Nouvelles chrétiennes : Irak
Enlèvement et mort de Mgr Rahho
Pendant que les autorités conciliaires sont tout sourire avec les représentants de l’islam [1], les dernières chrétientés d’Orient disparaissent dans d’affreuses souffrances. Honte à ceux qui pourraient et qui devraient parler ! Ils auront un jour à rendre compte de leur silence criminel.
« En Europe nous ne sommes pas soutenus, on soutient l’islam : mais plus ils obtiennent là-bas de considération, plus ils sont durs à notre égard ici », remarque une sœur missionnaire à Lahore, au Pakistan [2].
La dépêche que nous communiquons ici provient de « RU », le service de presse de l’UNEC [3]. Nous y ajoutons quelques détails sur la mort de Mgr Rahho provenant de l’AFP.
Le Sel de la terre.
IRAK : Puisque la télévision française escamote cette nouvelle – n’ayant des yeux que pour l’otage colombienne Ingrid Betancourt même s’il n’y a rien de nouveau depuis 7 ans –, nous essayons avec nos pauvres moyens de révéler ici, à leur place, ce qui s’est passé ce week-end en Irak.
Le vendredi 29 février 2008, à 17h 30, Mgr Rahho, archevêque des Chaldéens catholiques à Mossoul, une ville située juste avant la région autonome kurde dans le nord de l’Irak, venait de prier le Chemin de Croix avec ses fidèles dans l’église du Saint-Esprit. Après la cérémonie, à peine remonté dans sa voiture pour repartir à sa résidence, un homme armé s’approche de la voiture, tue de plusieurs balles le chauffeur et deux gardes du corps et part avec l’archevêque vers un endroit inconnu. Les trois tués étaient tous chrétiens, pères de famille ayant neuf enfants au total. Depuis, pas de nouvelles de l’archevêque qui est souffrant et nécessite quotidiennement des médicaments, sauf des rumeurs de demande de rançon. Toute l’Église catholique en Irak se mobilise actuellement pour collecter les sommes nécessaires pour libérer Mgr Rahho.
Mais il faut savoir que la plupart des chrétiens fortunés sont partis depuis fort longtemps de l’Irak, un pays devenu terre de persécutions de toutes sortes pour les chrétiens depuis l’invasion des Américains et de leurs porte mitraillettes en Irak en mars 2003. La chrétienté a diminué depuis 5 ans, de 800.000 fidèles sous Sadam Hussein, à 400.000 aujourd’hui, pour la plupart des gens pauvres qui n’ont pas de quoi financer leur fuite vers la Syrie, la Jordanie ou le Kurdistan tout proches où des centaines de milliers de réfugiés iraquiens – dont 30 à 40 % de chrétiens ! – s’entassent en attendant de pouvoir rentrer chez eux. A Mossoul, des 40.000 chrétiens d’il y a 5 ans encore il ne reste plus que quelques centaines. Pour tout cela, nous devons dire un grand merci à un certain Georges Bush et un certain Tony Blair, des gangsters qui jouent devant le monde entier la comédie d’être « personnellement des chrétiens ».
Il est vrai que Mossoul en Mésopotamie, une des plus anciennes villes du monde, christianisée dès le 2e-3e siècle, est aujourd’hui un melting-pot de groupes ethniques. La persécution récente des chrétiens y a fait plusieurs victimes.
Le 11 octobre 2006 le Père Paulos Iskander, curé à Mossoul, a été enlevé. Pendant deux jours de négociation la somme requise par les ravisseurs fut collectée et transmise, mais le prêtre a finalement été décapité après torture (jambes et bras coupés). Le motif avait été les propos du pape à Ratisbonne sur l’Islam. Les ravisseurs exigèrent que le prêtre se distance de ces propos, ce qu’il a fait lui-même ainsi que sa famille.
Dix jours plus tard, le 21 octobre 2006, un jeune chrétien de 14 ans, du nom de Iyad Yanhar, fut décapité à 6 heures du matin à Bakuba, dans la province de Diala à l’est de Bagdad. Les agresseurs lui lancèrent : « Allah u Akbar » (Allah est grand), et « Tu es un chrétien, un mécréant ». Le garçon avait juste le temps de répondre, suivant un témoin caché : « Oui, je suis chrétien, mais je ne suis pas un mécréant », avant d’être massacré.
Depuis 2004 il y a eu 46 attaques sur les églises. Les chrétiens reçoivent souvent des menaces disant qu’il faut qu’ils quittent la ville sous 48 heures. Après leur départ, ces « fils de Mohammed » se partagent le butin, c’est-à-dire la maison et ce qu’il y a dedans, car ces chrétiens n’ont même pas le temps d’emmener leurs biens. Des jeunes filles chrétiennes disparaissent, donnant parfois des signes de vie par des coups de téléphone anonymes : « Je suis maintenant musulmane, convertissez vous à l’islam, je vous en supplie ! » (détail révélé à notre rédaction par Mgr Georges El-Murr résidant actuellement à Amman en Jordanie).
Enfin, le 3 juin 2007 le prêtre chaldéen Raghid Ganni et ses trois diacres furent assassinés à Mossoul près de la même église du Saint-Esprit, après la messe. Les agresseurs firent sortir de la voiture l’épouse d’un des diacres et tuèrent ensuite tous les autres au revolver.
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Le corps de l'archevêque Faraj Rahho, 65 ans, a été retrouvé mort jeudi 13 mars sur les indications de ses ravisseurs en périphérie de Mossoul. L'archevêque était décédé depuis au moins 72 heures lorsque son cadavre a été découvert, selon les autorités militaires de Mossoul. […] Selon Ishtar [télévision irakienne chrétienne], les ravisseurs exigeaient, pour libérer leur otage, le paiement d'une rançon de trois millions de dollars, la libération de plusieurs prisonniers (des combattants étrangers) et enfin que les « chrétiens contribuent au jihad ». […] Mgr Rahho a fait l'objet de pression psychologique, ses ravisseurs l'empêchant de prier, toujours selon Ishtar. « Il est resté ferme dans sa foi jusqu'à la fin », affirme cette source.
Merci, Monseigneur Bouilleret !
Depuis plusieurs mois, les catholiques traditionalistes d’Amiens, ayant perdu leur lieu de culte, sont contraints d’assister à la messe en plein air. L’évêque d’Amiens n’a pas d’église à mettre à leur disposition.
Le Docteur Dickès a adressé le 23 décembre 2007 une lettre ouverte à Mgr Bouilleret, évêque d’Amiens. Nous en donnons ici le contenu, tiré du site de l’Association Catholique des Infirmières, Médecins et Professionnels de Santé (http://www.acimps.org).
Le Sel de la terre.
Monseigneur,
Ce matin il y avait autant de monde, voire même plus que lors de la première messe sous la voûte céleste.
Mais ayant assisté à presque toutes ces messes, je constate un changement important.
Au début, nous étions comme une sorte de troupeau traqué, subissant les malheurs du sort (et surtout de la pluie glacée).
L’ambiance est désormais tout autre. Apparemment tous les participants, tout aussi nombreux, voire plus, d’où qu’ils venaient, ont compris que la lutte serait longue. Mais qu’il faudrait tenir. L’impression est donc celle d’une sorte de confiance tranquille. Les mines se sont décrispées et se sont épanouies.
Ils tiennent là parce que c’est leur devoir. Celui de leur conscience. Pas plus compliqué.
Merci, Monseigneur, de les avoir fortifiés.
J’ai fait environ deux cents conférences sur la bioéthique dans toute la France et à la demande de diverses organisations de diverses tendances. Je suis allé partout en France, et en d’autres pays, bien sûr, sauf à Amiens. Pourquoi ? Il existe là (et aussi ailleurs) depuis longtemps des divisions entre traditionalistes pour des raisons longues à expliquer. Faire une conférence au nom d’un groupe aurait apparu une offense à l’autre, et inversement. Ces groupes sont désormais unis dans une même cause. Après 10 ans de difficultés vous avez réussi à unir ce qui aurait du rester l’être. Merci, Monseigneur.
Je suis un vieux de la vieille. Depuis près de quarante ans nous avons connu la messe dans les garages, « la vie de salon » (le mien) et aussi la vie de château. Nos paroisses se multiplient. Mais notre souci principal était ceux de la génération suivante. Comprendraient-ils le message des « anciens combattants » ? Les scouts et élèves qui étaient dans le froid dimanche il y a huit jours l’ont compris grâce à vous. Merci, Monseigneur.
Mais l’exemple que vous donnez à toute la France est fantastique. Vous permettez de comprendre que vos paroles quand elles parlent de charité, d’ouverture, de « sens des autres », d’accueil, d’oecuménisme ne sont que des mots emportés par le vent. Vous venez de donner un coup terrible à l’oecuménisme de façade. Merci, Monseigneur.
Mais maintenant, de plus en plus de catholiques comprennent ce que vous faites. Les Amiénois me disent voir des paroissiens qui sont stupéfaits de votre dureté de coeur, des mensonges prétendant que nous sommes excommuniés alors que la dite excommunication ne concerne ni les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ni les fidèles qui fréquentent leurs églises et chapelles. Ces gens-là maintenant seront, à Noël et le dimanche d’après, avec nous à se geler dans le froid en union avec le sacrifice de la crèche. Merci, Monseigneur.
Le monde a perdu le sens de la souffrance. Je le sais en tant que médecin. Chacun a envie de se laisser dorloter, de se chauffer auprès d’un feu de bois ou d’être entre amis. Nous étions sur les routes, et attendions dans le froid. Nous apprenons le sens de la souffrance physique et morale, psychologique dirait-on de nos jours. Et nous nous unissons intimement et humblement il est vrai au sacrifice de la Croix. Et ceci grâce à vous. Merci, Monseigneur.
Merci, Monseigneur. Que le Bon Dieu vous tienne en sa sainte miséricorde.
Dr Jean-Pierre Dickès
Président de l’Association Catholique des Infirmières, Médecins et
Professionnels de Santé.
Mgr Ngô Dinh Thuc et le communisme
Mgr Pierre-Martin Ngô Dinh Thuc (1897-1984), évêque de Vinh Long, puis archevêque de Hué au Vietnam, est connu pour avoir sacré, après le Concile, un certain nombre d’évêques sédévacantistes.
Le colonel Jean Leroy, eurasien, participa efficacement à la défense de l’Indochine puis du Vietnam indépendant contre le communisme. En quelques mois il réussit – exploit unique salué par la presse mondiale – à pacifier la province la plus riche et la plus peuplée de Cochinchine, Bentré, grâce, notamment, à de sages réformes sociales. Le 1er septembre 1948, il mit sur pied les Unités Mobiles de Défense des Chrétientés (U.M.D.C.), d’abord sous le nom de « Brigades catholiques ». Formées de soldats autochtones, elles rassemblèrent très vite des effectifs de 25 000 hommes, soit le cinquième du corps expéditionnaire. La réaction de certains membres du clergé fut très négative.
Le témoignage du colonel Leroy nous fait connaître un aspect insoupçonné de la personnalité de Mgr Thuc : son philo-communisme. Il nous a paru utile de le faire connaître [4].
Le Sel de la terre.
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Mes trois brigades étaient sur pied. Je leur donnai comme insigne la Croix et l’Épée surmontées de la devise latine Pro Deo et Patria et les lançai dans la bataille, sous le nom de « Brigades Catholiques ».
Ce fut aussitôt un beau tollé : évêques et prêtres se mirent à pousser des cris de poulets qu’on plumerait. Lorsque je nommai le curé de Binh-Daï capitaine-aumônier de mes Brigades, les hurlements redoublèrent d’intensité « Leroy, évêque in partibus », ricanait-on à Saïgon.
A cette date, au début de l’été de 1948, dans le Nord, l’Église catholique se battait contre la France aux côtés du Vietminh – elle ne devait pas avoir connaissance de la bulle papale condamnant le communisme –, dans le Sud elle avait adopté une position de neutralité plus ou moins bienveillante pour l’un ou l’autre camp en fonction des évêques qui se trouvaient à la tête des trois évêchés. Pour tenter de calmer ce remue-ménage, je dus me résoudre à prendre mon bâton de pèlerin et à demander audience à Mgr Ngô Dinh Thuc (le frère de Ngô Dinh Diem [5]) à Vinh Long, à Mgr Chabalier à Phnom Penh et, bien entendu, à Mgr Chassaigne à Saïgon, dont An Hoa dépendait directement. Ngô Dinh Thuc avait réagi le premier et m’avait demandé d’aller le voir. Je le croyais mon adversaire le plus irréductible. Je ne me trompais pas. Sans préambule, il m’ordonna :
— Je vous interdis de compromettre les catholiques.
Je répliquai, pas du tout décidé à me laisser impressionner :
— « Si on veut élever des poules, il faut les protéger du renard », ce dicton que j’ai fait mien est suffisant pour expliquer pourquoi les catholiques doivent s’engager.
Il me sourit, secoua sa tête de droite à gauche, comme on le ferait devant un idiot de village
— Vous êtes catholique, vous me devez obéissance. Je ne vous demande pas de réfléchir.
— Si les problèmes de foi vous concernent, mon engagement politique pas. C’est une affaire purement personnelle.
— Effectivement, je vois qu’il n’y a rien à faire avec vous. Vous n’êtes qu’un suppôt des Français.
Il en avait trop dit. Je lui rétorquai en crispant mes maxillaires de rage contenue :
— Je me bats pour ma survie. Il se trouve que pour le moment les intérêts de la France coïncident avec nos intérêts à nous, Vietnamiens. Les Français rentreront chez eux à terme. Nous, nous resterons ici, sur notre terre et je ne veux pas être communiste.
Il tenta une nouvelle fois de combattre mes arguments
— Les catholiques doivent être des nationalistes et le seul parti nationaliste que je connaisse, c’est le vietminh.
Décidément trop c’était trop. Je tournai les talons et quittai la pièce sans le saluer, encore plus décidé qu’avant notre rencontre à n’en faire qu’à ma tête.
[1] — Quelques exemples récents dans la presse dite catholique : « Chrétiens et musulmans : appelés à promouvoir une culture de paix – Message pour la fin du Ramadan du conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux », ORLF 41, 10 octobre 2007, p. 10. — « Benoît XVI répond à la Lettre ouverte de 138 chefs religieux musulmans – La satisfaction du Saint-Père et sa disponibilité à recevoir une délégation de signataires », ORLF 49, 4 décembre 2007, p. 10. — La DC 2394 du 20 janvier 2008 présente une mosquée sur la page de couverture et contient tout un dossier sur le thème : « Appel de 138 lettrés musulmans – Une parole commune entre musulmans et chrétiens ». — La Nef 191 de mars 2008 participe à cette « désinformation » avec un éditorial de Christophe Geffroy qui essaye d’expliquer que l’islam n’est pas un ennemi par principe, qu’il n’est pas un totalitarisme – même s’il y a eu le génocide arménien nous dit une note gênée ! (voir l’article « L’Empire turc et les chrétiens » de ce numéro du Sel de la terre) –, que l’Église nous invite au dialogue avec l’islam alors qu’elle ne le faisait pas avec le communisme, que l’islam existe depuis 13 siècles et est appelé à demeurer, etc. Voilà où conduit le ralliement avec la « Rome » conciliaire et œcuméniste. Répondons simplement que l’islam n’est peut-être pas l’ennemi numéro un, mais qu’il n’en reste pas moins un ennemi redoutable.
[2] — Propos rapporté par Rémi Fontaine dans « Être chrétien au Pakistan – elle a vu tomber les croix de presque toutes les églises », Présent du 21 février 2008.
[3] — RU 09/2008 (03.03.2008) : « RU », le service de presse de l’UNEC, BP 70114, F-95210 Saint-Gratien. Tél./Rép./Fax 01 34 12 02 68 – unec@wanadoo.fr – www.radio-silence.tv (avec archive RU).
[4] — Extrait de : Colonel Jean Leroy, Fils de la rizière, Paris, Robert Laffont, 1977, p. 138-139.
[5] — Qui fut président de la république du Vietnam (note du Sel de la terre).

