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ÉDITORIAL

 

La formation et l’apostolat doctrinal

 

Les vrais disciples de Jésus sont zélés pour la doctrine

 

S'adressant à des juifs qui avaient cru en lui, après l’épisode de la femme adultère, Jésus dit : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples » (Jn 8, 31).

Ainsi, pour être vraiment disciples de Jésus, il faut « demeurer dans sa parole ». Mais que signifie cette expression ?

Saint Thomas d’Aquin nous l’explique dans son Commentaire de l’Évangile selon saint Jean : « demeurer dans la parole » de Jésus, signifie que nous ne devons pas croire d’une manière superficielle. Pour cela, trois choses sont exigées de nous :

1. — Nous devons avoir de la sollicitude pour apprendre, selon la parole de l’Apôtre saint Jacques : « Que tout homme soit prompt à écouter » (Jc 1, 19) et pour méditer la parole entendue : « Il méditera sa loi jour et nuit » (Ps 1, 2).

2. — Nous devons accueillir cette parole avec foi, selon la parole de saint Paul : « Que la foi se porte sur ce qu’on a entendu » (Rm 10, 17) et une foi vive, soutenue par un amour fervent de charité : « Sa volonté a été tendue vers la loi de son Dieu » (Ps 1, 2). Pour cela, n’hésitons pas à demander à Jésus de nous donner les dons du Saint-Esprit d’intelligence et de science : « Il leur ouvrit l’esprit, pour qu’ils comprennent les Écritures » (Lc 24, 45).

3. — Enfin nous devons persévérer avec constance dans cette attitude : « Que la sagesse est escarpée pour les sots ! Et l’homme sans intelligence ne s'y tiendra pas » (Si 6, 21). Saint Augustin dit que « ceux qui demeurent dans les paroles du Seigneur ne cèdent à aucune tentation [1] » de décourage­ment, en contraste avec ceux qui, nous dit l’Évangile, écoutaient Notre-Seigneur avec un enthousiasme passager : « Beaucoup de ses disci­ples se retirèrent et ne marchaient plus avec lui » (Jn 6, 67).

Bien sûr, tout cela nous demande un effort. Mais en retour, Jésus nous promet de magnifiques récompenses.

Elles sont exprimées dans la suite du discours de Jésus : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera » (Jn 8, 31-32).

C’est déjà un grand honneur d’être un vrai disciple de Jésus. Plus le maître est grand et plus on est honoré d’être son disciple.

Mais ce n’est pas la seule récompense de celui qui « demeure dans la parole » de Dieu. Il aura aussi le privilège de connaître la vérité.

Il connaîtra la vérité de l’enseignement de Jésus : « Moi, ce pour quoi je suis né et ce pour quoi je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 38).

Il  connaîtra la vérité de la grâce dont Jésus est la source : « La grâce et la vérité ont été données par Jésus-Christ » (Jn 1, 17). Cette grâce est notre vrai bien, tout le reste ne vaut rien en comparaison.

Il connaîtra pour finir la vérité de l’éternité dans laquelle demeure Jésus, et où il nous attend : « Éternellement, Seigneur, demeurent ta parole, ta vérité, de génération en génération » (Ps 118, 89).

Enfin celui qui demeure dans la parole de Jésus atteindra à la vraie liberté. Lisons le beau commentaire de saint Thomas d’Aquin :

Mais ce qu’il y a de plus grand, c’est l’acquisition de la liberté, que la connaissance de la vérité réalise chez ceux qui croient : « Et la vérité vous rendra libre. » […] Et cela, par rapport à trois choses : — la vérité de l’enseignement libérera d’une vie fausse : « Ma bouche méditera la vérité et mes lèvres détesteront l’iniquité » (Pr 8, 7) ; — la vérité de la grâce libérera de l’esclavage du péché : « La loi de l’Esprit de vie qui est dans le Christ Jésus me libérera de la loi du péché et de la mort »  (Rm 8, 2) ; — la vérité de l’éternité libérera de la corruption : « La création elle-même sera libérée de la servitude de la corruption » (Rm 8, 21).

Quel contraste avec notre monde moderne qui vit dans le mensonge et l’erreur quotidiennement répandus par les médias, et dans une licence effrénée, caricature de la vraie liberté, en réalité esclavage souvent honteux !

 

L’importance de la doctrine d’après les saints

Les saints se sont fait l’écho des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, insistant sur l’importance de l’étude de la doctrine chrétienne. Citons deux exemples. Le premier est extrait d’un des fameux catéchismes du saint Curé d’Ars, dont nous venons de fêter le 150e anniversaire de l’entrée au ciel :

Mes enfants, qu’est-ce qui nous a fait connaître notre religion ? Ce sont les instructions que nous avons entendues. Qu’est-ce qui nous donne l’horreur du péché, nous fait apercevoir la beauté de la vertu, nous inspire le désir du ciel ? Les instructions. Qu’est-ce qui fait connaître aux pères et aux mères les devoirs qu'ils ont à remplir envers leurs enfants ? Les instructions. Je crois, mes enfants, qu’une personne qui n’entend pas la parole de Dieu comme il faut, ne se sauvera pas ; elle ne saura pas ce qu'il faut faire pour cela. Mais avec une personne instruite, il y a toujours de la ressource. Elle a beau s’égarer dans toutes sortes de voies mauvaises, on peut toujours espé­rer qu’elle reviendra au bon Dieu, tôt ou tard, quand ce ne serait qu’à l’heure de la mort. Au lieu qu’une personne qui n’est pas instruite est là comme une personne languissante, comme un malade à l’agonie qui n’a plus connais­sance : elle ne connaît ni la grandeur du péché, ni la beauté de son âme, ni le prix de la vertu ; elle se traîne de péché en péché comme une guenille qu’on traîne dans la boue. Mes enfants, je pense souvent que le plus grand nombre des chrétiens qui se damnent, se damnent faute d’instruction... On entend mal la religion [2] !

Le deuxième exemple nous est fourni par saint Pie X, qui recherchait, il y a plus d’un siècle, les causes de la crise religieuse (le modernisme, enrayé quelque temps grâce à son énergique intervention, mais combien plus grave aujourd’hui). Il écrivait, dans une de ses premières encycliques :

Quiconque brûle encore du zèle de la gloire de Dieu recherche les causes de cette crise religieuse ; chacun indique la sienne, chacun aussi s'emploie suivant son opinion à défendre et restaurer sur cette terre le règne de Dieu. Pour nous, Vénérables Frères, sans nier les autres causes, Nous Nous rangeons de préférence à l'avis de ceux qui voient dans l'ignorance des choses divines la principale cause de la dépression actuelle, de la débilité des âmes et des maux très graves qui s'ensuivent. Ce sentiment s'accorde pleinement avec les paroles que Dieu lui-même met dans la bouche du prophète Osée: « Et la science de Dieu n'est plus sur la terre. Le blasphème, le mensonge, l'homicide, le vol, l'adultère ont débordé, et le sang a touché le sang. Aussi la terre pleurera, et tout homme qui l'habite sera sans force » (Os 4, 1sq). Qu'il y ait, en fait, à notre époque, de nombreux chrétiens qui ignorent complètement les vérités nécessaires au salut éternel, c'est ce dont on se plaint communément, plaintes, hélas! trop fondées [3].

 

L’importance spéciale de la doctrine aujourd’hui

Cette importance de la bonne doctrine, rappelée par le saint Curé d’Ars et saint Pie X, est encore accrue de nos jours. En effet, la crise que traverse l’Église est avant tout une crise doctrinale.

Pendant plus de quarante ans, les autorités romaines ont semblé l’ignorer. Mais aujourd’hui elles ressentent la nécessité d’aborder, avec les défenseurs de la Tradition, des discussions doctrinales. C’est un aveu de taille.

Face à cette crise doctrinale, reconnaissons que nous ne sommes pas, ou peu, armés. Quelle formation doctrinale avons-nous reçue ? Ne sommes- nous pas des nains par rapport à nos pères dans la foi ? Pensons à un saint Thomas d’Aquin, élevé depuis l’âge de cinq ans dans un monastère béné­dictin, nourri depuis son plus tendre âge de la meilleure doctrine, connais­sant par cœur le texte de la Bible et d’un grand nombre d’écrits de Pères de l’Église, alors que nous sommes souvent incapables d’expliquer correcte­ment un point élémentaire du catéchisme…

Notre ignorance doctrinale est grande et les erreurs qui circulent sont souvent subtiles. Pensons, par exemple, à l’erreur conciliaire sur la liberté religieuse. L’erreur est présentée de manière habile, au point qu’un grand nombre de catholiques, pourtant avertis, se sont laissés abuser.

Il ne faut pas pour autant exagérer la difficulté. L’erreur est compli­quée, mais la vérité est simple. Si l’on étudie avec bonne volonté, humilité et courage, se mettant à l’école du Docteur commun de l’Église, on peut déjouer les pièges de l’ennemi.

Il faut aussi tenir compte, comme le disait dom Guéranger, de ce qu’il y a une grâce attachée à la confession de la vérité. Nul doute que, si nous cherchons à défendre la bonne doctrine à une heure où elle a si peu de défenseurs, nous bénéficierons de grâces spéciales.

 

Le Sel de la terre, outil de formation doctrinale

Puisque la doctrine est si importante, et spécialement aujourd’hui, il faut prendre les moyens de se former doctrinalement, et aussi de faire un apostolat doctrinal. Le Sel de la terre est – sans prétendre à l’exclusivité – un moyen qui vous est proposé pour ce double but. Quelques extraits du courrier des lecteurs de ces derniers mois en font foi :

— Merci pour cette très bonne revue très intelligente et formatrice. Avec nos sincères salutations. — [Un prêtre :] Merci pour le Sel de la terre qui me sert d’étude théologi­que. — [Une maman et grand-mère :] Lorsque votre revue arrive, mon mari et moi-même n’avons de cesse que de la lire. Mais ce qui pour moi est plus important c’est que nous la laissons « traîner » bien en vue dans le salon et lorsque nos enfants passent, ils la voient et c’est : « Ah ! tu l’as reçue ? Je prends… », puis retour et nous recommençons, etc. Ce sont plutôt les garçons (30-40 ans) qui la lisent. Les mamans sont trop préoccupées par leurs responsabilités de maman, mais ça viendra ! Je ne cache pas que j’interpelle un peu : « Il y a un article page… très intéressant et qui recoupe celui de… », je vous assure que ça marche très bien. Ces jeunes hommes responsables travaillent comme des fous, souvent à l’autre bout du monde ; ils gèrent leur famille, l’éducation, avec sérieux et ils ont besoin de tous vos articles qui associent, confortent, expliquent, « alimentent » leur foi dans ce monde si difficile. Et même, si leur éducation ne leur a pas permis « d’être tombés dans la marmite », ils comprennent que vous êtes une référence solide et sûre. Le Bon Dieu les aidera à consolider leur cheminement. Je voulais vous raconter cela car il est nécessaire, je pense, que vous sachiez qu’il y a aussi des lecteurs intéressés et qui attendent vos articles. — Voici votre réabonnement en nous excusant de notre retard. Pour vous rassurer et vous conforter dans votre action, nous sommes de fidèles abon­nés pour vous soutenir mais avant tout pour vous lire et nous former, ce qu’assure avec excellence votre digne revue. Nous prierons ce soir pour vous. — J’en profite pour vous témoigner toute mon admiration devant la qualité de votre travail et de celui de vos auteurs et intervenants, qui fait du Sel de la terre une revue sans équivalent comme source d’instruction catholi­que. — Chaque numéro est attendu et apprécié. Nous vous assurons de notre confiance et de nos prières pour la poursuite et le succès de toutes vos œuvres (revue, écoles, etc.) surtout à ce moment, en cette époque de soumis­sion et de servitude à l’idéologie dominante, il est presque surprenant de voir subsister des îlots de liberté de parole et de pensée, de bon sens, de sainte philosophie, bref de « normalité ». Que Dieu vous aide à poursuivre… — Merci pour votre excellente revue Le Sel de la terre. Je la lis avec beau­coup de plaisir et de patience. Il me faut faire des recherches dans les dictionnaires, celui de philosophie en particulier, ainsi que mes vieux manuels. L’enseignement de la philosophie a bien changé. Même avec de bons manuels. Encore une façon de déstructurer le cerveau, déjà plein de vide chez certains élèves. Le travail est bien fait. Une masse qui « avalera » tout sans réfléchir : l’émotion, toujours l’émotion ! — Merci pour vos publications du « Sel de la terre » toujours si formatri­ces, reçues avec plaisir et intérêt et lues avec la plus grande attention. Je fais partie des lecteurs qui attendent avec impatience votre très bonne et sainte revue Le Sel de la terre, pour la lire et relire les numéros anciens, puisque je suis un abonné depuis le premier de 1992 ; pour moi, votre revue est un antidote au poison distillé goutte à goutte par « la Rome » moderniste et progressiste qui voudrait nous faire accroire que par la levée des soit-disant « excommunications » des quatre évêques de la FSSPX, tout est rentré dans l’ordre, que le pape actuel est un traditionaliste ; mais il n’y a rien de plus faux, c’est alors que Le Sel de la terre arrive à point nommé pour nous éviter de tomber dans la nasse. Aussi je suis très heureux de renouveler mon abonnement pour 2009. — En renouvelant notre abonnement au Sel de la terre, nous venons vous témoigner combien nous en apprécions la lecture […]. Merci de nous faire découvrir tant de sujets dont nous n’aurions pas connaissance par ailleurs et qui forment l’intelligence en rendant les choses si claires.

 

Concrètement, quelques idées :

 Un outil est utile quand on sait bien s’en servir. Le Sel de la terre n’est pas un magazine qu’on peut seulement feuilleter : pour en profiter, il est nécessaire de prendre le temps de le lire dans de bonnes conditions, de faire un effort d’abstraction (dans les deux sens du mot : de s’abstraire des distractions extérieures, et de chercher à abstraire [4] les idées contenues dans le texte lu) et de faire un effort de réflexion pour bien assimiler ce qui a été lu.

Par ailleurs, il peut être utile de se réunir avec quelques amis pour étudier ensemble tel ou tel article du Sel de la terre, ou une publication des éditions du Sel. Par exemple, l’étude systématique du Catéchisme catholique de la crise dans l’Église, de l’abbé Matthias Gaudron [5], peut être un excellent moyen de comprendre l’abîme qui sépare la Tradition des erreurs conci­liaires, et dans le même temps un moyen de revoir quelques points de notre catéchisme.

Enfin, il faut tâcher de faire profiter notre entourage de la bonne doctrine. Plusieurs moyens sont possibles :

— Faire abonner vos relations. Nous venons de refaire un bulletin d’abonnement, dont vous trouverez un exemplaire au début de ce numéro : n’hésitez pas à nous en demander plusieurs pour glisser dans votre courrier, distribuer à telle ou telle personne, etc.

— Faire connaître les éditions du Sel et leurs publications. Nous avons entrepris ce travail d’édition pour permettre une plus grande diffusion de la bonne doctrine. Certaines plaquettes sont faciles à proposer dans telle ou telle situation : l’étude sur l’acédie pourra aider l’un à retrouver le « moral », une plaquette du père Emmanuel aidera l’autre à découvrir une spiritualité profonde et simple, Une Année avec les saints servira de lecture spirituelle quotidienne à un troisième, une plaquette d’histoire intéressera un étudiant en histoire, sans parler des livres pour les jeunes, des études sur la crise dans l’Église, sur « Nos Maîtres », etc. Vous pouvez nous demander un catalogue ou consulter le site des éditions du Sel : http://seldelaterre.fr/

— Vous pouvez encore utiliser divers moyens pour faire connaître la revue : signaler à un prêtre tel ou tel article, organiser périodiquement une vente de la revue et des éditions du Sel (nous consulter auparavant), nous faire parvenir une liste de personnes à qui envoyer un numéro du Sel de la terre en propagande, écrire une recension ou une brève notice que vous proposerez à la publication dans tel ou tel bulletin, etc.

Cette étude et cet apostolat doctrinal portent sur un domaine religieux, et donc plus ou moins directement surnaturel : il convient pour en bien profiter de prendre aussi des moyens surnaturels, notamment la prière et la pénitence. Nous nous permettons de vous demander vos prières (en particulier à saint Thomas d'Aquin et au Cœur Immaculé de Marie à qui la revue est consacrée) en faveur de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, travaillent à la réalisation et à la diffusion du Sel de la terre et des publica­tions des éditions du Sel. N’oubliez pas aussi de vous associer à la sainte messe qui est célébrée, chaque premier mercredi du mois, en l’honneur de saint Thomas d'Aquin pour Le Sel de la terre et ses lecteurs.

 



 [1]  — Sermon 134 sur la sainte Écriture, ch. 2, 2 ; PL 38, 743.

[2]  — Abbé Monnin, L’Esprit du curé d’Ars, Téqui, 1975, p. 74.

[3]  — Saint Pie X, encyclique Acerbo nimis sur l’instruction chrétienne, 15 avril 1905.

[4]  — C’est ce travail d’abstraction de l’intelligible dans le sensible, le travail propre de l’intelligence, qui est rendu si difficile aujourd’hui par l’abus des moyens audiovisuels qui cour-circuitent le travail de l’intelligence par l’envahissement des images sensibles, et aussi par l’absence d’une formation sérieuse au collège (abandon quasi général des études classiques et notamment du latin).

[5]  — Actuellement épuisé, une 3e édition paraîtra prochainement.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 70

p. 1-7

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