top of page

Villefranche,

fabuliste catholique

(1829-1904)

par Louis Medler

Le purgatoire des écrivains : c’est par cette image d’inspiration  religieuse que les critiques littéraires désignent couramment, à la suite de Pierre Gaxotte, la période de désaffection qui frappe parfois des écrivains ayant connu, auparavant, leur heure de gloire. Dans bien des cas, ce n’est que justice : l’œuvre médiocre, une fois passée de mode, tombe tout naturellement dans l’oubli. Mais de bons écrivains connaissent également ce purgatoire terrestre, surtout si leur œuvre dérange l’idéologie officielle. Nombre de talentueux auteurs catholiques ont été systématiquement oubliés par les éditeurs et restent confinés dans ce purgatoire des écrivains dont Le Sel de la terre veut contribuer à les faire sortir.

Le Sel de la terre.

 *


Le plus fabuleux des fabulistes français, Jean de La Fontaine, a   éclipsé tous les autres. Le public cultivé connaît à la rigueur   Florian (1755-1794), mais guère plus. On serait bien en peine si l’on devait non pas même réciter, mais seulement nommer une fable du père Philippe Barbe (père de la Doctrine chrétienne, 1723-1792), de l’abbé Reyre (ex-jésuite, 1735-1812) ou de Jacques Villefranche (1829-1904).

Ces trois auteurs méritent pourtant une place (avec d’autres) dans les fabliers des élèves de France. Point n’est besoin d’une longue démonstra­tion pour le prouver : il suffit de les citer. Voici donc, pour cette fois-ci, quelques fables de Jacques Villefranche, précédées d’une brève présenta­tion de leur sympathique auteur.

 

 

Jacques Villefranche, catholique militant

Né dans une belle famille de dix-sept enfants à Couzon (15 km au nord de Lyon), Jacques Villefranche aspire pendant toute son enfance à la vie religieuse. Petit séminariste à Argentières pendant sept ans, puis grand séminariste à Lyon pendant deux ans, il envisage d’entrer chez les jésuites, mais l’avis du maître des novices de la compagnie de Jésus, puis celui du curé d’Ars (qu’il va consulter en 1853) l’engagent à rester dans le monde.

Jacques Villefranche partage alors sa vie entre l’administration télégra­phique, dans laquelle il effectue sa carrière, et les travaux littéraires, souvent au service de l’Église. Marié en 1858, il devient également père de famille nombreuse (treize enfants [1]) et se dévoue activement au service des plus pauvres au sein de la Conférence de saint Vincent de Paul.

Villefranche touche un peu à tous les genres : la vulgarisation scientifi­que, l’histoire, le roman-feuilleton (Les deux orphelines, 1867), le roman historique (Virginia ou Rome sous Néron, 1869 [2]), le journalisme (il achète en 1876 Le Journal de l’Ain), la biographie (sa vie de Pie IX connaît un réel succès [3]), le poème épique (Le Siège de Frigolet, 1881), et bien sûr, c’est notre sujet, la fable.

C’est même par les fables que tout a commencé : dès 1853 – il a à peine 23 ans – Jacques Villefranche en publie un premier recueil qui attire l’attention des critiques. Le redouté Sainte-Beuve loue « les Fables de ce jeune écrivain » :

Elles ont de la grâce, de la verve, une remarquable variété de tons et de couleurs, une aimable philosophie [4].

Mais le critique athée n’apprécie pas trop l’orientation catholique du jeune fabuliste : on aimerait, ajoute-t-il, « que le souffle moderne passât plus souvent au travers de son inspiration ». A quoi Jacques Villefranche répondra nettement, dans la préface d’un autre recueil :

Le « souffle moderne » comme l’entendait Sainte-Beuve n’est point du tout mon fait, et ne le sera jamais, s’il plait à Dieu [5].

Et pour mieux manifester son opposition à tout libéralisme, fût-ce sous sa forme atténuée dite « catholicisme libéral », il tient à faire figurer le texte intégral du Syllabus en appendice de sa vie du pape Pie IX.

Les sectaires ne lui pardonneront jamais cet engagement contre-révolu­tionnaire. Ses fables seront parfois citées dans les manuels scolaires catho­liques, au moins jusque dans les années 1930, mais jamais au grand jamais – même les plus « neutres » d’entre elles – dans les manuels de l’« Éducation nationale ». On ne saurait s’en étonner lorsque l’on sait la féroce vigilance avec laquelle les sectaires pourchassaient à la fois le nom de Dieu [6] et les ouvrages des professeurs catholiques [7], frémissant d’horreur à la seule pensée qu’ils puissent « profaner » une enceinte laïque.

Les écoles catholiques ayant depuis longtemps la mauvaise habitude de copier les méthodes, les programmes et les manuels de l’enseignement officiel, le nom de Villefranche finit par disparaître aussi des manuels catholiques. Qui le connaît aujourd’hui ?

Voici donc, pour faire connaissance, quelques fables. Elles sont réparties en trois groupes : — Des continuations ou imitations des fables de La Fontaine. — Des fables plus originales, encourageant à l’une ou l’autre vertu. — Enfin, des fables proprement chrétiennes : quatre attaques contre les impies, et une invitation à la prière.

Nous nous contenterons de les faire suivre d’un bref commentaire.

 

Dans la lignée de La Fontaine

L’écrevisse et le renard

 

Les animaux, dit-on, comme nous, même mieux

Des fables du Bonhomme [8] ont gardé la mémoire ;

Je le crois bien : ces récits précieux,

C’est leur grand livre, leur histoire.

 

Un soir, à la veillée, un renard racontait

Le Lièvre et la Tortue [9], et le drôle ajoutait

Avec force lazzis qui faisaient beaucoup rire :

– Ce lièvre, en résumé, c’était un pauvre sire :

Bon pied, bon œil, mais cervelle en retard.

Ah ! ce n’est pas capitaine renard

Qu’on eût berné dans un semblable rôle !

L’écrevisse prit la parole :

– Or sus, capitaine renard,

Renard, le beau conteur voudrait-il par hasard

Tenir même pari ? – C’est selon, ma commère :

Contre qui le tenir ? – Contre moi ! – Contre vous !

Vous, l’écrevisse ! – Eh oui, moi-même. Devant tous,

Je vous défie à la course, compère.

Je parle pour de bon et voici mon enjeu.

– Mais, pauvrette, j’aurais honte de ma victoire !

– Ayez honte plutôt de reculer au jeu !

– Eh bien, j’accepte. A quand ce triomphe sans gloire ?

– A demain, sans délai. – Soit, à demain, c’est dit.

 

On pense bien que la gent animale

Sur le terrain de la lutte inégale

Le lendemain en foule se rendit.

Le champ fut mesuré d’une manière exacte

Et des conditions un chat griffonna l’acte ;

Puis chacun fit silence au signal du départ.

En ce moment, la friponne écrevisse

Derrière son rival adroitement se glisse,

Se cramponne à sa queue... et voilà le renard

Qui part des quatre pieds sans le moindre retard.

Mais lorsqu’il fut au bout de la carrière,

Trop sûr de vaincre, il cède à la démangeaison

De placer un bon mot, bon mot hors de saison ;

Il se retourne et regarde en arrière.

Fine, écrevisse, à petits pas

Descend de sa monture et met sa longue pince

Droit sur le but, pendant qu’il s’exclame : – Eh là-bas!

Où donc est ma vaillante ? On ne l’aperçoit pas.

Reposez-vous, ma mie, allons je suis bon prince !

– Me voici, dit la dame; et sans trop me lasser,

Toute prête à recommencer. Payez, payez, mon capitaine!

Il voulut contester ; il dit ceci, cela.

 (Jamais sans contester un renard ne solda.)

Mais son éloquence fut vaine,

L’assemblée en riant convint qu’il avait tort,

Et que le plus adroit souvent bat le plus fort.

(Le Fabuliste chrétien III, 6.)

Le renard, qui est ordinairement le plus rusé des animaux – dans La Fontaine comme dans la tradition médiévale –, a ici trouvé son maître. Mais à part l’avertissement aux moqueurs et à ceux qui se croient habiles (à malin, malin et demi), la fable ne contient pas de leçon morale particu­lière. L’auteur semble surtout avoir voulu donner une suite plaisante à une fable de La Fontaine. Dans d’autres cas, en revanche, il s’agit, bel et bien de corriger La Fontaine.

 

La fourmi et l’abeille

 

La cigale et la fourmi

Vivent dans votre mémoire.

Écoutez, mon jeune ami,

La suite de leur histoire.

 

Certain faisan ennemi

Vint attaquer la fourmi ;

En moins d’un tiers de journée,

Ces greniers si bien construits,

Tous les travaux de l’année

Furent pillés et détruits.

La pauvrette ruinée

A son tour dut emprunter.

Elle s’en vint répéter

A la porte d’une abeille :

– Je rendrai, foi d’animal

Intérêt et principal.

– Connu ! La formule est vieille,

Interrompit notre abeille.

C’est celle dont se servit

La cigale en sa requête.

La fourmi baissa la tête.

Et l’abeille poursuivit :

– Qu’est-il besoin qu’on vous prête ?

Eh ! pratiquez la recette

Que vous enseignez si bien.

Vous avez faim? Ce n’est rien ;

Faites une pirouette,

Dînez d’une mazurka

Et soupez d’une polka.

La fourmi partait, muette ;

L’autre alors, d’un ton plus doux

La rappela : – Calmez-vous ;

Il ne faut pas que j’imite

Ce dont je vous blâme ici ;

Entrez chez moi, ma petite,

Vous y trouverez aussi

La malheureuse cigale.

Vivez ensemble à loisir :

Tout ce que je vois souffrir

Mérite assistance égale.

(Le Fabuliste chrétien II, 1.)

 

Dans La Cigale et la Fourmi, La Fontaine, comme Ésope, entendait mettre en garde contre l’imprévoyance. A la suite de Jean-Jacques Rous­seau, certains lecteurs crurent cependant y trouver un éloge de la dureté de cœur et de l’insensibilité. Laurent Jussieu (neveu du célèbre naturaliste) donna à la fable de La Fontaine une suite édifiante qu’il fit paraître en 1829 sous le titre L’Abeille et la Fourmi [10]. Villefranche s’en est visiblement inspiré ici. En d’autres fables, Villefranche n’hésitera pas à inverser totalement la leçon donnée par La Fontaine. Alors que le poète classique vante l’opportunisme et une habileté très terrestre dans La Chauve-souris et les deux Belettes (« Le Sage dit, selon les gens : "Vive le Roi, vive la Ligue" [11] »), Villefranche imagine un tout autre dénouement :

 

[Les deux belligérants, quand la guerre est finie]

Causent guerre, guerriers, enfin chauve-souris.

– Eh quoi, se dirent-ils, également surpris,

Cet animal n’avait amour ni haine ?

Il trompait les deux camps ! Ah traître, qu’on l’amène !

[…] Elle fut mise au ban de la gent animale ;

Chacun la tint pour fourbe et déloyale

Et dut lui courir sus, quelque part qu’il la vît. […]

Depuis lors, notre volatile

Versatile

N’ose plus sortir que la nuit ;

Encore ne l’ose-t-il que tout seul et sans bruit.

Conclusion : Mieux vaut être honnête qu’habile. »

(Le Fabuliste chrétien VII, 5.)

 

Le nez et les lunettes

 

On m’a conté que le nez se lassa

De servir de siège aux lunettes.

« C’est pour les yeux que ces dames sont faites ;

Je n’en veux plus ! » Il dit et les laissa

Glisser et se briser par terre.

Tout fin qu’il est, il ne se doutait pas

Qu’on a besoin l’un de l’autre ici-bas ;

Mais il l’apprit dans cette sotte affaire.

Les yeux, guide autrefois si sûr,

Le menèrent tout droit s’aplatir contre un mur.

 

 (Le Fabuliste chrétien II, 19.)

 

On a besoin l’un de l’autre ici-bas : cette fable rappelle l’apologue des membres et de l’estomac (développé par La Fontaine dans ses Fables, III, 2) et l’enseignement de saint Paul sur les divers membres du corps (2 Co 12). Elle éclaire la notion de privilège. Un privilège, s’il est juste, déroge certes au droit commun, mais vise tout de même le bien commun de la société (et non le seul bien particulier de celui qui en bénéficie). Vouloir supprimer par principe les inégalités, les discriminations et les privilèges, c’est nuire à l’ensemble.

 

L’écureuil et le renard

 

Le nez au vent, l’œil vif, l’oreille et la queue hautes,

Un écureuil jouait sur un antique ormeau

Dont ses premiers aïeux avaient été les hôtes.

C’était plaisir de voir le quadrupède oiseau

Courir, sauter, voler de place en place,

Puis s’asseoir, pour polir le bout de son museau

Qu’il caressait d’un geste plein de grâce ;

Puis grimper au plus haut, puis soudain s’élancer,

Retomber sur sa queue, et, pendu par la patte,

D’ici, de là, se balancer.

Un renard l’aperçut et vite d’avancer.

– Oh ! se disait tout bas la bête scélérate,

Tout en poussant vers lui des soupirs dont l’objet

N’était pas, selon moi, sa charmante figure,

Oh ! si la patte te manquait !

Mais la patte jouait toujours adroite et sûre,

Et le jeu semblait de nature

A fatiguer le spectateur.

Le galant crut devoir se faire acteur,

Pour mettre fin à l’aventure.

Il se découvre donc, et d’un air ébahi :

– Eh ! c’est vous ! quel bonheur de vous voir aujourd’hui !

Le ciel à qui je viens de faire ma prière

Ne pouvait offrir mieux à mon œil ébloui.

Quels pieds mignons ! Quelle course légère !

Vous portez dignement le beau nom d’écureuil.

Pourtant, pardonnez-moi, je suis franc : votre père

(Veuille le ciel avoir ce cher confrère

Qu’ont pleuré nos forêts, dont il était l’orgueil !)

Votre père faisait mieux qu’on ne vous voit faire.

Voyez-vous ce gros pin ? Sans peine il y sautait.

A ces mots, l’écureuil, comme un sot qu’il était,

Prend son élan, bondit, zest... et change de gîte.

– Bravo ! dit le renard, mais il sautait ensuite

Sur le grand sapin que voilà.

Le saut était plus fort, cependant on sauta,

Et le héros se dressant dans sa gloire,

Parut cambré sur le sapin,

Comme un triomphateur romain

Debout sur son char de victoire.

– De mieux en mieux, mon brave ! Allons, plus qu’un effort

Et vous nous consolez de votre père mort !

Il vous coûtera peu d’aller sur cet érable,

Ce n’est qu’un saut de plus. » Cette fois l’écureuil,

Sans bouger, mesurait la distance de l’œil :

Elle lui semblait effroyable.

« Eh quoi ! vous hésitez ! criait le séducteur ;

Je commence à penser que vous manquez de cœur ;

– Non, je n’en manque point ! » Et zest… le pauvre diable

Tombe ; sur lui s’abat la griffe impitoyable

Du renard, qui lui dit : « De plus rusés que toi

Se sont pris aux appas d’un compliment perfide ;

Allons, mon bon sauteur, viens apprendre chez moi

Où la vanité peut mener ceux qu’elle guide. »

(Le Fabuliste chrétien III, 1.)

 

C’est Le Corbeau et le Renard, en plus tragique : le vaniteux n’est pas seulement ridiculisé (honteux et confus) mais bel et bien mangé. Le flatteur a d’ailleurs mené son approche de façon nettement plus habile : il a atta­qué sa victime sur son terrain de prédilection (l’agilité) et l’a mise en confiance avant de l’entraîner au piège mortel. — Les qualités naturelles sont parfois plus dangereuses que les défauts eux-mêmes.

 

Le renard et les poulets

 

« Petits poulets, venez à moi !

Criait d’une voix famélique

Un vieux renard paralytique ;

Fiez-vous à ma bonne foi ;

Lorsque sur mon cœur je vous presse,

Mon cœur déborde de tendresse ;

Petits poulets, venez à moi.

Je vous aime, je vous préfère

A tous les trésors de la terre ;

Aimer les poulets, c’est ma loi.

Je vous donnerai la science,

Le bonheur et l’indépendance ;

Petits poulets, venez à moi ! »

 

Les poulets accouraient en foule.

– Arrêtez, dit la mère poule ;

Il vous aime pour vous manger ;

Enfants, gardez-vous de bouger !

 

La bande alors tremble et recule.

– Cette frayeur est ridicule.

Comment donc ? s’écrie un poulet,

Chacun a l’air de ce qu’il est !

Moi, l’on ne me fera point croire

Qu’un animal aux yeux si doux,

Au parler si tendre pour nous,

Puisse avoir une âme aussi noire ;

Donc, vers lui je porte mes pas.

Il partit, mais ne revint pas.

 

Que de renards, menteurs infâmes,

Tendent des pièges à nos âmes ?

Renards, nos folles passions ;

Renard, le démon hypocrite

Qui vient, dans nos tentations,

Nous flatter pour nous perdre ensuite.

(Le Fabuliste chrétien II, 18.)

 

L’inexpérience du poulet (Chacun a l’air de ce qu’il est ! Moi, l’on ne me fera point croire Qu’un animal aux yeux si doux, Au parler si tendre pour nous Puisse avoir une âme aussi noire) rappelle irrésistiblement celle du souriceau face au chat, et l’avertissement de sa mère (Garde-toi, tant que tu vivras, de juger les gens sur la mine [12]). Mais la fable prend ici une tonalité nettement chrétienne : la promesse du renard est très clairement l’écho de celle du Serpent (Je vous donnerai la science, le bonheur et l’indépendance). C’est toujours, d’ailleurs, celle du monde moderne.

 

 

Autres fables à visée morale

 

Le poulain et les mouches

 

Un poulain, comme un prince escorté de flatteurs,

Marchait, environné d’un tourbillon de mouches,

Et disait, en prenant des airs triomphateurs :

Ces insectes parfois timides et farouches

Je les fascine, moi ; leurs essaims bourdonnants

M’accompagnent partout, me font de la musique

Et, pour mieux m’approcher, se collent à mes flancs.

Un vieux cheval lui dit : Amitié de moustique !

Ils s’attachent à nous pour vivre à nos dépens.

 

(Le Fabuliste chrétien II, 17.)

 

Un trait que La Fontaine, poète de cour, n’aurait pu se permettre !

 

L’enfant et l’écho

 

Fanfan, l’ingénuité même,

Entendant un écho pour la première fois,

Le prit pour un enfant criant du fond d’un bois.

Aussitôt de le voir son désir fut extrême :

« Qui donc es-tu ? » L’écho l’interroge de même.

« C’est moi, répond Fanfan.– C’est moi, redit la voix.»

Et le dialogue s’engage :

– Viens ici. –Viens ici. – Nous jouerons. – Nous jouerons.

– Sot ! – Sot ! – Attends ! – Attends ! – Nous verrons ! – Nous verrons !

Et Fanfan, dépité, de fouiller le bocage,

Criant tout ce qu’il sait des gros mots de son âge.

L’écho, sans s’émouvoir, comme on le pense bien,

Lui renvoyait le tout du ton le plus sonore.

L’enfant entend, regarde, entend, regarde encore ;

Et que voit-il ? Il ne voit rien.

Il distingue en courant un pas semblable au sien ;

Il se tourne, il cherche, il se baisse :

Et que trouve-t-il ? Encor rien.

Il se relève et sur ses pieds se dresse :

Rien, rien toujours, et toujours rien.

Enfin, n’en pouvant plus, essoufflé, tout en nage,

Il appelle sa mère, et, trépignant de rage,

Lui raconte comment un sot petit garçon

S’est, pour l’injurier, caché dans un buisson.

– Ce sot petit garçon, lui répondit la mère,

C’est toi, mon fils, oui, toi ; je te suivais des yeux ;

Tu dictais à l’écho des mots injurieux.

N’accuse donc que toi de ta grande colère :

Pourquoi n’as-tu pas parlé mieux ?

Va maintenant, dis-lui des paroles aimables,

Tu l’entendras soudain t’en dire de semblables ;

Mais de cette leçon ne sois point oublieux :

Lorsque nous nous plaignons des procédés des autres,

Ils ne sont trop souvent que les échos des nôtres.

(Le Fabuliste chrétien III, 5.)

 

Le principe moral Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse reçoit déjà sa sanction ici-bas comme par une sorte de justice imma­nente. — Florian développe la même idée dans L’Enfant et le miroir [13].

 

Le singe faiseur de grimaces

 

Certain singe, très fort dans l’art de la grimace,

Derrière les bossus haussait le dos comme eux,

Boitait derrière les boiteux,

Puis leur tirait la langue en face ;

Et si quelqu’un louchait, vite notre Paillasse

Venait le regarder avec des yeux tournés

Accompagnés d’un pied de nez.

– Montrez-moi, disait-il, quelqu’un que je n’imite !

– C’est vrai, lui dit un chien, honneur à ton mérite !

Mais, mon pauvre Paillasse, avant de t’en vanter,

Montre-moi donc quelqu’un qui te veuille imiter !

 

 (Le Fabuliste chrétien III, 15.)

 

Qui fait rire aux dépens des autres ne se fait jamais estimer.

 

Les deux socs de charrue

 

Un soc était si net, si luisant, qu’à le voir

Vous l’eussiez pris volontiers pour miroir.

Un autre se plaignait d’être rongé de rouille

Et demandait pourquoi. – Pourquoi ? dit le premier,

C’est que tu ne fais rien, quand tout le jour je fouille.

Pour m’empêcher de me rouiller,

Je ne sais qu’un secret, mais un bon : travailler.

 

 (Le Fabuliste chrétien IV, 13.)

 

Cette attaque contre la paresse est suivie d’une deuxième, plus subtile et plus profonde :

 

L’enfant, les chenilles et l’arbre

 

Pour cadeau de nouvelle année

Un jeune enfant reçut un beau prunier

Dont on le déclara maître et seul jardinier.

Il en eut tout d’abord la tête un peu tournée :

Quel bonheur, pensait-il, de récolter mes fruits !

Je donnerai les premiers mûrs, et puis

Je m’en ferai marchand.

J’en vais vendre à ma mère

Pour des baisers et des joujoux,

Pour des histoires à mon père.

Il battit des deux mains quand le temps fut plus doux

Et qu’il vit bourgeonner l’arbre par tous les bouts.

Mais le père indiqua certaines perles blanches,

Formant comme un étui collant aux jeunes branches,

Et certains bourrelets serrés, tout cotonneux.

« Qu’est-ce donc que cela, papa ? – Ce sont des œufs.

Mon enfant, prends garde aux chenilles !

–  Bah ! répondit l’enfant, ces petits œufs mignons

Ne produiront jamais de bien grosses familles.

L’arbre n’en a pas peur ! – Alors, soit, attendons ;

Mais souvent un grand mal sort d’un rien qu’on néglige,

Prends garde aux chenilles, te dis-je ! »

Chacun des bourrelets bientôt se dilata ;

Ce fut comme un tissu de toile d’araignée

Où fourmillait déjà la rampante lignée ;

Et le père appela son fils et répéta :

« Prends garde, mon enfant, prends garde ! Ta paresse

Te jouera mauvais tour. – Mais, papa, rien ne presse,

Puisqu’elles sont encor toutes dans leurs réseaux :

Deux, quatre, six, huit nids... En huit coups de ciseaux

Je vous les jette à bas ; ce qu’on verra, j’espère,

Demain, dès le matin. – Demain ? reprit le père ;

Pourquoi pas aujourd’hui ? – Parce que je sais bien

Que d’ici-là, cher père, il n’arrivera rien. »

Il arriva pourtant qu’il eut une visite,

Et que, de jeux en jeux, le temps passa si vite

Qu’on en oublia l’arbre. Un jour plus tard, le soir,

Il y songe, il y court. Quel spectacle ! Il put voir

Les chenilles partout courir éparpillées,

Les rameaux envahis et les feuilles pillées !

Il coupa bien un bout de branche ou deux,

Mais il aurait fallu tailler jusques au faîte,

Et puis cela sentait… et c’était si hideux

Que le cœur lui manqua. La récolte était faite.

Pas un fruit ne parvint jusqu’à maturité.

Les feuilles même à jour furent rongées ;

Et sur l’arbre déchiqueté,

En autant de filets elles semblaient changées.

Le petit négligent pleura, pleura beaucoup ;

Mais il se jura, pour le coup,

De corriger sa honteuse paresse.

L’histoire du prunier lui revenait sans cesse

Et lorsqu’il laissait voir parfois, en grandissant,

Mollesse, ou gourmandise, ou colère, ou mensonge,

Ou tel de ces défauts qui, petits en naissant,

Vous rongent un beau jour le cœur, si l’on n’y songe,

Vite il se corrigeait, rien que sur cet avis :

Prends garde aux chenilles, mon fils !

 

(Le Fabuliste chrétien IV, 14.)

 

La morale est placée au cœur même de la fable : Mais souvent un grand mal sort d’un rien qu’on néglige. — Combien d’hommes ne prennent cons­cience de la nécessité de lutter contre leurs défauts qu’une fois arrivés à l’âge mûr ! Ils gémissent alors de n’avoir pas entendu plus souvent de leurs parents l’avertissement salutaire : Prends garde aux chenilles, mon fils !

 

Le chasseur et son chien

 

« Tayaut, Tayaut ! Attrape, attrape ! »

C’est ainsi qu’un matin on entendait crier

Un chasseur envoyant son chien dans un hallier

D’où sort un lièvre qui s’échappe.

« Cherche bien, cherche encor, cherche, mon bon Tayaut ! »

Le chien trouve la piste et s’élance aussitôt,

Nez par terre, aboyant, frétillant de la queue,

Trouant buisson, sautant ruisseau;

Se déchirant patte et museau :

Il fait ainsi plus d’une lieue.

Enfin, son lièvre, il le tenait,

Il venait de l’étrangler net

Et triomphant, hurlant de joie,

S’apprêtait à se régaler ;

Mais voici le chasseur : « Tayaut, lâche la proie !

A bas, gourmand, à bas ! » Cravache de siffler

Et, hurlant de douleur, Tayaut de détaler.

 

Pauvres humains, c’est bien là notre histoire !

Se dit un laboureur qui les considérait.

Ainsi par monts, par vaux, sans aucun temps d’arrêt,

Nous poursuivons la fortune ou la gloire ;

Puis, de tant de travaux quand nous sommes au bout,

La mort arrive et nous prend tout.

(Le Fabuliste chrétien VI, 19.)

 

Nous voici arrivés, avec cette leçon sur la mort, au seuil du christia­nisme. — Parmi les fables explicitement chrétiennes de Villefranche, voici quatre charges contre les impies, puis un encouragement à la prière.

 

 

Contre les impies

 

L’huître incrédule

 

Collée à son rocher, une huître discutait

Avec un crabe, animal amphibie.

(L’huître est presque toujours forte en philosophie.)

Comme absurde elle rejetait

Ce que l’autre lui racontait

Du monde aérien étendu sur leurs têtes.

– Bah ! vous nous contez des sornettes,

Avec cet autre monde invisible aux poissons.

L’homme ? Pure chimère !… et les oiseaux ? Chansons !…

Parlez-moi maquereaux, sardines ou crevettes ;

Cela, c’est la nature observable, et j’y crois ;

Mais le surnaturel n’est point scientifique,

Tel est le dernier mot de la haute critique.

Je suis positiviste et crois ce que je vois…

Elle en eût dit bien plus encore

Sans un grappin de fer qui, plongeant sous les eaux,

Vint décrocher du roc la savante pécore.

Un gros Anglais, friand de tels morceaux,

Vous lui prouva d’une façon sommaire

Que l’homme, hélas ! n’est pas une chimère.

 

N’ayant sous leur scalpel ou sous leurs yeux de chair

Trouvé l’âme ni Dieu, le diable ni l’enfer,

Certains docteurs biffent tous ces chapitres.

Ces docteurs-là sont des autorités...

Oui, dans leurs spécialités ; 

Là, je les choisirais moi-même pour arbitres ;

Mais s’agit-il des saintes vérités ?

Ils raisonnent comme des huîtres.

(Le Fabuliste chrétien III, 20.)

 

 

Les huîtres, qui paraissent privées de cerveau et de la plupart des sens, doivent être regardées, selon Buffon, « comme des demi-animaux, comme des êtres qui font la nuance entre les animaux et les végétaux ». On peut faire la comparaison avec l’homme, intermédiaire entre la bête et l’ange (à la fois au sommet de la hiérarchie animale et au dernier rang des natures douées d’intelligence). Comme l’huître collée à son rocher, l’homme est naturellement incapable d’expérimenter ce qui dépasse le monde sensible. Il doit tirer humilité de cet état, au lieu de prétendre, avec l’huître de la fable, presque toujours forte en philosophie, que rien n’existe au-delà de ses sens.

 

L’enfant sur l’épaule de son père

 

– Oui, certes, je suis un géant,

S’écriait un petit enfant

Que son papa portait sur son épaule ;

Je suis grand comme Atlas qui soutenait le pôle,

Je suis plus grand que toi, papa ! 

Le papa mit l’enfant par terre

Et du coup vous le détrompa.

 

Quand, sur les travaux de nos pères

Je vois tant de savants, d’industriels hissés

Se proclamer entr’eux « le Siècle des lumières »

Et faire fi des temps passés :

– Ah ! dis-je, bonnes gens, comme il vous ferait taire

Ce passé, s’il pouvait vous déposer par terre !

 

(Le Fabuliste chrétien VII, 6.)

 

Le père Barbe avait publié, en 1770, la courte fable suivante : « Un enfant s’admirait, placé sur une table. – Je suis grand, disait-il. Quelqu’un lui répondit : – Descendez, vous serez petit. Quel est l’objet de cette Fable ? Le riche qui s’enorgueillit [14]. » Villefranche améliore la conclusion. Il ne s’en prend plus seulement à l’orgueil du riche, mais à celui du monde moderne, qui refuse de recon­naître sa dette envers ses devanciers. Il illustre en fable le mot de Bernard de Chartres, au 12e siècle : « Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants (nani gigan­tium humeris insidentes[15]. »

 

Le singe et la colombe

 

Une colombe toute blanche

Au sommet d’un hêtre perchait,

A l’extrémité d’une branche

Qui sur un abîme penchait.

Un gros singe armé d’une hache

Grimpa si haut qu’il put vers elle et, furieux,

Se mit à frapper sans relâche

Ce vert rameau qui les portait tous deux.

 

– Que faites-vous ? dit la colombe,

Ce que vous ébranlez est votre unique appui.

Si par malheur, le rameau tombe,

Bûcheron insensé, vous tombez avec lui.

 

– Moi, répond le singe avec rage,

C’est à toi, c’est à toi, colombe, que j’en veux !

Ton renom d’innocence est pour tous un outrage !

Ton roucoulement doucereux

M’empêche de dormir. Au gouffre, ce feuillage

Qui cache en ses replis tes complots ténébreux !

 

Il redouble, à ces mots, les efforts de sa haine

Et le rameau craque et se rompt ;

Or l’animal pervers qu’en sa chute il entraîne

Avec lui roule jusqu’au fond.

Mais la colombe, ouvrant son aile,

S’échappa dans les airs, paisible et sans effort,

Et le singe, élevant vers elle

Son œil déjà voilé des ombres de la mort,

La vit planer là-haut vers la voûte éternelle.

 

Combien de fois, depuis dix-neuf cents ans,

De l’Église du Christ les rameaux bienfaisants

Ont été mutilés par des mains criminelles !

Hardis persécuteurs, les plus forts des humains,

Frappez, frappez encor : la hache est dans vos mains ;

Mais vous verrez un jour que l’Église a des ailes.

(Le Fabuliste chrétien VII, 23.)

 

Les persécutions peuvent affaiblir l’Église, voire la contraindre à s’exiler d’un pays, mais jamais la tuer. En revanche, les chefs d’État persécuteurs détruisent leur propre pays, et, souvent, leur propre pouvoir. — Bien qu’inférieure à plusieurs autres (au moins par son rythme), cette fable connut un succès international à cause de son actualité : cent trente huit concurrents participèrent à un concours organisé par la revue l’Unita Catholica pour la traduire en vers italiens (le jury était composé de trois professeurs de l’Université de Milan). Elle fut également traduite en vers latins par un ecclésiastique, et en polonais par le comte de Baworoski [16].

 

L’écolier et le libre-penseur

 

Dieu, Dieu seul est partout, dans l’espace et les âges ;

Il remplit à la fois et contient ses ouvrages.

 

Un écolier faisait tout bas

Sa prière avant le repas.

Un voisin se permit d’en rire :

– Mon enfant, mange et bois, mais Dieu ne t’entend pas.

Où donc est-il, ton Dieu ? Si tu peux me le dire,

Je te donne cet ananas...

 

– Moi, répliqua l’enfant avec un fin sourire,

Je vous en donne cent si vous pouvez me dire

Où Dieu n’est pas.

(Le Fabuliste chrétien III, 4.)

 

Le mot rappelle un vieux proverbe lyonnais : « A qui demande : Si Dieu existe, d’où vient le mal ?, il faut répondre : Si Dieu n’existe pas, d’où vient le bien ? ». — Mais cette fable invite aussi à la contemplation de ce grand Dieu qui remplit à la fois et contient ses ouvrages.

 

 

Invitation à la prière

 

L’alouette

 

Le jour vient de paraître. Écoutez l’alouette ;

Elle monte, elle monte et de sa chansonnette

Va saluer d’abord le soleil dans les cieux ;

Ensuite elle revient picorer sur la terre.

 

Ainsi l’enfant pieux

Commence sa journée en faisant sa prière.

 (Le Fabuliste chrétien I, 19.)

 

Laudat alauda Deum (l’alouette loue Dieu) : jeu de mots latin utilisé dans divers dictons [17]. Villefranche reprend un thème bien connu, mais il le traite avec beaucoup de grâce et de légèreté. — Cette aimable invitation à la prière mérite bien de clore cet article.

 *

 



 [1]  — Un de ses fils, Gustave, deviendra jésuite, tandis que la petite dernière, Hélène (1879-1951), fondera les Auxiliaires du Cœur de Jésus.

[2]  — Ouvrage réédité plus tard sous le titre Cinéas ou le monde sous Néron (1895).

[3]  — Cette biographie connaît seize éditions en treize ans. Elle a été traduite en polonais.

[4]  — Sainte-Beuve, lettre à A. Petetin, directeur de l’imprimerie impériale, avril 1861.

[5]  — Jacques Villefranche, Le Fabuliste chrétien, Lyon, Briday, 1880 [5e éd.], p. 9. (Cet ouvrage, qui reprend et complète le recueil de 1853, connut sept éditions entre 1875 et 1883.)

[6]  — La Fontaine lui-même était censuré par les maîtres de l’école athée, qui ne supportaient pas qu’on fasse réciter à un enfant : Petit poisson deviendra grand / Pourvu que Dieu lui prête vie. Certains n’hésitèrent pas à saboter le rythme du vers, exigeant que les enfants apprennent : Petit poisson deviendra grand / Si la nature lui prête vie.

[7]  — La grammaire latine Petitmangin (qui n’avait pourtant rien d’explicitement catholique, ni de réactionnaire) était ainsi bannie des salles de classe de l’enseignement public. Ladite grammaire était signée avec la plus grande discrétion « H. Petitmangin », et rien n’indiquait que son auteur était en réalité l’abbé Henri Petitmangin. Mais les sectaires le savaient et ne pouvaient supporter qu’un prêtre pénétrât ainsi dans leurs classes…

[8]  — Le Bonhomme : c’est ainsi que ses contemporains appelaient La Fontaine.

[9]  — La Fontaine, Fables, VI, 10.

[10] — « À jeun, le corps tout transi, / Et pour cause, / Un jour d’hiver la fourmi, / Près d’une ruche bien close, / Rôdait, pleine de souci / Une abeille vigilante / L’aperçoit et se présente. / « Que viens-tu chercher ici ? » / Lui dit-elle. – « Hélas ! ma chère », / Répond la pauvre fourmi, / « Ne soyez pas en colère : / Le faisan, mon ennemi, / A détruit ma fourmilière ; / Mon magasin est tari ; / Tous mes parents ont péri / De faim, de froid, de misère. / J’allais succomber aussi, / Quand du palais que voici / L’aspect m’a donné courage. / Je le savais bien garni : De ce bon miel, votre ouvrage ; / J’ai fait effort, j’ai fini / Par arriver sans dommage. / Oh ! me suis-je dit, ma sœur / Est fille laborieuse ; / Elle est riche et généreuse ; / Elle plaindra mon malheur. / Oui, tout mon espoir repose / Dans la bonté de son cœur. / Je demande peu de chose ; / Mais j’ai faim, j’ai froid, ma sœur ! / – Oh ! oh ! répondit l’abeille, / Vous discourez à merveille. /Mais vers la fin de l’été, / La cigale m’a conté / Que vous aviez rejeté / Une demande pareille. / – Quoi ! vous savez ? – Mon Dieu, oui, / La cigale est mon amie. / Que feriez-vous, je vous prie, / Si, comme vous, aujourd’hui / J’étais insensible et fière ; / Si j’allais vous inviter / À promener ou chanter ? / Mais rassurez-vous, ma chère ; / Entrez, mangez à loisir, / Usez-en comme du vôtre, / Et surtout, pour l’avenir, / Apprenez à compatir / À la misère d’une autre. » (Laurent Jussieu, Fables et contes en vers, 1829).

[11] — La Fontaine, Fables, II, 5.

[12] — La Fontaine, « Le cochet, le chat et le souriceau » (Fables V, 6).

[13] — Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), Fables, II, 8. — A l’enfant furieux contre le miroir, « criant, pleurant, frappant la glace », sa mère demande : « N’as-tu pas commencé par faire la grimace / A ce méchant enfant qui cause ton dépit ? /– Oui. – Regarde à présent : tu souris, il sourit ; / Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même ; / Tu n’es plus en colère, il ne se fâche plus : / De la société tu vois ici l’emblème ; / Le bien, le mal, nous sont rendus. »

 

[14] — Philippe Barbe, Fables et contes philosophiques (1770) III, 1 « L’enfant mis sur une table » : fable inspirée des fables latines du père Desbillons, qui semble lui-même s’être inspirée d’une fable d’Antoine Houdar de La Motte (1672-1731). — Même récit et même conclusion dans L’enfant sur une table de l’abbé Reyre : « […] – Papa, s’écria-t-il, vois comme je suis grand. / – Dis plutôt que tu sembles l’être, / Répondit le père en riant. / Mais ce n’est rien de le paraître / Il faut l’être réellement. / […] D’un rang supérieur, l’éclat, la dignité / Peuvent de la grandeur nous donner l’apparence, / Mais non pas la réalité. »(Abbé Reyre, Le Fabuliste des enfants et des adolescents [Avignon, 1828], V, 14.)

[15] — « Dicebat Bernardus Carnotensis nos esse quasi nanos gigantium humeris insidentes, ut possimus plura eis et remotiora videre, non utique proprii visus acumine aut eminentia corporis, sed quia in altum subvehimur et extollimur magnitudine gigantea. — Bernard de Chartres disait que nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants, de telle sorte que nous pouvons voir davantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue serait plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu’ils nous portent en l’air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque. » (Jean de Salisbury, Metalogicon, III, 4.) — La sentence a été reprise par divers auteurs, notamment Newton, qui écrivait : If I have seen further, it is by standing on the shoulders of Giants (Lettre à Robert Hooke datée du 5 février 1675 [15 février 1676 selon le calendrier grégorien, car l’Angleterre garda jusqu’en 1752 le calendrier julien, et l’usage de commencer la nouvelle année le 25 mars]).

[16] — D’autres fables de Villefranche furent traduites en vers italiens par l’abbé Uberti, et parurent dans diverses revues italiennes.

[17] — A côté d’un hexamètre quelque peu fantaisiste (Laudat alauda Deum tirili tirilaque canendo : L’alouette loue Dieu en chantant tirili et tirila), on peut citer le couplet : Laudat alauda Deum, dum se tollit in altum / Laudat alauda Deum, dum se cadit in terram (L’alouette loue Dieu en montant dans les cieux, l’alouette loue Dieu, regagnant ces bas-lieux). Ou encore : Laudat alauda Deum, volucris pia, solis ab ortu / solis ad occasum laudat alauda Deum (L’alouette loue Dieu, car c’est un oiseau pieux. Du lever au couchant, l’alouette loue Dieu). Etc.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 70

p. 165-183

Les thèmes
trouver des articles connexes

La Civilisation Chrétienne : Fondements, Histoire et Restauration

Littérature et Humanités Chrétiennes : Analyse et Critique Classique

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page