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La prédication doctrinale

Dans l’éditorial du numéro 64 du Sel de la terre, nous avons expliqué la nécessité d’enseigner la vérité entière.

Ce dont nos contemporains ont le plus besoin, c’est d’un enseignement doctrinal solide qui les aide à combler l’immense ignorance religieuse dans laquelle la plupart se trouvent.

Déjà en 1932, le Maître général des Frères Prêcheurs faisait ce constat.

Il expliquait qu’à son époque « l’ignorance religieuse s’étendait sur le monde chrétien et devait être combattue par tous les moyens, mais surtout par une prédication doctrinale [1]. »

Il continuait :

Malheureusement, s’il est certain que l’ignorance religieuse s’accroît tous les jours, il ne l’est pas moins que la prédication doctrinale diminue de plus en plus. Nous devons arrêter un instant nos regards sur ces deux aspects de la réalité pour essayer d’appliquer à d’aussi grands maux des remèdes appro­priés.

Lisons donc ces lignes, nous rappelant qu’elles ont été écrites il y a plus de 75 ans, à une époque où n’existaient ni la télévision, ni internet, ni tous les « progrès » de la civilisation moderne destructeurs de la foi ; à une époque « anté-conciliaire », où l’on enseignait encore la foi dans toutes les paroisses et dans tous les catéchismes (heureuse époque !).

 

L’ignorance religieuse

Et pourtant il constate :

Qui donc pourrait contester l’étendue et la profondeur de l’ignorance religieuse qui sévit aujourd’hui, même parmi les fidèles ? On dirait une maladie conta­gieuse, sorte de lèpre spirituelle, qui ronge les âmes. Tant de causes la favori­sent ! Il y a d’abord cette atmosphère moderne, lourde de scepticisme et de sensualité où, bien malgré eux, doivent respirer les chrétiens. Puis les difficultés matérielles de la vie qui absorbent les pensées de tous, riches et pauvres, et ne laissent plus le temps, même à ceux qui en seraient capables ou en auraient le goût, de revoir leur catéchisme ou de méditer sur les vérités de la foi. Ajoutez à cela les distrac­tions de notre époque qui sont, jour et nuit, à la portée de tous, et pour tous une tentation continuelle de s’échapper à soi-même, de se détendre, de sacrifier les pensées sérieuses à des frivolités, les joies profondes et calmes à des plaisirs énervants ou médiocres, la religion séculaire aux doctrines à la mode, la contemplation à l’action.

L’atmosphère moderne en 2008 est encore plus pestilentielle qu’en 1932. Le scepticisme a fait des progrès du fait du laïcisme – dogme non seulement de la République, mais encore de l'Église conciliaire – et de l’œcuménisme qui, mettant sur le même pied toutes les religions, ne leur accorde qu’une vérité relative. Quant au sensualisme, il se développe par l’impureté omni-présente – le péché de Sodome est protégé par la loi – et par le consumérisme (quel horrible mot !) de notre société à la fois socialiste et ultra-libérale.

Les difficultés matérielles n’ont pas diminué : il est devenu très difficile à nos contemporains d’avoir une famille nombreuse (quasi impossibilité d’avoir l’aide d’une servante ou d’un domestique, problèmes des écoles, des trans­ports…) ; le père de famille est souvent accaparé par un métier fatigant ; le rythme de la vie est trépidant (en 1932 la France était encore rurale) ; etc.

Quant aux distractions, cela est sans doute le domaine qui a le plus « progressé » (télévision, vidéocassettes, etc.). On noie nos contemporains dans toutes sortes de « drogues » virtuelles qui tuent l’intelligence.

Le père Gillet continue en faisant le tableau des résultats produits par ces trois causes :

Faute d’aliment, la foi se dissout peu à peu dans l’esprit des fidèles avec les vérités de la foi. Quelques formules seulement, jadis apprises par cœur, en demeurent accrochées à la mémoire par lambeaux, mais sans aucune signification ni vie. On continue de croire par habitude, comme de pratiquer en vertu de la vitesse acquise. Un grand nombre de chrétiens vont encore à l’église, mais ne savent plus guère pourquoi. En fait ils ignorent maintenant presque tout de leur religion. Même la plupart de ceux ou de celles qui mettent encore la religion au premier rang de leurs préoccupations n’en savent pas beaucoup plus long que les autres et pour des raisons analogues. Le mal est d’autant plus profond qu’à l’Église, dont ils restent les habitués, ils n’entendent presque jamais plus les prédicateurs leur parler de la doctrine chrétienne.

Que dire aujourd’hui ?

Combien de nos contemporains ont-ils même « jadis appris par cœur des formules de catéchisme » ? N’ont-ils pas appris plutôt à combattre le racisme et à découvrir l’aspect positif de l’islam et du bouddhisme ?

En 1932, les chrétiens allaient encore « en grand nombre à l’église, conti­nuaient de pratiquer comme de croire en vertu de la vitesse acquise ». Là aussi, nous avons fait des progrès… dans le mal.

Et ne parlons pas du fait que ceux qui vont à l’église apprennent la plupart du temps tout autre chose que l’Évangile que prêchait en 1932 le père Gillet et ses confrères.

Même à ne considérer que le petit troupeau préservé, le pusillus grex, qui a eu la grande grâce de conserver la foi dans la Tradition, combien, au sortir de l’école, ont-ils continué à approfondir leur foi, à lire de bons livres [2], à faire des retraites annuelles, etc. ?

 

Absence de prédication doctrinale

Poursuivons la lecture de la lettre du père Gillet :

C’est là en effet le second et triste aspect de l’ignorance religieuse propre à notre temps. Les fidèles en grande majorité ne sont plus enseignés. On les moralise, mais on ne les instruit plus. On prêche les commandements et l’on tonne avec raison contre les spectacles, la mode, les cinémas, mais on n’expose plus le dogme. On parle beaucoup des saints, mais on ne parle plus guère de Dieu. La raison en est, hélas, que la plupart des prédicateurs eux-mêmes igno­rent, ou à peu près, leur théologie, soit qu’on ait négligé de la leur enseigner, soit qu’ils ne l’aient pas étudiée, ou simplement qu’ils l’aient oubliée. D’une façon générale, il est permis d’affirmer que, dans toute l’Église, le niveau de la prédication a baissé avec celui des études théologiques et philosophiques, malgré les avertissements répétés des souverains Pontifes et les sages directions données par eux à toutes les autorités responsables. Or, c’est cela surtout qui est grave et mérite de retenir notre attention.

On serait presque tenté de dire : heureuse époque où l’on « moralisait encore les fidèles, où l’on prêchait les commandements et l’on tonnait contre les spectacles, la mode, les cinémas, où l’on parlait beaucoup des saints », heureuse époque et depuis longtemps révolue.

Mais, et c’est là le plus important, le père Gillet relève avec raison la prio­rité de l’instruction doctrinale. Le dogme doit précéder la morale, car le vrai précède le bien, l’intelligence précède la volonté, et l’on n’aime que ce que l’on connaît.

Voilà pourquoi les épîtres de saint Paul, pour ne prendre qu’un exemple, commencent généralement par une partie dogmatique avant de donner des consignes morales. Quant à la Somme théologique de saint Thomas, la première partie, purement dogmatique, précède la seconde qui est consacrée à la théo­logie morale.

Or, déjà en 1932, le père Gillet dénonce la baisse des études doctrinales :

C’est un fait de notoriété publique que l’amour des études spéculatives, depuis un quart de siècle, a beaucoup diminué d’intensité dans les centres d’études ecclésiastiques, parmi le clergé séculier ou régulier, à tous les degrés de la hiérarchie [3]. On continue encore çà et là d’opposer la doctrine aux œuvres, avec une préférence marquée pour les œuvres. Là où la doctrine est demeurée en faveur, on y sacrifie volontiers les études spéculatives aux études positives, dont la nécessité du reste, nous le dirons bientôt, n’est pas discutable. Plus encore que ce penchant aux œuvres, le modernisme doctrinal d’il y a vingt ans a énervé les esprits. En soufflant comme un vent de doute et de fièvre sur les âmes, il a pour ainsi dire anémié les intelligences et épuisé leur sève. Le modernisme, comme hérésie massive, est peut-être mort ; mais il agit encore à l’état larvé, entretenu qu’il est par les doctrines fausses et contradictoires dont l’atmosphère intellectuelle demeure saturée.

Le père Gillet dénonce deux causes à cette carence : « l’hérésie des œuvres » qui fait préférer l’action à l’étude, et le modernisme qui anémie l’intelligence en préférant le sentiment à la foi et en se moquant de l’intellectualisme, « système qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé [4] ».

Sur le deuxième point, le père Gillet pensait que le modernisme était « peut-être » mort. Las ! Il est bel et bien ressuscité, et il vit mieux que jamais.

Le constat du père Gillet est donc tout à fait d’actualité : il faut promouvoir la « prédication doctrinale ».

Le Sel de la terre ne prétend pas, bien entendu, à l’exclusivité dans ce domaine, et il existe d’autres sources de formation pour nos contemporains (nous tâchons, quand l’occasion se présente, de nous en faire les échos).

C’est pourquoi nous demandons à nos chers lecteurs, d’abord de lire réel­lement Le Sel de la terre et ensuite de bien vouloir nous soutenir de leurs prières et de leurs abonnements afin que perdure, pour l’honneur de l'Église et le salut des âmes, cette prédication doctrinale !

 *




 

[1]  — Lettre à l’Ordre des Frères Prêcheurs du Maître Général Fr. Martin Stanislas Gillet O.P., 23 janvier 1932, « Les études dans l’Ordre des Frères Prêcheurs et la constitution Deus scientiarum Dominus ». Les sous-titres et les italiques sont de nous. — La revue Sous la bannière 134 (novembre-décembre 2007), p. 18 sq., a publié un article qui donnait une liste de prélats f\m\ parmi lesquels figurait le nom du père Gillet. Cette affirmation nous paraît invraisemblable. Il faudrait vérifier la source d’où vient cette liste, car les ennemis de l'Église sont bien capables de mettre en circulation de fausses listes, mêlant le vrai et le faux, pour dérouter ceux qui les combattent.

[2]  — Nous n’avons pas fait d’enquête sur nos lecteurs, mais un confrère prêtre nous disait récemment : plusieurs fidèles m’ont dit qu’ils étaient abonnés au Sel de la terre pour soutenir la revue, mais qu’ils se gardaient bien de la lire… Hélas !

[3]  — DICI nº 171, 8 mars 2008, p. 9 (DICI-Presse, 33 rue Galande, 75005 Paris), explique un malaise ressenti par les catholiques polonais vis-à-vis de leur clergé, car ceux-là se rendent compte que celui-ci est de plus en plus inspiré… par internet, les prêtres se contentant de lire en guise d’homélie un texte glané sur le « web » !

[4]  — Saint Pie X, encyclique Pascendi dominici, 8 septembre 1907.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 66

p. 1-4

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