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La lumière de la Tradition

 Joël Daire

Le Séminaire Saint-Pie X d’Écône poursuit l’édition thématique des homélies et conférences spirituelles de son fondateur, Mgr Lefebvre, avec un troisième volume (en 2 CD) consacré à la Tradition. Comme précédemment, les enregistrements sont ordonnés selon un plan rigoureux et pédagogique. La première série d’allocutions est consacrée au rappel de ce qu’est la Tradition dans l’Église. Dans la deuxième série, Mgr Lefebvre s’emploie à montrer comment, à partir du concile Vatican II, l’Église s’est écartée de la vraie Tradition et comment elle en a développé une conception erronée sous la dénomination de « tradition vivante ». Enfin, dans une troisième partie, ont été rassemblées des conférences et homélies éclairant le sens du combat dit « traditionaliste » et montrant la voie de la fidélité à la Tradition authentique de l’Église.

La quinzaine d’enregistrements présentés ici, entrecoupés de pièces d’orgue, couvre la période allant de 1974 (la célèbre « déclaration de fidélité » à la Rome de toujours, lue et commentée pour les séminaristes d’Écône) à 1989 (homélie de la messe de la Pentecôte). On y retrouve l’habituelle vigueur de pensée du prélat, toute nourrie de la doctrine des Pères de l’Église et de celle du Docteur angélique, exposée avec simplicité mais rigueur, et cette discrète note d’humour que le prélat savait insuffler même aux moments les plus dramatiques de la crise.

Ayant rappelé que la Révélation était close avec la mort du dernier apôtre, Mgr Lefebvre expose les conséquences de ce fait en se fondant sur la distinction thomiste entre Tradition prophétique et Tradition dogmatique. La Tradition prophétique est la Révélation proprement dite, faite par Dieu à travers les prophètes, depuis Moïse jusqu’aux Apôtres, l’incarnation du Verbe et la vie publique de Notre-Seigneur en étant le temps essentiel.

Après la mort du dernier apôtre, la Révélation est complète et le rôle de l’Église est de préciser, de définir, de garder fidèlement et de transmettre ce qui fait partie du dépôt révélé. Tel est le sens de la Tradition dogmatique. En aucun cas, l’Église n’a le pouvoir de modifier ou d’augmenter ce dépôt. « Le pape n’est ni Moïse, ni Pierre » rappelle Mgr Lefebvre, pour signifier qu’il est gardien, et non prophète.

L’évêque critique avec vigueur la notion de « tradition vivante », utilisée après le concile Vatican II par la hiérarchie de l’Église pour circonvenir les arguments des traditionalistes. La doctrine moderniste et libérale considère la Tradition comme évolutive, ce qui conduit au relativisme dans le dogme. Le cardinal Ratzinger avait défini la constitution Gaudium et spes de Vatican II comme « une sorte de contre-Syllabus » [1]. Mais, s’interroge Mgr Lefebvre, quelle peut être l’autorité d’un concile qui vient contredire ce qui a été défini par le magistère infaillible de l’Église ? Pourquoi obéir à ce Concile, si le concile suivant peut venir à son tour le contredire ? Il rappelle d’ailleurs que le pape Jean XXIII lui-même avait défini Vatican II comme concile pastoral, et non dogmatique. De ce fait, l’infaillibilité ne pouvait être assurée aux actes de ce Concile, encore moins sur les points où il entrait en contradiction avec la Tradition de l’Église : la liberté religieuse, l’abandon de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ en sont des exemples. On peut donc légitimement discuter certaines propositions du Concile.

Dans une belle méditation sur obéissance et prudence, Mgr Lefebvre montre, en se fondant sur saint Thomas d’Aquin, que l’obéissance aveugle exigée des prêtres et des fidèles par la hiérarchie conciliaire est contraire à la saine doctrine. S’écartant sur ce point de la philosophie d’Aristote, saint Thomas explique que la prudence n’est pas la vertu exclusive du prince, et que le sujet, s’il doit obéir, ne peut le faire sans exercer sa droite raison avant d’accomplir l’acte qui est attendu de lui. L’obéissance aveugle est contraire à la dignité de l’homme, puisqu’elle exige de lui de se comporter comme un animal dénué de raison. Mgr Lefebvre rappelle que chaque homme aura à répondre individuellement de ses actes devant Dieu, et qu’il ne peut, sous prétexte d’obéissance, accomplir des choses mauvaises. Il doit donc exercer sa prudence avant d’obéir.

Depuis son assomption, la très sainte Vierge Marie a continué de veiller sur l’Église à travers les siècles, en apparaissant pour rappeler les vérités de la Foi, notamment à Fatima. De manière significative, lors de la rencontre interreligieuse d’Assise, la statue de la Vierge de Fatima a été refoulée, observe Mgr Lefebvre. C’est par la dévotion à Notre-Dame que nous resterons fidèles à l’unique Église catholique dont elle est la Mère. La sainte Vierge est contre tout ce qui s’oppose à la vérité, à la sainteté. L’erreur et le péché sont l’œuvre du démon. Marie est l’ennemie du démon. Nous unir à Marie pour demeurer dans la vérité et la sainteté, tel est l’ultime conseil que nous donne le vaillant prélat.

 

Mgr Marcel Lefebvre, La lumière de la Tradition – Homélies et allocutions, Écône, Service enregistrement – Séminaire Saint-Pie-X, (volume 3), 2 CD, durée totale : 2h39, 13 €.



[1]  —  « Si l'on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu'il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus. » Joseph, cardinal Ratzinger, Les principes de la théologie catholique - Esquisse et matériaux, Paris, Téqui, 1982, collection Croire et Savoir, p. 426. (NDLR.)

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 66

p. 127-129

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