top of page

Le Magistère ordinaire universel

 

 Fr. P.-M. O.P.

Le Courrier de Rome sì sì no no de février 2008 [1] publie une article de M. l’abbé Jean-Michel Gleize « A propos de saint Vincent de Lérins », dans lequel il réfute le livre de M. l’abbé Lucien [2], Les Degrés d’autorité du magistère, déjà analysé dans Le Sel de la terre 63 (p. 37 et sq.) par le fr. Pierre-Marie O.P. et M. l’abbé Calderon. La partie la plus intéressante de cet article concerne le Magistère ordinaire universel (MOU).

M. l’abbé Gleize défend l’idée que le MOU n’est vraiment universel (et donc infaillible) que s’il y a unanimité actuelle du corps enseignant des évêques et constance dans l’objet de l’enseignement.

L’unanimité actuelle dans l’espace concerne le sujet enseignant : c’est une unanimité qui a lieu dans l’espace seulement et non dans le temps. Il suffit que tous les évêques soient d’accord à une époque donnée sur une doctrine, sans qu’il soit besoin de vérifier que leurs prédécesseurs l’étaient.

En revanche, la constance dans l’enseignement concerne l’objet enseigné : c’est une universalité qui a lieu dans l’espace et dans le temps. En effet, le magistère ecclésiastique a pour propriété d’être traditionnel. Il est fait pour transmettre (en latin tradere, d’où « tradition », « traditionnel ») un enseignement reçu des Apôtres. Il doit donc toujours proposer le même objet substantiel.

Le magistère ecclésiastique se distingue donc du magistère scientifique : celui-ci ayant pour fonction de découvrir de nouvelles vérités, un changement substantiel est donc possible.

Le magistère ecclésiastique se distingue aussi du magistère fondateur du Christ et des Apôtres : ceux-ci attestaient la vérité pour la 1ère fois, et ils n’avaient donc pas à transmettre une vérité déjà enseignée.

M. l’abbé Gleize explique qu’il y a un ordre entre les deux éléments du MOU : l’unanimité actuelle dans l’enseignement des évêques dépend de l’objet enseigné. Si les pasteurs sont unanimes, c’est parce qu’ils sont assistés du Saint-Esprit pour transmettre fidèlement le dépôt de la foi.

Il est vrai que pour le simple fidèle, c’est l’unanimité de l’enseignement qui est plus immédiatement visible. Toutefois l’on peut juger aussi de la cohérence ou de la constance de l’enseignement, au moins dans certains cas. Ce n’est pas le libre examen protestant qui oppose le jugement actuel du fidèle à l’enseignement actuel du magistère. Ici, l’on compare l’enseignement actuel du magistère avec l’enseignement passé du magistère.

Cet examen est possible du fait que le dogme, même s’il est incompréhensible et obscur (car surnaturel, au delà de la raison), n’en est pas moins intelligible (il s’adresse à l’intelligence). On ne sait pas clairement pourquoi la proposition enseignée est vraie (par exemple, pourquoi il y a trois personnes en une substance divine), mais on sait que la proposition est vraie, et donc on sait qu’une proposition contradictoire est fausse.

Il est donc légitime de comparer l’enseignement actuel des évêques, par exemple sur la liberté religieuse, avec l’enseignement du passé de l'Église et de constater la contradiction. Comme l’enseignement  du passé était couvert par le MOU, on en conclut que l’enseignement actuel est faux.

Bien plus on en conclut que l’enseignement actuel n’est pas l’exercice d’un véritable magistère ecclésiastique, puisqu’il nous propose une doctrine nouvelle, une doctrine étrangère, alors que sa fonction est de transmettre la même doctrine, d’être un magistère traditionnel.

Toutefois, même si la réaction traditionaliste est fort différente de la révolte protestante (comme nous l’avons expliqué ci-dessus), il pourrait être périlleux pour un simple fidèle de vouloir juger les représentants actuels du magistère et contester leur enseignement.

Si nous nous permettons de le faire, c’est parce que nous constatons historiquement une rupture dans l’enseignement. Il y a eu le Concile, les disputes et discussions entre les représentants des deux doctrines. Même si la « nouvelle théologie » l’a emporté, une forte minorité d’évêques (le Cœtus internationalis Patrum) s’y est opposée. Le nombre d’évêques opposants a pu diminuer fortement, il n’a jamais disparu : les quatre évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X sont des évêques catholiques, héritiers du Cœtus, qui contestent cet enseignement conciliaire.

A cette analyse pertinente de M. l’abbé Gleize, nous ajouterons une remarque : la nouvelle doctrine nous est imposée d’une manière nouvelle. Mgr Lefebvre a subi des sanctions canoniques (invalides de surcroît), mais il n’a pas été condamné doctrinalement. Cela vient de ce que le mode d’exercice du magistère est un mode libéral. C’est ce que montre M. l’abbé Calderon dans ses études parues dans Le Sel de la terre. C’est pour nous une raison supplémentaire de le contester : étant libéral, le magistère nouveau est un magistère dialogué auquel ne répugne pas la contradiction.

  

M. l’abbé Jean-Michel Gleize : « A propos de saint Vincent de Lérins », Le Courrier de Rome sì sì no no, février 2008.



[1] —  Courrier de Rome 308, février 2008 (BP 156, 78001 Versailles cedex).

[2]  —  Abbé Bernard LUCIEN, Les Degrés d’autorité du magistère (La question de l’infaillibilité. Doctrine catholique. Développements récents. Débats actuels), Feucherolles, La Nef, 2007.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 66

p. 129-131

Les thèmes
trouver des articles connexes

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page