Pourquoi lire la vie et les écrits des saints ?
par l’abbé Michel Boniface
L’abbé Boniface, membre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en poste au Guatemala, a rédigé cet article sous forme de tract. Alors que les moyens de perversion se multiplient pour arracher la foi des peuples encore chrétiens, les exemples des saints peuvent sauvegarder les âmes efficacement.
Nous ajoutons en annexe un extrait du père Garrigou-Lagrange O.P. sur le même thème [1].
Le Sel de la terre.
Les saints sont les vrais disciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La vie des saints est un Évangile mis en pratique et c’est pourquoi ils sont des modèles que nous devons connaître et imiter pour nous sauver. Cependant, ceux que nous appelons aujourd’hui saints étaient des hommes comme nous ; ils avaient leurs difficultés dans leurs familles, avec leurs enfants, leurs voisins. Ils avaient aussi leurs tentations, leurs péchés, et même, certains d’entre eux furent de grands pécheurs.
Comment ont-ils vaincu la colère, la paresse, l’envie, les mauvais désirs et toutes les tentations ? En un mot, qu’ils fussent jeunes ou vieux, religieux ou séculiers, pères ou mères de famille, jeunes hommes ou jeunes filles, quels moyens ont-ils pris pour se protéger du mal, se fortifier, se sanctifier, progresser, vaincre et triompher ? En lisant leur vie, nous le saurons. Bien mieux, la lecture de leur vie, unie à celle du catéchisme, nous fortifiera, nous éclairera, nous instruira et nous aidera à être de vrais catholiques, avec la paix dans l’âme et le sourire au visage, malgré les difficultés de la vie.
Lire en famille
Tous les catholiques des siècles passés, qui connaissaient la valeur et l’importance de ces bonnes lectures, faisaient des sacrifices énormes pour pouvoir acquérir la vie des martyrs et des saints. En effet, il ne faut jamais oublier que les saints sont les héros et les champions du christianisme, les meilleurs enfants de l’Église et les vainqueurs du monde, de la chair et du démon. Ce sont eux que nous devons connaître, imiter et suivre, et non les vedettes corrompues de la télévision et du cinéma.
Les familles catholiques se réunissaient le soir, après le dîner, priaient ensemble et lisaient chaque jour quelques pages de la vie des saints ou du catéchisme et de l’Évangile. Cette lecture quotidienne alimentait leur intelligence, fortifiait leur volonté, les enflammait de zèle, les mettait en garde contre les pièges et les mensonges du démon et de ses suppôts, unissait les membres de la même famille, formait une jeunesse vertueuse, obéissante, forte contre le mal et fière d’être catholique, fille de Dieu et héritière du ciel, au point qu’ils disaient : « plutôt mourir que pécher. »
Fruits des bonnes lectures
Ces lectures ont fait les saints et les familles heureuses. Heureux les parents qui donnent à leurs enfants l’habitude de lire la vie des champions de la foi : ils auront des enfants ou des petits-enfants saints ! Ainsi, sainte Thérèse de Jésus, quand elle était petite, s’enthousiasmait pour le bonheur du ciel, en lisant la vie des saints avec son frère. Finalement, elle a glorieusement rejoint le ciel [2]. Heureux les parents qui défendent leurs enfants et petits-enfants, en fermant la porte de leur maison aux malfaiteurs corrompus et corrupteurs de la télévision impure et menteuse ! Heureux les parents qui choisissent de bons compagnons et modèles pour leurs enfants, car leurs petits cherchent à les imiter en tout !
« Dis-moi avec qui tu vas et je te dirai qui tu es. » Si vous donnez à lire à vos enfants la vie des saints, ils se sentiront passionnés par ces héros et, consciemment ou inconsciemment, ils essaieront d’imiter leurs vertus de force, de travail, d’obéissance, de respect de soi et du prochain. De nombreux saints se sont convertis et sont devenus parfaits à leur tour en voulant imiter les bons exemples des saints dont ils lisaient la vie. D’autres hommes sont, malheureusement, en enfer, pour avoir lu ou vu de mauvaises choses.
La lecture a converti Ignace de Loyola
Nous connaissons tous le cas du soldat Ignace de Loyola. Blessé, cloué à son lit de souffrance, Ignace lut la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et celle des saints. Cette lecture répétée le convertit, lui fit découvrir la vraie sagesse et le discernement des esprits et en fit le plus grand défenseur de la foi catholique face à l’hérésie protestante.
La lecture, école de sanctification
Voulez-vous vaincre le péché, savoir sanctifier la souffrance, vivre chrétiennement, sauver votre âme, devenir des catholiques militants qui aident leurs frères à se vaincre et à se sauver ? Lisez et faites lire la vie des saints et des martyrs.
Aujourd’hui, le mal et les sectes triomphent parce qu’ils s’en prennent à des catholiques ignorants, à des cadavres ambulants, à un peuple qui paie pour se laisser empoisonner, lui et ses familles.
Les saints nous parlent de la lecture
Regardez ce que faisaient les saints : à des religieuses qui lui demandaient des cilices, saint Alphonse de Liguori répondit en leur envoyant un bon lot de livres qui pouvaient les aider à mieux se sanctifier. Le même saint Alphonse écrivait :
Je sens que ce que je vais dire n’est pas possible ; cependant je désirerais, si faire se pouvait, que ce petit livre [Le grand Moyen de la prière] fût tiré à un nombre d’exemplaires égal à la quantité des fidèles qui vivent sur la terre, et qu’on en distribuât à chacun, afin que tous pussent comprendre de quelle nécessité est la prière pour notre salut [3].
Le saint Curé d’Ars lisait chaque jour la vie du saint du jour et disait : « Lisons surtout la vie de quelque saint. Nous y verrons ce qu’ils faisaient pour se sanctifier ; cela nous nourrira [4]. »
Saint Antoine-Marie Claret disait :
Considérant le bien si grand qu’a procuré à mon âme la lecture de livres bons et pieux, je m’efforce de donner des livres avec grande profusion, espérant qu’ils donneront à mes proches que j’aime tant, les mêmes résultats heureux qu’ils ont produits dans mon âme [5].
Le même saint ajoutait : « Le bien qu’on peut retirer de la lecture d’un bon livre est incalculable. Comme c’est la meilleure aumône qui se puisse faire, on recevra certainement de Dieu le centuple dans la vie éternelle [6]. » Devant l’inertie et la fainéantise de certains catholiques, le saint se demandait :
Jusques à quand les fils des ténèbres seront-ils plus prudents et plus zélés que les fils de la lumière ? (Lc 16, 8) Si les impies le font pour pervertir, pourquoi n’en ferions-nous pas autant pour conserver et augmenter la piété des fidèles [7] ?
Pour maintenir le peuple dans la foi catholique et repousser le venin des sectes, il écrivait encore :
Je rends continuellement des actions de grâces à Dieu et à vous pour le zèle qui vous anime, je le vois, à faire circuler de bons écrits. Que les fils des ténèbres ne soient pas plus prudents et attentifs à faire circuler leurs écrits pleins d’erreurs et pestiférés, que ne le sont les fils de lumière à faire passer leurs écrits salutaires [8].
Comment faire face aux sectes ? « Il convient de publier de bons livres, beaucoup et à bas prix, et qu’ils se répandent dans toute l’Espagne », disait le même saint [9]. Pourquoi ne pas dire la même chose pour le Mexique, la France, la Belgique et tout autre pays de tradition catholique ?
Fruits des bonnes lectures
La lecture des bons livres provoque un grand changement d’habitude, l’amour de la paix, l’union dans la famille, l’accomplissement des devoirs d’état, le respect et la charité pour le prochain. Elle fait aimer la vertu, repousser le vice ; elle excite au bien, au vrai, à l’éternel.
C’est pourquoi, que celui qui veut être un vrai catholique lise les vies des saints et médite leurs exemples ; les saints sont des étoiles brillantes et ardentes qui enflamment le cœur. Il n’y a pas de meilleure lecture pour atteindre la vertu que la lecture de la vie des saints. C’est un arsenal dans lequel nous trouvons toutes les armes pour vaincre les ennemis du salut ; la vie des saints est une pharmacie spirituelle dans laquelle nous trouvons tous les remèdes pour soigner toutes les maladies de l’âme. Dans la vie des saints, nous puisons force, patience, charité, justice, bons exemples et vraie vie de famille catholique. Ainsi, que celui qui veut se sauver et sauver sa famille lise et fasse lire les vies des saints, en les offrant à ses enfants, à ses petits-enfants, à ses filleuls, comme cadeau d’anniversaire ou pour la fête de leurs saints patrons. Il n’y a qu’un chemin pour aller au ciel, c’est celui que prennent les saints. Suivons-le et aidons le prochain à le prendre. Suivons nos héros, accomplissons ce qu’ils ont fait, et, comme eux, nous triompherons avec la grâce de Dieu.
Pour conclure, citons cette réflexion de saint Antoine-Marie Claret :
Les livres sont la nourriture de l’âme. Si on donne à un corps affamé des aliments sains et nourrissants, il sera rassasié ; tandis que, si on lui donne de la nourriture empoisonnée, il en pâtira. Il en va de même pour la lecture : s’il s’agit de livres bons et adaptés à la personne et aux circonstances, la lecture nourrira ; mais si les livres sont mauvais, si ce sont des journaux impies et des feuilles hérétiques ou d’autres écrits pernicieux, ils corrompront les croyances et pervertiront les mœurs. D’abord, ils égarent l’esprit, puis ils corrompent le cœur, et, de la corruption du cœur, tous les maux s’ensuivent (Mt 15, 19) [10].
***
Extrait de Les trois âges de la vie intérieure
par le père Garrigou-Lagrange O.P.
Les vies de saints contiennent des exemples entraînants, toujours admirables, souvent imitables. C’est ce qu’ont fait dans des circonstances souvent très difficiles des hommes et des femmes qui avaient la même nature que nous, qui ont eu au début leurs faiblesses et leurs défauts, mais en qui la grâce et la charité ont de plus en plus dominé la nature, en la guérissant, l’élevant, la vivifiant. C’est en eux surtout qu’on voit le vrai sens et la portée du principe : « La grâce ne détruit pas la nature – en ce qu’elle a de bon –, mais la perfectionne [11]. » En eux, surtout au terme des voies purgative et illuminative, on voit ce qu’est dans la vie d’union, la véritable harmonie de la nature et de la grâce, prélude normal de l’éternelle béatitude.
En ces vies, il faut surtout chercher ce qu’il y a d’imitable, et, dans ce qu’il y a d’extraordinaire, il faut voir un signe divin qui nous est donné pour nous tirer de notre somnolence et nous faire voir ce qu’il y a de plus profond et de plus haut dans une vie chrétienne ordinaire, lorsque l’âme est vraiment docile au Saint-Esprit. Les douleurs des stigmatisés nous rappellent ainsi ce que doit être pour nous la passion du Sauveur et comment nous devrions dire un peu mieux chaque jour, à la fin des stations du chemin de Croix : « Sancta Mater, istud agas, crucifixi fige plagas cordi meo valide, Sainte Mère de Dieu, imprimez fortement en mon cœur les plaies de votre Fils crucifié. » La grâce extraordinaire qui a permis à plusieurs saints, comme à sainte Catherine de Sienne, de boire à longs traits à la plaie du cœur de Jésus, doit nous rappeler ce que devrait être pour nous la communion fervente, et comment chacune de nos communions devrait être substantiellement plus fervente que la précédente, en notre ascension vers Dieu.
Les exemples des saints, leur humilité, leur patience, leur confiance, leur charité débordante, ont plus d’efficacité pour nous faire pratiquer la vertu qu’une doctrine abstraite. « Universalia non movent, l'universel, en effet, ne meut pas [12]. »
Il importe de lire surtout les vies de saints écrites par des saints, comme celle de saint François d’Assise écrite par saint Bonaventure, celle de sainte Catherine de Sienne écrite par le bienheureux Raymond de Capoue, son directeur ; celle de sainte Thérèse [d’Avila] par elle-même.
[1] — Réginald Garrigou-Lagrange O.P., Les trois âges de la vie intérieure, prélude de celle du ciel, Paris, Cerf, 1938, t. I, ch. XVI, p. 345.
[2] — Voir sainte Thérèse de Jésus, Autobiographie, ch. I, n° 5.
[3] — Saint Alphonse de Liguori, Œuvres complètes publiées par une société d’ecclésiastiques sous la direction de MM. les abbés Vidal, Delalle et Bousquet, Paris, Parent-Desbarres éditeur, 1835, t. III, p. 6.
[4] — Saint Jean-Marie Vianney, Sermones Escogidos, Madrid, Rialp, 1957, t. I, p. 50.
[5] — Saint Antoine-Marie Claret, Escritos Autobiográficos, Madrid, BAC, 1981, n° 42.
[6] — Id., Escritos Espirituales, Madrid, BAC, 1985, p. 427-428.
[7] — Id., Cartas Selectas, Madrid, BAC, 1996, p. 24, Lettre 9.
[8] — Id., ibid., Lettre 19.
[9] — Id., Lettre 23.
[10] — Saint Antoine-Marie Claret, Escritos Autobiográficos, Madrid, BAC, 1981, ch. 21, n. 311.
[11] — I, q. 1, a. 8, ad 2. « Cum enim gratia non tollat naturam, sed perficiat […] »
[12] — Contra Gentiles, l. III c. V, n. 11. « In agentibus autem voluntariis intentio est ad bonum aliquod particulare, si debet sequi actio: nam universalia non movent, sed particularia, in quibus est actus. Quant aux agents volontaires, leur intention se porte sur un bien particulier, l'universel en effet ne meut pas, mais seul le particulier qui est le terme de l'acte. » (NDLR.)
Informations
L'auteur
Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Michel Boniface est né dans une famille de rite syriaque catholique, originaire de Mésopotamie du Nord (Turquie de l'Est).
La plupart de ses ancêtres ont été massacrés dans le génocide de 1915, à Tur-Abdin.
Le numéro

p. 174-179
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