Dossier
La nouvelle prière
du Vendredi saint
En février 2008 [1], suite aux pressions de diverses associations juives, Benoît XVI a apporté une importante modification au missel traditionnel que le motu proprio venait de remettre à l’honneur. La prière du Vendredi saint pour les juifs a ainsi connu une nouvelle version que les diverses communautés Ecclesia Dei ont acceptée sans difficultés.
Ce changement n’est pourtant pas anodin.
Les cinq versions successives de la prière figurent ci-après.
John Vennari explique les raisons pour lesquelles cette réforme, qui, à première vue, pourrait sembler positive à certains, en comparaison du texte de la prière dans le missel de 1970, se révèle inacceptable.
Un extrait de la deuxième édition française du Catéchisme catholique de la crise dans l’Église, de l’abbé Gaudron, explique ensuite la portée de ce changement
Texte des différentes versions
de la prière pour les juifs
Prière traditionnelle du Vendredi saint pour les juifs [2]
Exorde
Prions aussi pour les juifs infidèles, afin que Dieu notre Seigneur enlève le voile de leur cœur et qu’eux aussi reconnaissent Jésus-Christ Notre Seigneur. [On ne fléchit pas les genoux.] | Orémus et pro pérfidis Judǽis : ut Deus et Dóminus noster áuferat velámen de córdibus eórum ; ut et ipsi agnóscant Jesum Christum Dóminum nostrum. |
Oraison
Dieu tout puissant et éternel dont la miséricorde s’étend même à l’infidélité des juifs, exaucez les prières que nous vous offrons pour ce peuple aveuglé, afin que, reconnaissant la lumière de votre vérité qui est le Christ, ils soient arrachés de leurs ténèbres. | Omnípotens sempitérne Deus, qui étiam judáicam perfídiam a tua misericórdia non repéllis : exáudi preces nostras, quas pro illíus pópuli obcæcatióne deférimus ; ut, ágnita veritátis tuæ luce, quas Christus est, a suis ténebris eruántur. |
Prière modifiée par le pape Jean XXIII en 1959 [3]
Exorde
Prions aussi pour les juifs, afin que Dieu notre Seigneur enlève le voile de leur cœur et qu’eux aussi reconnaissent Jésus-Christ Notre Seigneur. Prions. — Fléchissons les genoux. — Levez-vous. | Orémus et pro Judǽis : ut Deus et Dóminus noster áuferat velámen de córdibus eórum ; ut et ipsi agnóscant Jesum Christum Dóminum nostrum.
Orémus. — Flectámus génua. — Leváte. |
Oraison
Dieu tout puissant et éternel dont la miséricorde s ’étend même aux juifs, exaucez les prières que nous vous offrons pour ce peuple aveuglé, afin que, reconnaissant la lumière de votre vérité qui est le Christ, ils soient arrachés de leurs ténèbres. | Omnípotens sempitérne Deus, qui judǽos étiam a tua misericórdia non repéllis : exáudi preces nostras, quas pro illíus pópuli obcæcatióne deférimus ; ut, ágnita veritátis tuæ luce, quas Christus est, a suis ténebris eruántur. |
Prière modifiée par le pape Paul VI en 1965 [4]
Exorde
Prions aussi pour les juifs. Que le Seigneur notre Dieu fasse resplendir sur eux son visage, afin qu'ils reconnaissent, eux aussi, le Rédempteur de tous les hommes, Jésus Christ, notre Seigneur. Prions. — Fléchissons les genoux. — Levez-vous. | Orémus et pro Judǽis : ut Deus et Dóminus noster fáciem suam super eos illumináre dignétur ; ut et ipsi agnóscant ómnium Redemptórem, Jesum Christum Dóminum nostrum.
Orémus. — Flectámus génua. — Leváte. |
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, vous qui avez fait alliance avec Abraham et sa descendance, écoutez avec bonté les prières de votre Église ; que le peuple que vous vous êtes acquis autrefois puisse parvenir à la plénitude de la Rédemption. | Omnípotens sempitérne Deus, qui promissiónes tuas Abrahæ et sémini ejus contulísti : Ecclésiæ tuæ preces cleménter exáudi ; ut pópulus acquisitiónis antíquæ ad Redemptiónis mereátur plenitúdinem perveníre. |
Prière du Nouvel Ordo de 1970
Exorde
Prions pour les juifs à qui le Seigneur notre Dieu a parlé en premier : qu'il leur accorde de progresser dans l'amour de son Nom et la fidélité à son alliance. | Orémus et pro Judǽis : ut, ad quos prius locútus est Dóminus Deus noster, eis tríbuat in sui nóminis amóre et in sui foéderis fidelitáte profícere. |
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant, vous qui avez fait alliance avec Abraham et sa descendance, écoutez avec bonté les prières de votre Église ; que le peuple que vous vous êtes acquis en premier puisse parvenir à la plénitude de la Rédemption. | Omnípotens sempitérne Deus, qui promissiónes tuas Abrahæ et sémini ejus contulísti : Ecclésiæ tuæ preces cleménter exáudi ; ut pópulus acquisitiónis prióris ad Redemptiónis mereátur plenitúdinem perveníre. |
Nouvelle prière de 2008
Exorde
Prions aussi pour les juifs afin que le Seigneur notre Dieu illumine leur cœur et qu’ils reconnaissent Jésus-Christ Sauveur de tous les hommes. Prions. — Fléchissons les genoux. — Levez-vous. | Orémus et pro Iudǽis : ut Deus et Dóminus noster illúminet corda eórum, ut agnóscant Jesum Christum salvatórem ómnium hóminum. Orémus. — Flectámus génua. — Leváte. |
Oraison
Dieu tout puissant et éternel qui voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accordez-nous dans votre bonté que, la plénitude des nations entrant dans votre Église, tout Israël soit sauvé. | Omnípotens sempitérne Deus, qui vis ut omnes hómines salvi fiant et ad agnitiónem veritátis véniant, concéde propítius, ut plenitúdine géntium in Ecclésiam tuam intránte omnis Israel salvus fiat. |
La nouvelle prière du Vendredi saint
par John Vennari
Cet article a été publié dans le journal Catholic Family News, le 13 février 2008. L’auteur y souligne le danger d’admettre une modification du missel traditionnel : c’est la porte ouverte à d’autres réformes qui risqueraient de le défigurer substantiellement.
Le Sel de la terre.
Sept mois seulement après la publication du motu proprio sur la messe en latin, le pape Benoît XVI a supprimé du missel la prière traditionnelle du Vendredi saint pour les juifs et l’a remplacée par une nouvelle prière [5]. Cette dernière manipulation des prières du Vendredi saint me remplit d’une immense tristesse. Je ne peux m’en réjouir.
Pourquoi l’ancienne et vénérable prière a-t-elle été sacrifiée ? Si sainte Thérèse d’Avila a dit qu’elle donnerait sa vie pour une rubrique de la messe, ne devrions-nous pas éprouver de l’amertume devant la tentative d’abolition d’une prière liturgique consacrée par une longue pratique ? Devrions-nous accepter si facilement le rejet d’une partie de plus de notre héritage sacré ?
Une reproduction photographique de la prière du Vendredi saint, extraite d’un missel romain de 1558, est placée ci-dessous. Ce missel, publié douze ans avant la bulle Quo primum [6] de 1570 du pape saint Pie V présente exactement la prière pour les juifs telle qu’elle a été en usage pendant des siècles jusqu’au pape Jean XXIII.
La prière traditionnelle du Vendredi saint pour les juifs est ancienne. Elle fait partie de notre patrimoine catholique depuis sept cents ans et probablement bien plus [7].
Sainte Jeanne d’Arc, saint Bernardin de Sienne, saint Charles Borromée, les pères du concile de Trente et sainte Jeanne de Chantal l’ont utilisée. Saint Ignace de Loyola, saint Alphonse de Liguori, saint Joseph de Cupertino, saint Jean-Marie Vianney, sainte Thérèse de Lisieux, les pères de Vatican I et le pape saint Pie X l’ont utilisée.
Les hommes d’Église d’une époque plus saine d’esprit que la nôtre ont considéré cette prière comme intouchable, comme sacrée. Sous le règne du pape Pie XI, par exemple, un groupe de catholiques appelé « Les Amis d’Israël » voulait que l’on supprime le mot « perfide » de la prière du Vendredi saint parce que les juifs proclamaient qu’elle avait des relents d’antisémitisme. Le cardinal Merry del Val, secrétaire du Saint-Office, refusa, expliquant que la liturgie de la Semaine sainte remontait à une« vénérable antiquité », ce qui excluait toute possibilité de changement [8]. Le Saint-Office déclara Nihil esse innovandum – rien n’est modifiable. Le pape Pie XI approuva la décision du Saint-Office et la renforça par de nombreuses clarifications. Les membres des « Amis d’Israël » furent obligés de renoncer à leur souhait et l’association fut dissoute [9].
Cependant, au cours des quarante dernières années dans l’Église, en raison du désir de changement et de nouveauté qui est la marque de l’ère de Vatican II, même de bons catholiques ont perdu le sens de l’intangibilité sacrée de la liturgie catholique. Nous avons perdu le respect de nos rites sacrés, qui faisait partie intégrante de la foi de nos aïeux catholiques. L’aggiornamento continu fait tellement partie du monde catholique depuis le Concile qu’une superstition saisit maintenant l’esprit des ecclésiastiques placés en haut lieu, leur faisant croire que des problèmes sérieux peuvent être résolus en multipliant les changements liturgiques.
La controverse du Vendredi saint
Immédiatement après la publication du motu proprio (et même des semaines avant celle-ci), des groupes juifs se sont plaints du retour de la prière traditionnelle du Vendredi saint dans les diocèses du monde entier. Ce qui n’est pas surprenant, car de nombreux juifs ont méprisé le Vendredi saint depuis des siècles.
Mais nous vivons une époque de dialogue, de partage et d’écoute réciproques et ces groupes juifs ont « partagé » de façon bruyante. Le Vatican a semblé prêt à écouter.
Ainsi, le 17 juillet 2007 – dix jours après la publication du motu proprio – le cardinal Bertone, secrétaire d’État du Vatican, a déclaré publiquement que les prières traditionnelles du Vendredi saint seraient peut-être remplacées par la prière pour les juifs de 1970 du Novus Ordo [10]. Des rumeurs de changements dans la prière ont couru pendant des mois et ont fait surface début janvier. Mgr Perl, de la commission Ecclesia Dei du Vatican, a déclaré qu’il s’agissait d’un « problème artificiel » au sujet duquel « pour le moment, rien n’avait été fait et ne le serait probablement jamais [11] ».
En fait, le cardinal Bertone avait tort, car la prière de 1970 n’a pas été introduite dans le missel tridentin ; et Mgr Perl avait tort de prévoir que rien ne serait probablement fait concernant les prières du Vendredi saint.
Au contraire, le pape Benoît XVI a composé une nouvelle prière du Vendredi saint qu’il a ordonné d’utiliser immédiatement, c’est-à-dire pour la Semaine sainte de 2008 et à l’avenir. Cette nouvelle prière, comme nombre d’actes du pape Benoît XVI, présente des aspects positifs et des aspects négatifs. Nous étudierons d’abord les aspects positifs.
Aspects positifs de la nouvelle prière
Elle semble restaurer l’enseignement catholique traditionnel relatif à la nécessité pour les juifs de se convertir ; c’est le premier acte papal postconciliaire dans ce sens [12].
La prière du pape Benoît XVI n’est pas la prière insipide de 1970 qui demande que les juifs « continuent de grandir dans l’amour de son nom et dans la fidélité de son alliance » ; mais elle garde le titre : « Pour la conversion des juifs ». On peut affirmer sans se tromper que c’est quelque chose que le pape Jean-Paul II, dont le désir d’apaisement des juifs était légendaire, n’aurait jamais publié.
Elle a rendu furieux des groupes juifs, portant certains à envisager de suspendre leur prétendu dialogue avec les catholiques pratiqué depuis le Concile.
— L’assemblée rabbinique italienne a déclaré nécessaire une « pause pour une réflexion dans le dialogue » avec les catholiques après la modification de la prière pour les juifs. Elle a appelé la modification de la prière par le pape Benoît « un abandon des conditions même pour un dialogue ». L’assemblée l’a déclaré dans une note signée par son président, le rabbin Giuseppe Lara [13].
— Lors de sa réunion du 10 au 14 février, l’assemblée rabbinique est appelée à voter une résolution qui, bien que sujette à révision, déclare que le groupe est « découragé et très troublé d’apprendre que le pape Benoît XVI a révisé le texte de la messe latine de 1962, en gardant le titre : Pour la conversion des juifs [14] ».
— Le grand rabbin de Rome Riccardo Segni a appelé la prière révisée « un sérieux pas en arrière qui crée un obstacle fondamental entre catholiques et juifs et qui a jeté le doute sur des décennies de progrès [15] ».
— Abe Foxman, de l’Anti-defamation league [16], s’est plaint, déclarant :
Bien que nous apprécions qu’une partie du langage de remontrance ait été retirée de la nouvelle version de la prière du Vendredi saint pour la conversion des juifs dans le missel romain de 1962, nous sommes profondément troublés et déçus que soient restées intactes la structure et l’intention de prier Dieu pour que les juifs acceptent que Jésus est le Seigneur. Des altérations de langage sans changement dans l’intention de conversion de la prière de 1962 constituent des révisions apparentes, qui retiennent l’aspect le plus troublant pour les juifs, c’est-à-dire le désir de mettre fin au mode de vie distinct des juifs. Encore appelée « Prière pour la conversion des juifs », elle constitue un changement majeur par rapport à l’enseignement et aux actes des papes Paul VI et Jean-Paul II, ainsi qu’à de nombreux documents catholiques faisant autorité, y compris Nostra Ætate [17].
Il faut noter qu’en 1999 j’ai assisté à une soirée de dialogue juifs-catholiques à East Aurora (État de New-York). Les intervenants étaient Dennis McManus pour l’USCCB [18] et le rabbin Leon Klenicki de l’Anti-defamation league. Durant la soirée, l’un des intervenants s’est même plaint de la prière du Vendredi saint pour les juifs, disant qu’elle était meilleure que la version de 1962, mais « qu’elle était encore anti-juive ». Dans une veine similaire, en novembre 2000, l’Institute for Christian and Jewish Studies de Baltimore a tenu un symposium dans lequel fut étudié le prétendu antisémitisme de la Passion selon saint Jean de Bach. Ce symposium était intitulé « Quand les mots font mal : l’Évangile de Jean, la musique de Bach et l’intolérance religieuse » ; au moins quatre articles furent édités, qui traitaient la Passion selon saint Jean de Bach de « legs de haine religieuse [19] ».
Ces exemples démontrent qu’il n’est pas difficile de froisser certains groupes juifs, car ils se froissent facilement.
Cette prière semble ébranler l’enseignement de Jean-Paul II selon lequel les juifs ont leur propre alliance valable en dehors de celle du Christ.
Si les juifs sont furieux qu’on leur demande de « reconnaître Jésus comme Seigneur », c’est un aspect positif de la prière, car durant son règne de vingt-six ans, Jean-Paul II n’a jamais suggéré cette reconnaissance de leur part. Elle rappelle aux juifs que leur propre alliance (qui, pour les catholiques, est caduque et remplacée par la nouvelle Alliance) ne suffit pas au salut [20].
Elle peut donner à Benoît XVI une dure leçon sur la vraie nature du dialogue entre juifs et chrétiens.
Si l’on contrarie ces groupes juifs d’une manière ou d’une autre, ils sortent leurs griffes. Si cet épisode aide à démontrer au pape la fausseté du dialogue interreligieux, si cela lui prouve combien ils sont anti-christs, ce sera un gain.
Un mot doit être dit de la réaction actuelle des groupes juifs.
Il n’est nullement douteux que le pape Benoît XVI ait subi une pression énorme de la part de ces organisations pour lui faire modifier cette prière. Cette pression doit être d’une force difficile à imaginer. Une source proche du Vatican, dont je ne suis pas autorisé à divulguer le nom, a déclaré que la plupart des décisions favorables aux juifs, durant le pontificat du pape Jean-Paul II, ont été prises à cause d’une sorte de chantage.
De même, l’auteur catholique renommé Jean Madiran parlait du « problème juif à l’intérieur de l’Église ». Dans le numéro de mars 1986 d’Itinéraires, commentant un document radicalement pro-juif publié par le Vatican [21], Madiran écrivait :
Nous avions publiquement écrit à Paul VI en 1972 : « L’Église militante est présentement comme un pays soumis à une occupation étrangère. » L’Église depuis lors n’a pas cessé de donner l’impression d’être une Église occupée. – Mais occupée par qui ? – Par le judaïsme, en arrivons-nous aujourd’hui à nous demander[…] [22]
Nous pouvons estimer ou non que la nouvelle prière du Vendredi saint est une bonne idée ; quoi qu’il en soit, le pape mérite notre sympathie et notre soutien si, à cause de la publication de cette nouvelle prière, il est attaqué par les anciens ennemis du Christ. Nous pourrions lui écrire pour demander d’appliquer en toutes choses la maxime du grand contre-révolutionnaire du 19e siècle, Mgr Henri Delassus, qui disait :
Le rôle du clergé dans le monde, son rôle auprès des fidèles, est de créer des tendances autour des idées vraies, sans se demander si ces idées plaisent ou non à la multitude. C’est ce qu’ont fait les Apôtres [23].
Passons à ce que je considère être les aspects négatifs de la nouvelle prière. Ils sont plus nombreux.
Aspects négatifs de la nouvelle prière
Pourquoi devait-on changer la prière ?
La prière pour la conversion des juifs est d’un usage consacré. Était-il nécessaire d’en changer ? N’aurait-on pu inclure dans l’« Instruction » à venir sur l’application du motu proprio Summorum Pontificum une courte défense théologique de la prière originelle [24] ? Cela aurait constitué un rétablissement valable de l’enseignement traditionnel sans changer l’ancienne prière et aurait produit tous les résultats positifs mentionnés plus haut. Comme nous l’avons déjà noté, le missel de 1558 – publié douze ans avant Quo Primum – contient exactement la même prière pour les juifs utilisée continuellement par l’Église jusqu’à l’époque de Jean XXIII. Cette prière elle-même, doctrinalement parfaite, a fait partie des rites sacrés de l’Église pendant plus de sept cents ans. Sommes-nous disposés à rejeter cette prière ancienne et vénérable sous la pression de ceux qui sont inflexiblement anti-christs ? La prière traditionnelle est en train d’être étouffée dans les seuls cercles où elle peut rester vivante.
La fin de la nouvelle prière est ouverte à mauvaise interprétation
Dans l’ancienne prière, utilisée pendant des siècles, il n’y avait pas d’ambiguïté quant à son intention relative à la conversion des juifs. A présent, du fait de la référence à la « plénitude des Gentils » placée à la fin de la nouvelle prière, les gens se demandent si le pape a seulement en vue de prier pour la conversion des juifs à la fin des temps. Je ne dis pas que cette interprétation « fin des temps » soit l’intention du pape, car je l’ignore. Je fais simplement remarquer que le débat est ouvert, alors qu’il ne l’était pas auparavant.
Commentant la nouvelle prière, le cardinal Kasper a déclaré :
Nous pensons que, raisonnablement, cette prière ne peut être un obstacle au dialogue, car elle reflète la foi de l’Église et, de plus, parce que les juifs ont des prières dans leurs textes liturgiques, que nous, catholiques, n’aimons pas.
Il a dit également :
Je dois dire que je ne comprends pas pourquoi les juifs ne peuvent accepter que nous usions de notre liberté pour formuler nos prières.
Le cardinal Kasper a ajouté plus loin :
Quand le pape parle maintenant de la conversion des juifs, il faut le comprendre correctement. Il cite exactement le onzième chapitre de la lettre de l’Apôtre saint Paul aux Romains. L’Apôtre y dit que nous espérons, en tant que chrétiens, que lorsque tous les Gentils entreront dans l’Église, alors tout Israël se convertira. C’est une espérance eschatologique pour la fin des temps, et cela ne veut pas dire que nous ayons l’intention de rechercher la conversion des juifs comme celle des Gentils (païens) [25].
Cette dernière affirmation du cardinal Kasper, pour une raison quelconque, a été supprimée du site internet Haaretz qui l’avait d’abord rapportée. Néanmoins, le débat continue concernant les intentions réelles du pape Benoît XVI. Nous sommes passés de la certitude à l’incertitude. C’est d’autant plus ennuyeux si nous considérons certaines nouvelles déclarations du cardinal Ratzinger dans Beaucoup de religions, une Alliance [26], dans le document du Vatican Le Peuple juif et son écriture de la Bible chrétienne [27], ainsi que dans son livre-interview de 2001, Voici quel est notre Dieu [28] , dont aucune ne mentionne jamais le besoin pour les juifs de se convertir à la seule vraie Église du Christ pour être sauvés.
[…]
La messe tridentine désormais ouverte à des changements
Dans un récent article sur la nouvelle prière du Vendredi saint, John Allen du National Catholic Reporter signalait que des catholiques traditionalistes étaient troublés, non pas tant par la nouvelle prière en elle-même, que « par le précédent qui peut faire expurger l’ancienne messe à cause de pressions extérieures ». Allen continue en remarquant : « Certains experts en liturgie, à ce propos, estiment que cela pourrait devenir la signification durable de la décision du pape. Comme l’a dit quelqu’un cette semaine : “Cela montre que le Missel de 1962 peut être réformé et qu’il n’est pas inviolable ni immuable dans le temps [29]“. » Bien des catholiques qui se rappellent le principe du gradualisme appliqué à la liturgie dans les années 1960 craignent que la nouvelle prière ne soit qu’un premier empiètement, une ouverture pour de nouveaux changements à venir. Il y a suffisamment de catholiques qui se souviennent encore des années 1960 où les réformes furent acceptées à contrecœur, les unes après les autres, parce que les changements initiaux eux-mêmes n’étaient pas « nécessairement hérétiques ». Comme un éminent traditionaliste me l’a dit : « Ferons-nous à nouveau la même erreur ? »
Davantage d’images catholiques éclipsées
Dans l’ancien art religieux de l’Église on rencontre la femme aux yeux bandés comme image de la cécité de la synagogue. Aujourd’hui, les tenants catholiques du dialogue entre juifs et catholiques se sont efforcés, depuis l’époque de Vatican II, de faire disparaître toute iconographie de ce genre, de façon à ce que les nouvelles générations n’aient aucune idée du sens de ces images [30]. La nouvelle prière du pape Benoît XVI, qui abandonne toute référence à l’aveuglement spirituel des juifs, vient à l’appui de ceux qui souhaitent effacer toute iconographie catéchistique catholique.
Prière parfaite changée – Prière insipide conservée
La prière de 1962, qui reflète les enseignements de l’Église, virtuellement fidèle [31] à la pratique liturgique de l’Église depuis plus de sept siècles, est altérée dans sa substance. En même temps, la prière déficiente du Vendredi saint du nouvel Ordo, dans laquelle le prêtre prie pour que les juifs « puissent continuer à grandir dans l’amour de son nom et dans la fidélité à son alliance » n’est pas modifiée. Nombre de catholiques se demandent pourquoi la prière tridentine qui n’avait besoin d’aucune correction a été « corrigée » alors que celle de 1970, qui nécessitait désespérément une correction, est restée inchangée.
Continuité dans le changement ?
En faisant ces commentaires, je sais que je parle pour de nombreux catholiques – prêtres et laïcs – troublés par cette dernière évolution de la prière du Vendredi saint. Ils se demandent les raisons de ce changement : le remplacement d’une prière traditionnelle par une autre, quand bien même la nouvelle prière n’est pas hérétique. D’où est venu ce principe de « continuité dans le changement » ?
Malheureusement, le vieux principe Roma locuta est, causa finita est [32] a perdu beaucoup de sa force pour un grand nombre de catholiques las de se battre, spécialement contre l’introduction d’une nouveauté. Ceci n’est dû de leur part à aucun sens de la rébellion ni à un manque de piété filiale, mais plutôt au fait que, depuis quarante ans, les pontifes postconciliaires ont abusé de leur autorité en agissant plus en apôtres de la nouveauté qu’en apôtres du Christ. Même le pape Benoît XVI, il y a deux semaines seulement, a établi un précédent œcuménique en célébrant à Rome un service de la Semaine de l’Unité chrétienne avec le secrétaire général du Conseil mondial des églises à ses côtés – acte inouï, loué par les journaux œcuméniques et que le pape Pie X aurait condamné avec une sévérité impitoyable [33].
La promotion, pendant quarante ans, d’activités et d’idées précédemment condamnées par le magistère perpétuel a trahi la confiance des fidèles. Rien ne prend si longtemps à rétablir que la confiance perdue. Les catholiques qui se méfient du dernier changement du Vendredi saint ne peuvent être blâmés pour cette méfiance et cette inquiétude. A ce sujet, il est bon de rappeler la décision du Saint-Office, sous Pie XI, qui faisait remarquer que la liturgie de la Semaine sainte remontait « à de respectables jours anciens », ce qui excluait la possibilité de la réformer : « Rien ne doit être changé ».
En conclusion, pour ma part, je ne mettrai pas dans mon missel un feuillet reproduisant la nouvelle prière, à la date du Vendredi saint, mais je dirai la prière d’avant Jean XXIII, comme le firent saint Maximilien Kolbe, saint Charles Borromée, sainte Thérèse d’Avila, saint François de Sales, saint Isaac Jogue, saint Gérard Majella, sainte Marguerite-Marie Alacoque, saint Dominique Savio, Dom Marmion et tous les catholiques fidèles depuis plus de sept cents ans.
***
Extrait du Catéchisme catholique
de la crise dans l’Église
Ce passage explique en quoi consiste la « perfidie » des juifs actuels, qui était exprimée dans la prière pour les juifs traditionnelle du Vendredi saint [34].
Le Sel de la terre.
Peut-on vraiment dire que le judaïsme détourne du salut éternel ?
— Les juifs actuels refusent, eux aussi, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Avant la venue du Christ, le judaïsme était la vraie religion, mais il ne l’est plus, puisqu’il a méconnu sa vocation et refusé le Sauveur. Les vrais juifs se sont convertis au Christ, car, à sa venue, la religion de l’ancien Testament a perdu sa raison d’être. Il est donc contraire à la foi d’affirmer, comme le cardinal Walter Kasper (président de la commission pontificale pour les Relations avec le judaïsme), que les juifs n’ont pas besoin de se convertir au christianisme pour être sauvés.
Le cardinal Kasper a-t-il vraiment dit cela ?
— Dans un discours prononcé le 6 novembre 2002 au Centre d’enseignement chrétien-juif à l’université de Boston, le cardinal Kasper a commencé par rappeler que Jésus-Christ est le Sauveur de tous les hommes. Il a ensuite poursuivi :
Cela ne signifie pas que les juifs doivent devenir chrétiens pour être sauvés ; s’ils suivent leur propre conscience et croient dans les promesses de Dieu comme ils les comprennent dans leur tradition religieuse, ils sont dans la ligne du plan de Dieu, qui, pour nous, atteint son achèvement historique en Jésus-Christ.
Quelle est la foi catholique sur ce sujet ?
— Saint Paul parle explicitement de l’incrédulité des juifs (Rm 11, 20) et de leur aveuglement (Rm 11, 25 ; 2 Co 3, 15 ; etc.) ; il affirme que, dans cet état, « ils ne plaisent point à Dieu » mais sont au contraire l’objet de sa colère (1 Th 2, 14-16). Le doux saint Jean parle de « ceux qui se disent juifs et ne le sont pas, mais qui sont de la Synagogue de Satan » (Ap 2, 9). Saint Pierre leur dit en face, le jour de la Pentecôte : « Que toute la maison d’Israël sache très certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. […] Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour la rémission de vos péchés. » (Ac 2, 36-38). — Saint Thomas explique que la pratique de la religion juive est aujourd’hui un péché, car elle manifeste un refus du Messie déjà venu [35].
Comment la doctrine traditionnelle de l’Église sur le judaïsme a-t-elle été attaquée ?
— La doctrine traditionnelle de l’Église sur le judaïsme a été attaquée par la déclaration Nostra ætate (de Vatican II), qui a ouvert les portes aux novateurs [36]. Mais aussi par la modification de la prière du Vendredi saint pour les juifs.
Quelle est cette prière du Vendredi saint ?
— Le texte traditionnel de cette prière (qu’on trouve déjà dans les sacramentaires du VIIe siècle) est le suivant :
Prions aussi pour les juifs infidèles [perfidis = infidèles à leur alliance avec Dieu [37]] afin que le Seigneur notre Dieu enlève le voile de leur cœur et qu’eux aussi reconnaissent Jésus-Christ Notre-Seigneur. Prions. O Dieu tout puissant et éternel dont la miséricorde s’étend même à l’infidélité des juifs [perfidiam judaicam], exaucez les prières que nous vous offrons pour ce peuple aveuglé, afin que, reconnaissant la lumière de votre vérité qui est le Christ, ils soient arrachés de leurs ténèbres.
Que remarque-t-on dans cette prière ?
— Les mots « perfidis » et « perfidiam » indiquent clairement que l’appartenance à la religion juive, aujourd’hui, ne constitue pas une fidélité mais au contraire une infidélité à l’alliance avec Dieu (puisque celle-ci était orientée vers le Christ). On note par ailleurs la triple mention de l’aveuglement des juifs (« le voile de leur cœur », « ce peuple aveuglé », « leurs ténèbres »).
Les expressions de cette prière n’étaient-elles pas trop dures, et ne risquaient-elles pas d’inciter à l’antisémitisme ?
— Les Apôtres, qui étaient juifs, ont été les premiers à parler de l’aveuglement de leur peuple (Rm 11, 25) et du « voile » qui l’empêche de comprendre le vrai sens de la Bible (2 Co 3, 15). Dix-neuf siècles plus tard, c’est encore cette image du « voile » qui est venue tout naturellement au jeune juif Alphonse Ratisbonne pour raconter sa conversion miraculeuse (le 20 janvier 1842) :
Au moment de ce fait, un voile qui me couvrait tomba de mes yeux. Non pas un seul, mais tous les voiles qui m’enveloppaient disparurent l’un après l’autre et rapidement, comme la neige, la boue et la glace sous l’action du soleil cuisant. Je sortais d’une tombe, d’un abîme de ténèbres et j’étais vivant.
Comment la prière du Vendredi saint a-t-elle été changée ?
— Jean XXIII censura en 1959 les mots « perfidis » et « perfidiam ». Paul VI modifia à son tour cette prière en 1965 (en supprimant les trois mentions de l’aveuglement des juifs [38]). Puis il la remplaça en 1969 par une toute nouvelle prière qui dit le contraire de l’ancienne (elle demande à Dieu que les juifs « progressent dans l’amour de son saint nom et dans la fidélité à son alliance »). Le missel de 1962 n’étant pas affecté par les décisions de Paul VI, Benoît XVI en a modifié le texte en février 2008.
Quelle est cette nouvelle prière de 2008 ?
— La prière de Benoît XVI est la suivante :
Prions aussi pour les juifs afin que le Seigneur notre Dieu illumine leur cœur et qu’ils reconnaissent Jésus-Christ Sauveur de tous les hommes.
Prions. — Fléchissons les genoux. — Levez-vous.
O Dieu tout puissant et éternel qui voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accordez-nous dans votre bonté que, la plénitude des nations entrant dans votre Église, tout Israël soit sauvé.
Cette prière demande donc à Dieu la conversion des juifs ?
— Oui, la prière de 2008 demande la conversion des juifs (à la différence de la prière du missel de Paul VI). En revanche, comme la prière de 1965, elle supprime les trois mentions de leur aveuglement.
Est-il si important de mentionner l’aveuglement des juifs ?
— La question est toujours de savoir si le judaïsme actuel doit être considéré de la même façon que le judaïsme de l’ancien Testament (c’est-à-dire comme une religion agréable à Dieu, même si elle est encore imparfaite) ou, au contraire, comme une religion devenue fausse à cause de son refus du Messie. La prière traditionnelle répondait clairement à la question en parlant des juifs « perfidis » (infidèles à leur alliance avec Dieu). Une fois ce mot supprimé, le triple rappel de l’aveuglement des juifs continuait à manifester que ceux-ci sont dans l’erreur. Mais en supprimant cette triple mention, on ouvre la voie à l’idée selon laquelle la religion juive serait encore agréable à Dieu (quoique privée de la pleine lumière). On favorise donc dangereusement une erreur aujourd’hui très courante.
La religion juive actuelle, comme la religion musulmane ou la religion bouddhiste, doit donc être considérée comme une fausse religion ?
— Oui, la religion juive actuelle, de par son refus du Christ et son obstination dans des pratiques qui n’avaient de sens qu’avant la venue du Messie, est aujourd’hui une fausse religion. Beaucoup de ses croyances et de ses pratiques sont d’ailleurs assez éloignées de l’ancien Testament. Le judaïsme actuel se réfère non seulement à la Bible, mais aussi au Talmud.
En définitive, que peut-on dire à propos de ces religions non chrétiennes ?
— Il faut répéter sans se lasser la parole de saint Pierre : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom [que celui de Jésus] par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12).
[1] — Note de la secrétairerie d'État concernant les nouvelles dispositions du pape Benoît XVI pour les célébrations liturgiques du Vendredi saint, 4 février 2008.
[2] — En 1955, le nouvel Ordo Hebdomadæ sanctæ (Cérémonies de la Semaine sainte), sans modifier le texte de l’exorde et de l’oraison, y intercala : « Prions. — Fléchissons les genoux. — Levez-vous. », comme le comportent les autres oraisons du Vendredi saint. Voir le décret de la sacrée congrégation des Rites du 16 novembre 1955 (AAS 47, p. 838-841).
[3] — Décret de la sacrée congrégation des Rites du 19 mai 1959. Voir DC du 3 juillet 1959, col. 842.
[4] — Décret de la sacrée congrégation des Rites du 7 mars (AAS 57, p. 412-413.)
[5] — Voir l’article de l’agence de presse Zénit du 6 février 2008. — http:∥zenit.org/article-17228?l=french (NDLR.)
[6] — La bulle Quo primum de saint Pie V a maintenu toute la liturgie catholique en usage jusqu’en 1570.
[7] — Le texte de cette oraison figure déjà dans le sacramentaire
[8] — Le cardinal expliqua que le mot « perfide » dans l’ancien rite exprimait « la détestation de la rébellion et de la trahison » des membres du peuple élu.
[9] — Le décret de dissolution fut rédigé par Pie XI. Il contenait une nette condamnation de l’antisémitisme motivé par le racisme. Voir : Zenit : Karfreitagsfürbitte – eine lange Geschichte, 6 février 2008, http:∥www.zenit.org/article-14391?l=german.
[10] — Agence Reuters, 17 juillet 2007.
[11] — http:∥rorate-caeli.blogspot.com/search/label/Summorum%20Notes.
[12] — L’auteur de l’article explique cependant plus loin combien le texte de la nouvelle prière est ambigu. Voir : aspects négatifs, 2. (NDLR).
[13] — http :rorate-caeli.blogspot.com/2008/02/italian-rabbinical-assembly-suspension.html.
[14] — « Les rabbins conservateurs voteront une résolution critiquant la révision, par le pape, de la prière » New York Times du 7 février 2008.
[15] — « La décision de garder la prière pour la conversion des juifs critiquée », Irish Times, 7 février 2008.
[16] — Association fondée en 1913 par l'organisation B'nai B'rith aux États-Unis se donnant pour but officiel de combattre la diffamation contre la communauté juive.
[17] — La prière pour la conversion des juifs reste troublante malgré les changements du Vatican. Communiqué de Presse ADL, publié dans Targeted News Service, 5 février 2008.
[18] — United States Conference of Catholic Bishops, conférence épiscopale des Etats-Unis. (NDLR.)
[19] — Service international de documentation judéo-chrétienne (SIDIC), vol. 36, nº 3, 2001, p. 19-28.
[20] — Cette interprétation de la prière nous semble discutable. Le texte ne dit pas et ne laisse aucunement entendre que l’ancienne Alliance ne suffirait plus au salut aujourd’hui. La reconnaissance de Jésus peut être considérée comme un supplément souhaitable, certes, mais non nécessaire au salut. (NDLR.)
[21] — Commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme, Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la catéchèse et la prédication de l’Église catholique, publiées dans La Documentation Catholique n° 1900, 21 juillet 1985, p. 733-738.
[22] — Jean Madiran, « La question juive dans l’Église », Itinéraires 301, mars 1986, p. 66-67. — La phrase continue ainsi : « […] s’il est vrai que ce qui se dévoile maintenant était le but caché de toutes les manipulations et persécutions subies depuis vingt ans : effacer ou atténuer ce qui oppose la religion chrétienne à la religion juive, établir une étroite collaboration religieuse avec les juifs afin de “préparer la venue du Messie” en “œuvrant ensemble pour la justice sociale, le respect des droits de la personne humaine et des nations, pour la réconciliation sociale et internationale”. Quel programme laïque ! Si c’est cela qu’il faut prêcher, quel besoin d’un pape ? Le Grand Orient et l’ONU y suffisent. »
[23] — Mgr Henri Delassus, L'Américanisme et la conjuration antichrétienne, Paris, Société de Saint-Augustin, Desclée De Brouwer et Cie, 1899.
[24] — Dans une interview du 6 janvier 2008au journal italien Famiglia cristiana, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État du Vatican, a déclaré : « nous prévoyons de mettre au point une instruction qui fixe bien les critères d’application du Motu proprio. »
[25] — Version originale de « Le Vatican rejette la critique de la nouvelle prière pour la conversion des juifs », Haaretz, 7 février 2008. http://www.haaretz.com/hasen/spages/952188.html
[26] — Voici, par exemple, quelques citations du cardinal Ratzinger : « Quelle peut être la raison de tant d’hostilité historique entre ceux qui devraient être unis (chrétiens et juifs) du fait de leur foi en un seul Dieu et de leur engagement envers sa volonté ? » (p. 22). « La confession de Jésus de Nazareth comme Fils du Dieu vivant et la foi en la croix comme moyen de rédemption de l’humanité contiennent-elles une condamnation implicite des juifs comme entêtés et aveugles, comme coupables de la mort du Fils de Dieu ? » (p. 23). — « Hans Kung a dit tout bas ce que nous pensions tous, quand il a déclaré que la paix entre les religions, l’œcuménisme, sont un devoir imposé à toutes les communautés religieuses » (p. 94). Cardinal Joseph Ratzinger, Many Religions, one Covenant : Israel, the Church and the World (Beaucoup de religions, une seule Alliance), San Francisco, Ignatius Press, 1999.
[27] — Ce document, qui contient une introduction élogieuse par le cardinal Ratzinger, dit : « L’espoir messianique des juifs n’est pas vain. Il peut devenir pour nous chrétiens un puissant stimulant pour garder vivante la dimension eschatologique de notre foi. Comme eux, nous aussi vivons dans l’attente. La différence est que, pour nous, celui qui doit venir aura les traits du Jésus qui est déjà venu et qui est déjà présent et actif parmi nous. » Commission biblique pontificale – Le Peuple juif et ses Écritures sacrées dans la Bible chrétienne, 2001, nº 5. — http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_documents/rc_con_ cfaith_doc_20020212_popolo-ebraico_fr.html
[28] — Peter Seewald, Voici quel est notre Dieu – croire et vivre aujourd'hui : conversations de Joseph Ratzinger, Paris, Plon, Mame, 2001. — Le cardinal Ratzinger disait : « Israël a encore une mission à accomplir aujourd’hui. Nous attendons en fait le moment où Israël aussi dira Oui au Christ, mais nous savons aussi que, pendant que l’histoire suit son cours, cette attente à la porte remplit une mission très importante pour le monde. […] Nous voyons qu’Israël a un chemin à parcourir. En tant que chrétiens, nous croyons qu’ils seront réunis à la fin avec nous dans le Christ. Mais ils ne sont pas simplement mis de côté et exclus du plan de Dieu ; ils seront compris dans la fidèle promesse de Dieu. »
[29] — John Allen, « All Things Catholic », National Catholic Reporter, 8 février 2008, http:∥ncrcafe.org/node/1600.
[30] — Eugène J. Fischer (membre de la conférence épiscopale des États-Unis), « Update on Catholic Education on Jews and Judaism », document publié par l’International Catholic-Jewish Liaison Committee, Jérusalem, 23-26 Mai 1994, http:∥www.sidic.org/en/docOnLine View.asp?class=Doc00493
[31] — Ceci, en dépit du fait que le mot « perfide », qui signifie « sans foi » et non « mauvais », comme le prétendent certains juifs, ait été supprimé de l’ancienne prière, par le pape Jean XXIII, malgré les prescriptions édictées par le Saint-Office, sous le pape Pie XI, quelques décennies plus tôt. — Le mot « perfide » signifie plus précisément : « traître à ses engagements ». (NDLR.)
[32] — Rome a parlé, la question est tranchée.
[33] — « Pope and WCC Look to Christian Unity at Ecumenical “Festival” », Ecumenical News International, 28 janvier 2008, http:∥www.eni.ch/featured/article.php?id=1577.
[34] — Abbé Matthias Gaudron, Catéchisme catholique de la crise dans l’Église, Avrillé, éditions du Sel, édition revue et actualisée en l’été 2008.
[35] — Saint Thomas (I-II, q. 103, a. 4) reprend l’enseignement des Pères de l’Église : la religion juive, morte le Vendredi saint (c’est-à-dire perdant sa valeur religieuse au moment où Notre-Seigneur inaugurait la nouvelle Alliance par son sacrifice, et où le rideau du Temple se déchirait), est de plus mortifère (c’est-à-dire matière à péché mortel) au moins depuis la destruction du Temple de Jérusalem, en l’an 70. (Privés de Temple, de prêtres et de sacrifices, les juifs eurent en effet, à ce moment, tous les moyens de reconnaître la caducité de leur religion et la véracité du Christ, qui avait annoncé cette destruction.)
[36] — Une fois la porte ouverte, l’attaque contre la doctrine traditionnelle de l’Église sur le judaïsme a été menée par étapes. On peut ainsi distinguer quatre étapes : 1) de 1965 à 1975 : l’engrenage du dialogue ; — 2) de 1975 à 1985 : l’engrenage de l’autocensure ; — 3) de 1985 à 2000 : l’engrenage de la repentance (qui culmine lors de la cérémonie de repentance du 12 mars 2000, à Rome) ; — 4) depuis l’an 2000 : l’engrenage de la collaboration. — Ces quatre étapes sont présentées en détail par Michel Laurigan dans son ouvrage Chronologie d’un engrenage, éditions du Sel, 2008, 104 p. (NDLR.)
[37] — Le 10 juin 1948, la sacrée congrégation des Rites a précisé que les mots « perfidis judæis » pouvaient être traduits « les juifs infidèles » plutôt que « les juifs perfides », à cause de l’évolution du sens de ce dernier terme dans les langues modernes. (AAS 40, p. 342.)
[38] —La demande : « Qu’il retire le voile de leur cœur » était remplacée par « Qu’il fasse resplendir sur eux son visage » (7 mars 1965).


