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Mgr Lefebvre

et les communautés religieuses

 

par l’abbé Peter Scott

 

Ce texte de M. l’abbé Peter Scott est paru dans The Angelus, février 2009, p. 41-42. M. l’abbé Scott a été ordonné par Mgr Lefebvre en 1988. Après des affectations comme professeur de séminaire, Supérieur de District des États-Unis et Recteur du Séminaire de la Sainte Croix à Goulburn, en Australie, il est actuellement Proviseur de l’Académie de Notre-Dame du Mont-Carmel à Wilmot, en Ontario, au Canada. Ceux qui désirent des précisions peuvent envoyer leurs questions à Q & R in care of Angelus Press, 2915 Forest Ave., Kansas City, MO 64109, USA.

 

 Mgr Lefebvre considérait-il important d’associer les communautés religieuses du mouvement traditionaliste à ses sacres épiscopaux ?

Oui, sans aucun doute, comme il le manifesta dans son désir de confé­rer avec eux et de former un front commun dans les négociations qui précédèrent les sacres. Face à l’opposition croissante de Rome, il convoqua une réunion de tous les supérieurs des communautés traditionalistes, réunion qui eut lieu au Pointet, le 30 mai 1988. Là, il leur demanda leurs prières et leurs conseils, expliquant les difficultés avec Rome, à savoir que :

L’ambiance de ces contacts et de ces colloques, les réflexions des uns et des autres au cours des conversations, nous manifestent clairement que le désir du Saint-Siège est de nous rapprocher du Concile et de ses réformes, de nous remettre aussi dans le sein de l’Église conciliaire et des congréga­tions religieuses [1].

Il continua en expliquant que le vrai problème n’était pas la juridiction canonique mais plutôt celui de nous protéger de l’atmosphère empoison­née de Rome et des diocèses. De manière à nous fortifier et à nous proté­ger, il dit que nous devions créer une atmosphère et une manière de vivre véritablement catholiques et religieuses, autrement, il ne pourrait pas y avoir de résistance à la tentation de céder progressivement à l’esprit conci­liaire.

Le problème moral se pose donc pour nous : — faut-il prendre les risques de contacts avec ces milieux modernistes ? […] — ou faut-il, avant tout, préserver la famille traditionnelle pour maintenir sa cohésion et sa vigueur dans la foi et dans la grâce, considérant que le lien purement formel avec la Rome moderniste ne peut être mis en balance avec la protection de cette famille, qui représente ce qui demeure de la véritable Église catholique [2] ?

Tous furent d’accord avec cette conclusion évidente ; ainsi, deux jours plus tard, le 2 juin 1988, Mgr Lefebvre écrivit au Saint-Père, en expliquant sa détermination à sacrer des évêques, même sans permission :

Radicalement opposés à cette destruction de notre foi, et résolus à demeu­rer dans la doctrine et la discipline traditionnelles de l'Église, spécialement en ce qui concerne la formation sacerdotale et la vie religieuse, nous éprou­vons la nécessité absolue d'avoir des autorités ecclésiastiques qui épousent nos préoccupations et nous aident à nous prémunir contre l'esprit de Vatican II et l'esprit d'Assise [3].

Autant la fidélité des différentes communautés dominicaine, francis­caine et capucine, des carmélites et des prêtres de la Transfiguration, ainsi que des Bénédictins du Brésil, fut un grand réconfort pour le mouvement traditionaliste, autant la trahison de Dom Gérard, du Barroux, fut déplora­ble. En effet, quand Dom Gérard vint voir Mgr Lefebvre le 26 juillet 1988, l’Archevêque refusa de donner son accord au projet de reconnaissance séparée du monastère, refusant même de le voir après cette rencontre, dès lors que Dom Gérard lui avait caché ses lettres du 8 juillet au pape et au cardinal Ratzinger.

La sagesse de jugement de Mgr Lefebvre fut confirmée par le fait que, depuis ce jour fatal, le Monastère du Barroux a, non seulement embrassé les erreurs de Vatican II, mais est devenu un propagateur de sa liberté reli­gieuse. Cependant, ceci est peu surprenant vu la raison superficielle donnée par Dom Gérard d’accepter un accord avec Rome, une raison qui montrait qu’il n’avait pas compris le danger de « l’atmosphère empoison­née » dont l’Archevêque se méfiait tant.

Enfin la raison, peut-être déterminante, qui nous a inclinés à recevoir la levée de la suspense a divinis de nos prêtres relève d'un point de vue missionnaire : ne faut-il pas que le maximum de fidèles puissent assister à nos messes et à nos fêtes liturgiques sans être entravés par leurs aumôniers ou leur évêque [4] ?


[1]  — Abbé François Laisney, Archbishop Lefebvre and the Vatican, Dickinson, Angelus Press, 1989, p. 105.

[2]  — Abbé François Laisney, Archbishop Lefebvre and the Vatican, p. 106.

[3]  — Abbé François Laisney, Archbishop Lefebvre and the Vatican, p. 108.

[4]  — Déclaration de Dom Gérard, août 1988, in Abbé François Laisney, Archbishop Lefebvre and the Vatican, p. 200.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Peter Scott a été supérieur du District des États Unis d'Amérique .

Le numéro

Le Sel de la terre n° 70

p. 186-187

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