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De deux péchés contre le Saint-Esprit caractéristiques de notre époque et favorisés par le dernier concile

 

Selon saint Thomas d’Aquin, les « péchés contre le Saint-Esprit [1] » sont des péchés particulièrement graves.

Cette expression est tirée de l’Évangile selon saint Matthieu (13, 32) : « Pour qui aura parlé contre le Fils de l’homme, il y aura rémission ; mais pour qui aura parlé contre l’Esprit-Saint, il n’y aura de rémission ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. »

Un tel péché est commis lorsqu’on écarte délibérément ce qui pourrait faire éviter le péché. L’homme éloigne ou méprise ce qui pourrait l’empêcher de fixer son choix dans le mal.

Suivant la tradition des Pères, saint Thomas en distingue six espèces [2]. Deux retiendront ici notre attention : la présomption et la résistance à la vérité connue, car ils sont caractéristiques de notre époque.

 

La présomption *

La présomption est une faute contre la vertu d’espérance. Elle consiste à espérer d’obtenir le pardon sans pénitence, ou la gloire sans mérites.

C’est une faute dans la mesure où l’on espère possible ce qui en réalité est impossible. Comme le désespéré, le présomptueux fonde son espérance sur un jugement faux, et en cela il pèche.

Le désespéré pense que Dieu ne pardonne pas à ceux qui se repentent, ou qu’il n’appelle pas les pécheurs à la pénitence ; le présomptueux, lui, juge que Dieu accorde son pardon à ceux qui persévèrent dans le péché, et qu’il dispense sa gloire à ceux qui ne font rien pour la mériter.

Le désespéré pèche contre la miséricorde de Dieu (en la niant dans les faits), alors que le présomptueux pèche contre sa justice [ce qui est moins grave en soi, remarque saint Thomas, car la miséricorde est davantage propre à Dieu que la justice].

La présomption est un péché contre le Saint-Esprit, car elle fait rejeter ou mépriser l’aide du Saint-Esprit [lequel nous inspire de craindre la justice divine qui punit les péchés], aide par laquelle l’homme est retiré du péché.

La présomption est fille de l’orgueil. Saint Thomas remarque finement : « L’homme a de lui-même une telle estime qu’il arrive à penser que, même alors qu’il pèche, Dieu ne peut pas le punir ni l’exclure de sa gloire [3]. »

Cette dernière réflexion du Docteur angélique nous fait toucher du doigt la responsabilité du concile Vatican II dans la propagation de ce terrible péché : le Concile a tellement insisté sur la dignité de l’homme que nos contemporains sont encouragés à oublier qu’ils sont pécheurs et qu’ils ont besoin de faire pénitence pour se sauver.

La récente remise en question des limbes par la Commission théologique internationale procède de la même logique : il est inconcevable pour ces nou­veau théologiens que Dieu punisse une créature si « digne ». Et l’on en vient, en fait, à nier la justice de Dieu : on lui interdit de punir le péché originel.

La résomption de nos contemporains est encore favorisée par le faux œcuménisme promu par Vatican II.

En effet, pour ne pas faire de peine à nos « frères séparés » et aux adeptes des fausses religions, on n’insiste plus sur [et même en pratique on finit par nier] les conditions nécessaires au salut, et notamment sur la nécessité de rece­voir un baptême valide, de professer la vraie foi et d’observer les commande­ments de Dieu. Si bien qu’un grand nombre de nos contemporains se trouvent conforter dans leurs situations tout à fait anormales, soit qu’ils professent une fausse religion (ou n’en professent aucune), soit qu’ils se préoccupent fort peu des commandements de Dieu.

En espérant le salut dans de telles conditions, ils sont fort présomptueux.

 

La résistance à la vérité connue

La résistance à la vérité connue a lieu quand un individu, pour se donner plus de licence de pécher, combat la vérité de la foi qu’il a pourtant bien vue.

Ce péché contre le Saint-Esprit est caractéristique de l’hérésiarque : ainsi Luther, qui inventa son hérésie du salut par la foi seule (sans les œuvres), parce qu’il ne parvenait pas à observer les obligations de son état religieux et sacerdotal, en particulier le célibat.

Chez nos contemporains il prend une forme nouvelle : la négation du prin­cipe de contradiction [4].

Saint Thomas d’Aquin, à la suite d’Aristote, dit qu’il n’est pas possible de nier ce principe dans notre esprit, même si on le nie de bouche [5]. En effet, dès qu’on pense, dès qu’on parle, on affirme qu’une réalité n’est pas – en même temps et sous le même rapport – son contraire. Sinon on ne pourrait rien dire, ni même rien penser. On devrait, selon la formule amusante d’Aristote, se conformer aux choux [6].

On retrouve cette négation du principe de contradiction chez Hegel : la contradiction, loin d’être impossible, est facteur de progrès. La thèse suscite son anti-thèse, et du choc des deux naît la synthèse.

Les philosophies du devenir, comme le marxisme, le bergsonisme et l’existentialisme, nient aussi de bouche ce principe, ou du moins le mettent en doute. Pour ces philosophies en effet, tout est en devenir, rien n’est fixe : donc une réalité peut devenir son contradictoire avec le temps. Tandis que pour la philosophie réaliste de saint Thomas d’Aquin, l’être est la réalité fondamen­tale : les choses sont ce qu’elles sont, elles possèdent une essence stable, et la vérité relative à ces essences ne change pas [7].

Pour la philosophie idéaliste kantienne (dont le modernisme est issu), la vérité est relative au sujet qui connaît. Elle peut donc changer aussi avec le temps (si le sujet qui connaît change), et l’on peut penser et dire aujourd’hui le contraire de ce qu’on disait hier [8].

Le Concile a largement promu la mise en doute du principe de contradic­tion, par son habileté à mélanger les contraires tout en affirmant qu’ils disent la même chose.

Les textes conciliaires mêlent la théologie traditionnelle et la nouvelle théologie : par exemple la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse af­firme qu’elle reprend la doctrine classique de l’Église, et en même temps elle déclare le droit à la liberté religieuse, droit qui était combattu comme une erreur par la théologie antérieure.

A la suite du Concile, certaines déclarations interreligieuses ont été des véritables prouesses pour affirmer en même temps le vrai et le faux, comme s’il n’y avait pas de différence entre les deux [9].

En fait, c’est pratiquement tout le magistère conciliaire qui se voit frappé de cette tare originelle : vouloir mélanger le vrai et le faux pour faire plaisir à tout le monde.

Mais jouer à ce jeu n’est pas sans danger : la résistance à la vérité connue est un péché contre le Saint-Esprit, et à force de contrister le Saint-Esprit, on finit par le faire fuir.

 

*

« On ne se moque pas de Dieu » (Ga 6, 7). Tant par leur présomption (espé­rant le salut sans conditions) que par leur mépris de la vérité, nos contempo­rains pèchent contre le Saint-Esprit, et donc se moquent de Dieu.

Ils sont malheureusement encouragés à cela par le dernier concile.

Le récent Motu proprio du 7 juillet sur la liturgie traditionnelle manifeste un certain intérêt de la Rome conciliaire envers la Tradition et un certain souci de vérité [10].

Il est à souhaiter que ce premier pas soit suivi de plusieurs autres et que les erreurs du dernier concile soient clairement désavouées.

Que Notre-Dame de Fatima, qui a clairement rappelé que le salut ne peut s’obtenir sans certaines conditions et qui a dénoncé les erreurs répandues par la Russie [notamment la négation du principe de contradiction sous la forme du matérialisme dialectique], aide la hiérarchie de l’Église à voir clair et à agir fermement !



[1]  — Peccatum in Spiritum Sanctum est gravissimum (II-II, q. 21, a. 1, ad 1).

[2]  — II-II, q. 14, a. 2. Ce sont : le désespoir, la présomption, l’impénitence, l’obstination, l’opposition à la vérité reconnue, l’envie des grâces accordées à nos frères

* — Pour toute cette question, voir : II-II, q. 21.

[3]  — II-II, q. 21, a. 4.

[4]  — En toute rigueur nous sortons ici du domaine du péché contre le Saint-Esprit, car le principe de contradiction (appelé parfois principe de non-contradiction) n’est pas une vérité de foi, mais une vérité de raison. Toutefois, ce principe est à la base de toute pensée, y compris de la foi. Nier ce principe, c’est nier toute connaissance, même les vérités révélées. De plus, on ne nier ce principe de bonne foi, comme nous le dirons bientôt. — Le concile Vatican II aurait dû enseigner la nécessité d’adhérer à ce principe. On lit en effet dans le premier chapitre du schéma préparé par la commission de théologie (du cardinal Ottaviani) sur le dépôt de la foi [Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Œcumenici Vaticani II, Volumen I (Periodus prima), Pars IV (Congregationes generales XXXI-XXXVI), Typis polyglottis Vaticanis, 1971, p. 653 et sq.] : « Quia vero super principia illa universalia, quæ identitatis, contradictionis, rationis sufficientis, causalitatis efficientis et finalis ab eruditis vocari solent, quæque tam perspicua sunt, ut quasi sponte cuilibet innotescant, integrum ædificium cognitionis humanæ innititur, immo ipse ordo doctrinæ fidei quodammodo superstruitur, ideo Sacrum Concilium docet, principia illa a nemine in dubium ullatenus vocari posse. [Comme l’édifice entier de la connaissance humaine repose sur ces principes universaux que les érudits appellent principes d’identité, de contradiction, de raison suffisante, de causalités efficiente et finale, principes qui sont à ce point évidents qu’ils viennent spontanément à notre connaissance, et comme de plus l’ordre même de l’enseignement de la foi est comme construit sur cette base, le sacré Concile enseigne que ces principes ne peuvent en aucune manière être mis en doute.] »

[5]  — Métaphysique 4 et commentaire de saint Thomas d’Aquin, l. 6, n. 6 : « Verum est autem, quod Heraclitus hoc dixit, non tamen hoc potuit opinari. Non enim necessarium est, quod quicquid aliquis dicit, haec mente suscipiat vel opinetur. [Il est vrai qu’Héraclite à nié ce principe, mais il n’a pu penser cette négation. Il n’est pas nécessaire que ce qu’une personne dit, elle le pense.] »

[6]  — Métaphysique 4 et commentaire de saint Thomas d’Aquin, l. 6, n. 16 : « Talis enim in hac disputatione, qui nihil significat, similis erit plantae [Une telle personne qui, dans cette discussion, ne signifie rien, sera semblable à une plante.] »

[7]  — Par exemple si l’on dit : l’homme est religieux, j’attribue une qualité à la nature (ou essence) humaine et cette vérité ne changera pas. Demain, comme hier, l’homme sera et a été  religieux.

[8]  — « La vérité n'est pas plus immuable que l'homme lui-même, car elle évolue avec lui, en lui et par lui. » (Proposition moderniste condamnée par le décret Lamentabili du 3 juillet 1907).

[9]  — Voir par exemple l’article de Mgr Bernard Fellay, « Les accords luthéro-catholiques », Le Sel de la terre 39 (hiver 2001-2001), p. 39-72.

[10] — Notamment par l’aveu que la messe traditionnelle n’a jamais été interdite, ce qui rompt avec le langage auquel nous étions habitué.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 62

p. 1-4

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