La Révolution de 1789 et celle de 1962 dans l’Église
Sermon du 21 janvier 1993 au couvent de la Haye-aux-Bonshommes à Avrillé pour le bicentenaire de la mort du roi Louis XVI
IL y a exactement 200 ans, à six heures du matin, dans sa prison, le roi Louis XVI participait à la messe, que célébrait son aumônier l’abbé Edgeworth – La messe de toujours, celle à laquelle vous assistez maintenant, chers fidèles. Le roi suivit le saint sacrifice avec beaucoup de piété, à genoux, puis y communia pieusement. Il s’était confessé la veille au soir.
Avant de quitter sa prison, vers sept heures du matin, il s’agenouilla devant son aumônier : « Tout est consommé, Monsieur, donnez-moi votre dernière bénédiction, et priez Dieu qu’il me soutienne jusqu’à la fin. » Arrivé place Louis XV, trois bourreaux l’entourèrent pour lui ôter ses vêtements. Il les repoussa et c’est lui-même qui défit son col et sa chemise. Les bourreaux voulurent lui lier les mains. « Me lier ! s’écria le roi, non, je n’y consentirai jamais ; faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas, renoncez à ce projet. »
Son aumônier jugeant que la scène pouvait mal tourner, murmura doucement au roi : « Sire, dans ce nouvel outrage, je ne vois qu’un dernier trait de ressemblance entre votre Majesté et le Dieu qui va être votre récompense. »
Ce fut dans le visage du roi comme un coup de fouet. Il leva les yeux vers le ciel : « Assurément, s’écria-t-il, il ne faut rien moins que son exemple pour que je me soumette à un pareil affront. » Puis, se tournant vers les bourreaux : « Faites tout ce que vous voulez, je boirai le calice jusqu’à la lie. »
Après avoir monté sans hésiter les marches raides de l’échafaud, le roi s’écarta de ses bourreaux et s’avançant face à la foule, il s’écria : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. »
Les révolutionnaires qui étaient là sentirent alors qu’un flottement était en train de se répandre dans la troupe où des soldats pleuraient. Vite, ils firent battre les tambours pour couvrir la voix du roi et c’est dans ce bruit que les bourreaux se hâtèrent d’accomplir leur besogne.
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C’était à peu près l’heure à laquelle nous sommes présentement, mes chers fidèles, et il est bien juste que nous nous réunissions pour prier au cours d’une messe.
Le 17 juin 1793, donc quelques mois après cet assassinat du roi Louis XVI, le pape Pie VI prononçait une magnifique allocution au consistoire sur la mort du roi de France.
Et il nous semble important de nous rappeler le jugement de l’Église sur cet acte historique. Le pape Pie VI, dans ce texte qui est assez long, fait un parallèle avec Marie Stuart, reine d’Écosse, qui eut beaucoup à souffrir de tous les ennemis de la religion catholique, en particulier des factieux calvinistes ainsi que des ruses d’Élisabeth Ière ; cette Élisabeth Ière, qui était la fille d’Henry VIII et d’Anne Boleyn, a soutenu les protestants et fit exécuter plus tard Marie Stuart en 1587, après l’avoir gardée dans une cruelle captivité dix-neuf années durant.
Ainsi le pape Pie VI, s’appuyant d’ailleurs sur son prédécesseur le pape Benoît XIV, se déclarait prêt à nommer Louis XVI martyr, sans s’engager cependant.
Ce que nous aimerions relever, c’est la raison que donne ici le pape Pie VI : « C’est bien en haine de la foi que le roi très chrétien a été guillotiné. » Et il explique : « Qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? Déjà, depuis longtemps, les calvinistes avaient commencé à conjurer en France la ruine de la religion catholique. »
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Nous pourrions faire facilement la démonstration des paroles de ce souverain Pontife Pie VI ; elle serait longue mais bien intéressante, spécialement pour nous, en cette fin de vingtième siècle, parce qu’elle va à contre-courant de beaucoup d’idées reçues aujourd’hui.
Depuis deux siècles – disons-le franchement, hautement – la désinformation et le mensonge ont largement battu leur plein en France et ailleurs.
A travers cette lutte, il y a un combat gigantesque qui est mené contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Église depuis les origines. Il nous faudrait relire ici le livre de l’Apocalypse, qui clôt le Nouveau Testament, et où saint Jean nous laisse bien entendre que, depuis la venue de Notre-Seigneur sur terre pour lutter contre Satan et ses suppôts, il y a un combat, il y a une guerre ; il ne faut pas vous étonner si les chrétiens ont à souffrir la persécution. Après tout, le Christ Jésus est bien mort sur la croix.
Alors, mes chers fidèles, il nous faut choisir, il vous faut choisir !
En 1793, c’était l’apostasie ou la mort. On en revenait au temps des premiers chrétiens ; il fallait sacrifier à la déesse Raison ou bien renier l’Église et ses dogmes.
Aujourd’hui, mes frères, c’est beaucoup plus subtil et c’est beaucoup plus dangereux. Je dis « aujourd’hui », spécialement depuis ce qu’un malheureux prélat, le cardinal Suenens, a appelé « 1789 dans l’Église ». Nous voulons parler de cette funeste révolution de Vatican II.
Nous savons que 1789 avait laïcisé la France et les autres nations, supprimant le règne social, le règne politique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec ses lois chrétiennes, avec sa vie chrétienne menée ouvertement, en public. C’était cela le sens du roi sacré publiquement à Reims pour défendre Jésus-Christ et l’Église.
Et le but de cette première révolution, qui est l’œuvre du démon, était de perdre les âmes, de les amener en enfer, de leur faire quitter la vraie religion, le vrai Dieu.
La révolution suivante, celle de 1962, celle de Vatican II, a poursuivi cette laïcisation. L’État étant laïcisé, les nations étant laïcisées, apostates, il fallait à tout prix laïciser aussi l’Église. Le pape Paul VI n’a pas même alors hésité à dire que « la religion du Dieu qui s’est fait homme avait rencontré la religion de l’homme qui s’est fait Dieu. » Et le même pape malheureusement concluait que cette rencontre s’était produite dans une grande entente, un grand embrassement.
Or c’est au contraire une conversion qu’il aurait fallu, mes chers fidèles. La conversion de « l’homme qui s’est fait Dieu », car cet homme est un pauvre, un déchu, marqué par le péché originel, un malade, un blessé qui a besoin de son Seigneur et de son Dieu. Et c’est pourquoi Notre-Seigneur est venu sur la croix pour le sauver.
Aujourd’hui, mes chers fidèles, la situation est pire qu’en 1793. Car alors les catholiques qui voulaient rester fidèles subissaient une persécution ouverte, déclarée ; ils voyaient le sang sur les places des villes de France ; la persécution se voyait : le canon, la guerre, les soldats, les prisons… c’était une persécution physique et elle était « bonne » en ce sens qu’elle obligeait les catholiques à faire montre de leur foi.
Mais aujourd’hui, quelle subtilité dans la persécution dont sont victimes les catholiques ! Relevons-en deux aspects, pour nous encourager à être de vrais catholiques, comme nos ancêtres.
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Le premier signe révélateur de cette persécution, c’est la messe catholique attaquée, chassée, traquée. Il faut maintenant des permissions spéciales pour dire la messe catholique, la messe éternelle.
Il faut se cacher ! Souvenez-vous des proscrits de 1793 : comment faisaient-ils pour célébrer la messe ? Ils allaient dans les bois, ils allaient dans les granges, la nuit. Ils ne pouvaient même pas chanter pour ne pas faire de bruit et ne pas alerter les mouchards. Les prêtres risquaient leur vie et les fidèles qui les gardaient la risquaient aussi. Nous en savons quelque chose… Allez lire au Champ des martyrs [1], en sortant de cette messe, la liste de tous ces simples gens, ces laboureurs, ces tisserands, ces gens du peuple qui ont été mis à mort parce qu’ils avaient hébergé des prêtres réfractaires.
De même, chers fidèles, que nos ancêtres dans la foi ont refusé la messe des jureurs au prix de leur vie, il nous faut, nous aussi, refuser cette nouvelle messe, symbole d’une nouvelle religion, la religion de l’homme, alors que nous adorons Dieu parce que Dieu seul est adorable.
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Le deuxième signe révélateur, dans la ligne de cette abominable révolution dite française (de 1789), ce sont les attaques contre le sacerdoce catholique, les attaques contre le prêtre et contre la vie religieuse… tout ce qui est consécration à Dieu. Le diable en a horreur, alors il les souille, il les salit, il les avilit. En 1789 et après, c’était « simple » : ou la mort ou la fuite à l’étranger ! Mais en 1962 et dans les années qui suivirent, ce fut plus perfide : ce fut la renonciation au sacerdoce. Que de prêtres ont quitté leur sacerdoce, que de religieux et de religieuses ont quitté leur couvent pour retourner au monde, pour se marier, transgressant leurs engagements, refusant d’offrir leur vie comme ils s’y étaient pourtant engagés publiquement. Oh ! certes, cela s’est fait habilement, sous prétexte de dignité, de droits de l’homme, d’épanouissement de la personne humaine… quelle trahison ! Il eût mieux valu qu’ils meurent, qu’ils donnent leur vie, que de trahir ainsi.
Une conséquence pour vous, mes chers fidèles laïques, et elle est d’importance : si le sacerdoce et la vie religieuse sont ainsi attaqués, le mariage l’est immédiatement après, et nous l’avons vu en 1789. Car, si les prêtres sont infidèles, si les religieux et religieuses le sont, au regard de leur consécration, alors le mariage aussi n’a plus sa raison d’être. Ainsi en fut-il dans la législation de la révolution : très rapidement l’indissolubilité du mariage et la sainteté de l’union conjugale furent attaquées.
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Mes chers frères, il est bien de venir fêter le deuxième centenaire de la mort du roi très chrétien Louis XVI (il est bien de venir pleurer). Et la liturgie catholique de la messe de requiem avec ses ornements noirs, ses chants recto tono nous invitent à pleurer sur les péchés de nos ancêtres, ceux de notre pays. Mais il ne suffit pas de pleurer et de se lamenter sur le passé si nous ne nous en servons pas pour nous convertir, pour changer de vie. Il est encore temps, il faut le faire mes chers fidèles. Comment faire ? C’est l’éternel message que la sainte Vierge Marie a répété depuis deux siècles : « Priez et faites pénitence. »
Confesser nos péchés : il n’y a pas de honte, nous sommes tous pareils, mes chers fidèles, de pauvres malades, de pauvres pécheurs, des misérables. Nous avons tous besoin de la miséricorde de Dieu.
Et puis, prier, oui prier. Puisque nous sommes en terre chrétienne ici en Anjou, rappelons‑nous ce que faisaient tant de chrétiens morts en 1793‑94 dans cette propriété même où se trouve le Champ des martyrs. Ils chantaient, ils chantaient des cantiques à la sainte Vierge Marie, ils priaient le chapelet. Nous pouvons encore retrouver avec émotion l’endroit où sœur Odile, en tombant, a laissé tomber son chapelet alors qu’elle était dans la chaîne des prisonniers qui descendait de la ville vers le Champ des martyrs, chapelet que quelqu’un a ramassé avec piété et dévotion. Et ces âmes sont au ciel maintenant, mes chers fidèles, parce qu’elles ont prié, ont eu foi en Dieu, en Notre-Seigneur Jésus-Christ, ont cru à ses promesses et à celles de son Église.
Nous aussi, prions. Et si parfois nous avons peur d’être chrétiens et de témoigner de notre foi, rappelons-nous la promesse qui nous est faite par Jésus-Christ d’aller au ciel.
Il est très touchant de relire la chronique des dernières journées du roi Louis XVI, et de voir de quelle façon il se préparait vraiment à aller au ciel. Il ne voulait plus avoir affaire aux choses de la terre, aux choses d’ici-bas ; et c’était sagesse.
Pour nous y encourager, nous aurons pendant cette messe les yeux fixés sur Notre-Seigneur Jésus-Christ. De manière tout à fait miraculeuse dans le sacrement de l’Eucharistie, Notre-Seigneur va être présent là, sur cet autel, pour renouveler son sacrifice. Il nous dit par là même ce que nous avons à faire : nous sacrifier nous aussi pour revivre de cette vie divine qu’il avait et qu’il nous a communiquée.
La messe sera offerte pour l’âme du roi Louis XVI. Nous y associerons aussi tous les défunts de cette triste période et j’aurai une pensée spéciale pour chacun d’entre vous, afin qu’au-delà de cette commémoraison, ce soit la grâce de notre propre conversion que nous obtenions de la part de tous ces chrétiens qui ont subi le martyre en ces temps douloureux et qui maintenant prient pour nous, du haut du ciel, pour nous attirer à Jésus-Christ.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
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[1] — Lieu où furent martyrisés deux à trois mille catholiques durant la Terreur et qui était à cette époque sur le territoire du couvent de la Haye-aux-Bonshommes.
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p. 164-168
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