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Mémoire sur la famille royale au Temple

 

Philippe Girard

L'Association « Présence de La Varende » vient de publier le numéro 20 de son bulletin annuel, qui contient le Mémoire sur la détention de la famille royale au Temple, écrit par Marie-Thérèse, fille de Louis XVI, qu’on appelait Madame Royale et qui sera duchesse d’Angoulême après son mariage avec son cousin, fils de Charles X. Elle fut détenue trois ans avant d’être échangée contre des conventionnels prisonniers des Autrichiens. Faisant l’objet d’un tiré à part, un texte inédit de Jean de La Varende sert d’introduction au Mémoire de la princesse.

L’écrivain met en relief le calvaire que traversa cette toute jeune fille d’une quinzaine d’années, demeurée seule en prison après les morts successives de son père, de sa mère et de sa tante (Madame Élisabeth), ainsi que la mort présumée de son jeune frère le Dauphin, et comment elle en fut marquée pour toujours. Elle fut accusée de dureté et de sécheresse, mais il faut garder à l’esprit qu’elle restait l’unique témoin de la torture physique et morale infligée aux prisonniers du Temple et que « seule, la duchesse en portait l’indicible froideur mortuaire, le relent cadavérique ». Il y avait chez elle « un comportement de convalescente éternelle, […] une sorte d’usure intellectuelle, d’usure sentimentale, et certainement une perte, une obnubilation de la mémoire due à son martyre […]. Le séjour au Temple ne fut pas un emprisonnement, ce fut un supplice ; et l’acharnement de tous contre ces malheureux suggère une hystérie de bourreaux ivres ». La Varende a entendu ce mot saisissant de sa grand-mère : « Madame la duchesse d’Angoulême n’est jamais sortie du Temple. »

Aussi l’action des faux dauphins ne put-elle qu’aggraver l’instabilité nerveuse de la duchesse. Même si elle avait eu tendance à identifier son frère parmi les solliciteurs, il était de son devoir d’ignorer une revendication de nature à ébranler sur ses bases la monarchie légitime. Mais dès lors, « quel cisaillement sans répit, sans atténuation » ! Et La Varende se représente la duchesse épiant en cachette Naundorff et les autres, s’interrogeant sans cesse…

Sur le point d’une éventuelle survivance, La Varende relève que la princesse écrit que le geôlier Simon gavait et enivrait le Dauphin, si bien que l’enfant avait engraissé sans avoir grandi ; il en déduit que ce détail annule l’authenticité du squelette de la taille d’un adolescent, retrouvé au cimetière du Temple. Plus loin, il décrit les effets à la longue de la détention : prostration, semi-hébétude, langueur morne, intérêt démesuré porté à des détails infimes. Fait presque invraisemblable, la mort de sa mère, puis celle de sa tante, furent longtemps cachées à Madame Royale. En revanche, elle avait des nouvelles de son frère mais ne le voyait jamais. Sa mort est relatée par elle dans des termes où le fatalisme l’emporte sur l’émotion et la tendresse fraternelle.

La Varende estime que plusieurs indices dans le Mémoire de Madame Royale apportent quelques doutes sur la réalité de la mort présumée de Louis XVII au Temple, mais conclut sur l’impossibilité à se prononcer en toute sûreté. A la fin de son récit, la princesse écrivit : « J’atteste que ce mémoire contient vérité. » L’écrivain commente : « mais contient-il toute la vérité ? »

Il convient de remercier l’Association « Présence de La Varende » (16 rue La Varende, 14250 – Tilly-sur-Seulles, tél. : 02 31 80 84 67) pour l’intérêt de cette publication, par ailleurs d’une présentation élégante et d’un goût très sûr.

  

Madame Royale, Mémoire sur la détention de la famille royale au Temple, in Présence de La Varende 20.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 71

p. 194-195

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