Lumière pour l’âme I — Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup (II)
par le père Emmanuel
NDLR : Dans ce numéro du Sel de la Terre nous continuons de publier le texte du Catéchisme de persévérance du père Emmanuel aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup. L’introduction, les commentaires et la conclusion sont de Dom Maréchaux. Ces textes sont extraits du Bulletin de Notre-Dame de la Sainte Espérance (numéros d’avril à décembre 1911).
Nous publierons dans la suite, toujours sous ce titre de « Lumière pour l’âme », les Lettres aux jeunes filles de la paroisse et les Lettres à la conférence des jeunes gens chrétiens.
Quatrième leçon L’image de Dieu rendue à son auteur
Nous avons parlé de notre âme, de la foi, de la raison, de la connaissance, de la manière dont elle se fait en nous. Je crois qu’avec ce que nous avons dit nous pouvons avancer. Je vais vous parler d’un sujet intéressant : de l’image de Dieu dans notre âme et des différents états dans lesquels passent les âmes pour arriver jusqu’à Dieu. Le bon Dieu a mis son image, plus ou moins grande, dans tout ce qu’il a fait ; mais il n’a pu mettre son image bien ressemblante que dans les esprits. Regardons un peu les ressemblances de notre âme avec Dieu.
Le bon Dieu est esprit, notre âme est esprit ; nous connaissons Dieu par ses œuvres, nous connaissons notre âme par ses œuvres. Dieu est partout, notre âme est partout aussi dans notre corps ; étant finie par nature, elle ne peut pas imiter la présence de Dieu dans tout l’univers, mais elle l’imite en étant présente dans tout le corps ; si on souffre dans n’importe quelle partie du corps, soit au pied ou à la main, l’âme le sait tout de suite. Dieu est invisible, notre âme est invisible : il y a des hommes qui ne veulent pas croire à leur âme parce qu’ils ne la voient pas, mais, s’ils la voyaient, elle ne serait pas une âme. Nous connaissons Dieu non seulement par ses œuvres, nous le connaissons encore par l’enseignement, enseignement que le bon Dieu a lui-même donné à Adam, qu’Adam a transmis à ses descendants, enseignement qui a été donné à Moïse, continué par les prophètes, par Notre-Seigneur, par les apôtres, transmis jusqu’à nous ; cet enseignement, qui nous a fait connaître Dieu, nous fait connaître aussi notre âme. Voilà quelques traits de l’image de Dieu dans notre âme.
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Parlons maintenant des états par lesquels passe notre âme pour arriver jusqu’à Dieu, son créateur, sa fin. Les états par lesquels passent les âmes pour aller à Dieu sont très nombreux et très différents. Notre âme commence par être dans un état d’ignorance complète, l’enfant ne sait absolument rien ; il sort de cet état pour entrer dans un état où il connaît un peu quelque chose, mais c’est une connaissance qui est tout à fait semblable à celle des animaux ; l’animal connaît quelque chose, il voit, il sent, de même l’enfant connaît certaines choses, il voit, il sent. Mais, comme l’enfant a une âme, après avoir été plusieurs années dans cet état, quand il aura grandi, que le cerveau sera fortifié, il sortira de cet état, il commencera à avoir un peu de raison, à comprendre les choses, il aura l’âge de raison.
A mesure que l’enfant avancera en âge, il saura mieux, il comprendra mieux les choses, il apprendra les vérités. Il faut remarquer une différence : l’enfant qui a reçu la foi au baptême entendra bien les vérités de la foi, il les recevra, grandira dans la connaissance de ces vérités ; tandis qu’un enfant qui n’aurait pas reçu la foi n’écouterait pas, ne comprendrait rien, à moins que le bon Dieu lui donne une grâce de foi dans le moment qu’on lui parle, ce qui est extrêmement rare. Mais, puisque nous sommes chrétiens, examinons ce qui se passe dans l’âme du baptisé.
Dans cet état, l’enfant, avec la grâce de la foi qu’il a reçue au baptême, est tout à fait obéissant, il reçoit l’enseignement, il croit les vérités qu’on lui enseigne sans faire de réflexions, sans raisonner. Cet état d’obéissance dure longtemps, puis, quand l’enfant arrive à l’âge de quatorze ou quinze ans et même plus, il commence à faire ses petites réflexions, à se demander si c’est une chose raisonnable de croire à tout ce qu’on lui a enseigné, il cherche les raisons de l’obéissance qu’il a rendue à son père et à sa mère, il se demande si c’était une nécessité de la nature ou son devoir ; s’il juge que c’était par nécessité, parce qu’il n’était pas assez grand pour penser tout seul et que maintenant il n’en a plus besoin ; s’il trouve que le bien c’est ce qui lui plaît au lieu de penser que c’est ce qui plaît à Dieu, il est alors en grand danger de se perdre et nous voyons qu’un grand nombre d’enfants se perdent ainsi.
Si l’enfant peut passer heureusement cette époque difficile, alors il entrera dans un état nouveau, il sera sorti de l’enfance pour devenir un homme raisonnable, il comprendra mieux les vérités de la foi, les raisons de la foi, il verra que la foi est une chose tout à fait raisonnable ; la foi en lui sera aidée de la raison et la raison sera aidée de la foi, ces deux choses doivent toujours être ensemble.
A mesure que le chrétien avance dans la vie, il grandit dans l’intelligence de la vérité, il devient de plus en plus ressemblant à Dieu qui est le principe de toute vérité ; le chrétien vraiment fidèle travaille toujours à perfectionner en lui l’image de Dieu, les perfections divines se reflètent en lui, il imite la sagesse, la bonté de Dieu, il travaille à régler sa conduite tout entière sur la foi qu’il a reçue. Notre-Seigneur nous dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Le chrétien, en travaillant ainsi avec la foi et la raison que le bon Dieu lui a données, se fait du mérite.
Après avoir travaillé ainsi pendant le temps que le bon Dieu juge convenable, le chrétien entrera dans un état nouveau, le bon Dieu l’appellera à lui et perfectionnera encore l’image, il ajoutera à tout ce qu’il lui avait déjà donné, il le fera entrer en pleine possession de la vérité, le chrétien verra clairement toute vérité, il n’aura plus besoin de la foi, il verra, il possèdera l’évidence de la vérité ; pendant cette vie, nous n’avons pas la clarté de la vérité, la foi a ses ombres. Nous avons la vérité toute certaine ; dans la vie éternelle, nous l’aurons toute claire.
Voilà bien des états dans lesquels passe notre âme pour arriver à Dieu : état d’ignorance complète ; connaissance qui ressemble à celle des animaux ; état d’obéissance à la vérité ; état où elle commence à réfléchir, à raisonner ; état plus parfait encore dans lequel elle travaille sérieusement, aidée de la foi et de la raison, à aller à Dieu ; enfin, état de la gloire éternelle où elle verra clairement la vérité.
Le chrétien, en connaissant davantage la vérité, devient de plus en plus l’image du Fils qui est l’intelligence du Père : connaissant mieux Dieu qui est la souveraine vérité et la souveraine bonté, il s’attache davantage à lui, en l’aimant de plus en plus, et perfectionnant en lui l’image du Saint-Esprit, qui est l’amour du Père et du Fils.
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Cette analyse, reproduite textuellement (nous ne nous lassons pas de le dire), est stupéfiante dans sa limpide simplicité.
Qu’on relise attentivement la brève peinture de la crise de la foi qui atteint ordinairement l’enfant vers sa quinzième année : « il se demande si (quand il obéissait par une sorte d’instinct) c’était une nécessité de nature ou un devoir » Quels mots justes et précis !
Qu’il nous soit permis de le dire, le père Emmanuel, au cours de son ministère pastoral, avait l’œil sur cette crise des âmes ; et il faisait des efforts inouïs, il se donnait des peines incroyables, pour qu’elle tournât à bien. Il instruisait, il instruisait. Il cherchait à prévenir l’éveil des doutes par l’abondance de la lumière, sagement mesurée. D’autant qu’avec la crise de la foi se produit la crise des passions. Ici encore, le Père instruisait sur les choses qu’on ne peut ignorer, ou il faisait instruire par les parents. Pour lui, la lumière en tout, la lumière toujours, mais la lumière venant d’en haut par la voie de ceux qui ont qualité pour la répandre, c’était le remède aux états critiques de l’âme, la condition de sa vie.
Cinquième leçon Les preuves de l’existence de Dieu. Dieu, premier moteur, cause suprême
Nous avons parlé de Dieu, de notre âme, de la ressemblance de notre âme avec Dieu ; maintenant nous allons parler plus particulièrement de Dieu lui-même. Il faut travailler à avoir de Dieu une connaissance solide, à pouvoir bien raisonner sur l’existence de Dieu. Qu’est-ce que raisonner ? Raisonner, c’est bien réfléchir bien sur les raisons qui démontrent la réalité de l’existence d’une chose. Il y a des gens qui prononcent le nom de Dieu à tout moment, à propos de rien et contre toute raison, ces gens-là n’ont jamais raisonné sur l’existence de Dieu ; il ne faut pas qu’il en soit ainsi de nous.
Personne n’a jamais mieux parlé des raisons qui prouvent l’existence de Dieu que saint Thomas d’Aquin. Il a donné cinq raisons principales qui prouvent l’existence de Dieu.
L’existence de Dieu se prouve par le mouvement, c’est une première preuve. Le mouvement, c’est l’acte par lequel une chose change d’état. Le mouvement est imprimé à une chose par quelqu’un. Ainsi, voici un livre, il est sans mouvement : si rien ne vient le mettre en mouvement, il restera toujours dans le même état ; mais si je le prends, si je le change de place, alors il est en mouvement, il change d’état. Dans toutes les choses qui existent, rien ne peut se donner à lui-même le mouvement. Nous voyons que tout est mouvement : l’homme est en mouvement ; les animaux sont en mouvement, jusqu’aux fourmis, aux vers de terre ; les arbres sont en mouvement ; aujourd’hui ils ont des feuilles, il y a six mois ils n’en avaient point et dans quelque temps ils n’en auront plus, il y a là du mouvement. Ce mouvement, qui est dans toutes ces choses, a un auteur. En voyant le soleil se lever et se coucher tous les jours à l’heure fixée, le mouvement que la terre fait tous les jours, qu’elle fait tous les ans autour du soleil, et tous les mouvements des astres, sans qu’il y ait jamais aucun dérangement, on reconnaît que l’auteur d’un mouvement si régulier est un auteur tout-puissant. Ce mouvement, qui est régulier, est aussi irrégulier : le soleil se lève et se couche tantôt plus tôt, tantôt plus tard, mais toujours juste à la minute fixée ; il y a tous les jours un peu de changement, nous avons des jours plus longs et des jours plus courts ; différentes saisons dans l’année, il y a des temps où il fait chaud et d’autres où il fait froid ; mais il n’y a jamais aucun dérangement dans ce mouvement qui est à la fois régulier et irrégulier, et cela dure depuis des milliers d’années.
Quand on réfléchit sur ces choses-là, on est obligé de reconnaître un auteur d’une bien grande intelligence, qui ait su faire un calcul si juste ; cet auteur, nous l’appelons Dieu. Ainsi, nous reconnaissons, au mouvement que Dieu a donné à toutes choses, un Dieu tout-puissant, d’une intelligence infinie, parce qu’à l’œuvre on connaît l’ouvrier. Si on avait une horloge qui ne se dérange jamais, qui soit toujours bien réglée, on dirait que l’ouvrier qui l’a faite est très habile ; de même, en voyant cette grande horloge qui règle les jours, les nuits et les saisons, on reconnaît que l’auteur, qui est Dieu, est tout-puissant, qu’il a une intelligence supérieure, une sagesse infinie.
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La deuxième preuve que donne saint Thomas pour prouver l’existence de Dieu, c’est la nécessité d’une cause première. Une cause, c’est ce qui produit un effet : ainsi je parle, ma parole est un effet ; il a une cause, la cause c’est ma volonté, c’est moi. Il n’y a pas d’effet sans cause. Nous voyons dans certaines choses une longue suite de causes qui s’enchaînent les unes aux autres ; dans toutes ces causes, il y en a qui sont premières vis-à-vis des autres, d’autres qui sont intermédiaires, une qui est la dernière ; il faut qu’il y ait aussi une cause première ; on ne peut pas supposer une suite de causes infinies. La cause première de toutes choses c’est Dieu. Je vous disais que j’étais la cause de ma parole, mais je ne suis pas la cause première, je ne suis pas cause de moi-même, la cause première, c’est Dieu. C’est ainsi que les causes prouvent l’existence de Dieu. Cette nécessité d’une cause première se prouve très bien avec un œuf…
Les savants d’aujourd’hui disent qu’ils ne peuvent pas connaître le commencement des choses, les causes nous échappent, disent-ils [1]. Ils ne savent pas ; nous chrétiens, nous savons : la foi que Dieu nous a donnée nous éclaire, nous savons que la cause première de toutes choses, c’est Dieu.
Sixième leçon Dieu, Être nécessaire
Nous allons continuer à raisonner sur l’existence de Dieu.
Pour arriver à avoir une connaissance bien raisonnée du bon Dieu, il faut bien faire attention à ceci : dans tout ce qui existe, il y a les choses contingentes et les choses nécessaires. Le mot latin contingere veut dire : l’état d’une chose qui peut être ou n’être pas ; les choses contingentes sont celles qui peuvent être, ou n’être pas, ou être autrement qu’elles ne sont. Il y a beaucoup de choses contingentes ; des choses nécessaires, il n’y en a pas beaucoup. Le ciel et la terre sont des choses contingentes, qui pourraient n’être pas ; nous-mêmes, nous sommes des êtres contingents, nous pourrions ne pas être, on peut supposer un Mesnil sans nous, composé d’autres hommes. Aujourd’hui, il fait froid, il pourrait faire chaud ; aujourd’hui il pleut, il pourrait ne pas pleuvoir ; toutes les choses que nous voyons, soit dans le ciel, soit sur la terre, toutes ces choses sont contingentes, elles pourraient n’être pas ou être autrement qu’elles ne sont. Le soleil est une chose contingente, il pourrait ne pas exister, il pourrait y avoir autre chose pour éclairer le monde, les étoiles pourraient n’être pas ou être autrement qu’elles ne sont, plus grosses ou plus petites, plus près ou plus loin de nous. Les hommes qui sont sur la terre pourraient n’être pas, il pourrait y en avoir qui soient tout différents de nous ; la terre pourrait être habitée par un autre monde que celui qui y est, on peut supposer un monde tout autrement qu’il n’est, ou même qu’il n’y ait rien du tout.
Ainsi, depuis le petit grain de poussière que nous foulons aux pieds jusqu’au grand soleil qui est là-haut, tout est contingent, pourrait ne pas être ou être autrement qu’il n’est. Quand on réfléchit bien à cela, qu’il y a tant de choses qui existent et qui pourraient ne pas exister ou être autrement qu’elles ne sont, on est amené à penser que, puisqu’il y a tant de choses contingentes, elles ne se sont pas donné à elles-mêmes l’existence, qu’il doit y avoir une chose qui soit nécessaire, qui ne puisse pas ne pas être et qui ait donné l’existence à toutes les choses contingentes.
Il y en a qui disent que c’est le hasard ; un beau matin, il s’est trouvé un monde, des hommes sur la terre. Mais le hasard est lui-même une chose contingente, puisqu’il est le hasard. Comment a-t-il pu être amené à faire ces choses ? Pourquoi s’est-il tourné de ce côté-là pour faire un monde ? Pourquoi ne l’a-t-il pas fait d’un autre côté ? A-t-il été poussé à faire ces choses par une autre chose qui lui ait été supérieure, et qui l’ait amené à faire un monde tel qu’il est ? Mais cette autre chose, si elle est elle-même contingente, comment est-elle arrivée à l’existence ? C’est tout simplement ridicule.
En voyant ainsi toutes les choses contingentes, on est amené à reconnaître une chose qui est nécessaire, qui est et qui ne peut pas ne pas être, qui est cause première de toutes les autres choses ; cette chose nécessaire, c’est Dieu, c’est lui la seule chose nécessaire.
Quand on a bien la connaissance de ces choses-là, on possède dans son esprit une grandissime vérité, on a la réponse à la grande question : Pourquoi sommes-nous ici ? Nous sommes ici parce que le bon Dieu l’a voulu, parce qu’il nous y a mis et, s’il nous a mis ici, notre premier devoir est de le connaître, de le servir. Dans la connaissance de cette vérité, on trouve la lumière de son esprit, la satisfaction de son cœur, on a commencé à trouver Dieu. Je dis : trouver Dieu ; c’est un mot de l’apôtre saint Paul. Il prêchait, un jour, à des savants, et il leur disait que Dieu avait créé les choses contingentes afin que les hommes cherchent Dieu et qu’ils le trouvent. Il faut chercher Dieu et travailler à le trouver en grandissant dans sa connaissance.
Nos savants [2] disent qu’ils ne connaissent pas les causes ; nous, nous savons que Dieu est la seule chose nécessaire, qui est et qui ne peut pas ne pas être, qu’il est la cause première de toutes les choses contingentes. Cette vérité est tellement évidente pour quiconque réfléchit qu’un impie fameux du siècle dernier, dans un moment de sincérité, a dit ces paroles : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. » Oui, car on ne peut pas voir toutes les choses contingentes, sans reconnaître la nécessité d’une cause première, d’une chose qui existe avant toutes les autres, qui soit nécessaire. Inventer Dieu, ce serait difficile, nous ne pourrions pas. Mais il est ; il a pu inventer un monde ; et il l’a fait.
Septième leçon Dieu, Perfection infinie
Nous avons parlé des moyens de trouver Dieu. Trouver Dieu, c’est si bon, si doux ! Nous allons en parler encore aujourd’hui. Un moyen encore de trouver Dieu, c’est de connaître, d’examiner les différentes perfections qui se trouvent dans les créatures. Dans toute créature, il y a un certain degré de perfection plus ou moins grand. Ainsi une pierre a un bien petit degré de perfection, elle existe, elle est utile, la seule perfection qui soit en elle est d’avoir l’être. Les arbres, les plantes ont plus de perfection ; en eux, il y a non seulement l’être, mais aussi un certain degré de vie ; il y a en eux du mouvement pour produire des fleurs et des fruits. Au-dessus des arbres et des plantes, il y a les animaux, qui ont plus de vie ; au-dessus des animaux, il y a l’homme, qui non seulement a l’être et la vie, mais qui est doué d’intelligence et de raison. Nous pouvons concevoir des créatures qui soient beaucoup plus parfaites que l’homme ; car, quoique l’homme ait l’intelligence qui le rend plus parfait que les animaux, il a un corps qui leur ressemble beaucoup. Quand les anciens voulaient définir ce qu’était l’homme, ils le définissaient ainsi : l’homme est un animal raisonnable. Nous pouvons concevoir une créature qui soit toute spirituelle, toute intelligence, toute raison et tout amour, c’est l’ange ; il est beaucoup plus parfait que l’homme. En parcourant ainsi les différents degrés des créatures, ce qu’on appelle l’échelle des êtres, on reconnaît que le créateur de tous ces êtres, la cause première, est encore plus parfait.
Reprenons les différents degrés de créatures dont nous venons de parler. La pierre a l’être, nous reconnaissons que le créateur l’a à un degré plus grand. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Les arbres ont l’être et la vie, nous reconnaissons que le créateur a l’être et la vie à un degré supérieur ; les animaux ont plus de vie que les arbres, nous reconnaissons que celui qui leur a donné la vie a beaucoup plus de vie qu’eux ; en voyant l’homme qui est un être vivant doué d’intelligence et de raison, nous reconnaissons que le créateur est encore plus intelligent ; au-dessus de l’homme, il y a l’ange qui est une créature toute spirituelle, toute d’intelligence et toute d’amour, cela nous fait reconnaître que la cause première de l’ange est un être tout spirituel, d’une intelligence, d’une raison, d’une sagesse, d’une bonté bien supérieures à l’ange. En réfléchissant ainsi sur les différentes perfections des êtres, on reconnaît les perfections infinies de Dieu, cause première de toutes choses.
Je dis que l’on trouve Dieu en réfléchissant sur les perfections des créatures ; il faut bien connaître aussi cette chose-ci : que c’est dans la connaissance de la perfection infinie de Dieu que nous arrivons à connaître les différents degrés de perfection qui se trouvent dans les créatures. Sans la connaissance de Dieu, on ne pourrait pas dire qu’une créature est plus parfaite que telle autre, pourquoi elle est plus parfaite. Mais en connaissant Dieu, la perfection infinie, on reconnaît que la créature la plus parfaite est celle qui se rapproche le plus de la perfection de Dieu ; ainsi, nous disons que la pierre est la moins parfaite des créatures, parce qu’elle a moins de ressemblance avec Dieu, le seul trait de ressemblance qu’il y ait en elle est d’exister ; les arbres et les plantes ont plus de perfection, parce qu’ils ont non seulement l’être, mais un certain degré de vie, et qu’ainsi ils se rapprochent davantage de Dieu ; au-dessus des animaux, il y a l’homme, qui a l’être, la vie, qui est capable de connaître et d’aimer, il est beaucoup plus parfait parce qu’il ressemble plus à Dieu, qui est infiniment intelligence et amour ; l’ange est encore plus parfait parce qu’il est pur esprit, toute intelligence et tout amour, comme Dieu est pur esprit, toute intelligence et tout amour. Mais, sans la connaissance de Dieu, on ne pourrait pas connaître quelle est la créature la plus parfaite ; la plus parfaite serait la plus volumineuse, la bête la plus monstrueuse possible ; nous ne pouvons pas admettre cela ; la plus parfaite est celle qui se rapproche le plus de la perfection infinie de Dieu.
Servez-vous de ces connaissances-là et, quand vous aurez occasion de regarder dans les créatures, que cela vous serve pour penser au bon Dieu, grandir dans sa connaissance. Sainte Thérèse regardait une fleur, elle la trouvait belle et elle se disait : il faut que le bon Dieu soit bien beau, bien bon, pour avoir créé de si belles fleurs. Et plus elle regardait cette fleur, plus son âme s’élevait à Dieu ; elle s’élevait ainsi jusqu’au ravissement, à l’extase. C’est ainsi que, quand on aime le bon Dieu, avec de petites choses, on élève son âme à lui. Vous le chantez quelquefois : Élève-toi, mon âme, à Dieu ; c’est bien beau, cela. Élevez ainsi vos âmes vers le bon Dieu en le cherchant en tout, en voyant tout ce qu’il fait.
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Nous avons voulu réunir, dans un même article, toutes les preuves de l’existence de Dieu, telles que le père Emmanuel les donnait à ses filles, selon saint Thomas. Il avait excité en ces âmes un tel désir de la vérité qu’il était compris. Il y a là, sous une forme d’une extrême simplicité, des choses fort belles, comme celle-ci : que nous ne pouvons juger de la perfection relative d’un être que par rapport à la perfection absolue de Dieu.
Il manque la cinquième preuve de saint Thomas, celle qui déduit l’existence de Dieu de la Providence universelle. L’ordre qui existe et se maintient dans le monde suppose un ordonnateur et gouverneur souverain de toutes choses. L’homme, tout livré qu’il puisse être aux écarts de sa liberté, est contenu et ramené dans les limites d’un ordre qui s’impose à lui. Les impies eux-mêmes parlent, sans savoir ce qu’ils disent, de la justice immanente : par là, comme les païens, ils entendent une sorte de fatalité, mais une fatalité dans laquelle apparaît un ordre, une équité suprême qui corrige les déviations individuelles. Cet ordre intime et mystérieux, duquel résulte un équilibre moral, c’est la volonté de Dieu appliquée au gouvernement du monde, volonté qui, sous le voile des causes secondes, se fait sentir jusqu’au point d’être confessée par quiconque n’a pas l’esprit totalement perverti.
Ceci soit dit en complément des comptes rendus que nous avons : ce qui regarde la Providence nous fait défaut.
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[1] — Le père Emmanuel connaissait déjà les savants modernistes, d’après lesquels on ne peut arriver à la connaissance des choses, et surtout de la cause première.
[2] — Faux savants.
Informations
L'auteur
Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.
Le numéro

p. 136-144
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