Alliance établie avec Noé » où Dieu « réunit [tous les peuples] en une unique grande accolade, symbolisée par

“l’arc dans la nuée” [7] » , et une autre au nouveau Testament (où l’on trouve effectivement un plan d’amour pour unir tous les hommes, mais dans la vraie religion), le pape parle de « la valeur de la prière dans l’édification de la paix ». Assise, dit-il, a montré que « la prière ne divise pas mais unit et constitue un élément déterminant pour une pédagogie efficace de la paix, centrée sur l’amitié, sur l’accueil réciproque, sur le dialogue entre des hommes de cultures et de religions différentes ». Le grand absent, dans tout ce verbiage, est le Bon Dieu. Et cela se comprend aisément : ces « rencontres » peuvent bien aider les hommes à se connaître, dialoguer, etc., mais il ne faut pas qu’ils discutent trop sur la religion parce que c’est là justement ce qui les divise. Cela saute aux yeux dans la dernière partie du message, où le pape essaie d’interpréter la réunion d’Assise d’une façon acceptable pour les catholiques.

Pour ne pas se méprendre sur le sens de ce que, en 1986, Jean-Paul II voulut réaliser […] il est important de ne pas oublier l’attention dont on fit alors preuve afin que la rencontre interreligieuse de prière ne se prête à aucune interprétation syncrétiste, fondée sur une conception relativiste. C’est précisément pour cela que, dès ses premières paroles, Jean-Paul II déclara : « Le fait que nous soyons venus ici n’implique aucune intention de rechercher un consensus religieux entre nous, de mener une négociation sur nos convictions de foi. Il ne signifie pas non plus une concession au relativisme des croyances religieuses ».

Voilà qui est clair : cette « rencontre » nous laisse entièrement divisés sur les questions fondamentales : Qui est le vrai Dieu ? Qu’a-t-il dit ? Que devons-nous faire pour lui plaire ? On fait abstraction de tout cela, car, justement, cela risque de nous diviser. Mais alors que reste-t-il pour nous unir, sinon notre simple humanité ? Humanité en quête de Dieu, si l’on veut, mais qui ne peut guère aller plus loin si elle veut éviter une dispute, plutôt malvenue en une telle occasion.

On note aussi le soin avec lequel Jean-Paul II tenait à rassurer les autres religions sur ses intentions : on ne va pas s’employer à leur faire lâcher leurs erreurs, car il n’est pas question « de mener une négociation sur nos convictions de foi ». Chacun peut rester tranquillement dans ses positions. Mais n’est-ce pas là précisément le relativisme qu’on prétend vouloir éviter ? Chacun a sa vérité ; ne la troublons pas on essayant de lui faire accepter la nôtre.

Contre ce danger de relativisme Benoît XVI rappelle la fameuse règle suivie à Assise : « ne pas prier ensemble mais être ensemble pour prier ».

Je saisis volontiers l’occasion pour saluer les représentants des autres religions qui prennent part à l’une ou l’autre des commémorations d’Assise. Comme nous, chrétiens, eux aussi savent que c’est dans la prière qu’il est possible de faire une expérience particulière de Dieu et d’en tirer des encouragements efficaces dans le dévouement à la cause de la paix. Il est toutefois nécessaire, également ici, d’éviter les confusions inopportunes. C’est pourquoi, même lorsque l’on se retrouve ensemble pour prier pour la paix, il faut que la prière se déroule selon les chemins distincts propres aux diverses religions. […] La convergence des différences ne doit pas donner l’impression de céder au relativisme, qui nie le sens même de la vérité et la possibilité d’y puiser.

 Il n’est certainement pas facile d’essayer de flétrir le relativisme religieux, sans offenser les autres religions, mais Benoît XVI est assez imbu de la philosophie moderne pour y arriver assez bien, sans doute en toute bonne conscience, sans se rendre compte de l’immense contradiction où il s’installe. Car, enfin, qu’est-ce que le relativisme religieux si ce n’est pas précisément ce qu’il est en train de faire, à savoir : mettre toutes les religions sur le même plan sans différencier celle qui est vraie de celles qui sont fausses ? Il en vient à cette absurdité qui consiste à condamner le relativisme non pas au nom de la vraie religion mais au nom de toutes !

 

Saint François

Et pourtant, comme par un certain remords de conscience, se tordant dans cette contradiction où il essaie de vivre, le pape ajoute à la fin une remarque d’une étonnante pertinence, qui contient en puissance la réfutation de tout l’« esprit d’Assise » qui empoisonne actuellement le monde et l’Église.

Pour son initiative audacieuse et prophétique, Jean-Paul II voulut choisir le cadre suggestif de cette ville d’Assise, universellement connue pour la figure de saint François. […] Le témoignage que celui-ci rendit à son époque en font un point de référence naturel pour tous ceux qui, aujourd’hui également, cultivent l’idéal de la paix, du respect de la nature, du dialogue entre les religions et les cultures. Il est toutefois important de rappeler, si l’on ne veut pas trahir son message, que ce fut le choix radical du Christ qui lui fournit la clé de compréhension de la fraternité à laquelle tous les hommes sont appelés […] C’est pourquoi j’ai plaisir à rappeler que, en concomitance avec ce vingtième anniversaire de l’initiative de la prière pour la paix de Jean-Paul II, nous célébrons également le huitième centenaire de la conversion de saint François.

Saint François ne se serait jamais exprimé ainsi (comme si le Christ avait seulement « fournit la clé de compréhension de la fraternité ») et sa façon de « dialoguer » avec les autres religions n’aurait certainement pas plu aux participants de la rencontre de 1986, mais au moins l’idée est là : la conversion

de saint François. L’évocation de cet événement nous encourage à prier encore pour ce pape, pour que lui aussi se convertisse et revienne au Christ dont il trahit le message.


 *

 Pèlerinage de Benoît XVI en Turquie

 

Avant de partir pour la Turquie, Benoît XVI a expliqué aux journalistes le but de son voyage :

Nous savons que le but de ce voyage est le dialogue, la fraternité : un engagement pour la compréhension entre les cultures, pour la rencontre des cultures avec les religions, pour la réconciliation. […] Je voudrais souligner qu’il ne s’agit pas d’un voyage politique, mais d’un voyage pastoral et, précisément en tant que voyage pastoral, il a comme définition caractéristique le dialogue et l’engagement commun pour la paix. Un dialogue qui revêt diverses dimensions : dialogue entre les cultures, dialogue entre christianisme et islam, dialogue avec nos frères chrétiens, en particulier l’Église orthodoxe de Constantinople, et, généralement, dialogue pour une meilleure compréhension entre nous tous. Naturellement, nous ne devons pas exagérer, on ne peut pas s’attendre à de grands résultats en trois jours, je dirais qu’il s’agit plutôt d’une valeur symbolique. […] Il me semble que ce symbolisme de l’engagement pour la paix et la fraternité devrait être le résultat de ce voyage [8].

Si nous comprenons bien, donc, désormais la pastorale consiste uniquement à dialoguer, et avec tout le monde (le pape utilise le mot pas moins de sept fois en moins de quatorze lignes). Autrefois, un tel voyage – destiné uniquement à parler aux autres et cultiver avec eux de bons rapports – aurait été qualifié de voyage « diplomatique » ou même « politique », plutôt que de voyage « pastoral », mais on a changé tout cela.

 

Dialogue avec les musulmans

Le dialogue commence, comme prévu, dès l’arrivée du pape à Ankara avec une rencontre avec le Président pour les Affaires religieuses, un certain professeur Ali Bardakoglu, dont la photographie rappelle la question que les adversaires du président Richard Nixon posaient en montrant sa photo : « Achèteriez-vous une voiture d’occasion à cet homme ? »

Le pape fait le discours qu’on attend de lui, bien sûr, disant, entre autres :

Chrétiens et musulmans, en suivant leurs religions respectives, insistent sur la vérité du caractère sacré et de la dignité de la personne. C’est la base de notre respect et de notre estime mutuels, c’est la base de notre collaboration au service de la paix entre les nations et les peuples, le souhait le plus cher de tous les croyants et de toutes les personnes de bonne volonté. […] Chrétiens et musulmans appartiennent à la famille de ceux qui croient dans le Dieu unique et qui, selon leurs traditions respectives, sont les descendants d’Abraham (Nostra ætate 1, 3). Cette unité humaine et spirituelle dans nos origines et notre destinée nous engage à chercher un itinéraire commun, tout en jouant notre rôle dans cette recherche de valeurs fondamentales qui est si caractéristique des personnes de notre époque. […] En particulier, nous pouvons offrir une réponse crédible à la question qui se fait jour clairement dans la société d’aujourd’hui, même si elle est souvent mise de côté ; c’est-à-dire la question portant sur le sens et le but de la vie, pour chaque individu et pour l’humanité tout entière. Nous sommes appelés à œuvrer ensemble, afin d’aider la société à s’ouvrir au transcendant, en reconnaissant à Dieu tout-puissant la place qui lui revient [9].

Au risque de troubler ce « dialogue » il faut rappeler le principe énoncé par saint Paul (qui, il est vrai, n’était pas très versé dans le dialogue) :

Neque qui semen sunt Abrahae, omnes filii ; sed : « in Isaac vocabitur tibi semen ». — Tous ceux qui descendent d’Abraham ne sont pas fils d’Abraham ; mais : « c’est la postérité d’Isaac qui sera dite ta postérité » [Rm 9, 7].

Avec l’aide de ce principe, essayons de débrouiller les ambiguïtés accumulées ici.

– Si l’on parle de la descendance physique d’Abraham, il faut d’abord dire que celle-ci est loin d’être sûre, et même loin d’être probable, en ce qui concerne les actuels musulmans. Et quand bien même elle serait réelle, elle ne saurait établir une « unité spirituelle » entre eux et nous, puisque les vrais fils d’Abraham sont ceux qui imitent sa foi, comme dit encore saint Paul : « Qui ex fide sunt, ii sunt filii Abrahae – ceux qui vivent de la foi, ceux-là sont fils d’Abraham » (Ga 3, 7).

 – Si, d’autre part, on prétend que les musulmans sont les descendants spirituels d’Abraham parce qu’il ont la foi dans le Dieu d’Abraham, il faudra expliquer pourquoi saint Paul refuse cette descendance spirituelle aux juifs de son époque, qui croyaient bien plus certainement au Dieu d’Abraham que les musulmans d’aujourd’hui. Pour être descendant spirituel d’Abraham il faut avoir la même foi que lui, par conséquent il faut croire dans le Christ, comme lui [10].

Quant à « l’itinéraire commun » pour offrir ensemble « une réponse crédible à la question […] portant sur le sens et le but de la vie », le problème est que les réponses « respectives » des chrétiens et des musulmans sont contradictoires. Le Christ dit : « Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 30) et « Personne ne vient au Père si ce n’est par moi » (Jn 14, 6), ce que les musulmans nient. Les musulmans, de leur côté, disent que Mahomet est le prophète de Dieu, ce que les chrétiens nient. Notre « itinéraire », par conséquent, ne peut être « commun » – à moins de nier le principe de non-contradiction. Et certes, ce principe est fort gênant pour le dialogue, mais c’est la base de toute « réponse crédible » à la question du vrai but de la vie [11].

La réponse du président pour les Affaires religieuses est l’expression claire de ce qu’un ministre d’un régime qui se targue d’être laïc doit croire. Après avoir évoqué le « respect et la tolérance qui sont propres à l’islam », et dont son pays a toujours donné l’exemple (les Arméniens en savent quelque chose), il propose sa doctrine sur la religion, doctrine de teinte à la fois musulmane et maçonnique, comme il se doit :

 

Cher hôte, la religion monothéiste est source de paix et de sérénité. […] D’Adam à Noé, du Christ à Mohammad – Mahomet –, ces prophètes ont été des anticipateurs dans le rappel à la paix, à l’amour et à la sagesse. Il est de notre devoir de diffuser de la meilleure manière ce message divin et sacré, transmis par les prophètes et par Dieu lui-même à l’humanité […]. L’obstacle principal, qui s’oppose à la divine vérité, selon laquelle « nous sommes des enfants d’Adam », et à l’idéal d’amour et de fraternité, est que des personnes de race, de religion, de langue, de culture et d’idéologie politique différentes, au lieu de considérer cette fraternité comme une forme de richesse, éprouvent de la méfiance, et par conséquent tendent au conflit. A partir de là, nous, chefs religieux et hommes de foi qui guidons les croyants, non seulement nous devons conserver vivantes les traditions des religions dont nous sommes les représentants les plus éminents, mais nous avons surtout le devoir, beaucoup plus important, d’agir selon la vérité divine, dont les fondements sont la sagesse, la miséricorde et l’amour de Dieu présent parmi les différents peuples de l’humanité […]. Les représentants des diverses religions devraient se rencontrer, nouer un dialogue pacifique et résoudre les problèmes de l’humanité, en s’engageant d’un commun accord, sans devoir nécessairement reconnaître ou juger les autres doctrines. Personne ne devrait manipuler cette collaboration réciproque dans le but de chercher et de trouver des promoteurs de sa propre foi ou de favoriser ses propres représentants religieux. Lorsque les chefs religieux de cultes différents se rencontrent, ils devraient créer des domaines de rapprochement et des méthodologies variées pour la discussion théologique, sans devoir démontrer la supériorité de leur propre foi religieuse. L’objectif fondamental devrait se concentrer sur la recherche de solutions communes pour l’humanité […]. [p. 2 et 4.]

Dialogue avec les orthodoxes

Le dialogue avec les orthodoxes devait se faire aussi, bien sûr, et de façon très forte. A l’encontre de l’interdiction traditionnelle dans l’Église de toute prière en commun avec des non-catholiques (appelée communicatio in sacris, et autrefois punie par des sanctions canoniques), Benoît XVI a plusieurs fois prié publiquement avec les orthodoxes. Il a notamment « participé », nous dit l’Osservatore Romano (le mot a son importance, car c’est précisément ce qui était interdit avant le Concile), à la messe célébrée à l’église « patriarcale » des orthodoxes, à Istanbul, pour la fête de saint André. Après l’homélie du chef orthodoxe, le pape a aussi prononcé une homélie, où il a renouvelé la fameuse invitation de Jean-Paul II à dialoguer sur la papauté pour voir quel rôle elle pourrait jouer aujourd’hui :

Simon Pierre et André furent appelés ensemble à devenir des pêcheurs d’hommes. Mais cette même mission prit une forme différente chez chacun des deux frères. Simon, malgré sa fragilité humaine, fut appelé « Pierre », le « roc » sur lequel l’Église fut construite : c’est à lui en particulier que furent confiées les clés du Royaume des cieux (Mt 16, 18). Son itinéraire allait le conduire de Jérusalem à Antioche, et d’Antioche à Rome, afin que dans cette ville il pût exercer une responsabilité universelle. La question du service universel de Pierre et de ses successeurs a malheureusement été à l’origine de nos différences d’opinion, que nous espérons surmonter, grâce également au dialogue théologique, qui a été renoué récemment. Mon vénérable prédécesseur, le serviteur de Dieu, le pape Jean-Paul II […] lança une invitation à nouer un dialogue fraternel dans le but d’identifier les moyens dont le ministère pétrinien pourrait être exercé aujourd’hui, tout en respectant sa nature et son essence, afin de « réaliser un service d’amour reconnu par les uns et par les autres » (encyclique Ut unum sint, n. 95). Je souhaite aujourd’hui rappeler et renouveler cette invitation [p. 8-9].

On pourrait se réjouir que le pape rappelle, devant les orthodoxes, le rôle éminent de Pierre et de ses successeurs, s’il ne l’enveloppait pas dans une telle ambiguïté (le « dialogue » le requiert) qu’il aurait presque mieux valu n’en point parler. Loin de réaffirmer la doctrine catholique sur cette vérité de foi fondamentale qu’est la primauté du pape, il donne au contraire l’impression qu’on pourra en discuter. Bien sûr, cela se fera « tout en respectant sa nature et son essence » mais c’est justement sur cette nature qu’on va « dialoguer ». S’il s’agit uniquement, comme le pape l’affirme en citant Jean-Paul II, d’un « service d’amour reconnu par les uns et par les autres », on est loin de cette primauté dont l’Église a défini la nature au concile Vatican I, à savoir une vraie et propre juridiction immédiate du pape sur tous les fidèles, évêques inclus.

Pire encore, peut-être, est l’affirmation qu’il ne s’agit, de toute façon, que de « différences d’opinion ». Certes, dira-t-on, le pape parle ainsi pour ne pas froisser les sensibilités, être diplomate, dialoguer – ce qui est, on le sait, le but du voyage. Mais en ce cas là, n’aurait-il pas mieux valu rester chez soi ? Toute cette diplomatie finit par éroder les fondements de la foi. Car, enfin, les orthodoxes et les catholiques ne sont-ils séparés que par des opinions ? N’est-ce pas une différence de foi ? Pourquoi donc dire le contraire ? Ce genre de dialogue ne peut rapprocher que dans la confusion, et cette confusion risque d’ébranler la foi elle-même. Or Benoît XVI joue le jeu [12].

 

Bilan du voyage

De retour à Rome, le pape raconte son voyage dans une audience aux fidèles et présente la Turquie comme une sorte de modèle pour le monde moderne.

[…] La Turquie est un pays à très large majorité musulmane, réglementé cependant par une constitution qui affirme la laïcité de l’État [13]. Il s’agit donc d’un pays emblématique en ce qui concerne le grand défi qui se joue aujourd’hui au niveau mondial : c’est-à-dire, d’une part, redécouvrir la réalité de Dieu et l’importance publique de la foi religieuse, et, de l’autre, assurer que l’expression de cette foi soit libre, privée de dégénérescences fondamentalistes, capable de rejeter fermement toute forme de violence. J’ai donc eu l’occasion propice de renouveler mes sentiments d’estime à l’égard des musulmans et de la civilisation islamique. J’ai pu, dans le même temps, insister sur l’importance que les chrétiens et les musulmans s’engagent ensemble pour l’homme, pour la vie, pour la paix et la justice, en réaffirmant que la distinction entre le domaine civil et le domaine religieux constitue une valeur et que l’État doit garantir au citoyen et aux communautés religieuses la liberté effective de culte. [ORLF 12 décembre, p. 12.]

C’est toujours la même doctrine conciliaire sur la liberté religieuse et la « saine laïcité », celle que le Vatican essaie de prôner dans le nouvel ordre mondial, et dans la nouvelle Europe en particulier (sans grand succès, d’ailleurs). Mais le pape poursuit, et raconte maintenant « le clou » de ce spectacle « symbolique » qu’était son voyage « apostolique » en Turquie :

Dans le domaine du dialogue interreligieux, la divine Providence m’a donné d’accomplir, presque à la fin de mon voyage, un geste qui n’était pas prévu au début, et qui s’est révélé très significatif : la visite à la célèbre Mosquée bleue d’Istanbul. En m’arrêtant quelques minutes pour me recueillir en ce lieu de prière, je me suis adressé à l’unique Seigneur du ciel et de la terre, Père miséricordieux de l’humanité tout entière. Puissent tous les croyants se reconnaître comme ses créatures et rendre le témoignage d’une véritable fraternité ! [Ibid.]

Il ne manquait plus que cela. Il n’est pas facile de trouver des scandales inédits, après le règne de Jean-Paul II, mais Benoît XVI y a réussi. La première page de l’Osservatore Romano montre le pape au milieu des « représentants des communautés musulmanes de Turquie » partageant avec eux un « moment de méditation » dans cette Mosquée bleue. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dit qu’elle a appris à prier simplement en regardant le visage de son père en prière. Il est sûr que personne ne va l’apprendre en regardant cette photo-là. Tous les participants ont l’air perdus et gênés, ce qui se comprend bien, en ces circonstances. Quel Dieu pouvaient-ils donc bien prier, dans ces conditions, si ce n’est le Grand Architecte anonyme, un dieu au visage inconnu ? Tous parmi eux croient pourtant que Dieu a révélé son visage – mais ces visages diffèrent, et il faut donc en faire abstraction pour l’instant. D’où le « vague » dans lequel tous nagent sur cette photographie terrible qui est comme le symbole de la religion nouvelle – cette religion d’un nouveau monde, construit hors du règne de Jésus-Christ.



[1]— ORLF 2 mai 2006, p. 12.

[2]— Voir, sur ce sujet de la « Tradition vivante », Le Sel de la terre 57, p. 89 et 91.

[3]— ORLF 29 août 2006, p. 3-4.

[4]— Le message commence : « Nous célébrons cette année le XXe anniversaire de la rencontre interreligieuse de prière pour la paix, voulue par mon vénéré prédécesseur, Jean-Paul II […] »

[5]— ORLF 12 septembre 2006, p. 4.

[6]— Jean-Paul II lui-même avait pleuré la fin de ce rêve dans une allocution envoyée à une autre « rencontre pour la paix » en septembre 2003. Voir Le Sel de la terre, n° 47, p. 248-249.

[7]— Sur ce thème de l’alliance noachide, voir Le Sel de la terre 46, p. 54.

[8]— ORLF 5 décembre 2006, p. 12.

[9]— ORLF 5 décembre 2006, p. 2 et 4.

[10]— C’est ce que dit Notre Seigneur aux juifs qui refusent de croire en lui : « Si filii Abrahae estis, opera Abrahae facite […] Abraham pater vester exultavit ut videret diem meum ; vidit, et gavisus est. – Si vous êtes les fils d’Abraham, faites les œuvres d’Abraham. Abraham votre père a exulté de joie en voyant mon jour ; il l’a vu et s’est réjoui » (Jn 8, 39 et 56). Mais Jésus n’était pas non plus un partisan du dialogue, comme ses échanges avec les juifs dans cet évangile le démontrent amplement.

[11]— Le pape termine son discours en citant la fameuse lettre envoyée au onzième siècle par le pape saint Grégoire VII à un prince musulman pour le remercier d’avoir libéré des esclaves chrétiens dans son pays » par révérence pour le bienheureux Pierre, prince des apôtres, et par amour pour nous ». (PL 148, 450-451). Voir, sur cette lettre, Le Sel de la terre 51, p. 31-32.

[12]— Dans la messe qu’il a célébrée dans la cathédrale catholique (messe qu’il a appelée, à son retour, « une pentecôte renouvelée » [ORLF, 12 décembre, p. 12] à cause de l’assistance des chefs religieux orthodoxes et protestants) le pape a encore redit une fois de plus qu’il met « la perspective œcuménique au premier rang de nos préoccupations ecclésiales  » (ORLF 5 décembre, p. 11). De même, le 17 novembre, devant l’assemblé plénière du conseil pontifical pour la Promotion de l’unité des chrétiens, le souverain pontife a déclaré : « Je profite volontiers de cette occasion pour répéter et confirmer, avec une conviction renouvelée, ce qu j’ai affirmé au début de mon ministère sur la Chaire de Pierre : “Son successeur actuel — ai-je dit — prend comme premier engagement de travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l’unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ. Telle est son ambition, tel est son devoir pressant”. Et j’ai ajouté : ‘‘Le successeur actuel de Pierre se laisse interpeller personnellement par cette question et il est disposé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l’œcuménisme" (ORLF du 26 avril 2005) » (ORLF du 12 décembre, p. 6). Nous sommes décidément très loin d’être sorti de l’auberge œcuménique. Et, sauf miracle, ce n’est pas Benoît XVI qui va décider de la quitter.

[13]— Dans son entretien avec les journalistes, le pape avait aussi souligné ce fait, et évoqué les mêmes idées qu’il va développer ici : « Sans doute est-il utile de rappeler que le père de la Turquie moderne, Kemal Atatürk, avait devant lui, comme modèle de reconstruction de la Turquie, la constitution française. […] En Europe, nous assistons au débat entre laïcité “saine” et laïcisme. Et il me semble que cela est également important pour le véritable dialogue avec la Turquie. Le laïcisme, c’est-à-dire une idée qui sépare totalement la vie publique de toute valeur des traditions, est une impasse, une voie sans issue. Nous devons redéfinir le sens d’une laïcité qui souligne et conserve la véritable différence et autonomie entre tous les domaines, mais également leur coexistence. […] Nous, Européens, devons repenser notre raison laïque, laïciste, et la Turquie doit donc […] réfléchir avec nous sur la façon de reconstruire à l’avenir ce lien entre laïcité et tradition […] » (ORLF 5 décembre, p. 12).

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 61

p. 187-201

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