top of page

Lumière et ténèbres

 

Saint Dominique explique le Rosaire

 

 

 

par sœur Mechtilde-Marie T.O.P.

 

 

 


 

 

Voici, sur saint Dominique, une autre petite pièce de sœur Mechtilde-Marie. Le fondateur des Frères Prêcheurs y explique le rosaire à l’un de ses premiers compagnons français : le bienheu­reux Bertrand de Garrigues [44]. La scène s’achève par la célèbre réponse du père Lacordaire à ceux qui accusaient le rosaire d’être répétitif : L’amour n’a qu’un mot ; en le disant toujours, il ne le répète jamais.

Le Sel de la terre.

 

 

 

Scène unique

Saint Dominique – fr. Bertrand

 

 

Fr. Bertrand

Oui, nous avions besoin de dire tous ensemble

Au Dieu si bon : Merci !

 

(se tournant vers saint Dominique :)

 

                                    Très doux Père, il me semble

Que nous vivons d’avance en notre éternité,

Puisque le Ciel est là, en cette intimité.

 

Dominique

C’est bien cela, mon fils : le divin nous enserre.

Nous passons, dominant les choses de la terre ;

Dieu nous tient en sa grâce et sa possession,

En attendant, demain, l’éternelle vision.

 

Fr. Bertrand

Attentif aux bienfaits que votre voix proclame,

J’aime vous écouter, parlant de Notre-Dame.

Voulez-vous, Père saint, reprendre l’entretien

En me disant encor comment un tendre lien

Rattache, par l’Ave, les enfants à la Mère,

Combien a de pouvoir l’angélique prière.

 

Dominique

L’Ave touche toujours son cœur reconnaissant :

Marie incline alors son front resplendissant,

Ainsi qu’à son enfant une mère se donne,

Tandis que celui-ci tendrement la couronne.

Car l’Ave Maria pour elle est une rose

Qui, montant de la terre, aimablement se pose

Sur son front maternel, en un royal décor :

Rose de couleur blanche, ou rouge, ou jaune d’or.

 

Fr. Bertrand

Joyeux mystères blancs de la divine enfance ;

Dans le rouge du sang resplendit la souffrance ;

Et la gloire a de l’or pour briller à jamais,

Quand de l’éternité nous goûterons la paix.

 

Dominique

Diadème d’amour, dressé par la louange,

Et guirlande de fleurs, qui donne beauté d’ange

A la tête qu’il orne, en formant le chapel [45].

 

Fr. Bertrand

Parure auréolant comme le nimbe au ciel,

Et qu’on voudrait toujours sur le front de sa mère.

 

Dominique

montrant et égrenant sa corde à nœuds

Les cent cinquante Ave [46] deviendront le rosaire ;

Quant aux trois tiers, « chapels » ils seront appelés.

 

Fr. Bertrand

Et nos petits chapels seront des chapelets.

 

Dominique

Chapels ayant l’odeur très suave des roses,

Fleurs au souffle d’amour sur nos lèvres écloses,

Qui revêtent l’éclat des célestes parvis

Et qui s’en vont tout droit fleurir au paradis.

 

Bertrand, il faut planter ces rosiers sur la terre.

 

Fr. Bertrand

Père, nous le faisons. En chaque monastère

Abritant vos enfants, quelle belle éclosion !

 

Dominique

Sur les pas de mes fils, c’est bien à profusion

Que je vis en effet s’épanouir les roses.

Mais il ne s’agit pas de les laisser encloses

Dans les jardins, les murs restreints de nos couvents :

Prêchez, prêchez l’Ave ; semez à tous les vents,

Aux places des cités et sur les pauvres landes :

Que se forment ainsi de célestes guirlandes.

Comme la salua le messager des cieux,

La Vierge veut entendre, en tout temps, en tous lieux,

Aux lèvres des humains les accents angéliques.

 

Fr. Bertrand

Père, partout croîtront vos chers rosiers mystiques.

 

Dominique

debout, comme en extase

Comme la floraison, en un jour de printemps,

A foison, toujours plus, jusqu’à la fin des temps,

Bouquet mystérieux où les âmes s’unissent

En un rythme sacré, des lèvres qui bénissent

Montent les roses : gerbe blanche et rouge et or.

 

Fr. Bertrand

Oui, nous dirons l’Ave, le redirons encor ;

Et la Reine du Ciel, par les humbles bénie,

Déversera sur eux sa tendresse infinie.

Nos chapels embaumés, tout frais et gracieux,

Couronneront son front miséricordieux.

 

Dominique

Les âmes la louant de la même manière,

Lui répétant sans fin une même prière,

Avec les mêmes mots, en si bel unisson,

Ces âmes, je l’entends, rendent le même son.

De ces âmes, déjà, oui, je me sens le père :

De la mienne à la leur, ce doux lien du rosaire

Établit le contact. Ô douce vibration !

Magnifique unité, sublime filiation :

Du trône impérial jusqu’à l’humble chaumière,

L’Ave, toujours l’Ave, montera de la terre,

Du Nord jusqu’au Midi, du Levant au Couchant,

Les siècles passeront, et tous en l’égrenant.

 

Un silence

 

Fr. Bertrand

Père saint !

 

Dominique

Il se rassied

                        Mon enfant ?

 

Fr. Bertrand

                                               Voulez-vous me permettre

D’objecter : Quel ennui, nous dira-t-on peut-être,

Ces paroles qui vont toujours se répétant,

Monotones, sans fin, trop uniformément ?

 

Dominique

Mon fils, je vous réponds : cette objection est nulle,

Car l’amour n’a qu’un mot, une seule formule,

Il le redit toujours sans répéter jamais [47].

 

 

*

  

 

La répétition des prières dans le rosaire

 

Le père Lacordaire justifie en ces termes le principe de la répétition de l’Ave Maria :

 

Qui n’a rencontré des processions de pèlerins roulant dans leurs doigts les grains du rosaire, et charmant la longueur de la route par la répétition alternative du nom de Marie ? […] Le rationaliste sourit en voyant passer des files de gens qui redisent une même parole : celui qui est éclairé d’une meilleure lumière comprend que l’amour n’a qu’un mot et qu’en le disant toujours, il ne le répète jamais [48].

 

Le P. Garriguet commente :

 

Lorsque l’homme a trouvé une formule précise, adé­quate, pour analyser une idée, décrire une situation, et surtout pour exprimer un des sentiments profonds de son âme, son amour ou sa haine, son enthousiasme ou son indignation, il s’y repose, il s’y complaît, il y revient à satiété. […] En prononçant cette formule une première fois, quels que soient l’accent qu’il y met, la perception qu’il en a, l’émotion et la secousse qu’il en ressent, il ne la pénètre, il ne l’approfondit pas tout entière, il ne l’épuise pas. Dès lors, il est juste qu’il y revienne pour y découvrir de nouveaux aspects de la vérité. Chaque répétition est comme un nouveau coup qui fait jaillir de nouvelles étincelles. Demandez aux soldats en marche pourquoi ils aiment à chanter dix fois, cent fois, le même refrain sur le même air ? Ne doivent-ils pas craindre d’augmenter la monotonie de la marche par celle du chant ? Non pas certes, parce que, sous la simplicité ou peut-être sous la banalité des paroles, il peut y avoir dans ce refrain quelque chose de grand et de noble, un cri d’amour pour la patrie, un salut aux ancêtres, un appel à la victoire, un défi à la mort ; et dix fois et cent fois l’âme du soldat s’enrôle dans ce défi, dans cet appel, dans ce salut, dans ce cri d’amour. — Pourquoi les rameurs en Orient aiment-ils à marquer la cadence des rames par des versets brefs, réguliers, toujours les mêmes ? Pourquoi dans les Indes, où je voyageais il y a quelques années, les porteurs de palanquins font-ils traverser des landes infinies, des forêts immenses de palmiers, scandant leur course par la même mélopée gutturale et sauvage ? Parce qu’ils ont trouvé les uns et les autres, rameurs ou porteurs de palanquins, la formule naïve où se plaît leur âme fatiguée et rêveuse. — Pourquoi le mendiant ne se lasse-t-il pas, debout au coin d’une rue, sous la pluie, le vent ou la neige, de tendre la main pendant des heures et de redire la même plainte : Du pain, au nom de Dieu, du pain ! C’est parce qu’il a trouvé dans cette plainte la formule la plus propre à exprimer sa détresse et à émouvoir le bon Samaritain qui passe. — Pourquoi, dans les jours de fêtes populaires, sur le passage d’un héros, la foule pousse-t-elle indéfiniment les mêmes vivats ? C’est parce qu’ils disent, cent fois mieux que les harangues académiques, ses sentiments pour l’homme qui incarne à ses yeux une grande idée ou une grande espérance. Or, après le Pater, que vous associez d’ailleurs à l’Ave Maria dans le chapelet, il n’est pas de prière qui traduise mieux que cet humble Ave ce qu’il y a de plus sacré dans notre âme et c’est pourquoi il est si populaire [49].


[1] — Les faits ont été rapportés par plusieurs témoins, en particulier par sœur Cécile, qui avait reçu l’habit religieux des mains de saint Dominique et fait profession devant lui en 1221 (année même de la mort du saint). Son témoignage, qui s’achève par un célèbre portrait de saint Dominique, est reproduit dans le recueil du père Marie-Humbert Vicaire O.P., Saint Dominique, La vie apostolique, Paris, Cerf, 1965 [abrégé désormais VA], p. 103-124. Le même ouvrage reproduit les dépositions que divers témoins de la vie du saint firent à Bologne et Toulouse, en 1233, pour le procès de canonisation. — D’autres sources sur la vie de saint Dominique (et notamment le Libellus du bienheureux Jourdain de Saxe) sont reproduites dans un deuxième recueil du père M.-H. Vicaire : Saint Dominique et ses frères, Évangile ou croisade ?, Paris, Cerf, 1967 [abrégé désormais EC].

[2] — Voir Le Sel de la terre 67, p. 177-180.

[3]Petite taille : selon le témoignage de sœur Cécile, saint Dominique était de « taille moyenne » (§ 15 – VA, p. 124).

[4]Espagnol rouquin : au témoignage de sœur Cécile (§ 15), saint Dominique avait « les cheveux et la barbe légèrement roux » (VA, p. 124).

[5] — Félix de Guzman, père de saint Dominique, appartenait à la noblesse castillane et s’illustra dans la Reconquista contre l’islam.

[6]Chaque nuit : « Frère Buonviso de Plaisance […] raconte que le bienheureux [Dominique] avait l’habitude, après complies, lorsque les frères quittaient l’église pour aller dormir, de s’y cacher pour prier. Pour se rendre compte de ce qu’il faisait, le témoin se cachait aussi maintes fois ; il l’entendait alors prier Dieu avec des grands cris, d’abondantes larmes et de grands gémissements. Quand on lui demande comment il sait que c’était le bienheureux frère Dominique, il répond qu’il le voyait grâce à la lumière qui était dans l’église et qu’il reconnaissait sa voix ; il était donc très sûr que c’était lui. » (Témoignage pour le procès de canonisation, déposition de Bologne § 20 –VA, p. 48). — « Il priait ainsi toutes les nuits » (Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63.)

[7]S’il prend quelque repos, c’est au pied de l’autel : « Frère Dominique passait en prières la plus grande partie de la nuit et très souvent la nuit entière, et il pleurait beaucoup en priant. Le témoin à qui l’on demande comment il connaît ces détails répond qu’il l’a souvent trouvé dans l’église en prière et en larmes, et quelquefois endormi, vaincu par le sommeil. Aussi ses nombreuses veilles antérieures l’amenaient-elles très souvent à sommeiller à table. » (Frère Ventura de Vérone, déposition de Bologne § 6 –VA, p. 39).

[8]Pas de cellule, pas de lit : « Le témoin ne se souvient pas de l’avoir jamais vu dormir la nuit dans un lit ; on lui avait bien aménagé pour s’y coucher un coin où il n’y avait qu’un bois de lit avec une simple couverture, sans paillasse et sans sac ; mais le frère ne l’a jamais trouvé dans un lit pendant tout le temps qu’il a vécu près de lui dans un cloître, et cela en dépit de ses recherches et de ses tentatives très souvent renouvelées pour essayer de le trouver au lit. » (Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63-64.)

[9]Jusqu’à l’aube, souvent : « Très souvent, sa prière nocturne se prolongeait jusqu’à l’office des matines ; il le récitait néanmoins avec ses frères. »(Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63.)

[10] — « Une nuit, alors que saint Dominique était prostré devant l’autel, le diable, s’efforçant de le troubler, jeta une grosse pierre depuis le toit de l’église, avec une telle force que le bruit résonna dans toute l’église ; la pierre passa si près de la tête du saint qu’elle frôla son capuce. Mais comme le saint demeurait immobile, l’ennemi, poussant un grand cri, s’enfuit, rempli de confusion. » (Thierry d’Apolda, Libellus de vita et obitu et miraculis sancti Dominici et de ordine quem instituit § 171 – Acta sanctorum [« grands bollandistes »], août, t. I, Bruxelles, 1967, p. 588.)

[11] Par la main du sicaire : Des sicaires (tueurs à gages) avaient été recrutés par les hérétiques pour tuer saint Dominique sur le chemin entre le village de Fanjeaux (où résidait le saint) et le monastère de Prouilhe (où il se rendait fréquemment), au lieu où se dresse aujourd’hui le calvaire dit Croix du sicaire. Au dernier moment, les bandits reculèrent. — « Traversant le passage où il soupçonnait que l’embuscade était tendue contre lui, Domi­nique s’avançait l’allure joyeuse, et en chantant. Quand on eut raconté le fait aux hérétiques, ils s’étonnèrent d’une si ferme contenance et lui demandèrent : Est-ce que tu n’as pas peur de la mort ? Qu’aurais-tu fait si nous nous étions emparé de toi ? Mais lui : Je vous aurais prié, dit-il, de ne pas me donner tout de suite des blessures mortelles, mais de prolonger mon martyre en mutilant un par un tous mes membres. Ensuite, de me faire passer sous les yeux les parties amputées de mes membres, de m’arracher alors les yeux, enfin de laisser le tronc baigner en cet état dans son sang ou de l’achever tout à fait. Ainsi, par une mort plus lente, je mériterai la couronne d’un plus grand martyre. Ces paroles sincères d’un ennemi les stupéfièrent. Ils ne lui dressèrent plus de pièges désormais et cessèrent d’épier l’âme du juste, craignant, en lui donnant la mort, de lui rendre service plutôt que de lui nuire. » Bx Jourdain de Saxe, Libellus § 34 (EC, p. 75).

[12]Quel accent effroyable ! : « Il restait en oraison à l’église et, la nuit, pendant sa prière, s’émouvait et poussait de tels gémissements et de telles plaintes que les frères endormis dans les cellules les plus rapprochées étaient réveillés de leur sommeil, et quelques-uns d’entre eux en étaient même touchés jusqu’aux larmes. » (Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63.)

[13]Que vont-ils devenir ? : « Le témoin n’a vu personne qui fût si assidu à l’oraison ni qui répandît une aussi grande abondance de larmes. Quand il était en prière, il criait si fort qu’on le pouvait entendre tout autour ; et il disait dans sa clameur : Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Que vont devenir les pécheurs ? [Quid fient peccatores ?] Il passait ainsi en veille des nuits entières, pleurant et gémissant pour les péchés des autres. » (Guillaume Peyre, déposition de Toulouse § 18 –VA, p. 83.)

[14] — « Au cours et à la fin de ses oraisons, il avait accoutumé de proférer des cris et des paroles dans le gémissement de son cœur ; il ne pouvait se contenir et ces cris, sortant avec impétuosité, s’entendaient nettement de loin ». (Bienheureux Jourdain de Saxe, Libellus, § 13 – EC, p. 55.)

[15]Plus il a de souffrance et plus il est content : « Il supportait avec une admirable patience les malédictions et les paroles injurieuses, et c’est avec joie qu’il les recevait comme un don et une grande récompense. » (Guillaume Peyre, déposition de Toulouse § 18 –VA, p. 82.) — « Le témoin n’a jamais vu maître Dominique manifester de la colère, de l’émotion ou du trouble […] ; il l’a vu bien plutôt joyeux dans les tribulations et patient dans les adversités. » (Fr. Paul de Venise, déposition de Bologne § 41 –VA, p. 68.)

[16]Trois fois : « Chaque nuit il se donnait de sa propre main trois fois la discipline avec une chaîne de fer : une fois pour lui-même, une autre pour les pécheurs qui sont dans le monde, la troisième fois pour ceux qui souffrent en purgatoire. » (Constantin d’Orvieto, Legenda sancti Dominici § 61 – EC, p. 131.) — Voir aussi Fr. Jean d’Espagne, dé­position de Bologne § 25 (VA, p. 51-52) ; Thierry d’Apolda, § 220 (Acta sanctorum p. 596).

[17]Paul ou Matthieu : « Le bienheureux portait toujours sur lui l’Évangile de saint Matthieu et les Épîtres de saint Paul, et les étudiait beaucoup jusqu’à les savoir presque entièrement par cœur. » (Fr. Jean d’Espagne, déposition de Bologne § 29 –VA, p. 55.)

[18] — «  Comme il ne parvenait pas à l’effrayer, le démon entreprit de se moquer de lui : alors qu’il était en prière, il lui apparut sous l’aspect d’un religieux priant devant un des autels. Pensant qu’il s’agissait d’un frère, le saint lui fit signe de la main d’aller se coucher. Inclinant la tête celui-ci, s’éloigna. Peu après, le bienheureux père recommanda aux frères de ne pas rester dans l’église après le dernier signal. Néanmoins, ce faux frère qui avait, une première fois, simulé la prière le fit une deuxième fois, puis une troisième. Venant à lui, le bienheureux père lui dit : Qu’est-ce que cette désobéissance ? Voici la troisième fois que je vous prends à faire ce que j’ai plusieurs fois défendu ! Alors, le Mauvais ricana : Au moins, j’ai réussi à te faire rompre le silence ! – Il est inutile de t’en réjouir, répartit le saint, car tu n’y trouveras aucun profit. J’ai le pouvoir de dispenser du silence, et je peux donc parler lorsque cela me semble nécessaire. » (Thierry d’Apolda, § 172 – Acta sanctorum p. 588).

[19]Ribaud : terme de l’époque, dont le démon usait contre saint Dominique (témoignage de sœur Cécile § 5 – VA, p. 110).

[20] — Le scapulaire dominicain fut donné par la sainte Vierge elle-même – du vivant de saint Dominique – au bienheureux Réginald d’Orléans. (Le bienheureux Jourdain de Saxe témoigne avoir entendu saint Dominique raconter cette apparition : Libellus § 37 – EC, p. 94-95.)

[21] — Le cérémonial dominicain prévoit ces trois sortes d’inclinations liturgiques.

[22] — Le saint a la cinquantaine. Parmi les cent frères de la communauté, beaucoup sont très jeunes.

[23] — Les constitutions primitives de l’Ordre des frères prêcheurs prévoient le silence le plus absolu dans « le cloître, le dortoir, les cellules, le réfectoire et l’oratoire des frères » (I, XVII, 1 –VA, p. 172).

[24] — « Une nuit, les frères demeuraient encore à Saint-Sixte, le bienheureux père, ayant veillé longtemps en prières, sortit de l’église vers le milieu de la nuit, et, à la lumière d’une chandelle, s’assit et se mit à écrire à l’extrémité du dormitorium. Et voici qu’un démon apparut devant lui sous forme de singe et se mit à marcher de-ci de-là en sa présence, en gambadant comme un jongleur et en faisant force grimaces. Alors le bienheureux Dominique lui fit signe de la main de s’arrêter. Et, prenant la chandelle allumée il la lui donna à tenir. Lui, prenant la chandelle, resta sans bouger et la tint, tout en continuant ses grimaces moqueuses devant le bienheureux Dominique. Entre-temps, la chandelle finit, et le doigt de ce singe prit feu. Il commença alors à se tordre ainsi que de douleur, et à se lamenter, comme si lui, qui brûle dans la géhenne du feu éternel, craignait le feu temporel. Le bienheureux Dominique lui fit signe encore de rester tranquille. Quoi de plus? Le singe resta tranquille et continua d’éclairer si longtemps que son index fut tout brûlé jusqu’à la jointure de la main. A ce moment, il se mit à se tordre et à se lamenter plus fort. Alors le bienheureux Dominique prit le bâton qu’il portait toujours avec lui, et le frappa fortement en disant :Va-t’en, mauvais ! Le coup résonna comme s’il avait frappé une outre sèche pleine de vent ; le singe, se jetant dans la muraille la plus proche, ne reparut jamais ; il laissa une odeur très forte, preuve évidente de la vraie nature de ce singe. Ce fait, le bienheureux père lui-même le raconta aux frères et aux sœurs. Sœur Cécile l’entendit et lui vit faire les gestes de ce singe. » (Témoignage de Sœur Cécile, § 4 – VA, p. 109-110.)

[25] — Thierry d’Apolda, § 12 (Acta sanctorum, p. 562)

[26] — « Une nuit, saint Dominique vit l’accusateur des frères lisant à la lumière d’une lampe un feuillet qu’il tenait d’une main de fer. Et comme le saint lui demandait ce qu’il lisait, il répondit : La liste des péchés de tes frères. Le bienheureux père lui commanda avec autorité de lâcher cette feuille, ce que le démon fit, contraint par le nom du Christ. Le père y trouva plusieurs points sur lesquels il corrigea ses fils. Voilà comment l’impie est pris dans ses propres filets et comment les justes sont libérés de ses pièges. » (Thierry d’Apolda, § 173 – Acta sanctorum, p. 588-589)

[27] — Scène racontée en tous ses détails dans le témoignage de sœur Cécile (§ 7 – VA, p. 114-115).

[28] — Apparition décrite dans le témoignage de sœur Cécile (§ 7 – VA, p. 114-115).

[29] — Allusion à la première Épître de saint Pierre : Adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit quærens quem devoret. (1 Pe 5 ; texte cité tous les soirs à l’office de Complies.)

[30] — Toute la scène qui suit (avec le récit des visites du démon au dortoir, au réfectoire, au chœur, au parloir et au chapitre) est rapportée par Thierry d’Apolda, § 174-175 (Acta sanctorum, p. 589).

[31] — « Il le traîna », dit Thierry d’Apolda (« Cumque a sancto traheretur », § 175).

[32]La coulpe : c’est au chapitre que les religieux font leur coulpe, c’est-à-dire s’accu­sent devant leurs frères de leurs manquements extérieurs à la Règle.

[33] — Bienheureux Bertrand de Garrigues († 1230). Né au diocèse de Nîmes, il fut un des premiers compagnons de saint Dominique, et le fondateur du premier couvent domini­cain à Paris (Saint-Jacques) en 1217. Enterré dans l’abbaye de Bouchet (près d’Orange), où l’on peut encore voir sa dalle funéraire.

[34] — Frère Laurent d’Angleterre. Envoyé à Paris avec le bienheureux Bertrand de Garrigues en 1217, il revint à Rome en janvier 1218, avec le frère Jean de Navarre, pour informer saint Dominique des difficultés de la fondation de Paris.

[35] — « Maître au Sacré Palais » : prédicateur en titre à la Cour pontificale. La charge, créée pour saint Dominique, subsiste toujours, confiée à un dominicain.

[36] — Saint Dominique a opéré trois résurrections au couvent Saint-Sixte, à Rome : la première en 1218 (racontée par Constantin d’Orvieto, Legenda sancti Dominici § 36 – EC, p. 120), les deux autres en 1220 (racontées en détail par Sœur Cécile, § 1 et 2 – VA, p. 103-107 ; voir aussi le Libellus du Bx Jourdain de Saxe § 100 – EC, p. 127).

[37] — Les Albigeois, hérétiques retors.

[38] — Témoignage recueilli à Toulouse, en 1233, pour le procès de canonisation : « Bérengère déclare sous la foi du serment qu’elle vit de ses yeux et entendit de ses oreilles la scène où le bienheureux Dominique obligea neuf femmes converties de l’erreur, à regarder le démon qui les possédait. Celui-ci parut sous la forme d’un chat, dont les yeux, grands comme ceux d’un bœuf, paraissaient des flammes de feu ; sa langue, pendant d’un demi pied, semblait de feu et il avait une queue longue d’un droit bras ; il atteignait bien la taille d’un chien. Sur l’ordre du bienheureux, il s’échappa par le trou de la corde de la cloche et disparut à leurs regards. Heureusement le bienheureux Dominique avait eu soin de leur recommander de ne pas s’effrayer. en annonçant qu’il allait leur montrer quel maître elles avaient servi. » (Dépositions de Toulouse § 23 – VA, p. 84.)

[39] — Appartenant à la noblesse du pays, toute passée à l’hérésie cathare.

[40] — « En ce temps-là, le bienheureux Dominique revenant d'Espagne, apporta aux sœurs, en délicat souvenir, des cuillères de cyprès, une pour chaque sœur. Un soir, après avoir passé la journée en prédications et autres oeuvres de charité, il vint chez les sœurs et leur offrit ces cuillères qu'il avait rapportées d'Espagne. Il s'assit près de la grille, ainsi que plusieurs frères, et se mit à leur prêcher sur les ruses de l'ennemi. Il leur expliqua comment Satan, pour tromper, non seulement se transfigure en ange de lumière, mais parfois même, afin d'empêcher la prédication et les autres bonnes œuvres, prend la forme des êtres les plus communs, par exemple, quelquefois, de petit oiseau. A peine le vénérable père avait-il achevé ces paroles, que l'ennemi du genre humain, arrivant sous forme d'un petit oiseau, se mit à voltiger au-dessus de la tête des sœurs, si près quelles auraient pu l'atteindre si elles avaient voulu ; et il empêchait ainsi la prédication. Ce que voyant, le bienheureux Dominique appela sœur Maximilla et lui dit : Lève-toi, prends-le, et apporte-le moi. La sœur se leva, et, étendant la main, s'en saisit aussitôt sans aucune difficulté, puis elle le passa à travers la grille au bienheureux Dominique. Alors celui-ci, prenant dans sa main le petit oiseau, se mit à le déplumer rapidement, en disant : Ennemi, ennemi ! Les frères et les sœurs souriaient en le voyant arracher toutes les plumes, et l'oiseau gazouillait d'un ton lamentable. Puis le bienheureux Dominique le jeta en disant : Va, ennemi du genre humain, maintenant vole si tu peux. Tu feras encore beaucoup de bruit et d'embarras, mais tu ne pourras plus faire de mal. […] » (Témoignage de Sœur Cécile § 10 – VA, p. 118.)

[41] — Voir Gérard de Frachet, Vitæ Fratrum, II, 2 (EC, p. 76).

[42] — Saint Dominique avait « l’habitude d’être plus joyeux dans la tribulation que dans la prospérité » (témoignage du Fr. Buonviso, déposition de Bologne § 22 – VA, p. 49).

[43] — Témoignage de sœur Cécile, § 3 (VA, p. 108-109). Une autre relation du même miracle est fournie dans le témoignage du frère Buonviso (déposition de Bologne § 22 – VA, p. 50.) — Ce miracle a aussi été mis en scène dans la pièce de Claude Just, (pseudonyme du père Aimon-Marie Roguet O.P., 1906-1991), Le Père des prêcheurs ou la pitié des hommes – Quatre actes d’après la vie de saint Dominique pour le 7e centenaire de sa canonisation, Paris, Des­clée de Brouwer, 1934.

[44] — Sur le bienheureux Bertrand de Garrigues, voir plus haut, p. 186, note 1.

[45] — Terme du Moyen Age : chapeau.

[46] — « Psautier de Marie ».

[47] — Henri-Dominique Lacordaire O.P. Voir l’annexe ci-dessous.

[48]  — Henri-Dominique Lacordaire O.P., Vie de saint Dominique [1840], ch. 6 [Paris, Cerf, 1989, p. 116-117].

[49]  — Louis Garriguet, La Vierge Marie : Sa prédestination. Sa dignité. Ses privilèges. Son rôle. Ses vertus. Ses mérites. Sa gloire. Son intercession. Son culte, Saint-Céneré/Paris, Téqui, 1933 [8e édition].

Informations

L'auteur

Née en 1899, Madeleine Moly entra en religion à l'âge de treize ans chez les tertiaires dominicaines de Notre-Dame du très saint Rosaire de Monteils, où elle reçut le nom de "Soeur Mechtilde-Marie". 

Dotée d'une excellente mémoire et d'une grande vivacité d'esprit, elle fit partie des religieuses affectées en 1919 au secrétariat de la revue "La Vie spirituelle" et de son directeur, le père Bernadot (1883-1941).

Elle composa également des saynètes en vers sur plusieurs thèmes religieux (la Nativité, l'Épiphanie, la Résurrection, les luttes entre saint Dominique et le démon).

Elle rejoignit en 1968 le "Combat de la foi" de l'abbé Louis Coache (1920-1994), au Moulin-du-Pin, où elle est décédée à l'âge de 92 ans. Elle est inhumée dans le cimetière des moniales dominicaines d'Avrillé.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 69

p. 198-202

Les thèmes
trouver des articles connexes

Vie Spirituelle : Doctrine, Oraison et Perfection Chrétienne

Vies de Saints : Modèles de Sainteté Traditionnelle

Littérature et Humanités Chrétiennes : Analyse et Critique Classique

L'Ordre des Prêcheurs : Spiritualité et Doctrine des Dominicains

Les mystères du Rosaire

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page