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Revue des revues

Nous donnons ici des comptes rendus de lectures ou des textes extraits de revues qui nous semblent devoir intéresser nos lecteurs.

Le Sel de la terre.

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Un regard « thomiste » sur l’évolution ?

 

La revue sedes sapientiæ publie dans son numéro d’hiver  2008 un article intitulé : « Un regard thomiste sur l’évolution [1] ».

L’auteur de l’article pense qu’au point de vue scientifique, la théorie de l’évolution possède « un certain statut de probabilité ». Il estime qu’on a établi « avec une bonne certitude scientifique » que la terre s’est constituée il y a 4 ou 5 milliards d’années, que les premières cellules vivantes datent de 3,5 milliards d’années, que l’homme (homo sapiens) est apparu il y a 100 000 (ou 50 000) ans. Ses sources ? Ce sont les revues Scien­ce et Nature, celles qui sont chargées de former le « scientifiquement correct ».

Au plan philosophique, l’auteur est plus affirmatif : « la théorie de l’évolution généralisée présente une plus grande convenance philosophique que ses concurrentes fixistes ou créationnistes ». L’auteur excepte toutefois le cas de l’homme : la création de l’âme humaine et la formation du premier corps humain nécessitent une intervention spéciale de Dieu.

 

Mais, en dehors de ce cas, il est possible de penser à un « passage naturel » d’une espèce de vivant à une autre. Il y aurait « émergence » sous l’influx actif du tout de l’univers comme tout, de formes nouvelles et plus complexes.

 

L’auteur de l’article s’appuie sur Jacques Maritain, sur « d’autres auteurs modernes » (qu’il ne cite pas) et sur saint Augustin (avec ses raisons séminales).

Toutefois, l’auteur ne veut pas absolutiser cette « réelle convenance » en faveur du darwinisme. Il lui semble que Teilhard de Chardin n’a pas évité cet écueil.

L’auteur pense que la théorie de l’évolution, si l’on possède une saine métaphysique, conduit encore plus vers Dieu que la théorie créationniste. Elle fait apparaître une unité plus grande du cosmos et du monde de la vie, ce qui rend plus forte la base de la 5e voie de saint Thomas d’Aquin pour prouver l’existence de Dieu.

Enfin, au plan théologique, notre auteur, s’appuyant sur Jean-Paul II et Benoît XVI, estime que la probabilité de l’évolution a augmenté. Il cite notamment Jean-Paul II qui fait état « de la convergence nullement recherchée ou provoquée des résultats de travaux menés indépendamment les uns des autres ».

En conclusion, tout en estimant possible de ne pas donner son assentiment à l’hypothèse de l’évolution, en dépit des indices qui semblent la soutenir, l’auteur pense néanmoins que les esprits formés à la métaphysique thomiste seront sensibles aux convenances philosophiques dont il a parlé.

Commentaire : l’auteur de cet article fait preuve envers la théorie scientifiquement correcte de l’évolutionnisme, du même esprit d’accom­modement dont il a fait preuve envers le libéralisme conciliaire, notamment par son acceptation de la liberté religieuse (qui est l’âme de la Révolution : voir l’éditorial du Sel de la terre 68).

On peut penser que ce qui manque à l’auteur, c’est une vision du combat des deux Cités [2]. Quand on analyse un peu le combat mené par nos adversaires pour détruire ou paralyser l’action de l’Église, on est plus ferme pour résister aux séductions du libéralisme ou de l’évolutionnisme.

Répondons maintenant brièvement aux arguments présentés dans cet article.

Au plan scientifique, contrairement à ce que dit l’auteur, la question des datations n’est pas dotée « d’une bonne certitude scientifique ». Nous renvoyons nos lecteurs aux études de M. Berthault [3] et de Mme Van Oosterwyck [4] parues dans Le Sel de la terre [5].

Sans doute, comme le dit l’auteur, la plupart des scientifiques « jouissant d’une excellence reconnue » sont évolutionnistes. Mais l’auteur sem­ble ignorer les pressions qui sont exercées sur eux, et surtout la propagande immense faite en faveur de l’évolutionnisme dès l’école primaire.

Cette pression est telle que, lorsque le Vatican a organisé un congrès sur l’évolution il y a quelques mois, les organisateurs ont refusé de recevoir les savants non évolutionnistes. Ceux-ci, pourtant dotées de diplômes scientifiques, ont dû organiser un congrès indépendant à Rome au même moment [6].

La querelle entre évolutionnistes et non évolutionnistes n’est pas une querelle scientifique, c’est une querelle idéologique. Il n’y a pas de vrais débats. Les partisans de l’évolution agissent par pression, par contrainte, par intimidation. Il est d’ailleurs très probable que ce débat est refusé pour la bonne et simple raison que, s’il avait lieu dans des conditions équitables, on verrait rapidement où sont les arguments les plus sérieux.

D’ailleurs, l’auteur ne parle pas des scientifiques non évolutionnistes : les connaît-il ? Il ne cite même pas le livre classique de Michael Denton [7] qui fait justice de la plupart des pseudo-arguments en faveur de l’évo­lution.

 

Toutefois, c’est sur le plan philosophique et théologique que l’argumen­tation de notre auteur nous paraît la plus déficiente.

Comment peut-il écrire que les formes nouvelles et plus complexes apparaissent « sous l’influx actif du tout de l’univers comme tout » ? Ignore-t-il l’adage philosophique « actiones sunt suppositorum (ce sont les suppôts qui agissent) » ? Supposer que l’univers comme un tout agisse, c’est lui donner une unité substantielle : cela nous conduit au monisme. Ou alors, il faut supposer que l’univers n’est que l’instrument d’un agent supérieur, capable de l’utiliser comme un tout, mais c’est réintroduire les interventions surnaturelles de Dieu dont l’auteur s’est gentiment moqué en disant qu’en raisonnant ainsi « on attribuerait encore aujourd’hui les éclairs à la colère de Jupiter ».

Quant à prétendre utiliser saint Augustin en faveur de l’évolution­nisme, c’est jouer sur les mots et ne pas connaître la question. Nous renvoyons nos lecteurs à l’article de Guillaume Carbonnel paru dans Le Sel de la terre 7 [8] qui met les choses au point.

Enfin, nous remarquons que l’auteur cite dans sa bibliographie le livre de Gilson : D’Aristote à Darwin et retour. Mais l’a-t-il lu ? Car ce philosophe montre les difficultés philosophiques que pose la doctrine de l’évolution. En effet les natures, dans la philosophie pérenne, sont indépendantes du temps et donc immobiles.

 

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Un regard catholique sur l’évolution

Beaucoup plus thomiste et scientifique nous pa­raît la petite et courageuse revue intitulée 1πR3.15 [9]. Voici un bref résumé des trois derniers numéros qui nous sont parvenus.

Dans le nº 34 (12 février 2009) l’article d’actua­lité fait le point sur diverses manifestations de propagation de la foi darwinienne. On sait que l’année 2009 est le 200e anniversaire de la naissance du « grand homme », et le 150e anniversaire de la publication de son « grand livre » (L’Origine des espèces). En lisant cet article, on mesure quelque peu la puissance médiatique utilisée par les tenants de l’évolution. Il est bien clair que leurs ad­versaires ne disposent pas du millième de ces moyens. En revanche, ils disposent d’excellents arguments, bien plus percutants que ceux de leurs adversaires. N’hésitons pas à les étudier et à aller ensuite dans ces manifestations apporter la contradiction !

Un deuxième article de controverse présente l’édition populaire de L’Origine des espèces qui a été faite pour ce 150e anniversaire. L’introduction du docteur Thompson (non darwiniste) manifeste les hésitations des partisans de l’évolution. On peut y lire :

Je ne suis pas sûr que Darwin ait pu prouver son argument, ou que son influence ait été bénéfique sur la pensée publique. […] Des convictions personnelles ou de simples probabilités sont présentées comme des preuves, ou tout au moins comme des arguments de poids en faveur de la théorie des Darwinistes. Leurs arguments ont un caractère évasif qui, s’ajoutant à une certaine plausibilité, semble éliminer la nécessité de la preuve et même les rendre immunisés à une contre-épreuve... Les faits et les interprétations sur lesquels s’appuyait Darwin ont cessé de convaincre. Les investigations prolongées sur l’hérédité et les variations ont miné la position darwinienne. Les différences individuelles, que Darwin considérait comme le matériel sur lequel opérait la sélection naturelle, ne sont pas héréditaires. […] Une telle situation, où les hommes de science se liguent pour défendre une doctrine qu’ils ne sont pas à même de définir scientifiquement, encore moins de démontrer par la rigueur scientifique, en essayant de maintenir son crédit auprès du public par la censure des critiques et l’élimination des difficultés, est anormale et indésirable en science.

L’article continue en présentant quelques arguments apportés par Michael Denton contre le darwinisme.


 

Le nº 35 (1er mars 2009) fait part d’un colloque sur l’évolutionnisme qui s’est tenu à Rome, le 23 février, au CNR (Centre National des Recherches). Y participèrent, notamment :

Le professeur Pierre Rabischong, ancien doyen de la faculté de Médecine de Montpellier, un physicien allemand, Thomas Seiler, le professeur Maciej Giertych, généticien à l'Académie des Sciences de Pologne, le professeur Alma von Stockhausen, de l'Académie Gustav Siewert, le professeur Joseph Seifert, recteur de l'Université du Lichtenstein, et un chimiste américain, Hugh Miller.

Ce dernier présentait les mesures au carbone 14 qu'il vient de réaliser sur le collagène d'os de dinosaures. Les dates s'échelonnent entre 20 000 et 40 000 ans, ce qui est évidemment très loin des 60 millions d'années données habituellement pour la disparition de ces grands animaux.

Quant au professeur Maciej Giertych, il a exposé quelle avait été sa surprise en découvrant que les manuels de science de ses enfants présentaient la génétique des populations, sa discipline, comme la preuve de l'évolution. Or la formation des races ou des variétés, phénomène très bien étudié sur les espèces domestiques, consiste en une réduction de la diversité du génome.

 

Le nº 36 (15 mars 2009) continue de présenter diverses manifestations de propagation de la foi darwinienne qui ont lieu partout en France pour cette « année Darwin ».

Dans la rubrique « Controverse », sont présentées quelques citations intéressantes. Relevons-en deux :

 

Il y a en biologie un grand nombre de généralisations, mais fort peu de théories. Parmi celles-ci, la théorie de l’évolution l’emporte de beaucoup en importance [...] La théorie de l’évolution se résume essentiellement en deux propositions. Elle dit d’abord que tous les organismes passés, présents ou futurs, descendent d’un seul ou de quelques rares systèmes vivants qui se sont formés spontanément. Elle dit ensuite que les espèces ont dérivé les unes des autres par la sélection naturelle des meilleurs reproducteurs. Pour une théorie scientifique, celle de l’évolution présente le plus grave des défauts : comme elle se fonde sur l’histoire, elle ne se prête à aucune vérification directe [10]. La paléontologie est très rigoureuse dans ses fonctions d’observations directes et comparées, comme toutes les autres sciences naturelles ; mais, de par la nature fragmentaire de son information, elle a en plus l’extraordinaire devoir d’imaginer. Or, elle a beau s’appuyer sur les données disponibles, s’aider des approches des disciplines voisines, lorsqu’il lui faut raconter, la part qu’elle emprunte à l’hypothèse est immense [11].

 

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 Deux mots sur la question de Fatima

La question de Fatima n’est certainement pas close, comme le montre cet extrait de l’introduction, par M. l’abbé Emmanuel du Chalard, au dernier congrès Si Si No No du mois de janvier (paru dans Le Courrier de Rome, janvier 2009, p. 8 – BP 10156 – 78001 Versailles. Tél : 01 49 62 85 91).

Le Sel de la terre.

 

Deux mots sur la question de Fatima qui reste très certainement la clef de tous nos problèmes. Lors de notre dernier congrès, il avait été brièvement question d’un livre d'Antonio Socci, intitulé Le Quatrième secret de Fatima, où l'auteur cherchait à démontrer que ce que le Vatican avait publié en l'an 2000 était incomplet.

Depuis il y a eu des réactions à cet ouvrage de la part du Vatican ou plus précisément du cardinal Bertone, Secrétaire d'État, pour défendre la position « officielle » qui veut que tout ait été publié. Il est intervenu par la publication d'un livre sur le sujet, un débat télévisé, une interview à radio-Vatican et une présentation solennelle et très médiatique de son livre. Dans ces quatre interventions publiques, le cardinal n'a pas répondu à une seule objection de Socci, mais certains silences et contradictions à l'occasion de ses interventions ne font que renforcer la thèse de Socci. L'écrivain et avocat Christopher Ferrara, américain, a analysé avec beaucoup de pertinence toutes les interventions du cardinal Bertone pour les confronter avec les arguments de Socci. Le livre est intitulé. : Le secret encore caché (Il segreto ancora nascosto, Christopher A. Ferrara, Associazione Madonna di Fatima). Le résultat de cette excellente étude ne vient que renforcer le fait qu'il manque l'explication de la vision de la part de la très sainte Vierge, qui n'est autre que le fameux troisième secret. Le cardinal Ciappi, qui fut Maître du Sacré Palais pendant quarante ans, de Pie XII à Jean-Paul II, l'a résumé ainsi : «Dans le troisième secret, il est prédit, entre autres choses, que la grande apostasie dans l'Église arrivera par son sommet ». Il est difficile d'être plus clair.

 

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Prédications du père de Chivré

En cette année qui voit le 25e anniversaire du décès du père de Chivré O.P. (14 juillet 1984), signalons le dernier numéro des Carnets spirituels [12], contenant des prédications du père. Il est intitulé « Devenir Amour », et il contient une dizaine de textes du père dominicain sur ce thème : les obstacles à l’amour divin, comment s’y disposer, le conserver, le communiquer, etc.

Ce numéro est le 20e de la série, et M. l’abbé Simoulin, dans son éditorial, nous en promet d’autres, que nous mentionnerons à nos lecteurs.

 



[1]  — Fr. Louis-Marie de Blignières, « Un regard thomiste sur l’évolution », Sedes Sapientiæ nº 106, hiver 2008, p. 57-77.

[2]  — Que l’auteur de l’article cite un texte de Jean-Paul II où il est fait mention de la « convergence nullement recherchée ou provoquée » entre les scientifiques évolutionnistes relève d’une grande naïveté dans ce domaine.

[3]  — Le Sel de la terre 16, p. 55 ; 20, p. 164 ; 38, p. 218 ; 47, p. 97.

[4]  — Le Sel de la terre 20, p. 31 ; 24, p. 183 ; 30, p. 82.

[5]  — Voir aussi Le Sel de la terre 27, p. 184 ; 61, p. 178 ; etc.

[6]  — A l’université Sapienza, le 3 novembre 2008.

[7]  — Michael Denton, Évolution, une théorie en crise, Paris, Flammarion, 1992, analysé dans Le Sel de la terre 6, p. 174 et sq.

[8]  — Guillaume Carbonnel, « Saint Augustin et l’évolutionnisme » Le Sel de la terre 7, p. 186 et sq. Selon saint Augustin, Dieu a créé au premier instant les espèces vivantes sous forme de « germes » destinés à fournir les premiers vivants de chaque espèce au moment voulu par la Providence. Il est impossible de trouver dans cette théorie (aujourd’hui impossible à soutenir au point de vue des sciences physiques) le moindre argument en faveur de l’évolutionnisme : « Les raisons séminales cachées dans la matière depuis la création initiale étaient des forces actives, des puissances provenant immédiatement de Dieu et ordonnées à produire directement tels et tels êtres vivants déterminés. Nous sommes là complètement à côté des conceptions transformistes qui admettent l’évolution progressive des êtres vivants eux-mêmes. Saint Augustin et après lui les scolastiques n’ont jamais soupçonné qu’un chien ait pu avoir dans son ascendance vivante autre chose que des chiens. […] Il faut bien donner raison aux auteurs qui soutiennent que la théorie impliquée par les textes de saint Augustin est le vieux et classique fixisme. » (Robert de Sinéty, « Saint Augustin et le transformisme », Archives de philosophie, Beauchesne, 1930, VII, 2, p. 249-253.) « Augustin n’a pas cru possible la transformation ; mais, affirmant la fixité des espèces, il n’admet pas que, “d’un même principe primitif ou d’un même germe, puissent sortir diverses réalités”. » (Eugène Portalié, DTC, « Saint Augustin », col. 2353-2354.) « Au lieu de conduire à l’hypothèse d’un transformisme quelconque, les raisons séminales sont constamment invoquées par Augustin pour rendre raison de la fixité des espèces. » (Étienne Gilson, Introduction à l’étude de saint Augustin, Vrin, 1943, 2e éd., pp. 270-271.)

[9]  — Bulletin du Groupe d’Étude sur les Origines (Géo), 12 rue Charrel, 38000 Grenoble ; geostego@free.fr. Le titre quelque peu énigmatique de cette revue s’explique par la phrase de la première épître de saint Pierre (1 P 3, 15) : « Toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. » La revue (deux pages A4) paraît environ deux fois par mois.

[10] — François Jacob, La Logique du vivant, Gallimard, 1970, p. 21.

[11] — Yves Coppens, Le Singe, l’Afrique et l’homme, Fayard, 1983, p. 2.

[12] — Père de Chivré, Carnets spirituels, Association du père de Chivré (5 rue Bobierre de Vallière – 92340 Bourg-La-Reine), 14 x 20 (7 € le numéro).

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 69

p. 219-225

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