Le scandale d’Assise renouvelé à Naples
Agneau de Dieu, et toi Bouddha, et toi Krishna, et toi Allah,…
Donnez-nous la paix !
par M. l’abbé Philippe François
« A force de tout voir, on finit par s’habituer à tout , et à force de s’habituer à tout, on finit par tout accepter », disait saint Augustin.
Depuis la réunion d’Assise, en 1986, les scandales interreligieux se renouvellent d’année en année, sans qu’on y prête grande attention.
En 2007, cependant, Benoît XVI a tenu à participer à la réunion interreligieuse organisée à Naples pour le 21e anniversaire d’Assise.
Nous reproduisons ici le commentaire qu’a fait de cet événement M. l’abbé Philippe François (de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X) dans le Bulletin du Prieuré Marie-Reine [1].
On trouvera à la suite :
– l’allocution prononcée par le pape Benoît XVI à cette occasion (avec, en note, quelques commentaires) ;
– la lettre adressée par Mgr Fellay à Jean-Paul II le 28 octobre 1999 pour protester solennellement contre le renouvellement du scandale d’Assise à Rome ;
– le sermon de Mgr Lefebvre après l’annonce d’Assise (Écône, 27 juin 1986, extrait).
Le Sel de la terre.
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II est très croyable que l’Antéchrist ménagera, pour s’élever, tous les partisans des fausses religions. Il s’annoncera comme plein de respect pour la liberté des cultes, une des maximes et un des mensonges de la bête révolutionnaire [...].
Malheur aux chrétiens qui supportent sans indignation que leur adorable Sauveur soit mis, pêle-mêle avec Bouddha et Mahomet, dans je ne sais quel panthéon de faux dieux !
Tous ces artifices, pareils aux caresses du cavalier qui veut monter en selle, gagneront insensiblement le monde à l’ennemi de Jésus-Christ ; mais une fois affermi sur les étriers, il fera jouer le frein et les éperons ; et la plus épouvantable tyrannie pèsera sur l’humanité [...].
Ainsi, quand l’Antéchrist aura asservi le monde, quand il aura placé partout ses lieutenants et ses créatures, quand il pourra faire jouer à son profit tous les ressorts d’une centralisation poussée à son comble : il lèvera le masque, il proclamera que tous les cultes sont abolis, il se donnera comme le Dieu unique et, sous les peines les plus affreuses et les plus infamantes, voudra forcer tous les habitants de la terre à adorer, à l’exclusion de toute autre, sa propre divinité.
C’est là que viendra aboutir la fameuse liberté des cultes, dont on fait tant d’étalage ; la promiscuité des erreurs exige logiquement cette conclusion.
Père Emmanuel, Étude sur l’Église - Le drame de la fin des temps, Bulletin de N.-D. de la Sainte-Espérance, juin 1885.
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Le matin du dimanche 21 octobre, en visite pastorale à Naples, après avoir célébré la messe sur une place de la ville, le pape Benoît XVI s’est adressé à une cinquantaine de chefs de délégations des deux cents « responsables des grandes religions mondiales » (hérétiques-schismatiques anglicans, « orthodoxes » et protestants, rabbins, ayatollahs, imams, bouddhistes, hindouistes, shintoïstes, etc.), réunis à Naples du 21 au 23 octobre pour la XXIe Rencontre internationale des religions pour la paix, organisée tous les ans, depuis la première réunion interreligieuse d’Assise en 1986, par la communauté Sant’-Egidio.
C’est à des catholiques, soutenus officiellement par le Vatican, que revient l’initiative de ces rencontres et, dans son intervention, le pape a tenu à les en remercier publiquement.
Le souverain pontife a ensuite déjeuné avec un nombre plus important des participants.
Comme chaque année, plusieurs cardinaux prenaient part à cette rencontre de trois jours, notamment : le cardinal Kasper, président du conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens ; le cardinal Tauran, président du conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux ; le cardinal Sepe, archevêque de Naples ; et le cardinal Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la conférence épiscopale française.
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Depuis vingt-et-un ans que ces manifestations interreligieuses annuelles existent, quatre fois seulement les papes y ont été présents physiquement : Jean-Paul II en 1986 (Assise I), 1999 (Rome) et 2002 (Assise II) ; Benoît XVI en 2007 (Naples). Les autres années, ils ont simplement adressé un message de soutien. La présence du Saint-Père à la Rencontre internationale des religions pour la paix, pour la première fois de son pontificat, revêt donc une importance exceptionnelle dans l’histoire de ces rencontres. Elle souligne sa volonté de faire progresser l’œcuménisme dans la ligne de ses visites à la synagogue de Cologne (août 2005 [2]) et à la Mosquée Bleue d’Istanbul (novembre 2006 [3]).
Dans son salut aux participants, Benoît XVI a loué son prédécesseur pour l’organisation des rencontres d’Assise en 1986 et 2002 et, dans la fidélité à « l’authentique esprit d’Assise », il a réaffirmé que « les religions peuvent et doivent offrir de précieuses ressources pour construire une humanité pacifique ». En conclusion, il a adressé sa prière « au Dieu éternel » (lequel de tous les dieux représentés ?) pour « faire de nous tous des artisans de la civilisation de l’amour ».
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Plus de vingt ans après Assise, quel catholique est encore horrifié par un tel acte ?
L’insulte à Notre-Seigneur Jésus-Christ, unique Prince de la paix, le scandale pour la foi dans les âmes des fidèles, la trahison de la mission confiée à Pierre et à l’Église laissent désormais indifférents les catholiques conciliaires trompés, empoisonnés par l’œcuménisme et la liberté religieuse de Vatican II. Selon un sondage de l’IFOP publié par La Croix du 12 novembre 2007, 63% des catholiques pratiquants en France – ils sont déjà bien rares – pensent que « toutes les religions se valent ».
Comment le pape peut-il inviter les représentants des fausses religions à prier leurs faux dieux, lui qui est le vicaire de celui qui a dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : “ Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et ne rendras de culte qu’à Lui ” » (Dt 6, 13 ; Mt 4, 10) ?
Comment les nations pourraient-elles trouver la paix (qui est la « tranquillité de l’ordre juste », selon la définition de saint Augustin), compte tenu de la blessure du péché originel dans chaque homme, si elles ne se convertissent pas et ne recourent pas à leur Médiateur et Prêtre, leur Sauveur et leur Roi, si elles ne désirent pas la paix du Christ-Roi ?
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Le 28 octobre 1999, Jean-Paul II avait réuni une pareille assemblée à Rome, place Saint-Pierre.
Suivant l’exemple de Mgr Lefebvre en 1986, Mgr Fellay lui avait écrit la lettre d’indignation que nous reproduisons. Deux ans et demi après son élection, Benoît XVI se réclame ouvertement de l’esprit d’Assise ; ces lignes sont, hélas, toujours d’actualité !
Le 7 juillet dernier, notre supérieur général concluait en ces termes sa lettre aux fidèles sur le Motu Proprio :
L’enjeu du débat entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est essentiellement doctrinal […] c’est donc avec la même fermeté qu’il nous faut poursuivre avec l’aide de Dieu le combat pour la lex credendi, le combat de la foi.
« Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères », a dit Notre-Seigneur à saint Pierre (Lc 22, 32).
Prions sans nous lasser pour cette conversion.
Abbé Philippe François
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Salut du pape Benoît XVI
Rencontre à Naples avec les chefs des délégations participant à la XXIe « Rencontre Internationale pour la Paix »
Aula Magna du Séminaire archiépiscopal de Capodimonte,
Dimanche 21 octobre 2007 [4]
Sainteté, Béatitudes,
Éminentes autorités,
Représentants des Églises et des communautés ecclésiales,
Chers responsables des grandes religions mondiales,
Je saisis volontiers cette occasion pour saluer les personnalités réunies ici à Naples pour le XXIe meeting sur le thème : « Pour un monde sans violence – Religions et cultures en dialogue ». Ce que vous représentez exprime en un certain sens les différents mondes et patrimoines religieux de l’humanité, que l’Église catholique considère avec un respect sincère et une attention cordiale [5]. Une parole de reconnaissance va à monsieur le cardinal Crescenzio Sepe et à l’archidiocèse de Naples qui accueille ce meeting, ainsi qu’à la communauté de Sant’-Egidio, qui travaille avec dévouement pour favoriser le dialogue entre les religions et les cultures dans l’« esprit d’Assise ».
La rencontre d’aujourd’hui nous ramène en esprit en 1986, lorsque mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II invita sur la colline de saint François les hauts représentants religieux à prier pour la paix [6], soulignant en cette circonstance le lien intrinsèque qui unit une authentique attitude religieuse avec une vive sensibilité pour ce bien fondamental de l’humanité [7]. En 2002, après les événements dramatiques du 11 septembre de l’année précédente, Jean-Paul II convoqua à nouveau à Assise les chefs religieux, pour demander à Dieu que soit mis un terme aux graves menaces qui pesaient sur l’humanité, en particulier à cause du terrorisme.
Dans le respect des différences des diverses religions [8], nous sommes tous appelés à travailler pour la paix et à un engagement effectif pour promouvoir la réconciliation entre les peuples. Tel est l’authentique « esprit d’Assise », qui s’oppose à toute forme de violence et à l’abus de la religion comme prétexte à la violence. Face à un monde déchiré par les conflits, où l’on justifie parfois la violence au nom de Dieu, il est important de réaffirmer que jamais les religions ne peuvent devenir des véhicules de haine ; jamais en invoquant le nom de Dieu, on ne peut arriver à justifier le mal et la violence [9]. Au contraire, les religions peuvent et doivent offrir de précieuses ressources pour construire une humanité pacifique, car elles parlent de paix au cœur de l’homme [10]. L’Église catholique entend continuer à parcourir la voie du dialogue pour favoriser l’entente entre les différentes cultures, traditions et sagesses religieuses. Je souhaite vivement que cet esprit se diffuse, en particulier toujours davantage là où les tensions sont les plus fortes, là où la liberté et le respect pour l’autre sont niés et où des hommes et des femmes souffrent des conséquences de l’intolérance et de l’incompréhension.
Chers amis, que ces jours de travail et d’écoute dans la prière soient fructueux pour tous. J’adresse dans ce but ma prière au Dieu éternel, afin qu’il déverse sur chacun des participants au meeting l’abondance de ses bénédictions, de sa sagesse et de son amour. Puisse-t-il libérer le cœur des hommes de toute haine et de toute racine de violence et faire de nous tous des artisans de la civilisation de l’amour [11].
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Lettre de Mgr Fellay à Jean-Paul II
protestant solennellement contre le renouvellement du scandale d’Assise à Rome le 28 octobre 1999
Menzingen, le 27 octobre 1999
Très Saint Père,
En 1986, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro-Mayer ont pensé qu’il était de leur devoir de vous reprendre publiquement selon l’exemple de saint Paul (Ga 2, 11) à cause de la réunion de prière à Assise, à laquelle vous aviez convié les principales « religions » du monde. Ce péché public contre le premier commandement de Dieu et contre le premier article du Credo, cette grande offense à la Majesté souveraine de l’unique vrai Dieu, Un et Trine, fut un immense scandale pour les fidèles.
Comment pouviez-vous, vicaire du Christ, vicaire du solus Sanctus, solus Dominus, soIus Altissimus, vous mêler aux représentants de « religions » qui nient sa divinité ? Comment pouviez-vous humilier l’Église catholique, unique Épouse de Notre-Seigneur Jésus-Christ (Ep 5, 26-27) en la ravalant au rang de sociétés fondées non par Dieu, mais par la volonté de l’homme (Jn 1, 13) ? Comment pouviez-vous inviter à prier Dieu des adeptes de « religions » qui refusent l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus (1 Tm 2, 5) ou qui, niant l’existence d’un Dieu personnel et unique, ne sont qu’athéisme et idolâtrie ? Comment pouviez-vous justifier cette invitation en affirmant que le Saint-Esprit habite mystérieusement en chaque homme, alors que saint Paul enseigne le contraire (Rm 8, 9) ?
Au moment où vous allez renouveler le scandale d’Assise, le 28 octobre, sur la place Saint-Pierre à Rome, nous osons protester solennellement contre ce péché et, invoquant l’autorité de vos prédécesseurs assez récents, vous opposer la condamnation qu’ils en ont faite ainsi que des erreurs sous-jacentes : Pie IX dans le Syllabus (prop. 16-18), Léon XIII réprouvant le « Congrès des religions » de Paris (lettre du 15 septembre 1895) et Pie XI dans Mortalium animos.
Par ces réunions « interreligieuses », vous ne confirmez pas vos frères dans la foi, bien au contraire vous promouvez un immense indifférentisme et provoquez la division à l’intérieur de l’Église. En outre, les thèmes humanistes, terrestres, naturalistes de ces rencontres font déchoir l’Église de sa mission toute divine, éternelle et surnaturelle, au niveau des idéaux maçonniques d’une paix mondiale en dehors de l’unique Prince de la paix, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Mgr Lefebvre reconnut dans le funeste événement d’Assise un des « signes des temps » qui permettaient de procéder légitimement à des sacres épiscopaux sans votre consentement et de vous écrire que « le temps d’une franche collaboration n’était pas encore venu ». Les treize ans écoulés de votre pontificat n’ont effacé en rien ces signes ni leurs conséquences calamiteuses dans l’Église, ni la blessure qu’ils causent aux coeurs des catholiques fidèles. […]
[Suit une critique de la Déclaration commune de l’Église catholique et de la Fédération luthérienne mondiale sur la justification du 31 octobre 1999.]
Ces lignes bien graves ne nous sont dictées que par l’amour de notre mère la sainte Église catholique, du Saint-Siège apostolique et du pape.
Daignez agréer, Très Saint Père, l’expression de notre filial dévouement,
† Bernard Fellay,
évêque auxiliaire au service de la Fraternité Saint-Pie X,
supérieur général [12].
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Il n’y a pas de péché plus grave
que celui de déshonorer Dieu !
Sermon de Mgr Lefebvre après l’annonce d’Assise
(Écône, 27 juin 1986, extrait)
[…]
Si nous voulons pratiquer la charité selon les commandements de Dieu, tout d’abord nous devons remarquer que les premiers s’adressent à Dieu et qu’ils expriment l’amour de Dieu. Le catéchisme du concile de Trente nous rappelle qu’ils se présentent en deux tables, l’une contient les trois premiers commandements qui regardent l’amour de Dieu ; l’autre ceux qui prescrivent l’amour envers le prochain. Pourquoi cette distinction ? Parce qu’il y a une distinction énorme entre Dieu et les hommes, entre Dieu et le prochain. Dieu est Dieu. Dieu est notre Créateur. Et le premier commandement de Dieu est précisément celui-là : « Tu adoreras Dieu. Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement. » Un seul Dieu.
« Il n’y a pas d’autre Dieu que moi »
Et dans l’Écriture, il était dit dans le décalogue : « Tu ne mettras pas d’autre Dieu que moi devant moi ». « Tu ne mettras pas devant moi d’autres dieux, des dieux étrangers ». Et Dieu a le droit de le dire. Il est le seul à avoir ce droit. Personne d’autre que lui ne peut dire à tous les anges, à tous les hommes, à toutes les créatures : « Vous ne mettrez pas devant moi d’autre Dieu que moi. Pourquoi ? Parce que c’est moi qui vous ait créés, qui vous ai conçus, qui vous ai faits. Si vous vivez c’est à cause de moi. C’est moi qui vous ai tout donné. Vous n’avez donc qu’un Dieu et vous l’adorerez. »
Quelle leçon, mes biens chers frères ! Aujourd’hui, combien est-il utile de nous rappeler ce premier commandement qui est celui qui domine toute notre vie et qui dominera toute notre vie éternelle. Adorer Dieu et n’adorer qu’un seul Dieu : le Dieu qui nous a créés, qui nous a faits, le Dieu qui nous supporte dans l’existence et sans lequel nous ne serions rien. Notre-Seigneur nous l’a répété. Sans moi vous ne pouvez rien faire. Et en effet, sans Dieu, nous ne pouvons rien faire. Soyons donc attachés à ces commandements de Dieu et en particulier au premier commandement qui nous oblige aussi à croire, à avoir la foi. Dieu nous l’a dit : « Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné ». Il avait le droit de le dire. Il a le droit à l’obéissance de notre intelligence pour croire à sa parole, à ce qu’il nous révèle, pour croire à la voie qu’il a choisie pour notre rédemption, pour notre salut. Il n’y en a qu’une : c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même. C’est Dieu lui-même, crucifié sur le bois de la croix. Voilà la voie de notre salut qu’il a choisie et qu’il avait le droit de choisir, ce que personne ne peut lui contester. Qui est comme Dieu ? Qui peut discuter les voies de Dieu ? Nous, pauvres créatures insignifiantes qu’un souffle abat, comme l’herbe des champs, ainsi que le disent les psaumes. Aujourd’hui ils sont en fleur, demain ils sont fauchés et mis au grenier. Que sommes-nous ? Rien ! Oserons-nous discuter à Dieu la voie qu’il a choisie pour nous sauver ? Il a voulu la croix. Nous devons le suivre et porter notre croix à sa suite, l’imiter dans sa croix par l’horreur du péché et par l’amour de Dieu jusqu’à notre sang, à donner notre vie pour lui et pour notre prochain pour l’amour de Dieu. C’est une grande leçon qu’il nous faut nous rappeler aujourd’hui.
Il n’y a pas de péché plus grand que celui de déshonorer Dieu, d’enlever l’honneur de Dieu, de le mépriser. Il n’y a pas de faute plus grave pour l’homme que d’oublier Dieu, que de vivre comme si Dieu n’existait pas. C’est un mépris insensé. Les psaumes le disent : le bon Dieu regarde sur la terre si les hommes le recherchent, s’ils pensent à lui et il n’en trouve presque aucun. Est-ce que cela n’est pas encore la réalité aujourd’hui ? Quels sont les hommes qui honorent Dieu comme Dieu doit être honoré : par Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Voilà la question que nous devons nous poser : nous-mêmes vivons-nous ce premier commandement ? Honorons-nous vraiment Dieu ? Dieu fait-il partie de notre vie ? Est-il toujours présent à nos esprits, à nos intelligences, dans tous les événements, dans toutes les décisions que nous avons à prendre, dans tous les choix que nous avons à faire, est-ce que Dieu intervient ? Est-ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ intervient ?
Il n’y a pas de péché plus grave que de s’éloigner de Dieu, de mépriser Dieu, d’oublier Dieu et de lui être infidèles. L’infidélité est le péché contre la foi et il consiste précisément à s’éloigner de Notre-Seigneur et en particulier à mettre Jésus-Christ au rang de tous les dieux. Je pense qu’il n’y a pas de péché plus grave que celui-là. Si Notre-Seigneur, si Jésus, si Dieu a dit aux fidèles de l’ancien Testament : Vous ne placerez pas devant moi des dieux étrangers car je suis le seul Dieu que vous devez honorer, alors, mes biens chers frères, que se passe-t-il aujourd’hui ? Sommes-nous aveugles ? Sommes-nous sourds ? Que s’est-il passé dans notre chère Église catholique pour qu’on en arrive à mettre les faux dieux, les dieux étrangers, au rang de celui qui nous a créés, qui est le Maître de l’univers et qui aujourd’hui pourrait faire disparaître ces montagnes qui sont dressées devant nous, comme on le ferait d’un jeu de cartes. Nous le verrons bien à la fin des temps.
Remettre Notre-Seigneur à la place d’honneur
Devant cette imposture, devant ces pasteurs qui perdent la foi et qui la font perdre, qui conduisent dans le chemin de l’apostasie et de l’erreur, que devons-nous faire ? Quelle doit être notre conduite ? Réaffirmer le premier commandement, réaffirmer la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il n’y a pas d’autre fondement, dit saint Paul, que Jésus-Christ et Jésus crucifié. Il n’y a pas d’autre fondement à notre vie, à notre foi. Nous devons remettre Jésus-Christ à sa place : à la place d’honneur dans nos familles, dans nos foyers, dans notre cellule, dans notre cœur, dans notre vie. Partout la croix de Notre-Seigneur doit être présente. Partout nous devons honorer celui qui nous a créés et qui est descendu s’incarner et vivre parmi nous pour nous sauver. Il n’y a pas d’autre Dieu. Combien de fois Dieu le répète-t-il dans les psaumes ? « Je suis le seul Dieu. Il n’y a pas d’autre Dieu que moi » et il a raison. Il n’y a pas d’autre Dieu que celui qui a fait le ciel et la terre. Qui fecit cœlum et terram. Per quem omnia facta sunt. Par qui tout a été fait. Qui peut douter de cela ?
Réaffirmons au moment où précisément des erreurs circulent et malheureusement par nos pasteurs, notre résolution de demeurer fidèles aux commandements de Dieu, au premier commandement et à la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Réaffirmons notre foi en Dieu, en un seul Dieu, en Notre-Seigneur Jésus-Christ, en le faisant régner partout. C’est la réponse que l’Église a toujours faite devant les erreurs.
Lorsque les hérésies, les erreurs ont apparu dans l’histoire, qu’a fait l’Église ? Elle a réuni un concile, sinon les papes eux-mêmes ont écrit des encycliques pour réaffirmer publiquement la vérité qui est contraire à ces erreurs. Quand, au XVe siècle, on a déjà voulu affirmer que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’était pas présent dans la sainte eucharistie, l’Église a encouragé les processions du Saint-Sacrement, l’honneur rendu à l’eucharistie. Des congrégations ont été fondées pour adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ nuit et jour dans la sainte eucharistie, pour réaffirmer le dogme de la vérité contre l’erreur. Nous allons faire la même chose maintenant. Nous allons promettre à Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Dieu, de n’honorer que lui et de ne pas en honorer d’autre, de refuser tout honneur, tout respect ou soi-disant respect donné à de faux dieux, à ceux qui sont des inventions du diable pour détourner les âmes de la foi et les entraîner en enfer. Ne craignons donc pas d’affirmer notre foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, que nos chapelles, où, mes chers amis, vous allez offrir le saint sacrifice de la messe, soient tout entières un acte de respect et d’adoration de Notre-Seigneur. Que tout rappelle la divinité de Jésus-Christ, sa toute-puissance, l’honneur et les actions de grâces que nous lui devons, ainsi que la demande que nous devons faire tous les jours du pardon de nos péchés […] [13].
[1] — Bulletin du Prieuré Marie-Reine (195, rue de Bâle, 68100 Mulhouse), novembre 2007.
[2] — Voir Le Sel de la terre 54, p. 204-205 : « Quel mal y a-t-il à visiter la synagogue ? » (NDLR.)
[3] — Voir Le Sel de la terre 61, p. 168-177 et 200-201. (NDLR.)
[4] — Traduction officielle du site internet du Vatican. — Les soulignements en italiques et les notes de bas de page sont de la rédaction du Sel de la terre.
[5] — Benoît XVI est ici dans la ligne de la déclaration Nostra ætate (du concile Vatican II) : « L’Église catholique considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de vérité qui illumine tous les hommes » (§ 2). — En réalité, la sainte Église respecte les hommes égarés dans de fausses religions, mais non pas ces fausses religions elles-mêmes. Bien sûr, les « différents patrimoines religieux de l’humanité » contiennent quelques éléments bons (préceptes de morale naturelle, vérités religieuses héritées de la Révélation), mais englobés dans un système qui les déforme et les rend esclaves de l’erreur (la parcelle de vérité sert à rendre le mensonge vraisemblable). En tant que corps constitués, ces systèmes d’erreurs que sont les fausses religions ne méritent aucun respect. Ils ne mènent pas vers Dieu, mais, au contraire, en détournent.
[6] — Inviter les chefs des fausses religions à exercer publiquement leurs faux cultes pour demander la paix à Dieu, c’est laisser entendre que ces faux cultes seraient agréables à Dieu. Tel est le scandale d’Assise. Malheureusement, Benoît XVI l’approuve ici explicitement. On est loin d’être sorti de la crise !
[7] — Le fanatisme (qui met la violence au service de la religion) est visé dans ce passage. Il est présenté comme une déviation, une fausse attitude religieuse. Et il l’est en réalité, mais pas plus que la superstition ou l’idolâtrie. Or « l’authentique attitude religieuse » est ici invoquée pour enrôler les fausses religions (essentiellement superstitieuses ou idolâtres) dans une sorte de grande croisade contre le fanatisme. Autant inviter les principaux trafiquants de drogue de la planète à un grand congrès pharmaceutique et invoquer la protection de la santé publique pour les inciter à mieux contrôler la qualité de leurs produits.
[8] — Benoît XVI n’a peut-être pas pesé exactement le poids de ses paroles, mais, objectivement, elles vont encore plus loin que Vatican II. Le texte de Nostra ætate (cité plus haut) affirmait que l’Église respectait les « règles et les doctrines » des fausses religions à cause des vérités qu’elles contenaient, et malgré leurs différences d’avec la religion catholique (« quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points »). Les fausses religions étant nécessairement dans l’erreur sur les points où elles diffèrent de la religion catholique, ces différences étaient encore considérées comme des obstacles au respect. Aujourd’hui, nouveau progrès, ce sont ces différences elles-mêmes qui doivent être respectées.
[9] — Peut-être dans l’espoir d’assagir l’islam (qui a toujours inclus la guerre sainte dans ses principes fondamentaux), Benoît XVI semble proposer à toutes « les religions » (sans distinguer la vraie des fausses) une sorte de « code de déontologie » commun, qui bannirait toute forme de fanatisme, de terrorisme ou de violence religieuse. Ce faisant, il pose la paix sur terre comme un critère permettant de distinguer entre les « bonnes » religions (pacifiques, et donc dignes de respect) et les autres (qui ne méritent même pas le titre de « religion »). Et, certes, ce critère peut avoir une certaine importance au plan politique ou diplomatique, mais il élude l’essentiel. Est essentiellement bonne (et vraiment religieuse) la religion qui oriente vraiment vers Dieu ; essentiellement mauvaise toute « religion » qui en détourne (tout culte idolâtrique ou superstitieux, par exemple). L’attitude du pape contribue malheureusement à obscurcir cette vérité élémentaire.
[10] — Omettant toujours de distinguer la vraie religion des fausses, Benoît XVI semble en venir à prendre ses désirs pour des réalités. Le Talmud et le Coran (avec leurs imprécations contre les chrétiens) parlent-ils vraiment de paix au cœur de l’homme ?
[11] — Ce thème de la civilisation de l’amour a été lancé par Jean-Paul II (19 décembre 1980). Mais quel est cet « amour » ? Si c’est la charité du Christ, il nécessite, de toute urgence, une conversion au Christ. Sinon, ce ne peut être qu’une utopie.
[12] — Le texte intégral de cette lettre avec les citations précises des documents auxquels se réfère Mgr Fellay est paru dans Le Sel de la terre 31, p. 172-177.
[13] — Texte intégral du sermon dans Fideliter 52 (juillet-août 1986), p. 6-9.

