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L’état de nécessité

Fr. P.-M. O.P.

 

Le Courrier de Rome sì sì no no de juillet-août 2008 [1] publie une étude de M. l’abbé Jean-Michel Gleize sur « L’état de nécessité ». L’auteur réfute le livre de Mgr Rifan, Tradition et magistère [2]. Le prélat « ecclesiadéiste » commet une double erreur : la première consiste à fausser la notion du magistère de l’Église, en lui attribuant une valeur absolue, indépendante de la tradition objective des siècles passés. La seconde est une négation de l’évidence : la crise actuelle dans l’Église.

Sur le premier point, M. l’abbé Gleize montre que Mgr Rifan passe sous silence les points fondamentaux de la véritable doctrine de l’Église sur le magistère, pourtant clairement exposés par Mgr de Castro Mayer dans la revue des prêtres de Campos en 1983 (Heri et hodie, nº 3).

Sur le deuxième point (négation de la crise actuelle dans l’Église) Mgr Rifan met en cause la valeur du Bref examen critique (des cardinaux Ottaviani et Bacci) en s’appuyant sur un faux déjà dénoncé comme tel par Jean Madiran en 1970, et en citant une lettre tronquée de Mgr de Castro Mayer. M. l’abbé Gleize n’a pas de peine, sur ce dernier point, à rétablir la vérité en se référant au Sel de la terre 37 qui citait la lettre en question intégralement.

Comme on le voit, la dérive des prêtres de Campos s’accompagne d’une infidélité à leur fondateur.

Mgr Rifan essaye encore de justifier le texte du Concile sur la liberté religieuse, prétendant que l’indiffé­rentisme religieux des autorités civiles n’aurait pas été condamné par le magistère précédent de l’Église (ce que M. l’abbé Gleize n’a pas de peine à réfuter) et essayant de justifier cette indifférentisme en s’appuyant sur les travaux du père Basile, déjà réfutés dans Le Sel de la terre, notamment dans la recension que nous avons faite de l’étude du père Jehan, ancien moine du Barroux [3].

Enfin, et ce n’est pas la partie la moins intéressante de cette étude, M. l’abbé Gleize montre que les déclarations du pape Benoît XVI n’apportent aucun crédit à la relecture de Mgr Rifan sur les questions de la liberté religieuse et de l’œcuménisme. Ce qu’enseigne le pape actuel est exactement ce que les papes précédents ont condamné : Pie IX en ce qui concerne la liberté religieuse, et Pie XI en ce qui concerne l’œcuménisme. Citons la conclusion de cet article :

 

Un an après son fameux discours sur l’herméneutique du Concile [22 décembre 2005], le pape Benoît XVI indique sans équivoque quel est le sens de cette liberté religieuse dans le Discours du 28 novembre 2006, adressé au corps diplomatique auprès de la république de Turquie : « C’est le devoir des autorités civiles dans tout pays démocratique », dit-il, « de garantir la liberté effective de tous les croyants et de leur permettre d’organiser librement la vie de leur communauté religieuse [4]. » Surtout, lors de son récent voyage aux États-Unis, Benoît XVI a répété avec force les mêmes idées, dans son discours du 18 avril 2008, adressé à l’assemblée de l’ONU. « Les droits de l’homme », dit-il, « doivent évidemment inclure le droit à la liberté religieuse » [...] La pleine garantie de la liberté religieuse ne peut pas être limitée au libre exercice du culte, mais doit prendre en considération la dimension publique de la religion et donc la possibilité pour les croyants de participer à la construction de l’ordre social. » Et il ajoute que ce principe de la liberté religieuse vise « à obtenir la liberté pour tout croyant [5] ».

Bien loin de corriger l’enseignement fautif de Dignitatis humanae sur la liberté religieuse, ces discours du pape Benoît XVI le confirment avec force et clarté. Et on voit bien, d’autre part, que le pape Benoît XVI ne recule pas plus que son prédécesseur Jean-Paul II devant les conséquences de cet enseignement. En effet, la conséquence de la liberté religieuse, c’est l’oecuménisme. Sans revenir sur la visite à la synagogue de Cologne en 2005 ou sur le voyage au Moyen-Orient en 2006, nous voyons bien que, lors de la réunion œcuménique tenue à Naples le 21 octobre 2007 [6], Benoît XVI n’a pas caché ses intentions. Cette réunion, expliquait-il, « nous ramène en esprit en 1986, lorsque mon vénéré Prédécesseur Jean-Paul II invita sur la colline de saint François les hauts représentants religieux à prier pour la paix, soulignant en cette circonstance le lien intrinsèque qui unit une authentique attitude religieuse avec une vive sensibilité pour ce bien fondamental de l’humanité [7] ». Et d’ajouter : « Dans le respect des différences des diverses religions, nous sommes tous appelés à travailler pour la paix. » Il est donc clair que l’esprit de Benoît XVI, c’est toujours l’esprit d’Assise.

La conclusion qui nous intéresse est la suivante : les déclarations du pape Benoît XVI sur la liberté religieuse et ses démarches oecuméniques ne mettent pas fin à l’état de nécessité. L’interprétation authentique du concile Vatican II que donne le pape actuel maintient toujours en principe les mêmes erreurs jadis dénoncées par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro-Mayer dans leur Lettre ouverte au pape Jean-Paul II [8]. A lui seul, ce dernier document réduit à néant toute la sophistique de Mgr Rifan.

 

M. l’abbé Jean-Michel Gleize « L’état de nécessité », Le Courrier de Rome sì sì no no, juillet-août 2008.



[1] —  Courrier de Rome 313, juillet-août 2008 (BP 156, 78001 Versailles cedex).

[2] —  Mgr Fernando Rifan, Tradition et magistère vivant, Le Barroux, Éditions Sainte Madeleine, 2007, 121 p.

[3] —  Voir Le Sel de la terre 56, p. 180 et sq.

[4] —  DC n° 2371 (7 janvier 2007), p. 13-14.

[5] —  Benoît XVI, « Discours à l’assemblée générale des Nations-Unies, le 18 avril 2008 », ORLF n° 16 (22 avril 2008), p. 7.

[6] —  Voir Le Sel de la terre 63, p. 156. (NDLR.)

[7] —  Benoît XVI, « Discours aux chefs religieux participants à la rencontre internationale pour la paix, le 21 octobre 2007 », DC n° 2391 (2 décembre 2007), p. 1037-1038.

[8] —  Fideliter n° 36 de novembre-décembre 1983, p. 3-12.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 66

p. 131-133

Les thèmes
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La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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