Informations et commentaires
Deux avis sur Alexandre Soljenitsyne (1918-2008)
Premier avis, de Philippe Girard
Récemment disparu, A. Soljenitsyne naquit le 11 décembre 1918 en pays cosaque, à Kislovosk, dans le Caucase, un peu plus d’un an après le coup de force qui allait installer la tyrannie communiste en Russie. Sa famille était originaire de Rostov-sur-le-Don, où se déroulera sa jeunesse. Son père meurt, très jeune, des suites d’un accident de chasse, peu de temps avant sa naissance. Sa mère, très croyante, eut le temps, avant que le régime ne fermât les églises, de lui faire connaître les offices religieux [1]. Dans Le Grain tombé entre les meules, il écrit :
Agé de quatre ans, j’avais déjà vu des tchékistes, coiffés de ces « casques Boudienny » qui leur faisaient une « tête pointue », marcher à grands pas dans l’église jusqu’au sanctuaire alors qu’on y célébrait un office. A six ans, je savais déjà parfaitement que mon grand-père et toute ma famille étaient persécutés, déménageaient de lieu en lieu, attendant chaque nuit la perquisition et l’arrestation. A neuf ans, je me rendais à l’école, sachant déjà que j’y risquais interrogatoires et brimades. Et à dix, des pionniers [2] ricanants arrachaient de mon cou ma croix de baptême. Et à onze, à douze ans, on me tourmentait de questions aux assemblées : pourquoi n’entrerais-je pas chez les pionniers ? Et sous mes yeux, les tchékistes emmenèrent mon grand-père Chtcherbak à la mort, l’arrachant aux neuf mètres carrés de notre cabane déjetée et percée de fentes [3].
Peut-être est-ce à sa prime enfance, spectatrice des persécutions endurées pour la foi, que Soljenitsyne pensait quand il écrivait dans sa lettre de carême au patriarche Pimène [4], en 1972 :
Nous volons nos enfants en les privant de cette expérience unique et irremplaçable qu’est la participation du jeune âge à la sainte liturgie. Adultes, ils n’auront plus le moyen de récupérer ni peut-être même de comprendre ce qu’ils ont perdu ! On a aboli le droit de fidélité à la foi de nos ancêtres, le droit des parents à élever leurs enfants selon leurs convictions intimes ! Et vous autres, princes de l’Église, vous l’acceptez ! Mieux encore, vous y collaborez, en proclamant que c’est un « risque authentique » de la liberté de conscience et de religion [5] !
Des cérémonies religieuses, il conservera toute sa vie une empreinte « qu’aucune meule de l’âge mûr, aucune idéologie fracassante n’ont jamais pu ternir ni broyer », empreinte qui, avec l’épreuve des camps et celle du cancer, aura sa part dans l’évolution intérieure qui le conduira d’un simple spiritualisme à la conversion au christianisme « orthodoxe », en 1968. Pourtant, adolescent et jeune homme, il ne sera pas opposant au régime soviétique : « Moi-même, ultérieurement, j’ai accordé mes jeunes sympathies au monstrueux léninisme [6]. » Il est vrai que l’inscription au parti communiste conditionne celle à l’université d’État. Soljenitsyne sera étudiant en mathématiques et en physique à l’université de Moscou, sans pour autant négliger la littérature, la philosophie, l’histoire, dont il suit les cours par correspondance. On se rend ainsi compte de sa curiosité universelle et on ne s’étonne plus de l’ampleur de l’œuvre dont le projet occupe son esprit dès avant la guerre. Professeur de mathématiques, mobilisé en 1941, il servira dans une unité de repérage acoustique dont le rôle est de localiser les emplacements de l’artillerie ennemie ; il sera présent à la gigantesque et décisive mêlée de Koursk – la plus grande bataille de blindés de l’histoire –, en juillet-août 1943, laquelle, bien plus que la bataille de Stalingrad, montée en épingle pour les besoins de la propagande de guerre stalinienne, ôte définitivement à l’Allemagne toute chance de succès à l’Est. Il participera aussi à l’offensive en Prusse orientale, dont il décrit certaines phases [7], jusqu’à ce 9 février 1945, où, capitaine, plusieurs fois blessé et décoré, il sera arrêté pour le sacrilège d’avoir douté, dans une lettre privée, des talents stratégiques de Staline. Le 27 juillet, il sera condamné à huit ans de camp de travail et de redressement, selon la terminologie soviétique, sur simple décision administrative du NKVD [8]. Il purge sa peine d’abord dans les environs de Moscou, à la prison – centre de recherches scientifiques de Marfino, et cadre du roman Le Premier cercle –, puis au camp d’Ekibastouz, au Kazakhstan, en Asie centrale, d’où il tirera Une journée d’Ivan Denissovitch ; puis, à partir de 1953, il jouit, non pas d’une mise en liberté, comme dans les pays normaux, mais de relégation à perpétuité, comme le permettait le Code pénal de l’URSS, à titre de peine complémentaire. C’est là, dans le petit village de Koh-Terek, dans un décor de steppes en bordure du désert kazakh, qu’il enseignera les mathématiques et la physique, échappant de justesse au cancer, épreuve qui lui inspirera Le Pavillon des cancéreux.
A propos du cancer, il écrit :
A la veille du nouvel an 1954, je partis mourir à Tachkent [à l’hôpital]. En fait, je ne mourus pas. Avec ma tumeur maligne carabinée, abandonné sans espoir, ce fut un miracle de Dieu ; je ne pouvais absolument pas le comprendre autrement. Et toute la vie qui, depuis lors, m’a été rendue n’est plus mienne au plein sens du mot, elle porte en elle un sens [9].
En 1956, la politique de déstalinisation le libérera et le réhabilitera. Il deviendra alors professeur de physique à Riazan, au sud-est de Moscou, ayant entre-temps renoué avec sa femme, épousée la veille de la guerre, quoiqu’elle eût demandé et obtenu le divorce en 1949.
C’est alors que se révèle l’écrivain, celui que N. Struve, un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre de Soljenitsyne dont il fut l’un des traducteurs, désigne comme le plus grand écrivain à l’échelle mondiale de la seconde moitié du 20e siècle ; d’emblée, Soljenitsyne atteint à la notoriété en 1962, avec Une journée d’Ivan Denissovitch. C’est que ce livre, outre sa valeur littéraire, répond à un besoin latent de la population d’URSS, celui de lever un coin du voile dissimulant quarante années de terreur. L’équipe au pouvoir juge profitable, pour contribuer à asseoir son autorité, de laisser publier ce récit de la vie quotidienne dans un bagne stalinien, considérant ces révélations comme un instrument de la politique de déstalinisation. L’écrivain est même reçu officiellement par Khrouchtchev. Mais, dès après le renversement de celui-ci, en 1964, la nouvelle formation dirigeante se rend compte de l’erreur commise, devant l’immense mouvement d’intérêt suscité par le livre, et entreprend de neutraliser son auteur par tous les moyens : harcèlement du KGB [10], qui lui vole ses manuscrits, interdiction de publier, interdiction de séjour à Moscou – Soljenitsyne se réfugie alors chez le violoncelliste Rostropovitch – campagnes de diffamation auxquelles s’associe l’Union des Écrivains, dont il est exclu en 1969, ce qui équivaut à l’impossibilité de mener toute activité littéraire, sinon clandestine, par le canal du Samizdat, réseau souterrain de circulation d’écrits dissidents en URSS [11]. Mais les épreuves passées ont fait de Soljenitsyne un homme résolu à tout. C’est aussi l’époque de sa conversion religieuse. « Nul ne réussira à barrer les voies de la vérité et je suis prêt à mourir pour qu’elle avance », écrit-il dans la lettre au quatrième congrès des écrivains soviétiques. De fait, il prend des risques considérables. En 1970, lui est attribué le prix Nobel de littérature, qu’il n’ira pas recevoir à Stockholm, dans la crainte de ne pouvoir rentrer dans son pays. Son domicile est cambriolé par la police. De pseudo-témoignages tentent de le calomnier sur son passé de déporté. C’est un redoublement de persécutions de la part du pouvoir soviétique, devenu conscient de la stature internationale acquise par l’écrivain et de l’erreur commise en 1964 : il n’est pas récupérable par le système, à la différence d’autres parmi ceux que l’Occident qualifie de dissidents. Soljenitsyne est mieux qu’un dissident : pour lui, il n’existe pas de « socialisme à visage humain ».
Lorsque le KGB parvient à s’emparer d’un exemplaire du manuscrit de L’Archipel du goulag – comme le meilleur de la littérature russe qui circulait dans le Samizdat – chez une amie de Soljenitsyne, Élisabeth Voronskaya, retrouvée pendue à son domicile après trois jours d’interrogatoires [12], il décide de frapper un coup décisif en le faisant publier hors d’URSS. L’Archipel du goulag – abréviation de l’administration des camps de concentration soviétiques, terme appelé à une célébrité mondiale [13] – voit le jour à Paris en 1973. Cette même année, l’écrivain a épousé Natalia Svetlava, professeur de mathématiques, dont il avait fait connaissance dans les milieux intellectuels de l’opposition, et qui le secondera d’une manière admirable [14]. La parution de L’Archipel du goulag déclencha une onde de choc mondiale : en effet, il faut savoir que pratiquement jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’URSS tirait un motif officiel de fierté de son réseau de « camps de rééducation par le travail », défendu en outre avec acharnement par les divers partis communistes, parmi lesquels se trouvait en pointe celui de Maurice Thorez, Jacques Duclos et Louis Aragon [15]. Le gouvernement soviétique, ne sachant comment se dépêtrer de cette affaire bien gênante sur le plan international, et dans l’impossibilité d’emprisonner l’écrivain, du fait de sa notoriété hors des frontières de l’URSS, décide, en février 1974, de le frapper de bannissement. Expulsé vers l’Allemagne, il décide, rejoint par sa femme et ses enfants, de s’installer à Zurich où, pour les besoins de La Roue rouge, il met ses pas dans ceux de Lénine [16].
Dès ce premier contact avec le monde occidental, Soljenitsyne le juge avec cette lucidité qui lui vaudra tant d’avanies et d’antipathies, dont on a pu constater la persistance dans certains commentaires fielleux après sa disparition. Il est profondément choqué par ce qu’il observe autour de lui : la décadence criante des mœurs, l’effondrement affligeant du niveau intellectuel – qui se perçoit, par exemple, à la quasi-disparition d’une littérature digne de ce nom, comme en témoigne la liste des Prix Goncourt en France… –, l’absence de débat d’idées – remplacé par les listes de proscriptions tenues à jour par une toute petite minorité, aussi arrogante qu’ignare, équivalent de la nomenklatura soviétique, l’intelligentsia –, le matérialisme, la corruption des « élites », l’athéisme, l’hédonisme débridé, alors que lui-même prône l’autolimitation librement consentie des besoins, l’agitation permanente entretenue par le monde omniprésent des médias sur des sujets futiles, au détriment de l’essentiel : la vie intérieure pour laquelle l’âme a été créée. En fin de compte, il retrouve à l’Ouest le règne d’une pensée unique pas si éloigné de celui qu’il a dû quitter sous la contrainte. Une incompréhension marquée d’hostilité se développe, dans les milieux qui fabriquent l’opinion publique à l’Ouest, vis-à-vis de Soljenitsyne [17]. On lui préfère Sakharov, lequel se conduit d’ailleurs de façon peu élégante à son égard [18]. Deux exemples des méthodes de la presse occidentale envers Soljenitsyne se trouvent dans Le Grain tombé entre les meules à la page 100, concernant le magazine allemand de gauche Der Spiegel et à la page 292, pour Stern, autre publication allemande du même genre. Ces agressions permettent à Soljenitsyne, à l’occasion des procès qu’il est obligé d’intenter, de dénoncer le juridisme, la loi prise à la lettre, qui règne en Occident et qui est le contraire de la justice :
La lutte juridique est une profanation, une ulcération de l’âme. Lorsque le monde est entré dans l’ère juridique et a peu à peu remplacé la conscience par la loi, son niveau spirituel a baissé. Oh, le monde juridique ! Oh, la libre chicane ! […] Un tribunal noyé dans le juridisme, suffoquant dans la lettre de la loi tout en perdant le fil de son esprit, donne si souvent l’avantage aux vauriens et aux imposteurs ! En outre, un procès peut encore traîner pendant des mois et des années, cela n’est pas à leur détriment. Ainsi donc, il n’est pas possible en Occident de parler de ces chacals dans les termes imprudents que j’avais l’habitude d’employer en parlant du pouvoir communiste suspendu au-dessus de ma tête [19].
Tel est le paradoxe auquel aboutit ce juridisme dont le monde anglo-saxon est si féru. Ce ne sont certes pas les impressions de l’écrivain à l’occasion d’un voyage en Espagne qui vont détendre les rapports !
Le lendemain matin, on nous conduisit par la Cité universitaire de Madrid, […] à l’Escurial, à la Vallée des Morts, où, dans une solennelle et unique église, sont enterrées de nombreuses victimes de la guerre civile, sans distinction du camp dans lequel elles avaient combattu et pour lesquelles sont régulièrement célébrées des messes. Ce jour-là était célébrée une messe spéciale : cinq mois depuis la mort du général Franco. L’immense église était pleine. Justement, cette égalité des deux camps me frappa, cette égalité devant Dieu de ceux qui étaient tombés : voilà ce que c’est que, dans la guerre, le camp de la chrétienté ait vaincu ! Tandis que, chez nous, c’est le camp de Satan ; aussi son adversaire, depuis soixante ans, est-il foulé aux pieds et couvert de crachats ; qui, chez nous (en URSS) irait piper mot d’égalité, fût-elle celle des morts [20] ?!
A la suite d’une émission à la télévision espagnole, Soljenitsyne quittera l’Espagne sous les injures et les cris de colère des journaux socialistes et libéraux.
Tout cela, ajouté à une tentative d’assassinat des services secrets soviétiques, conduit Soljenitsyne à rechercher, en vue de la poursuite de son œuvre, la plus grande solitude possible qu’il trouvera, en partie du moins, dans l’État du Vermont, à la frontière des États-Unis et du Canada, où il s’installe en 1976. Le climat lui rappelle celui de la Russie, la propriété est à l’écart ; un jour, des loups la traverseront. Mais là non plus, il ne pourra pas parvenir au mode d’existence dont il rêve. Mécontents de ne pas être reçus, des journalistes –pour lesquels il ne représente qu’un bon filon pour les gros tirages – le prennent à partie dans la toute-puissante presse américaine, celle qui peut réduire à rien tout ce qui lui déplaît. Mais Soljenitsyne fait face, comme il a fait face au KGB, sans rien concéder.
Il ne tarde pas à juger, comme en Europe, pitoyable le niveau de l’existence aux États-Unis, renvoyant dos à dos « le bazar idéologique de l’Est », c’est-à-dire la dictature du parti communiste, et « le bazar mercantile de l’Ouest », c’est-à-dire la dictature de l’argent. Les reproches qu’il adresse à l’Occident sont résumés dans le remarquable discours de Harvard, du 8 juin 1978, publié sous le titre Le déclin du courage [21], et aussi dans L’erreur de l’Occident [22] (1980) ; c’est surtout à partir de ce moment que l’écrivain fut traité de réactionnaire, de grand-russien, d’obscurantiste chrétien, d’antisémite par l’intelligentsia occidentale. Très vite, la jungle de l’affairisme va se dresser contre lui à propos de l’édition américaine de ses ouvrages et il se rend compte, à sa grande tristesse, que seule la valeur marchande de ses ouvrages intéresse ses interlocuteurs, nullement celle qu’ils représentent en tant que création de l’esprit. Alors, ici aussi, il est contraint d’intenter des procès, lui qui en a horreur, avec leur procédure anglo-saxonne remplie de pièges. Mais comment ne pas réagir devant des éditions faites sans son autorisation ? Ne rien faire revient à les tolérer, or elles déforment sa pensée, lui font dire ce qu’il n’a jamais dit ! La presse, quant à elle, publie de faux entretiens établis par les services de désinformation du KGB ; en France, le quotidien Le Monde annonce un imaginaire départ de l’écrivain pour le Chili sur une prétendue invitation du président Pinochet, croyant ainsi le déconsidérer ; des biographies malveillantes paraissent. Ainsi donc, les relations entre Soljenitsyne et une large part du monde politique, intellectuel et médiatique américain qui s’imaginait, comme son homologue européen, se trouver devant un dissident « fréquentable », style Sakharov, Plioutch ou Siniavski, seront très tendues. Mais de qui Soljenitsyne pourrait-il être entendu et compris, lui qui déclarait en 1983, à l’occasion de la remise du prix Templeton [23], pour lequel il avait été sollicité :
Il y a plus d’un demi-siècle, encore enfant, j’avais entendu plusieurs personnes âgées dire, pour expliquer les grandes secousses qui avaient ébranlé la Russie : les hommes ont oublié Dieu ; tout vient de là […] ; or, si l’on me demandait maintenant de formuler aussi brièvement que possible la cause majeure de cette révolution dévastatrice qui a dévoré près de soixante millions d’individus, je ne saurais mieux faire que de répéter : les hommes ont oublié Dieu, tout vient de là. Privée de sa pointe divine, la conscience humaine se déprave et c’est cette dépravation qui a déterminé les crimes majeurs de ce siècle et le premier d’entre eux : la Première Guerre mondiale, de laquelle découle, pour une bonne part, ce que nous vivons aujourd’hui… On ne peut expliquer cette guerre que par un obscurcissement général de la raison chez des dirigeants qui avaient perdu la notion d’une force suprême au-dessus d’eux. […] Nous sommes les témoins de la ruine du monde. Tout le 20e siècle s’engouffre dans l’entonnoir tourbillonnant de l’athéisme et de l’autodestruction. Dostoïevski […] qui jugeait d’après l’acharnement haineux de la Révolution française à l’encontre de l’Église, en avait conclu : la révolution doit nécessairement commencer par l’athéisme. […] Pour arriver à ses fins diaboliques, elle [la politique communiste] doit disposer d’une population sans religion et sans patrie.
Comment Mgr Casaroli, avec son ouverture à l’Est, le président Giscard d’Estaing, rendant hommage à Lénine, pourraient-ils s’élever à une telle hauteur de vues ?
Mais le souci premier de Soljenitsyne est de mener à bonne fin son œuvre, en particulier le cycle monumental de La Roue rouge [24]. Il n’a cure des vaines polémiques qu’on lui cherche. Néanmoins, il ne laisse passer aucune occasion de dire ce qu’il ressent au fond de lui-même. Ainsi, il écrit à Élisabeth II de Grande-Bretagne, pour rappeler comment, en 1945, après la cessation des combats, les Britanniques et les Américains se firent les pourvoyeurs du goulag en livrant à Staline des dizaines de milliers de civils et de combattants antisoviétiques [25]. A part lui, quel homme possédant une audience internationale a évoqué ces faits monstrueux ? On peut penser qu’il estimait s’acquitter d’une dette envers ces malheureux, dont il apprit l’histoire au goulag, en rappelant ces événements qui demeurent si peu connus. Deux ans plus tard, en 1993, se rendant en Vendée, au village martyr des Lucs-sur-Boulogne, où il inaugure un mémorial, il établit un parallèle entre les insurrections révolutionnaires de 1789 en France et de 1917 en Russie, associe les mouvements populaires qui leur résistèrent dans les deux pays et dénonce la pensée des « Lumières » du 18e siècle, comme étant la matrice des totalitarismes des deux derniers siècles [26].
L’implosion de l’URSS en 1991, morte de cachexie, lui permet de mettre un terme à un exil, à certains égards, douloureux, et de retrouver sa patrie en 1994, après vingt ans. Symboliquement, il choisit d’y retourner par Vladivostok, sur l’Océan Pacifique, et de voyager par le train jusqu’à Moscou, par petites étapes, manière de renouer progressivement avec son peuple et sa terre natale, au rythme choisi par lui. Il habite une datcha offerte par le gouvernement, près de Moscou. Il sillonne le pays, observe, questionne, s’informe de l’état des lieux afin de proposer en toute connaissance de la réalité les solutions qu’il estime les meilleures au redressement du pays et qu’il tire du fond ancestral russe [27], justifiant un patriotisme russe dénué de tendances impérialistes ; il dénonce l’affairisme vorace qui met le pays en coupe réglée et qui est bien souvent l’œuvre des anciens apparatchiks communistes, que B. Eltsine n’a pas su ou voulu mettre au pas ; il exalte la terre comme valeur morale, ce qui le fait rejoindre de nombreux écrivains et penseurs traditionalistes français… et le maréchal Pétain qui déclarait : « la terre ne ment pas », appelant à un renouveau spirituel. A plusieurs reprises, il s’entretient avec V. Poutine, officiellement ou en privé. Il meurt le 3 août 2008 et, après un hommage national, est enterré à Moscou au cimetière du monastère Donskoï, conformément à son souhait ; dans ce haut lieu national et spirituel, il repose aux côtés de prestigieuses figures de la sainte Russie, comme le métropolite Tikhon, qui y mourut, emprisonné, en 1925, ou le général Denikine, chef des armées blanches pendant la guerre civile.
Quand on considère qu’il disparaît presque nonagénaire, après être né en pleine guerre civile, avoir connu la période stalinienne, la guerre en première ligne, le goulag, le cancer, les persécutions, l’exil, et au vu de l’œuvre élaborée à travers toutes ces épreuves, il n’est peut-être pas exagéré de le considérer comme un prédestiné bénéficiant d’une protection particulière. En tout cas, il aura été de ceux qui aident à garder l’espérance et à ne pas se résigner au mal. Ci-après, traduction d’un texte autographe, au verso d’une image donnée par Soljenitsyne à un ami [28] :
Comme il m’est facile de vivre avec toi, Seigneur mon Dieu ! Comme il m’est facile de croire en toi ! Lorsque mes pensées chancellent, assaillies par le doute, et que mon esprit défaille, Lorsque les plus intelligents ne voient rien au-delà de ce soir et ne savent ce qu’ils devront faire le lendemain, C’est alors, Seigneur, que tu m’envoies la claire certitude : tu existes et toi-même tu prendras soin que tous les chemins du bien ne soient pas barrés ! Du faîte de la renommée terrestre, je contemple, émerveillé, le chemin sans espoir qui m’y a conduit, De sorte que, même moi, j’ai pu transmettre au loin, parmi les hommes, le reflet de ta gloire ! Aussi longtemps qu’il le faudra, c’est toi qui m’en donneras les moyens, Et lorsque je ne pourrai plus le faire, C’est que tu auras confié cette tâche à d’autres…
Annexe : Soljenitsyne en Vendée
Discours prononcé le samedi 25 septembre 1993,lors de l’inauguration du Mémorial des Lucs-sur-Boulogne,à l’initiative de Philippe de Villiers, député de la Vendée
Il y a deux tiers de siècle, l’enfant que j ’étais lisait déjà avec admiration dans les livres, les récits évoquant le soulèvement de la Vendée, si courageux et si désespéré, mais jamais je n’aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que, sur mes vieux jours, j’aurais l’honneur de participer à l’inauguration du monument en l’honneur des héros et des victimes de ce soulèvement.
Vingt décennies se sont écoulées depuis, des décennies diverses selon les divers pays, et, non seulement en France, mais aussi ailleurs, le soulèvement vendéen et sa répression sanglante ont reçu des éclairages constamment renouvelés. Car les événements historiques ne sont jamais compris pleinement dans l’incandescence des passions qui les accompagnent, mais à une bonne distance, une fois refroidis par le temps. Longtemps, on a refusé d’entendre et d’accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, que l’on brûlait vifs : les pays d’une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite, mais que cette même Révolution opprima et humilia jusqu’à la dernière extrémité, eh bien, oui, ces pays se révoltèrent contre elle !
Que toute révolution déchaîne chez les hommes les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l’envie, de la rapacité et de la haine, cela les contemporains l’avaient bien perçu. Ils payèrent un trop lourd tribut à la psychose générale, lorsque le fait de se comporter en homme politiquement modéré, ou même seulement de le paraître, passait déjà pour un crime.
C’est le 20e siècle qui a considérablement terni aux yeux de l’humanité l’auréole romantique qui entourait la Révolution au 18e siècle. De demi-siècle en demi-siècle, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leurs propres malheurs, que les révolutions détruisent le caractère organique de la société ; qu’elles ruinent le cours naturel de la vie ; qu’elles annihilent les meilleurs éléments de la population en donnant libre champ aux pires ; qu’aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules ; que dans son propre pays, généralement, elle est cause de morts innombrables, d’une paupérisation étendue, et, dans les cas les plus graves, d’une dégradation durable de la population.
Le mot « révolution » lui-même (du latin revolvo) signifie « rouler en arrière », « revenir », « éprouver à nouveau », « rallumer », dans le meilleur des cas « mettre sens dessus dessous », une kyrielle de significations peu enviables. De nos jours, si, de par le monde, on accole à quelque révolution l’épithète de « grande », on ne le fait plus qu’avec circonspection, et bien souvent avec beaucoup d’amertume. Désormais, nous comprenons toujours mieux que l’effet social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d’un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes, sans sauvagerie généralisée. Il faut savoir améliorer avec patience ce que nous offre chaque aujourd’hui. Et il serait bien vain d’espérer que la révolution puisse régénérer la nature humaine. Or, c’est ce que votre Révolution, et tout particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient tellement espéré.
La Révolution française s’est déroulée au nom d’un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : « Liberté, égalité, fraternité. » Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s’exclure mutuellement, sont antagonistes : car la liberté détruit l’égalité sociale, c’est même là un des rôles de la liberté, tandis que l’égalité restreint la liberté, car autrement on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n’est pas de leur famille, ce n’est qu’un aventureux ajout au slogan ; ce ne sont pas des dispositions sociales qui font la vraie fraternité, elle est d’ordre spirituel. Au surplus, à ce slogan ternaire, on ajoutait sur le ton de la menace « ou la mort » ce qui en détruisait toute la signification.
Jamais, à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de « grande révolution ». Si la Révolution du 18e siècle n’a pas entraîné la ruine de la France, c’est uniquement parce qu’a eu lieu Thermidor. La révolution russe n’a pas connu de Thermidor qui ait su l’arrêter, et, sans dévier, elle a entraîné notre peuple jusqu’au bout, jusqu’au gouffre, jusqu’à l’abîme de la perdition. Je regrette qu’il n’y ait pas ici d’orateurs qui puissent ajouter ce que l’expérience leur a appris au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution.
L’expérience de la Révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du « bonheur du peuple » en tirent des leçons. Mais non ! En Russie, tout s’est déroulé de façon pire encore, et à une échelle incomparable. De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement réappliqués sur le corps de la Russie par les communistes léninistes et par les spécialistes internationalistes ; seuls leur degré d’organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des Jacobins.
Nous n’avons pas eu de Thermidor mais – et nous pouvons en être fiers en notre âme et conscience –, nous avons eu notre Vendée, et même plus d’une. Ce sont les grands soulèvements paysans, celui de Tambov en 1920-1921, de la Sibérie occidentale en 1921. Un épisode bien connu : des foules de paysans en chaussures de tille, armés de bâtons et de fourches, ont marché sur Tambov, au son des cloches des églises avoisinantes, pour être fauchées par les mitrailleuses. Le soulèvement de Tambov s’est maintenu pendant onze mois bien que les communistes, en le réprimant, aient employé des chars d’assaut, des trains blindés, des avions, bien qu’ils aient pris en otages les familles des révoltés et qu’ils eussent été à deux doigts d’employer des gaz toxiques. Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchevisme chez les Cosaques de l’Oural, du Don, du Kouban, du Terek, étouffée dans des torrents de sang, un véritable génocide.
En inaugurant aujourd’hui le mémorial de votre héroïque Vendée, ma vue se dédouble : je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe au déferlement de la horde communiste. Nous avons traversé ensemble avec vous le 20e siècle, de part en part un siècle de terreur, effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au 18e siècle. Aujourd’hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée.
Deuxième avis, de l’abbé Paul Vassal *
Certains ont vu dans la disparition d’Alexandre Soljenitsyne, le 3 août dernier, la mort d’un grand prophète. Je répugne pour ma part à employer un terme aussi fort. Soljenitsyne ne semble pas spécialement inspiré par Dieu. De religion orthodoxe, divorcé, remarié, on sent également dans son œuvre que la vie en Dieu n’est pas son souci premier.
Dans son film Dialogue avec Soljenitsyne (1998), Alexandre Sokourov nous explique que : « Soljenitsyne aspire à l’harmonie, mais celle-ci s’acquiert seulement au prix de l’abnégation. Selon Soljenitsyne, la famille est une composante majeure de cette harmonie, le travail aussi et la patrie. » Mais la famille, le travail et la patrie ne forment en fait, avec bien d’autres éléments, que la base naturelle nécessaire à l’édifice spirituel.
Alors, plutôt qu’un prophète, Soljenitsyne serait un oracle. Une de ces voix issues des antres de la terre et qui nous font connaître les vérités éternelles.
Affûtant sa plume dès le lycée et l’université, Soljenitsyne tira profit de ses huit années de camp – 1945-1953 – pour acquérir une connaissance intime et très profonde de la nature humaine. Son œuvre est, comme l’on sait, une remise en cause du communisme soviétique et en particulier du goulag, son système pénitentiaire. Mais elle est aussi quelque chose de plus universel et de plus utile : une extraordinaire galerie de portraits où se coudoient le profiteur, le lâche, la brute, le héros, l’innocent et le cynique, le repenti et puis ce caractère si particulier du lâche qui reproche au héros d’être resté ferme, ce lâche qui veut se faire plaindre et qui expose à l’homme véridique les dures conditions de la vie du lâche : galerie de portraits si vraie, si vivante, tant elle fut composée d’après l’observation de sujets réels, galerie de portraits si instructive.
Par exemple, les leçons du Pavillon des cancéreux sont innombrables. Soljenitsyne expose, dans ce huis clos, les réactions de douze malades face à la mort qui approche, mais aussi face à la remise en cause du stalinisme qui avait exigé de chacun d’eux une prise de position absolue : pour ou contre Staline, la voie large ou la porte étroite. Et, dans cette ambiance de fin d’un monde, qui pour ces malades équivaut à la fin du monde, chacun examine ce qui restera de l’édifice de sa propre vie après la disparition inéluctable de l’héritage stalinien.
Heureusement, il reste le repentir !
Soljenitsyne nous donne une bonne leçon d’indulgence. Si l’homme véridique, laborieux, détaché de ce monde, a sa préférence définitive, les autres caractères restent cependant attachants, sauf le Staline du Premier cercle qui apparaît comme une sorte de génie du mal et de l’orgueil. Ces personnages sont tous tellement vivants que l’on sent en eux le bien se débattre sous les coups de l’égoïsme, de la crainte et de la lâcheté. Ce reste d’une certaine recherche d’un bien supérieur n’est-il pas un appel à la pitié ou à une certaine reconnaissance de la part du lecteur qui juge cette âme ?
C’est certainement, à côté des grands messages de Soljenitsyne sur le stalinisme et le goulag, ou en plus de ses théories, plus complexes pour nous, de politique slave moderne, une leçon que nous ne pouvons pas laisser perdre : l’attachement à un principe, ici, la haine du mensonge et de l’erreur, tout en sachant garder un regard indulgent sur ceux qui nous semblent faire fausse route.
Et maintenant, où est Soljenitsyne ? Peut-être au premier cercle ?
Non, mon cher monsieur, dit Rubine, vous êtes en enfer,[…] vous avez accédé à son cercle privilégié, le plus haut ! le premier cercle. […] Vous vous souvenez que Dante s’est arraché les cheveux en se demandant où mettre les sages de l’Antiquité. Le devoir d’un chrétien était de balancer ces païens en enfer. Mais la conscience de la Renaissance ne pouvait se faire à l’idée d’hommes éclairés entassés avec toutes sortes de pécheurs et condamnés à des tortures physiques. Alors Dante a imaginé pour eux un endroit spécial en enfer. Souvenez-vous… c’est dans le chant IV et c’est à peu près comme ceci : Près d’un noble château enfin nous arrivâmes. […] Sept fois enceint par de hautes murailles. […] Je trouvai là des gens au regard lent et grave, et d’un semblant de grande autorité, qui parlaient peu et d’un ton de douceur [29].
Alors, puisque la sainte Église n’a pas jugé bon d’évacuer l’héritage des Homère, Aristote ou Virgile, ne perdons pas non plus celui de Soljenitsyne.
[1] — Il s’agit de la religion schismatique, dite « orthodoxe ». (NDLR.)
[2] — En 1922, les bolcheviques instaurèrent à la place du scoutisme une organisation similaire en trois niveaux : les komsomols (ou Jeunesses communistes) et les pionniers (10-14 ans) et octobristes (7-9 ans) pour les plus jeunes. (NDLR.)
[3] — Alexandre Soljenitsyne, Le grain tombé entre les meules. Esquisses d’exil, Paris, Fayard, 1998, Première partie : 1974-1978, p. 453.
[4] — Serge Izverkov (1910-1990), patriarche schismatique russe, de 1971 à 1990. (NDLR.)
[5] — Cité par André Martin, Soljenitsyne le croyant, Paris, Albatros, 1973, p. 30.
[6] — Ibid, p. 455.
[7] — Alexandre Soljenitsyne, Le grain tombé entre les meules. Esquisses d’exil, Paris, Fayard, 1998, Première partie : 1974-1978, p. 471.
[8] — Acronyme de Narodnii Kommissariat Vnoutrennikh Del, en français : Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Il s’agit de la police politique de l’Union soviétique, qui fut créée en 1934 à la suite de la Guépéou, avant d’être elle-même remplacée en 1946 par la création du MVD. (NDLR.)
[9] — Alexandre Soljenitsyne, Le chêne et le veau, Paris, Seuil, 1975, p. 10.
[10] — Abréviation de Komitet Gosoudarstennoï Bezopasnosti : Comité de la sécurité d’État.
[11] — Samizdat est l’abréviation du mot Samoizdatelstuo, qu’on peut traduire : auto-publication. (NDLR.)
[12] — Les Invisibles, Paris, Fayard, 1992, raconte le dévouement héroïque de ces anonymes qui diffusèrent la littérature et la presse interdites.
[13] — Glavnoie OUpravlenie LAGerei, Direction générale des camps.
[14] — Nous n’avons pu élucider s’il s’est agi d’un mariage religieux. En 1964, Soljenitsyne avait quitté sa première femme qui avait accepté de l’espionner pour le compte du KGB. (NDLR.)
[15] — Voir le procès Kravchenko. Sur la réalité des camps soviétiques, voir, entre autres : Nicolas Werth, L’Île des Cannibales, Paris, Perrin, 2006, et Tomasz Kizny, Goulag, Paris, Acropole – Éditions Balland, 2003. Cet album compte près de cinq cents pages avec de très nombreuses photographies : un document d’archives.
[16] — Alexandre Soljenitsyne, Lénine à Zürich, Paris, Seuil, 1975.
[17] — Alexandre Soljenitsyne, Le grain tombé entre les meules. Esquisses d’exil, Paris, Fayard, 1998, Première partie : 1974-1978, pages 21-23 : « Vous êtes pires que le KGB ! »
[18] — Id., ibid., p. 51.
[19] — Id., ibid., p. 295.
[20] — Alexandre Soljenitsyne, Ibid., p. 319.
[21] — Id., Le déclin du courage, Paris, Seuil, 1978.
[22] — Id., L’erreur de l’Occident, Paris, Grasset, 2006.
[23] — Fondé par le financier milliardaire John Mark Templeton, ce prix, distribué chaque année depuis 1971, a pour but « d’encourager les progrès de la pensée religieuse ». Comme le prix Nobel de la paix, il récompense, en général, des personnages promoteurs de la subversion. (NDLR.)
[24] — Alexandre Soljenitsyne, La Roue rouge, Paris, Fayard, 4 tomes parus de 1983 à 2009.
[25] — Le réalisateur Robert Enrico en a tiré un film : Vent d’Est.
[26] — Voir en annexe le discours de Soljenitsyne.
[27] — Après Comment réaménager notre Russie ? (1990), écrit avant son retour, il publie Le Problème russe à la fin 20e siècle, (1994), et La Russie sous l’avalanche, (1998) chez Fayard.
[28] — André Martin, Soljenitsyne le croyant, Paris, Albatros, 1973, p. 91.
* — Article paru dans le bulletin L’Aigle de Lyon, septembre 2008, p. 3.
[29] — Alexandre Soljenitsyne, Le Premier Cercle, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 14.


