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Histoire du catholicisme

 

 Né en 1965, spécialiste de l’histoire de l’Église, Jean-Pierre Moisset est maître de conférence à l’université de Bordeaux III. Il a publié, chez Flammarion, une Histoire du catholicisme, honorée en 2006 du prix du nouveau cercle de l’Union. En 530 pages, il propose une synthèse de l’histoire de l’Église. Mis à part le « Que sais-je ? » de Jean-Baptiste Duroselle, actualisé par Jean-Marie Mayeur, le 2000 ans d’histoire de l’Église de Paul Christophe, et le récent petit « Que sais je ? » d’Yves Bruley, peu d’universi-taires se sont risqués à traiter d’un coup un aussi vaste sujet.

D’un point de vue strictement méthodologique, la synthèse de Jean-Pierre Moisset, est réussie : aucune période, ni aucune aire géographique ne sont négligées. Le livre est divisé en onze chapitres bien documentés ; les notes de bas de page sont peu nombreuses (vulgarisation oblige), mais pertinentes, bien choisies et parfois importantes. La plume est légère et alerte, la démonstration bien conduite, les mots difficiles expliqués, plusieurs cartes et illustrations adéquates agrémentent la lecture et une intéressante bibliographie couronne l’ouvrage.

On ne mettra donc pas en doute, chez l’auteur, les compétences de l’historien. Mais il lui manque malheureusement l’essentiel pour traiter le sujet choisi : une vision chrétienne de l’histoire. Il nous affirme sans sourciller qu’« il n’est plus possible de croire aujourd’hui comme on croyait jadis » [p. 9] et qu’« on ne saurait donc être catholique aujourd’hui comme hier » [p. 10].

Dès la lecture du premier chapitre, le ton est donné : « Aussi curieux que cela puisse paraître à première vue, il n’est pas satisfaisant de considérer Jésus comme le fondateur du christianisme » [p. 17]. L’auteur s’abstrait de toute intervention divine et de toute manifestation de Dieu au sein du monde. Jésus semble être un homme que les chrétiens prennent pour Dieu. Il met également en doute la véracité des Évangiles, affirmant que la naissance à Bethléem est un théologoumène, c’est-à-dire une affirmation théologique coulée dans un récit d’apparence historique. Sans l’affirmer explicitement, l’auteur semble se rallier à la thèse selon laquelle Jésus aurait eu des frères et sœurs, citant le célèbre livre de John Paul Meier Un certain Juif nommé Jésus. Les données de l’histoire [1]. L’aspect physique de Jésus est, pour lui, complètement inconnu. (Ignore-t-il les travaux scientifiques sur le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo, qui donnent de si intéressantes informations sur la physionomie de Jésus [2] ?) Ce Jésus qui prêche « dans un territoire fertile en prédicateurs exaltés » [p. 21] « déploie une intense activité de thaumaturge et d’exorciste qui s’inscrit dans le contexte d’une époque ouverte aux miracles » [p. 21]. Sa résurrection est relatée au conditionnel.

Après l’étude des croisades, dont il estime le bilan général négatif, J.-P. Moisset s’attarde sur l’inquisition, qu’il défend avec rigueur et justesse. Il dénonce cependant comme une « calomnie » l’accusation de meurtres rituels lancée au moyen âge contre les juifs [p. 202]. La tragique aventure vécue tout récemment par le fils du grand rabbin de Rome pourrait peut-être l’inciter à revoir ce jugement. Historien de la juiverie médiévale, le Dr Toaff a découvert que les communautés juives ashkénazes pratiquaient d’horribles sacrifices humains. En février 2007, il a publié un livre sur le sujet : Passovers of blood : The Jews of Europe and Ritual Murders. Aussitôt attaqué par ses coreligionnaires et soumis à une énorme pression communautaire, il a fini par céder, publier de plates excuses, arrêter la diffusion de son livre et promettre de se soumettre désormais à l’imprimatur juif [3].

Étudiant la guerre des calvinistes contre la France catholique, J.-P. Moisset ne mentionne ni la fureur destructrice des huguenots (iconoclasme), ni les nombreux crimes perpétrés par les protestants, ni les grandes victoires catholiques (Jarnac et Moncontour), ni l’absolution pontificale d’Henri IV en 1593, qui a permis la levée des principales oppositions au règne de ce roi [4].

En revanche, son chapitre sur la Contre-Réforme se penche sur « l’Autre » [avec une majuscule] à l’intérieur des territoires catholiques. Il parle de la discrimination faite en Espagne aux nouveaux chrétiens (descendants de juifs). Mais il n’explique aucunement que le soupçon qui pesait sur eux de demeurer secrètement fidèles à leur confession d’origine était, dans bien des cas, loin d’être sans objet. Les marranes ont bel et bien existé, et leur fausse conversion au christianisme leur permettait de miner de l’intérieur tant la société civile que l’Église [5].

Le dernier chapitre porte essentiellement sur le concile Vatican II et ses suites. Ce concile, qui ouvre une ère de dialogue fraternel, est évidemment considéré comme positif. L’œuvre de Vatican II n’est pas seulement une série de textes féconds, mais «  réside également dans le vaste déblocage mental qui s’opère après des siècles de défiance à l’égard de la modernité et de l’altérité » [p. 461]. L’Église est tiraillée entre les réfractaires au changement et les impatients qui veulent hâter l’évolution. C’est ainsi que Moisset en arrive à Mgr Lefebvre, qu’il accuse d’avoir fondé une « petite Église » [p. 488]. Et pourtant, tout en défendant Vatican II, Moisset laisse apercevoir l’état critique dans lequel se trouve l’Église postconciliaire. Mais pour lui, « la profondeur du malaise touchant le catholicisme occidental » [p. 473] ne doit pas « masquer les dynamiques et les réaménagements qui donnent au catholicisme un nouveau visage » [p. 476]. De plus, « il convient de prendre en considération les masses silencieuses qui se réclament de l’Évangile et reconnaissent une autorité particulière au pape pour mesurer la place réelle de la religion catholique dans la société » [482]. Autrement dit, la vitalité de l’Église actuelle doit être mesurée au retentissement médiatique des voyages de Jean-Paul II, au Renouveau charismatique et au « succès » des JMJ. Conclusion bien superficielle. Mais peut-il en être autrement lorsqu’on étudie l’Église en évacuant le regard de la foi ?

 

Philippe de Longsault

 

— Moisset Jean-Pierre, Histoire du catholicisme, Paris, Flammarion, 2006, 530 pages.





[1] — John Paul Meier, Un certain Juif nommé Jésus. Les données de l’histoire, t. I, Les sources, les origines, les dates, Paris, Le Cerf, 2004.

[2] — Jean-Maurice Clercq, Les grandes reliques du Christ, synthèse et concordances des dernières études scientifiques, Paris, François-Xavier de Guibert, 2007, 162 pages.

[3] — Voir sur le sujet le site internet Les Pâques sanglantes du Dr Ariel Toaff, à l’adresse www.israelshamir.net/French/Fr21.htm.

[4] — Sur la véritable histoire des guerres de religion voir : Defaye Michel, Le Protestantisme assassin au XVIe sièle en France, coll. « Vérité sur l’Histoire », Avrillé, Éditions du Sel, 2006, 76 pages, 8 €.

[5] — Voir Cecil Roth, Histoire des Marranes, Piccolo n°10, Paris, Édition Liana Levi, 2002, 352 pages.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 62

p. 197-199

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