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+ Marie Médiatrice

 Fr. R.

La médiation universelle de la Vierge Marie pour toutes les grâces peut se résumer en deux affirmations : toutes nos prières à Dieu passent par les mains de Marie ; toutes les grâces que nous recevons sont distribuées par ses mains. Cette belle doctrine constitue le couronnement de toute la mariologie, le terme des privilèges de Notre-Dame, l’essentiel de son action maternelle actuellement au ciel. Face à la désorientation dans la société et dans l’Église, il importe d’approfondir et de répandre la connaissance de ce privilège marial, profond gage d’espérance.

L’ouvrage que nous présentons rassemble les interventions du colloque marial de Lyon, tenu les 9 et 10 décembre 2006. Chacun des dix chapitres du livre reprend une conférence. Ainsi sont exposés les aspects essentiels de ce grand privilège de la très sainte Vierge, dans un souci de piété avant tout, mais qui n’exclut nullement la rigueur dans les exposés doctrinaux. Le colloque s’est voulu acces­sible à un public assez large ; cet ouvrage s’adresse donc à tous les fils aimants de Notre-Dame et à ceux qui veulent le devenir davantage.

Les deux premiers chapitres présentent les témoignages de la médiation universelle dans la sainte Écriture, la Tradition des Pères de l’Église et des docteurs, et dans le magistère des papes [1]. Le lecteur y découvrira une foule de textes propres à nourrir la vraie dévotion et la prière mariales.

Après cette entrée en matière, un chapitre très pédagogique vient fort à propos préciser la notion de médiation et l’appliquer à l’action de la bienheureuse Vierge Marie.

Sous cet éclairage théologi­que, les études suivantes illustrent la place de cette vérité dans la vie des saints, à travers les exemples de saint Ignace de Loyola, saint Alphonse de Liguori et saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Il convenait aussi d’aborder la définition dogmatique de la médiation universelle qui, hélas, n’a pas encore eu lieu. Un chapitre présente le cardi­nal Mercier, archevêque de Malines (Belgique) de 1906 à 1926, qui travailla ardemment, au début du XXe siècle, à pro­curer cette définition. Il s’investit personnellement dans les travaux de la com­mission papale instituée le 25 décembre 1922 en Belgique pour en examiner la possibi­lité. Il obtint de Rome, en 1921, la fête liturgique de Marie médiatrice pour son diocèse.

Puis une étude spéciale examine un par un les diffé­rents éléments de la médiation universelle, pour voir s’ils répondent aux critères requis pour une définition dogmati­que, et propose une formule. Il est fort regrettable que le concile Vatican II ait renoncé à proclamer ce dogme. Il avait été pourtant réclamée par trois cents évêques dans la consul­tation préconciliaire et figurait dans le schéma préparatoire de la commission théologi­que [2].

Un chapitre de l’ouvrage retrace tous les débats autour de la médiation universelle au Concile. Un document propre consacré à la bienheureuse Vierge Marie aurait constitué une pierre d’achoppement à l’œcuménisme. Comme le disait le P. Karl Rahner S.J., au sujet du schéma préparé par la commission théologique : si ce texte était adopté,

il en résulterait un mal inimaginable du point de vue œcuménique, tant en ce qui concerne les orientaux qu’en ce qui concerne les protes­tants. […] Tous les résultats acquis dans le domaine de l’œcuménisme grâce au Concile et en relation avec le Concile seraient réduits à rien par l’adoption du schéma dans sa forme actuelle [3].

Mgr Tissier de Mallerais conclut ce beau recueil en décrivant la dévotion mariale de Mgr Lefebvre. Il est certain que si celui-ci a pu réaliser le sauvetage de la sainte messe et du sacerdoce, c’est par l’intervention de la très sainte Vierge. « Marie nous gardera dans la foi catholique. Elle n’est ni libérale, ni moderniste, ni œcuméniste. Elle est aller­gique à toutes les erreurs et à plus forte raison aux hérésies et à l’apostasie [4]. »

Remercions les éditions Clovis de cette publication qui rendra plus populaire ce pri­vilège de notre Mère du ciel, si lié à sa douce maternité spiri­tuelle. La médiation univer­selle de Marie se présente comme le résumé et la syn­thèse de toute la mariologie. La dévotion mariale doit plus que jamais, dans ces temps de désorientation des esprits, briller comme un signe de catholicité :

Les réprouvés, comme les hérétiques, schismatiques, etc., qui haïssent ou regar­dent avec mépris ou indiffé­rence la très sainte Vierge, n’ont point Dieu pour père, quoiqu’ils s’en glorifient, parce qu’ils n’ont pas Marie pour mère : car, s’ils l’avaient pour mère, ils l’aimeraient et l’honoreraient comme un vrai et bon enfant aime natu­rellement et honore sa mère qui lui a donné la vie. Le signe le plus infaillible et le plus indubitable pour distin­guer un hérétique, un homme de mauvaise doc­trine, un réprouvé, d’avec un prédestiné, c’est que l’hérétique et le réprouvé n’ont que du mépris ou de l’indifférence pour la très sainte Vierge, tâchant, par leurs paroles et exemples, d’en diminuer le culte et l’amour, ouvertement ou en cachette, quelquefois sous de beaux prétextes [5].

Cet ouvrage nous invite à prier pour que le règne de la bienheureuse Vierge Marie s’étende sur les âmes et sur les sociétés. Nous pouvons et devons nous-mêmes y contri­buer en étudiant la place de la très sainte Vierge dans le plan de Dieu et en faisant de plus en plus appel à sa médiation. Ainsi pourrons-nous espérer mériter que la définition du dogme soit hâtée.


Marie Médiatrice, Étampes, Clovis, 2007, 286 p., 14 x 21 (19 €).



[1] — On relira avec profit les études parues dans Le Sel de la Terre, sous la plume de Filius Ancillæ, « Catéchisme de la médiation universelle de Notre-Dame » : n° 20, p. 106 ; n  22, p. 148 ; n° 24, p. 118 ; n° 26, p. 92 ; n° 27, p. 76 ; n° 29, p. 100 ; n° 31, p. 62 ; n° 34, p. 150 ; n° 37, p. 172 ; n° 39, p. 144 ; n° 41, p. 170 ; n° 42, p. 124 et n° 46, p. 98.

[2] — Acta et documenta Concilio Oecumenico Vaticano II apparando, series II, vol. III, pars I (Præparatoria) Acta Commissionum et Secretariatum Præparatorium Concilii Oecumenici Vaticani II, p. 206-207.

[3] — Cité par Ralph M. Wiltgen S.V.D., Le Rhin se jette dans le Tibre, Paris, éditions du Cèdre, 1973, p. 90.

[4] — Mgr Marcel Lefebvre, Itinéraire spirituel, Ecône, Séminaire international Saint-Pie X, 1990, ch. IX, p. 74.

[5] — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, n° 30.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 64

p. 198-200

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