Œcuménisme papal en Terre sainte
par l’abbé Peter Scott
Ce texte a été publié dans Convictions (publication officielle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X au Canada : 480 McKenzie Street, Winnipeg, Manitoba, R2W 5B9 Canada) n°18, juin 2009, p. 21-23. Cette revue est bilingue : elle a publié l’original anglais et la traduction faite par l’abbé P. Girouard.
Le Sel de la terre
Nul ne met en doute la nature éminemment politique du voyage du pape en Terre sainte, tentative de rebâtir des ponts avec les musulmans, offensés par son discours de Ratisbonne de 2006, lorsqu’il a cité un auteur médiéval disant que l’Islam était une religion violente ( !). Ce voyage a aussi pour but de faire la même chose avec les juifs, lesquels continuent d’attaquer faussement le pape Pie XII quant à son prétendu support du régime nazi, et Benoît XVI lui-même à cause de l’introduction de la cause de béatification de Pie XII, et de la levée de l’« excommunication » des évêques de la Fraternité. D’où une constante préoccupation envers le dialogue interreligieux, tout en y incluant paradoxalement quelques ferventes prises de position pour les droits des femmes, bafoués par l’Islam.
Au roi Abdullah II de Jordanie, le pape déclara (le 8 mai 2009) :
Ma visite en Jordanie me donne l’heureuse occasion de dire mon profond respect pour la communauté musulmane, et de rendre hommage au rôle déterminant de Sa Majesté le Roi dans la promotion d’une meilleure compréhension des vertus proclamées par l’Islam. […] Chers amis, lors du Séminaire qui s’est tenu à Rome l’automne dernier à l’initiative du Forum catholico-musulman, les participants ont examiné le rôle central joué dans nos traditions religieuses respectives par le commandement de l’amour. J’espère vivement que ma visite et naturellement toutes les initiatives qui visent à favoriser les bonnes relations entre Chrétiens et Musulmans, nous aident à grandir dans l’amour pour le Dieu Très Haut et Miséricordieux et, dans un amour fraternel les uns pour les autres.
De quelles vertus et de quel amour parle-t-il ? Il est clair qu’il ne s’agit pas des vertus surnaturelles et de l’amour que le Christ Notre-Seigneur nous a montrés par son sacrifice sur la croix, car aucune mention n’est faite du Christ ou de la croix. Il ne s’agit pas du lien de charité unissant l’Église, le Corps mystique. Il ne fait que parler d’un sentiment vague, naturel, philanthropique de bien faire, confondu avec la charité surnaturelle que l’Église catholique a pour mission de procurer par les sacrements.
Le pape est ensuite allé visiter la mosquée d’État de Jordanie et, quoique les rapports, sur le point de savoir s’il y a prié, divergent, il est certain qu’il y a prononcé un discours dans lequel il a soutenu que la religion est « par nature un instrument d’unité et d’harmonie, une expression de communion entre les personnes et avec Dieu », comme s’il n’avait jamais lu les paroles de Notre-Seigneur : « Croyez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. » (Lc 12, 51). Et encore : « S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront… Qui me hait, hait aussi mon Père. » (Jn 15, 20 et 23). Et il continua ainsi :
Musulmans et chrétiens, précisément à cause du poids de leur histoire commune si souvent marquée par les incompréhensions, doivent aujourd’hui s’efforcer d’être connus et reconnus comme des adorateurs de Dieu fidèles à la prière, fermement décidés à observer et à vivre les commandements du Très Haut, miséricordieux et compatissant, cohérents dans le témoignage qu’ils rendent à tout ce qui est vrai et bon [mais non pas, semble-t-il, du Christ !], et toujours conscients de l’origine commune et de la dignité de toute personne humaine […].
Le moins qu’on puisse dire d’un tel discours est qu’il s’agit de pur naturalisme, ne laissant aucune place à la Révélation, la grâce, la distinction entre la foi surnaturelle au Christ qui sauve du péché, et la fausse croyance en un système humain. De façon plus concrète, cependant, il promeut une forme maligne d’indifférentisme, à savoir la croyance que la religion choisie par un homme n’est pas importante, car, si les musulmans sont de vrais adorateurs de Dieu, fidèles à la prière, désireux de vivre selon les décrets de Dieu, miséricordieux et compatissants, pourquoi serait-il alors nécessaire de croire au Christ et de devenir catholique ?
Le même chant de sirène s’est fait entendre vis-à-vis des juifs lorsque le pape s’est rendu en Israël. On le voit dans le texte de la prière que Benoît XVI a placée dans une des fissures du Mur des Lamentations, le vestige de la fondation du mur ouest du Temple, où les juifs se lamentent sur sa destruction. Cette prière ne fait aucune mention de la Trinité, du Christ, du Saint-Esprit, de la Vierge Marie, de la rédemption, de l’incarnation ou de toute autre doctrine catholique. Composée soigneusement pour ne froisser ni les juifs ni les musulmans, elle fut adressée au « Dieu de tous les âges… au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » et demande simplement « la paix pour l’entière famille humaine », comme si saint Paul n’avait jamais écrit que c’est le Christ qui est notre paix, nous ayant rapprochés de Dieu par son sang (Ep 2n 13, 14). Le pape continua sa prière en demandant à Dieu « de mouvoir les cœurs de tous ceux qui invoquent Votre nom à marcher humblement sur le chemin de la justice et de la compassion », comme s’il était au pouvoir de l’homme d’y arriver sans le Christ et sa croix (naturalisme), comme si le Christ ne nous avait pas donné le commandement très solennel de faire toute chose en son nom, lui, le seul médiateur entre le Ciel et la terre : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent, vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. » (Jn 16, 23, 24). Pour un catholique, la prière du pape ne peut être rien de plus que l’expression d’un désir naturel, au lieu d’une prière au Dieu Trine à travers le Christ Notre-Seigneur. Elle n’est donc pas en mesure d’obtenir un effet surnaturel, et elle cause un grand scandale, éloignant les âmes de la vraie prière. Ceci est confirmé par le commentaire officiel de cette « prière » fait par le père César Atuire, le délégué officiel de la Opera Romana Pellegrinaggi, qui a accompagné le Saint-Père dans son pèlerinage :
Le fait d’aller et de prier précisément au Mur de l’ouest est une façon de dire que nous sommes tous les enfants d’un Dieu unique et que nous tentons de suivre ce que ce Dieu nous enseigne, et que nous pouvons donc trouver une manière de vivre ensemble, dans l’harmonie et la paix.
Ce n’est donc pas du tout une prière, mais plutôt un élan naturel vers la bonne entente humaine.
La conclusion logique de cette recherche d’un dialogue et d’une réconciliation entre le judaïsme et la chrétienté, est le renoncement à tout travail missionnaire auprès des juifs. Le pape n’a pas tiré cette conclusion publiquement mais, lorsqu’il fut accueilli par le chef des rabbins ashkénazes Yona Metzger, il ne l’a pas du tout contredit ou corrigé lorsque celui-ci l’a remercié pour son « accord historique et l’engagement du Vatican à ce que l’Église dorénavant cesse toute activité missionnaire ou de conversion chez notre peuple. Ceci est pour nous un message immensément important » (Jérusalem Post). Le pape, qui a parlé juste après, aurait pu contredire cette déclaration essentielle du discours de Metzger, mais il ne le fit pas. De plus, même si ladite déclaration est erronée, le fait de l’avoir laissée passer sans la commenter est un grave scandale, qui nous rappelle l’accord de Balamand de 1993, lequel promettait aux orthodoxes qu’il n’y aurait plus de prosélytisme catholique dans le futur.
Mais pour que soit complet l’œcuménisme, il doit inclure les autres dénominations chrétiennes ; et, en effet, ce fut le cas dans le discours du pape aux évêques de Terre sainte, et cela, en plus, à l’intérieur du Cénacle où fut institué le sacrement de l’eucharistie, signe efficace d’unité :
Les différentes Églises chrétiennes que l’on trouve ici représentent un patrimoine spirituel riche et diversifié, et elles sont le signe qu’existent de multiples formes d’interaction entre l’Évangile et les différentes cultures [est-ce là la différence principale entre les différentes Églises ?]. Elles nous rappellent aussi que la mission de l’Église est de prêcher l’amour universel de Dieu et de rassembler tous ceux qui, au loin ou plus près de nous, sont appelés par lui afin que, avec leurs traditions et leurs talents, ils arrivent à former l’unique famille de Dieu [évidemment, cette famille est devenue quelque chose de bien plus large que l’Église catholique !]. Depuis le deuxième concile du Vatican, en particulier, un nouveau dynamisme spirituel vers la communion dans la diversité a vu le jour à l’intérieur de l’Église catholique ainsi qu’une nouvelle conscience œcuménique.
Le pèlerinage de dialogue du pape est tel qu’il ne peut en résulter qu’un plus grand affaiblissement de toute influence de la doctrine et de la morale catholiques, remplacées désormais par la doctrine maçonnique de la tolérance universelle et de la dignité de l’homme.
Au sujet des discussions doctrinales avec Rome
par l’abbé Paul Morgan
Supérieur de District de la Fraternité Saint Pie X en Angleterre
Comme les discussions avec Rome doivent bientôt commencer, il est tout à fait possible que, faisant abstraction des problèmes doctrinaux cruciaux, le Vatican offre à la Fraternité Saint-Pie X une solution pratique. Cela est déjà arrivé juste après la levée des prétendues excommunications en janvier de cette année, solution que, heureusement, Mgr Fellay a rejetée.
Dans ce cas, nous aurions pu maintenir une certaine « diversité dans l’unité », gardant la liturgie et les sacrements, dans le contexte d’une sorte de diocèse personnel (et non territorial) pour le bénéfice de nos fidèles autour du monde. Un tel scénario pourrait sembler attractif pour ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, scénario apportant avec lui reconnaissance canonique et pignon sur rue.
Mais si nous regardons les choses dans leur véritable contexte, un tel scénario nous donnerait simplement l’usage d’une chapelle latérale dans la grande basilique de l’Église conciliaire, un peu comme une des chapelles disparates du Saint-Sépulcre. La location ou le prix à payer pour ce « privilège » serait, je suppose, une acceptation tacite des erreurs modernistes de Vatican II qui ont créé le statu quo concernant le faux œcuménisme, la liberté religieuse et la collégialité.
Un faux accord avec Rome signifierait que nous aurions à prendre une place dans l’Église conciliaire avec toute sa diversité, contrairement aux habitants du Saint-Sépulcre, qui, tout en partageant le même bâtiment, ne prétendent pas embrasser les divergences des autres.
D’où, en ce mois d’octobre, l’importance de notre croisade du rosaire en cours, pour la conversion de la Russie et de la Rome moderne. Nous ferions bien également de prier avec ferveur pour être préservés d’un faux accord avec les autorités conciliaires aux dépens de la foi catholique.
Extrait de la Lettre du Supérieur de District, octobre 2009 (traduction par nos soins).
Informations
L'auteur
Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Peter Scott a été supérieur du District des États Unis d'Amérique .
Le numéro

p. 189-192
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