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La sainte Tunique d’Argenteuil face à la science

Fr. P.-M.

La sainte Tunique d’Argenteuil a subi un sort analogue à celui du Linceul de Turin : après de nom­breuses études scientifiques qui convergeaient et en confirmaient l’authenticité [1], « on » a décidé de soumettre la relique à la datation ra­diocarbone. Et le verdict du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) est tombé, le 26 mai 2004, repris en décembre 2004 dans un communiqué officiel de l’évêché du Val d’Oise : la tunique a été fabri­quée entre 530 et 650 après J.-C., avec une probabilité de 95,4%.

Le COSTA (Comité Œcuménique et Scientifique de la Tunique d’Ar­genteuil) a eu l’heureuse initiative d’organiser un congrès, en no­vembre 2005, « pour, en quelque sorte, rétablir la vérité scientifique et religieuse sur notre Tunique d’Ar­genteuil » [p. 14]. De nombreux spé­cialistes de réputation internationale ont répondu à l’appel ; mais les trois principaux exécutants des tests de 2003-2004 qui ont abouti à l’âge mé­rovingien ont préféré s’abstenir.

Les Actes nous rapportent une douzaine d’interventions. La plus longue est celle de Mme van Oosterwyck qui examine la datation radiocarbone. Cet examen, très fouillé, confirme l’auteur dans sa conviction (déjà exprimée dans notre revue) que la méthode de datation radiocarbone est très sensible aux contaminations. Les spécialistes le savent, et ils procèdent à un puissant « nettoyage » du tissu avant de le da­ter. Qu’on en juge : dans le cas de la sainte Tunique, le nettoyage a fait perdre 60% de leur poids aux échan­tillons ! (Pour le Linceul, on ne nous a pas donné les poids avant et après nettoyage, on commence à com­prendre pourquoi.)

L’étonnement s’accroît quand on apprend que les techniciens qui ont fait les examens ne se sont pas pré­occupés d’analyser la composition de ces pollutions, ni celle de leur substrat. On a donc enlevé 60% de la masse des échantillons, mais qu’a-t-on enlevé exactement ? Mme van Oosterwyck montre que le nettoyage a dissous une partie du tissu à dater (la laine) en laissant une partie des impuretés (la calcite notamment), et a même introduit une nouvelle im­pureté (l’aluminium). Cela confirme, nous dit l’auteur, l’incapacité des radiocarbonistes à enlever les contaminations.

Dès lors, on ne s’étonnera pas d’apprendre que le professeur Lucotte, ayant réussi à se procurer un échantillon de la sainte Tunique et à la faire dater (au moyen du même protocole) par un autre labo­ratoire (l’ETH de Zurich, un des trois laboratoires responsables de la data­tion du Linceul de Turin), a obtenu un âge radiocarbone incompatible avec celui du CEA : la sainte Tunique aurait été fabriquée entre 670 et 880 après J.-C., avec une pro­babilité de 95,4%. Qui croire ?

Les protocoles de nettoyage sont donc le talon d’Achille de la mé­thode radiocarbone, même si elle connaît aussi d’autres difficultés re­levées par Mme van Oosterwyck. Il est difficile, notamment, de consti­tuer une courbe de correction qui tienne compte des variations de la production de l’isotope dans la haute atmosphère.

Parmi les autres interventions si­gnalons celles du professeur Gérard Lucotte et de Claude Jacquet (expert honoraire près de la cour d’Appel de Paris).

Le premier a observé, au moyen du microscope électronique à ba­layage permettant de forts grossis­sements, de très nombreux globules rouges (hématies) de structure par­faitement conservée : la Tunique est en fait littéralement couverte de sang, même dans les parties où les taches sanguines ne sont pas appa­rentes. De nombreuses hématies ont des formes correspondant à des si­tuations traumatiques.

Claude Jacquet compare les études du sang faites sur les trois re­liques connues de la passion : la sainte Tunique, le Linceul de Turin, et le Suaire d’Oviedo [2]. Sur les deux derniers, on a observé du sang hu­main du groupe AB. Pour la sainte Tunique, les études entreprises en 1986 n’ont pas abouti, suite au décès du professeur Saint-Prix, hémato­logue qui les dirigeait. Mais le pro­fesseur Lucotte, qui participait à ces recherches atteste qu’on avait trouvé du sang humain du groupe AB.

Sachant que ce groupe est présent chez environ 7% des humains, la probabilité qu’on trouve le même groupe dans les trois reliques est de 0,49% : il y a donc une probabilité de 99,51% que les trois objets aient une origine commune.

De plus, le professeur Lucotte, en 2005, a mis en évidence par des re­cherches ADN que le sang humain de la sainte Tunique est du sang masculin, d’origine juive orientale.

Souhaitons que les études soient poursuivies, par des personnes compétentes et sans parti pris.

 

— La sainte Tunique d’Argenteuil face à la science. Actes du colloque du 12 novembre 2005 à Argenteuil or­ganisé par le COSTA (UNEC), pré­sentés par Didier Huguet et Winfried Wuermuling, Paris, François-Xavier de Guibert, 2007, 236 p., 22 E


[1] — Voir l’article « La sainte Tunique d’Argenteuil » dans Le Sel de la terre 34, p. 135-148.

[2] — Voir l’article du Docteur Jean-Maurice Clercq sur le Suaire d’Oviedo dans Le Sel de la terre 32, p. 63-100.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 61

p. 178-179

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