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Lettre ouverte au pape sur l’islam

 de Magdi Cristiano Allam

 

Magdi Cristiano Allam est un journaliste italien d’origine égyptienne qui s’est converti de l’islam au catholicisme et a été baptisé par le Saint-Père la nuit de Pâques 2008. Il a ensuite fondé un parti politique en Italie. Nous publions ci-après une lettre qu’il a adressée au pape Benoît XVI au mois d’octobre 2008. Cette lettre a été souvent citée, mais elle a été peu publiée dans son intégralité. Magdi Allam l’a publiée sur son site [1]. Une traduction française a paru dans Correspondance européenne nº 195 (31 janvier 2009). C’est ce texte que nous publions avec quelques corrections, et en ajoutant des sous-titres.

Certaines expressions du nouveau converti montrent que sa formation est encore incomplète. Par exemple, il réclame un retour aux « valeurs » chrétiennes, alors qu’il faudrait dire : un retour aux « principes » chrétiens (la notion de valeur est d’origine personnaliste, elle a un sens subjectif). Cela dit, cette lettre est un témoignage et elle montre bien au clergé conciliaire l’absurdité l’œcuménisme actuel avec l’islam.

Sur la réalité des rapports entre l’islam et le christianisme, voir « Enlèvement et mort de Mgr Rahho » dans Le Sel de la terre 64 (printemps 2007), p. 179, et « De grandes difficultés dans le dialogue avec l’islam » (lettre de Mgr Giuseppe Germano Bernardini) dans Le Sel de la terre 34 (automne 2000), p. 243.

Le Sel de la terre.

 * 

 

Appel au Saint-Père pour qu’il fasse la clarté sur la dérive relativiste et « islamiquement correcte » qui a porté de hauts prélats catholiques à légitimer l’islam comme religion et à transformer les églises et les paroisses en salles de prière et en lieux de rassemblement des extrémistes islamiques.

 

A Sa Sainteté le Pape Benoît XVI,

Je m’adresse directement à vous, vicaire du Christ et chef de l’Église catholique, avec la déférence d’un sincère croyant en la foi de Jésus et d’un infatigable protagoniste, témoin et bâtisseur de la civilisation chrétienne, pour vous manifester ma très grande préoccupation pour la grave dérive religieuse et éthique qui s’est infiltrée et diffusée au sein de l’Église. C’en est au point que, tandis qu’au sommet de l’Église certains hauts prélats et jusqu’à vos proches collaborateurs soutiennent ouvertement et publiquement la légitimité de l’islam en tant que religion et accréditent Mahomet comme un prophète, à la base de l’Église des prêtres et des curés transforment les églises et les paroisses en salles de prière et [en lieux] de rassemblement d’intégristes et d’extrémistes islamiques qui poursuivent, avec lucidité et infatigablement, la stratégie de conquête du territoire et des esprits d’un Occident chrétien qui, comme vous l’avez vous-même défini, « se hait lui-même », étant idéologiquement malade de nihilisme, de matérialisme, de consumérisme, de relativisme, du complexe de « l’islamiquement correct », de bonasserie, de laïcisme, de subjectivisme juridique, de masochisme, d’indifférentisme, de multiculturalisme.

Il s’agit d’une guerre de conquête islamique qui a transformé l’Occident chrétien en une forteresse de l’extrémisme islamique au point de « produire » des terroristes suicidaires islamiques de citoyenneté occidentale. En Occident, la menace la plus sérieuse n’est pas tellement celle des atroces coupeurs de têtes qui prennent les armes, que celle des sournois coupeurs de langues qui ont érigé la dissimulation en précepte de foi islamique, donnant naissance à un État islamique au sein de l’État de droit, en s’appuyant sur :

— un ample réseau de mosquées et d’écoles coraniques où l’on prêche la haine, où l’on inculque la foi dans le soi-disant « martyre » islamique et où l’on pratique le lavage de cerveau, pour transformer les personnes en combattants de la guerre sainte islamique ;

— des organisations caritatives et d’assistance islamiques, lesquelles, en échange d’aides matérielles, assujettissent et domestiquent les esprits ;

— des banques islamiques qui contrôlent des secteurs de plus en plus vastes de la finance internationale et de l’économie mondiale, accréditant le droit islamique ;

— de réels et véritables tribunaux islamiques qui, en Grande-Bretagne ont déjà réussi à imposer la charia, la loi islamique, à parité avec le droit civil pour les questions concernant le statut personnel et familial, quand bien même ils prononcent des sentences qui violent les droits fondamentaux de l’homme, comme la légitimation de la polygamie et la discrimination des femmes.

Ce sont des faits : qu’on le veuille ou non, que cela nous plaise ou non, ce sont des faits réels, objectifs, qu’on ne peut nier.

Cette conquête islamique des esprits et du territoire a été rendue possible par l’extrême fragilité intérieure de l’Occident chrétien. Notre Occident est de plus en plus assimilable à un colosse de matérialisme aux pieds d’argile parce que sans âme, en proie à une profonde crise de valeurs, qui trahit sa propre identité, en ne voulant pas reconnaître la vérité historique et objective des racines judéo-chrétiennes de sa propre civilisation. Il existe d’un point de vue idéologique et concret une collusion entre cet Occident et l’avant-garde de l’armée de conquête islamique qui vise à retrouver le mythe et l’utopie de l’umma, la nation islamique. Et on poursuit ce but en invoquant le Coran qui légitime la haine, la violence et la mort, et en évoquant la pensée et l’action de Mahomet qui a donné l’exemple en commettant des crimes atroces, comme le massacre et la décapitation de plus de 700 juifs de la tribu des Banu Quraizah, en l’an 627, aux portes de Médine.

Eh bien, votre Sainteté, comment se fait-il que nous ne nous rendions pas compte que la disponibilité vis-à-vis de l’islam – ou pire encore, la collusion avec l’islam en tant que religion qui, en dépit des apparences, met en danger l’amour chrétien envers les musulmans en tant que personnes – aboutit au reniement de la foi en Dieu qui s’est fait homme et du christianisme qui est témoignage de vérité, d’amour, de liberté et de paix ? C’est pour cette raison qu’il est vital aujourd’hui pour le bien commun de l’Église catholique, pour l’intérêt général de la chrétienté et de la civilisation occidentale elle-même que vous vous prononciez de manière claire et contraignante, pour l’ensemble des fidèles, sur la question de fond à la base de cette délétère dérive religieuse et éthique qui discrédite l’Église, arrachant de leurs gonds les certitudes qui portent sur les valeurs et l’identité de l’Occident chrétien, et conduisant au suicide de notre civilisation : est-il concevable que l’Église légitime substantiellement l’islam comme religion jusqu’à considérer Mahomet comme un prophète ?

 

Le cas de Mgr Rocco Talucci

Je me limiterai à indiquer à votre Sainteté deux faits récents dont j’ai été témoin. Mercredi 15 octobre 2008, l’archevêque de Brindisi, Mgr Rocco Talucci, m’a fait l’honneur, premièrement de m’accueillir au siège de l’archevêché aux environs de 17 heures et, une demi-heure plus tard, d’assister à la présentation de l’autobiographie de ma conversion de l’islam au catholicisme, intitulée Merci Jésus, dans la salle de la Chambre de Commerce de Brindisi. Tout était organisé par ma chère amie Mimma Pilego, médecin généraliste, collaboratrice bénévole du séminaire papal Benoît XVI et de la Communauté de l’Emmanuel, qui se consacre à la récupération des toxicomanes. Je l’ai citée dans Merci Jésus comme étant l’un des témoins de la foi qui m’ont attiré par leur spiritualité.

Il m’est tout de suite apparu que l’archevêque était un fin diplomate, attentif à toujours évaluer le pour et le contre de chaque situation, cherchant à contenter tout le monde et à n’irriter personne. Ce n’est pas exactement le type de pasteur de l’Église ou, plus simplement, d’individu que je préfère, même si je m’efforce de me mettre à la place des autres, afin de pénétrer les raisons profondes de ceux qui transforment en une pratique quotidienne un équilibrisme existentiel qui finit par conditionner et déterminer leur choix de vie lui-même. Toutefois, ma disponibilité à comprendre les raisons des autres a été quelque peu inhibée lorsque, intervenant après la présentation que je fis de mon livre, Mgr Talucci a présenté Mahomet comme « un prophète » et a, en substance, légitimé l’islam comme religion en ce qu’elle est « expression de l’aspiration de l’homme à s’élever vers Dieu ».

Il n’entre pas dans mon intention de mettre personnellement en cause Mgr Talucci, parce qu’il ne constitue pas un cas isolé. Si seulement il en était ainsi ! C’est hélas une attitude largement répandue au sein de l’Église catholique d’aujourd’hui.

 

Le cas du cardinal Jean-Louis Tauran

Le second fait concerne le cardinal Jean-Louis Tauran, Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Intervenant lors du meeting de Communion et Libération à Rimini, le 25 août 2008, au cours d’une conférence de presse qui a précédé la rencontre publique intitulée Les conditions de la paix, il a repris la thèse qu’il avait déjà soutenue dans le passé, selon laquelle les religions seraient en elles-mêmes « facteurs de paix », mais qu’elles feraient peur à cause de « certains croyants » qui auraient « trahi leur foi », tandis qu’en réalité toutes les croyances seraient « porteuses d’un message de paix et de fraternité ».

La thèse du cardinal Tauran est que toutes les religions seraient intrinsèquement bonnes et que l’islam le serait donc aussi. Il en résulte que, si aujourd’hui, l’extrémisme et le terrorisme islamiques sont devenus l’urgence numéro un, menaçant la sécurité et la stabilité internationales, ce ne serait imputable qu’à une minorité de « méchants » qui interpréteraient en le déformant le « véritable islam »,tandis que la majorité des musulmans seraient « bons », dans le sens ou ils respecteraient les droits fondamentaux et les valeurs non négociables qui sont à la base de l’éducation commune de l’homme.

La réalité objective, je le dis avec sérénité et animé d’une intention constructive, est exactement le contraire de ce qu’imagine le cardinal Tauran. L’extrémisme et le terrorisme islamiques sont le fruit mûr de ceux qui, à partir de la défaite des armées arabes dans la guerre contre Israël du 5 juin 1967 qui a marqué le crépuscule de l’idéologie laïque, socialiste et belliciste du panarabisme, ont levé l’étendard du panislamisme. Ces musulmans ont voulu adhérer toujours davantage aux préceptes du Coran qui, à son tour, est considéré comme ne faisant qu’un avec Allah, œuvre incréée à l’égal de Dieu, correspondant ainsi à la pensée et à l’action de Mahomet.

A la racine du mal ne se trouve donc pas une minorité d’hommes « méchants », responsables de la dégradation générale, tandis que les religions seraient toutes également « bonnes ». La vérité est que les religions sont diverses, tandis que les hommes – au-delà de la foi et de la culture auxquelles ils font référence – pourraient être rapprochés par le respect de règles et de valeurs communes. La vérité est que le christianisme et l’islam sont totalement différents : le Dieu qui s’est fait homme en s’incarnant en Jésus, qui a partagé la vie, la vérité, l’amour et la liberté avec d’autres hommes jusqu’au sacrifice de sa propre vie, n’a rien en commun avec Allah qui s’est fait texte dans les pages du Coran, qui s’impose aux hommes de manière arbitraire, qui a légitimé une idéologie et une pratique de violence et de mort poursuivie par Mahomet et ses successeurs pour répandre l’islam.

 

L’« islam modéré n’existe pas

La vérité, je le dis sur la base de l’objectivité de la réalité manifeste et de la conscience découlant de l’expérience directe, est qu’il n’existe pas d’« islam modéré », comme l’a soutenu le même cardinal Tauran, tandis qu’il existe certainement des « musulmans modérés ». Ce sont tous ces musulmans qui, comme tout un chacun, respectent les droits fondamentaux de l’homme et ces valeurs qui ne sont pas négociables en ce qu’elles constituent l’essentiel de notre humanité : le caractère sacré de la vie, la dignité de la personne, la liberté de choix.

L’amère vérité est que cette partie de l’Église malade de relativisme et du complexe de « l’islamiquement correct », risque de devenir plus islamique que les islamistes eux-mêmes. Je me demande si l’Église se rend compte de l’abus qu’elle commet en assumant la thèse d’un Coran créé au lieu d’un Coran incréé, dans le but de permettre l’interprétation et la lecture dans un contexte historique de ses versets ? Ce faisant, ne cautionne-t-elle pas l’image d’un islam où foi et raison sembleraient tout à fait compatibles, lorsque, historiquement et jusqu’à ce jour, la très grande majorité des musulmans croit en un Coran incréé, à parité avec Allah, où les versets ont une valeur absolue, universelle et éternelle, ne devant jamais être modifiés ?

Comment l’Église peut-elle se prêter au jeu de ceux qui, structurellement et idéologiquement, sortent de son contexte, dissèquent, sélectionnent arbitrairement le contenu et le message coraniques dans le but de mettre en évidence des versets qui, par extrapolation avec ceux qui les précèdent et ceux qui les suivent, permettraient d’affirmer l’existence d’un « islam modéré » ?

Comment l’Église peut-elle légitimer en substance un soi-disant « islam modéré », aboutissant à accréditer un personnage abject et criminel, qui n’a jamais eu aucun remord à recourir à tous les moyens, y compris l’extermination de ceux qui n’adhéraient pas à l’islam, pour les placer à sa merci ?

 

Vers un Panthéon mondial des religions

Je me demande si l’Église se rend compte qu’en n’affirmant pas et en ne s’érigeant pas en témoin de l’unicité, du caractère absolu, de l’universalité et de l’éternité de la vérité dans le Christ, elle finit par se rendre complice de la construction d’un panthéon mondial des religions, où tout le monde considère que chaque religion est dépositaire d’une partie de la vérité, même si chaque religion s’attribue le monopole de la vérité ? Pourquoi s’étonner après cela du fait que le christianisme, placé sur le même plan qu’une myriade d’autres croyances et idéologies qui donnent les réponses les plus disparates aux besoins spirituels, cesse d’attirer, de persuader et de conquérir l’esprit et les cœurs des chrétiens eux-mêmes, qui désertent chaque jour davantage les églises, qui fuient la vocation sacerdotale et, plus généralement, excluent de leur propre vie la dimension religieuse ?

Pour moi, le christianisme n’est pas une religion « meilleure » que l’islam, ou la religion « achevée » au message « accompli », par rapport à un islam considéré comme une religion « incomplète » au message « inachevé ». Pour moi, le christianisme est l’unique religion vraie, parce que Jésus, lui, est vrai, le Dieu qui s’est fait homme et qui a témoigné au milieu de nous, les hommes, par ses bonnes œuvres, de la vérité, l’attrait, le caractère raisonnable et la bonté du christianisme. Pour moi, l’islam, qui reconnaît un Jésus seulement humain, qui, par conséquent, condamne le christianisme comme une hérésie, parce que celui-ci croit dans la divinité de Jésus, et comme une idolâtrie, parce qu’il croit dans le dogme de la très Sainte Trinité, est une fausse religion, inspirée, non par Dieu, mais par le démon. Pour moi, l’islam qui, en obtempérant aux prescriptions coraniques et en cherchant à égaler la saga de Mahomet, corrompt l’âme de celui qui se soumet à lui et tue le corps qui s’y refuse, est une religion physiologiquement violente et s’est révélée historiquement agressive et conflictuelle, en tout incompatible avec les valeurs qui fondent la civilisation humaine commune.

C’est justement mon expérience de « musulman modéré », poursuivant le rêve d’un « islam modéré », qui m’a fait comprendre qu’il peut, bien sûr, exister des « musulmans modérés » en tant qu’individus, mais qu’il n’existe pas le moins du monde d’« islam modéré ». Nous devons, par conséquent, opérer une distinction entre la dimension de la personne et celle de la religion. Avec les musulmans modérés, en partant du respect des droits fondamentaux de l’homme et du partage des valeurs, on peut dialoguer et travailler à favoriser la cohabitation civile. Mais nous devons nous affranchir de l’erreur diffuse qui consiste à imaginer que, pour aimer un musulman, on devra aimer l’islam, et que, pour avoir des rapports convenables avec les musulmans, on devra avoir de pareils égards envers l’islam.

Très Saint-Père Benoît XVI, l’Église, le christianisme et la civilisation occidentale succombent aujourd’hui, minés par la gangrène du nihilisme et du relativisme de ceux qui ont perdu leur propre âme, sous la pression de la guerre de conquête, agressive par nature, de l’extrémisme et du terrorisme islamiques, qui s’ajoutent à la dérive d’un monde qui s’est globalisé en s’inspirant de la modernité occidentale, mais seulement dans sa dimension matérialiste et consumériste, alors qu’il n’a pas intégré sa dimension spirituelle et ses valeurs.

Cette situation finira par avantager ceux qui adoptent une conception matérialiste et consumériste de la vie, sevrée de valeurs et de règles, en violant les droits fondamentaux de l’homme, comme dans le cas de la Chine et de l’Inde. Dans ce contexte assez critique et sans issue visible, vous constituez aujourd’hui un phare de vérité et de liberté pour tous les chrétiens et pour toutes les personnes de bonne volonté, en Occident et dans le monde. Vous êtes une bénédiction du Ciel, vous qui maintenez debout l’espérance d’une délivrance morale et civile de la chrétienté et de l’Occident.

Nous nous inspirons de vous et vous demandons votre bénédiction pour nous ériger en constructeurs de la civilisation chrétienne en mesure de promouvoir un mouvement de réforme éthique qui réalise une Italie, un Occident et un monde de foi et de raison. Que Dieu vous assiste dans la mission qu’il vous a confiée et que Dieu nous accompagne sur le chemin commun tourné vers l’affirmation de la vérité, la réalisation du bien commun et la réalisation de l’intérêt général de l’humanité.



[1]  — www.magdiallam.it. Mais elle ne s’y trouve plus. On peut la trouver sur d’autres sites italiens, par exemple : www.internetica.it/Magdi-LetteraPapa.htm.

Informations

L'auteur

Magdi Cristiano Allam est un journaliste italien d’origine égyptienne qui s’est converti de l’islam au catholicisme et a été baptisé par le Saint-Père la nuit de Pâques 2008. Il a ensuite fondé un parti politique en Italie.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 71

p. 182-192

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