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De Henri de Navarre…au roi Henri IV (1589-1595) 

(I) de Henri de Navarre, chef du calvinisme à la « conversion » de Henri IV à Saint-Denis(1569-1593)

 par Michel Defaye

 

Le roi Henri IV n’en finit pas d’être objet d’études et de légende. Depuis Voltaire écrivant son poème La Henriade (1728) à Jean-Marie Constant qui vient de publier Henri IV, le roi d’aventure, (2010), nombreux sont les historiens, les poètes, les essayistes, les romanciers ou les folliculaires qui ont écrit sur ce monarque. Pour la seule année 2009, pas moins de quatre livres ont paru [1]. A l’exception de quelques historiens sérieux comme Jean-Pierre Babelon, les auteurs se recopient et le mythe henricien perdure. Ce mythe a pris naissance au 18e siècle chez les « philosophes » qui ont vu, en ce monarque, un modèle de tolérance religieuse (à la vie singulièrement dissolue) et une victime du « fanatisme » catholique ligueur ou espagnol (assassiné par Ravaillac). Le mythe veut aussi qu’avec son « panache blanc », Henri IV ait rallié l’ensemble des Français dès après la mort d’Henri III. Michel Defaye remet l’histoire à l’endroit en présentant deux épisodes souvent négligés par les écrivains. Celui où Henri de Navarre, chef des calvinistes, tente par la force de prendre Paris, c’est-à-dire le pouvoir politique, et rencontre l’héroïque résistance des Parisiens et des Rouennais (1589-1593) ; celui où Henri de Navarre, devenu officiellement catholique, doit accepter les exigences de Rome pour la levée de ses excommunications (1593-1595). Ces deux épisodes révèlent surtout le sacrifice des catholiques, sacrifice qui mérita le Grand Siècle de foi et de saints des décennies suivantes.

Le Sel de la terre

 

En cette année commémorative de la mort de Henri IV (1610-2010), nous voudrions faire connaître deux épisodes, peu connus, de l’accession au trône de France du fils de Jeanne d’Albret.

— Ière partie : ses tentatives de prise du pouvoir – par la force – comme chef des calvinistes (1589-1593) et sa « conversion » à Saint-Denis précipitée par la convocation des États Généraux. Pendant ces quatre années, nous admirons l’héroïsme des catholiques français, particulièrement celui des Parisiens et des Rouennais qui se sacrifient pour ne pas voir un hérétique à la tête du « royaume très chrétien ».

— IIe partie : les longues négociations et les exigences du pape Clément VIII pour lever les excommunications du Navarrais (1593-1595). Cette étude montre que l’Église, malgré l’épouvantail agité du schisme, n’a pas transigé sur le respect dû par les puissances temporelles – en l’occurrence Henri de Navarre – à son droit public.

 

 

– I –

Henri de Navarre, un apostat, relaps et excommunié, héritier présomptif de la couronne après Henri III

 

Descendant de saint Louis par son sixième fils Robert de Clermont, sieur de Bourbon, Henri de Navarre vit le jour en 1553 au château de Pau, capitale du Béarn. Sa mère, Jeanne d’Albret, épouse d’Antoine de Bourbon, le fit baptiser et élever dans la foi catholique qui était la religion de sa famille et de ses pères. Le jeune Henri suivit les cours du collège de Navarre à Paris lorsque sa mère se jeta furieusement dans l’hérésie calviniste répandue dans tout le sud du royaume. En 1566, lorsque Henri rentra en Béarn - il avait treize ans - le pays était à feu et à sang.

Jamais souveraine n’a plus déchaîné de malheurs sur son peuple. Le despotisme dans ce qu’il a de plus odieux, c’est-à-dire l’oppression des âmes, la tyrannie, et la tyrannie étroite et rancunière d’une femme cruelle et fanatique, s’appesantirent sur ce malheureux pays,

écrit l’abbé Puyol dans son étude sur Louis XIII et le Béarn [2]. Heureuse du retour de son fils, Jeanne d’Albret lui donna comme précepteur, un certain Florent Chrétien, calviniste zélé. En quelques semaines, Henri suivit sa mère dans l’apostasie. Élevé avec rudesse, destiné aux métiers des armes, comme le voulait son rang, il fut préparé à combattre. En mars 1569, la reine de Navarre le présenta à peine âgé de quinze ans, à la troupe huguenote défaite à Jarnac. Elle souhaitait le voir prendre la tête des armées protestantes. Comme il était trop jeune, ce fut Coligny qui prit le commandement de cette soldatesque insurgée.

La désastreuse Paix de Saint-Germain, qui avait trahi la grande victoire catholique de Moncontour (3 octobre 1569) [3], eut comme conséquence la réconciliation de la famille royale avec les calvinistes. Catherine arrangea avec Jeanne d’Albret le mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, sœur du roi de France Charles IX. Un tel mariage faisait scandale dans tout le royaume et jusque dans la Chrétienté. Le pape saint Pie V refusa de donner les dispenses nécessaires. Quant à Jeanne d’Albret, elle mourut au milieu des préparatifs de la noce : ainsi le marié devenait-il « roi de Navarre ».


Les fiançailles se célébrèrent au Louvre le 15 août 1572 et le mariage eut lieu trois jours plus tard à Notre-Dame de Paris. L’union fut bénie sur le parvis de Notre-Dame par l’oncle du marié, le célèbre cardinal de Bourbon (futur roi de la Ligue) qui fut trompé par Catherine de Médicis et par Charles IX l’assurant – par la présentation d’un faux – que la dispense du pape allait arriver. Pendant la messe, à laquelle assistait toute la famille royale, le roi de Navarre et ses amis calvinistes déambulaient dans le cloître jouxtant la cathédrale… Singulier mariage !

Après la tentative manquée d’assassinat sur Coligny, Catherine de Médicis obtint de son fils Charles IX la décision de supprimer les chefs protestants encore présents à Paris (ils s’étaient déplacés pour le mariage de leur coreligionnaire). Le 24 août, pendant la Saint-Barthélémy, on amena devant Charles IX les deux princes du sang passés à l’hérésie (Henri de Bourbon-Navarre et son cousin Henri de Bourbon-Condé). Le roi les somma de choisir entre la messe et la mort. Sans beaucoup d’hésitation, les deux princes choisirent la messe et abjurèrent l’hérésie (le 26 septembre 1572 pour Navarre). Pour faire montre de son zèle, il alla jusqu’à écrire une lettre au pape Grégoire XIII le priant d’avoir pour agréable son retour à la foi catholique, sa pénitence et sa profession d’obéissance :

[…] Je me suis finalement résolu que, Vostredicte Saincteté me recognoissant pour l’ung des siens par les premieres marques que j’ay receues en ladicte Eglise en la foi de laquelle j’ay esté baptisé. Ne m’imputant l’institution qui depuis m’a esté donnée, dont il n’estoit point en moy, veu mon bas age de faire jugement ou election, elle ne desdaignera de m’ouvrir les bras de son indulgence, en recevant la confession de ceste mienne penitence, reduction, et obeissance comme je l’ay icy tesmoignée et protestée en la presence du nonce de Vostre Saincteté me recevoir au giron d’icelle Eglise dont je vous recongnois chef, et me tenir et reputer desormais pour trez humble, trez obeissant et trez devot fils, comme j’en supplie trez-humblement Vostre dicte Saincteté [4].

Dès qu’ils eurent la possibilité de se retirer de la cour, les deux Henri (Condé en 1574 et Navarre en 1576) révoquèrent publiquement leur abjuration, soutinrent avoir toujours été calvinistes et promirent de combattre jusqu’au sang pour la cause protestante.

Malheureusement, les beaux jours de Moncontour étaient passés pour Henri d’Anjou devenu roi de France en 1574 sous le nom de Henri III. Dès les débuts de son gouvernement, il subit l’influence désastreuse de sa mère, Catherine de Médicis, toujours prête à concéder aux hérétiques, avec des sautes d’humeur qui allèrent jusqu’à la violence de la Saint-Barthélémy. Les catholiques, qui attendaient beaucoup du vainqueur de Moncontour, étaient exaspérés devant le spectacle d’une cour frivole, d’un pouvoir qui laissait les hérétiques détruire et massacrer en toute impunité, d’un roi qui louvoyait entre la défense des catholiques et le soutien aux calvinistes.

Lorsque le roi signa la Paix de Monsieur, ou de Beaulieu, en 1576 – elle reprenait les concessions de Saint-Germain, réhabilitait la mémoire de Coligny et offrait le gouvernement de Picardie au calviniste Henri de Condé – la noblesse, la bourgeoisie et les paysans de la ville de Péronne se liguèrent pour défendre leurs églises, leurs monastères et leurs villages de la furie destructrice des huguenots [5]. Cette ligue fit tâche d’huile. Dans chaque grande ville du royaume, des associations de catholiques se créèrent. Les Français prêtaient serment de défendre le catholicisme jusqu’à la mort, par leurs propres moyens, pour aider le roi à combattre l’hérétique. A Paris, la ligue se nomma Les Seize en raison des seize quartiers de la capitale. Malheureusement, depuis la Paix de Beaulieu, Henri III n’inspirait plus guère confiance aux Français. Cependant, les papes encourageaient à la bonne entente entre catholiques, entre le pouvoir et les fidèles sujets. Tentant de contrôler le mouvement ligueur, Henri III s’en déclara le chef le 7 juillet 1585 et publia un édit – celui de Nemours – qui interdisait l’exercice du calvinisme en France, ordonnait aux protestants de se convertir ou de quitter le royaume dans les plus brefs délais et déclarait Henri de Navarre et Henri de Condé inaptes à régner.

A peine arrivé sur le siège de Pierre, Sixte-Quint apprit la mort de François d’Alençon, dernier frère du roi de France Henri III. Le roi n’avait pas d’héritier direct. Le 9 septembre 1585, le pape déclara Henri de Bourbon, roi de Navarre, et Henri de Bourbon, prince de Condé, excommuniés et inaptes à gouverner un royaume. Par cette excommunication, le souverain pontife entérinait l’édit de Nemours, et enlevait à l’hérétique relaps Henri de Navarre la possibilité de succéder à Henri III comme le voulait la loi salique :

Sixte, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu. L’autorité donnée à saint Pierre et à ses successeurs par l’infinie puissance de l’éternel Roi surpasse toutes les puissances des rois et princes terriens, […] elle prononce des arrêts et jugemens irrévocables, et avec diligence prend garde à faire respecter les loix ; et quand elle en trouve quelques uns contrevenans à l’ordonnance de Dieu, elle les punit de griève condition, les privant de leurs sièges, quelque grands soient-ils, les terrassant comme ministres de Sathan […] En ce très haut siège et, en la pleine puissance que le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs et monarques, nous a donnée (jaçoit qu’indigne) prononçons et déclarons Henry jadis roi, et Henry prince de Condé, […] être hérétiques et relaps en hérésie et non repentans, privés de leurs royaumes, eux d’eux et leur successeurs & interdisons à tels sujets de ne leur rendre obéissance aucune & à ceux qui à ce contreviendront, sachent être dès lors excommuniés [6].

Dans cette même bulle, Sixte-Quint encourageait le roi Henri III à combattre énergiquement les hérétiques :

Au reste, nous exhortons notre susdit fils en Jésus-Christ, Henry, roi de France, Très-Chrétien, par l’infinie bonté et miséricorde de Dieu, le prions et admonestons, comme mémorable de la très excellente foi et religion des rois ses ancêtres, laquelle il a reçue d’iceux comme un héritage beaucoup plus excellent que n’est tout le royaume ; qu’il ait mémoire du serment prêté en son couronnement publiquement, d’exterminer les hérétiques, afin que, de son autorité, puissance, vertu et grandeur de courage véritablement royal, il travaille et soigne à l’exécution de cette si juste sentence, et qu’en ceci il se montre agréable à Dieu tout-puissant, payant et s’acquittant du service qu’il doit à sa mère l’Église [7].

La réalité était le double jeu du roi. D’un côté, Henri III se disait protecteur des catholiques (mais, dans les faits, il n’allait que très peu sur les champs de bataille : en 1587, à Vimory et à Anneau, ce fut Henri de Guise, le Balafré, qui triompha des reîtres allemands) ; de l’autre côté, il permettait à son beau-frère Henri de Navarre de lever vingt mille Suisses à condition de les lui céder en temps opportun, ou bien devenait, à partir de 1579, « le principal protecteur d’une cité (Berne) qui faisait figure de “Rome protestante” [8] »

Après la Journée des Barricades (12 mai 1588) où les Parisiens ovationnèrent l’entrée, dans la capitale, du vainqueur de Vimory et d’Anneau, Henri III fut contraint – pour recouvrer la confiance des catholiques – de signer l’édit d’Union (15 juillet 1588). Cet édit engageait le roi à combattre les hérétiques et excluait tout protestant à la succession au trône de France ; il rappelait l’obligation de s’en tenir à la loi de catholicité qui obligeait le roi de France à faire profession de catholicisme.

Après avoir donné la lieutenance générale du royaume au duc de Guise (titre qui permettait à un personnage de confiance de prendre des décisions royales), le 4 août 1588, Henri III convoqua les États Généraux qui se tinrent à Blois à compter du 16 octobre. Le 18, le roi fut invité à jurer sur l’Évangile l’édit d’Union. Mais la pensée de Henri III était ailleurs : croyant supprimer des concurrents et recouvrer une confiance perdue, il s’empressa de faire assassiner le duc et le cardinal de Guise [9]. Les deux corps furent dépecés par le bourreau dans une salle basse du château de Blois, puis brûlés à la chaux vive pour empêcher toute vénération posthume. Dans le même temps, Henri III mit en prison le cardinal de Bourbon [10] et l’archevêque de Lyon, Pierre d’Epinac [11].

Ce n’est qu’après ces crimes et ces emprisonnements que le divorce des Français d’avec le roi fut consommé. Le 7 janvier 1589, la faculté de théologie au grand complet (soixante-dix docteurs) se réunit pour résoudre un  « cas » proposé par l’un d’entre eux, à savoir si :

les François pouvoient prendre les armes, lever de l’argent et s’unir ensemble pour la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, contre un Roy qui avoit violé la foy publique dans l’Assemblée des Estats et si après cela, les sujets n’estoient pas dispensés du serment de fidélité.

Après « mûre, soigneuse et libre délibération » la faculté de théologie fut affirmative sur la double question. Licitement et en toute sûreté de conscience, le peuple pouvait « être armé, uni et recueillir deniers pour la defense et conservation de l’Eglise apostolique et romaine contre les conseils pervers et les efforts du roi et de ses adhérens », quels qu’ils fussent, « depuis que le dit roi a violé la foi publique, au préjudice de la religion catholique et de la Sainte-Union ».

En même temps, la Sorbonne décida d’adresser au pape sa déclaration, « afin que, par l’autorité du Saint-Siège apostolique, il daignât approuver et confirmer les mêmes choses et donner secours et aide à l’Église gallicane, si éprouvée dans ces malheureux temps [12] ». En effet, dans les moments de troubles graves, la faculté de théologie, comme organe de l’Église et autorité morale, donnait la paix aux consciences. Ainsi, les habitants de la ville de Beauvais posèrent-ils à la faculté de théologie une autre question relative à Henri III. Était-il permis de prier au canon de la messe « pour notre roi Henri » (pro rege nostro Henrico) ? Le 5 avril 1589, à l’unanimité des membres, les théologiens de la Sorbonne conclurent que, pour éviter le scandale et pour rendre uniforme la manière de prier, « la formule “pro rege nostro”, n’étant pas de l’essence du canon, serait omise, jusqu’à ce que Dieu eût rétabli l’ordre, et que, en attendant, mais en dehors du canon, on prierait pour “les princes catholiques” [13] ».

Dans un consistoire tenu devant les cardinaux le 9 janvier 1589, le Pape Sixte-Quint fit part de son indignation pour l’assassinat d’un cardinal de la sainte Église :

Nous devons vous exposer le sujet d’une affreuse douleur, vraiment affreuse en effet car le crime et le sacrilège est affreux et inouï. On a tué le cardinal prêtre archevêque de Reims, sans procès, sans jugement, sans loi, sans pouvoir légitime, par des mains laïques, sans prévenir le Saint-Siège dont il était membre, comme si Nous n’étions plus de ce monde, comme si le Saint-Siège n’existait plus et qu’il n’y eût plus de Dieu, ni au ciel, ni sur la terre [14] .

Fort de la déclaration de la Sorbonne, le Parlement de Paris décida le 30 janvier 1589, de résister énergiquement « à l’effort et intention de ceux qui ont violé la foy catholique, rompu l’édit d’union, franchises et libertez des Estats de ce royaume par le massacre et emprisonnement commis en la ville de Blois [15] ».

La défection du peuple, la déchéance d’Henri III par la Sorbonne et par le Parlement de Paris ouvraient la voie à la privation d’autorité. Mais il manquait le jugement de Rome. Morosini, l’ambassadeur de Sixte-Quint à Paris, ami de Henri III, avait prévenu le roi que l’assassinat d’un cardinal faisait encourir ipso facto l’excommunication. Le pape Sixte-Quint, qui avait déjà privé d’autorité Henri de Navarre, connaissait bien la situation du royaume de France. Il s’en déclarait fort préoccupé. Le pape prit son temps et demanda conseil. Constatant que le roi tenait toujours captifs le cardinal de Bourbon et l’archevêque de Lyon, que ce même Henri III venait de s’allier militairement à son beau-frère Henri de Navarre, apostat et excommunié (Traité de Plessis-les-Tours, 3 avril 1589), il fit part aux cardinaux, le 5 mai, de la sentence qu’il allait rendre : Henri III, roi de France, sous peine d’excommunication portée dans la bulle In coena Domini [16], devait remettre les deux prélats en liberté dans les dix jours et comparaître à Rome en personne ou par procureur dans les soixante jours pour demander pardon de l’assassinat d’un cardinal et de l’emprisonnement de plusieurs prélats.

D’abord tenu secret, le monitoire fut affiché dans Rome le 24 mai. Mais, dès le 13 mai, sur l’ordre du souverain pontife, le commandeur de Diou, ambassadeur des Ligueurs, frère hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, partait de Rome porteur d’exemplaires de la bulle [17]. Elle fut affichée à Lyon à la fin du mois de mai puis dans les différentes villes de France. Curieusement, Morosini (dont Sixte-Quint était très mécontent en raison de sa trop grande complaisance à l’égard du roi) ne reçut jamais l’exemplaire qu’il devait présenter au souverain. Mais Henri III apprit assez vite l’instance d’excommunication. Il fut très affecté par cette nouvelle. Son armée et celle de Henri de Navarre marchaient alors sur Paris (début juin 1589). Pour l’apaiser, le Béarnais l’encouragea à vaincre par les armes. Maître de Paris, lui promettait-il, les négociations pour la levée de l’excommunication en seraient facilitées. Pierre Chevallier le souligne : « Pour rassurer Henri III, Henri de Navarre, qui n’avait pas l’âme tendre aux censures romaines, lui présenta “qu’il n’y avait qu’un remède à cela, qui était de vaincre” [18]. »

Henri de Navarre demanda l’aide militaire d’Élisabeth d’Angleterre. Elle envoya plus de 5 000 hommes. Dans La Henriade, Voltaire fait dire à cette reine cruelle (parlant du Navarrais) :

Allez, lui dit la reine, allez, digne héros ; 
Mes guerriers sur vos pas traverseront les flots. 
 Non, ce n’est point Valois, c’est vous qu’ils veulent suivre ; 
 A vos soins généreux mon amitié les livre : 
 Au milieu des combats vous les verrez courir, 
 Plus pour vous imiter que pour vous secourir. Formés par votre exemple au grand art de la guerre, 
Ils apprendront sous vous à servir l’Angleterre. 
Puisse bientôt la Ligue expirer sous vos coups ! 
L’Espagne sert Mayenne, et Rome est contre vous : 
 Allez vaincre l’Espagne, et songez qu’un grand homme 
 Ne doit point redouter les vains foudres de Rome. 
 Allez des nations venger la liberté : De Sixte et de Philippe, abaissez la fierté [19].

Les deux Henri se dirigeaient vers Paris. Fin juin, ils prenaient Jargeau, et, le 1er juillet, Étampes ; le 11 juillet, Pontoise. Tous les évènements leur étaient favorables. Le moment semblait proche où les Parisiens allaient subir la loi des deux Henri.

Tous deux disposaient maintenant des accès à la capitale. Les contingents suisses et allemands levés par Henri III les avaient rejoints ; il en fit la revue à Poissy. C’étaient 10 000 Suisses, 2 000 lansquenets et 1 500 reî­tres. L’armée ainsi réunie comptait au moins 30 000 hommes [20] .

Henri III se rendit maître de Saint-Cloud et s’y établit le 31 juillet. Le lendemain, il devait donner l’assaut à la capitale lorsqu’un jeune dominicain, Jacques Clément, s’introduisit auprès de lui et le blessa mortellement. Pour accomplir ce qu’il croyait être « sa mission », Jacques Clément avait attendu que le roi fût officiellement excommunié. Le délai des deux mois s’étaient écoulés sans qu’Henri de Valois se soit présenté à Rome pour demander pardon de l’assassinat du cardinal de Guise et sans qu’il ait libéré le cardinal de Bourbon et l’archevêque d’Epinac.

Les gardes du roi tuèrent immédiatement le jeune dominicain. Le marquis de Richelieu, grand-prévôt de France, fit le procès du cadavre et ce fut Henri de Navarre qui condamna le corps du moine à être écartelé et brûlé. Henri de Valois, agonisant, admit le Béarnais près de son lit. Un témoin rapporte ces propos :

Mon frère, vous voyez comme vos ennemis et les miens m’ont traité ; il faut que vous preniez garde qu’ils ne vous en face autant. […] C’est à vous à posséder le droit que j’ai travaillé à vous conserver et que Dieu vous a donné ; c’est ce qui m’a mis en l’état que vous voyez. Je ne me repens pas : car la justice, dont j’ai toujours été le protecteur, veut que vous succédiez après moi à ce royaume, dans lequel vous aurez beaucoup de traverses, si vous ne vous résolvez pas à changer de religion. Je vous y exhorte, autant pour le salut de votre âme que pour l’avantage du bien que je vous souhaite [21] .

Henri de Valois s’éteignit le 2 août en récitant le Miserere. Paris exulta. Les duchesses de Montpensier et de Nemours – respectivement sœur et mère des Guises – parcoururent les rues en criant : « Bonnes nouvelles, mes amis, bonnes nouvelles ! Le tyran est mort, il n’y a plus de Henry de Valois » et Paris prit aussitôt l’écharpe verte, au lieu de la noire qu’elle portait depuis la mort des Guises. Le peuple alluma des feux de joie dans toutes les rues de la capitale. Ce fut la fête pendant plusieurs jours. La plupart des catholiques jugèrent cet événement providentiel. Le commandeur de Diou, ambassadeur des Ligueurs à Rome, écrivit à Sixte-Quint que Jacques Clément avait été « divinement choisi pour l’acte si généreux que Dieu a fait par ses mains [22] ». Jehan Louvet, sergent-royal au présidial d’Angers, souligna, dans son Journal, que « c’est la justice de Dieu envers celui qui avait fait tuer et assassiner M. le cardinal de Guise qui l’avait oint et sacré [23] ». Charles de Guise, duc de Mayenne, frère des princes assassinés, annonça au duc de Nemours, « un coup miraculeux », et au pape « les effestz de la justice divine qui fait tomber la pesanteur de son bras sur les impenitens [24] ». Mendoza, ambassadeur du roi d’Espagne en France, écrivit à Philippe II, le 2 août 1589 :

Sire, j’ai écrit à Votre Majesté à quel danger et extrémité se trouvait réduite la ville de Paris et la cause catholique. Il a plu à Notre-Seigneur de nous en délivrer par un heureux événement si heureux qu’on ne peut l’attribuer qu’à sa main toute puissante, et qui fait espérer qu’on en a fini avec les hérétiques. Un moine de l’ordre de saint Dominique de Paris est parti de cette ville avec la résolution de tuer le Roi pour la plus grande gloire de Notre-Seigneur, ce qu’il a exécuté le premier août à huit heures du matin [25] .

Au consistoire du 11 septembre 1589, le pape Sixte-Quint s’exprima dans le même sens :

Pensant & souvent serieusement en moy-mesme, & me remettant devant les yeux, les choses qui depuis peu de temps sont advenües par la volonté de Dieu, il me semble que je puis avec vérité usurper ce mot du prophète Abaccuch : Qu’une œuvre a ésté faict en vos jours, que personne ne croira quand on la racontera. Le Roy de France est mort par les mains d’un moine. […] Toutes ces choses (les facilités avec lesquelles Jacques Clément arriva jusqu’à Henri) sont marques par trop évidentes d’une particulière providence de Dieu, pour les pouvoir nier […] nous ne pensons pas qu’on doive rapporter le tout ailleurs qu’à la volonté de Dieu. Et à la vérité, je ne le croirais autrement si je ne captivais mon intelligence soubs le service de Jesus-Christ, lequel par ce moyen admirable resolut de délivrer la ville de Paris (que nous avons entendu avoir esté par diverses façons en très grand danger et detresse) & aussi punir les tres-grands pechez de ce Roy, le faisant mourir d’une mort si malheureuse & infame [26] .

Tout le discours pontifical serait à citer. Contentons-nous de cet autre passage :

Ce que (bien à regret) veritablement nous avons austrefois predit devoir advenir à sçavoir que comme il estoit le dernier de sa race, aussi ferait-il une estrange & honteuse fin [27]. Et que je l’aye dict, tesmoins en sont non seulement les cardinaux de Joyeuse, de Lenencour & de Paris, mais aussi ses Ambassadeurs qui estoient pour lors près de nous ; Cette fin malheureuse le prive des obseques & honneurs que ceste Chaire Apostolique (qui est la bonne Mere de tous les fideles & principalement des Princes Chrétiens) a coustume de rendre aux Empereurs & Rois apres leur mort, lesquels nous eussions faict volontiers pour ceslui-cy, n’estoit qu’en ce cas les Escritures sainctes le deffendent […] pour lesquels & semblables autres indices d’une impenitence, Nous avons arresté qu’il ne falloit faire prières ny services pour luy [28].

Si la mort d’Henri III et l’éloignement de Henri de Navarre permettaient à la ville de Paris et aux Parisiens de retrouver la paix (toute relative), elle ne réglait pas la succession au trône ; au contraire, elle la rendait plus urgente. Qui allait succéder au « Vilain Herodes [29] » ?

Le duc de Mayenne, qui avait été désigné, depuis le mois de mars, Lieutenant Général du royaume, fit publier et enregistrer par le Parlement un édit par lequel était proclamé roi de France le cardinal Charles de Bourbon, oncle du Béarnais, que l’on nomma Charles X. La loi de catholicité, qui primait parmi les lois fondamentales du royaume, était respectée, la loi salique aussi [30].

Après la mort de Henri III, Henri de Navarre, chef du protestantisme français, s’était posé publiquement en héritier de la couronne, comme le voulait la loi salique (il n’était pourtant parent de Henri III qu’au 22ème degré). Henri comprit rapidement que la plupart des seigneurs catholiques, qui avaient servi Henri III, n’obéiraient pas à un roi protestant. Il publia donc un document, connu sous le nom de Déclaration du 4 août où il promettait « de maintenir et de conserver en son royaume la religion catholique, apostolique et romaine en son entier ». Les catholiques étaient maintenus dans leurs gouvernements, charges et honneurs ; et les protestants gardaient les villes qui étaient en leur pouvoir. Henri de Navarre disait espérer se faire instruire de la religion catholique « par un bon, légitime & libre concile général ou national » qu’il ferait assembler dans six mois « pour en suivre et observer ce qui y sera conclu & arresté ».

Un nombre important de princes, même catholiques (dont deux du sang, trois ducs et pairs, deux maréchaux…) le reconnurent pour roi avec l’espoir de le voir se convertir dans un délai de six mois ; d’autres ne croyaient pas à la volonté de conversion du Béarnais. Ils n’avaient pas oublié qu’il avait été relaps après la Saint-Barthélémy. Pourquoi serait-il plus sincère aujourd’hui qu’en 1572 ? Depuis son retour à l’hérésie (1576), Henri de Navarre avait vécu dans le calvinisme et commandait des hordes protestantes qui profanaient et ruinaient les églises et les monastères, qui massacraient les prêtres et les religieux. Henri avait interdit l’exercice de la religion catholique dans les forteresses et les villes qu’il occupait et avait contraint ces derniers d’aller aux prêches des ministres calvinistes et de s’y faire instruire [31].

Dans leur grande majorité, les Français refusaient l’accession au trône d’un prince protestant, apostat, relaps et excommunié. La plupart des grandes villes ne lui reconnaissaient aucune autorité sauf six d’entre elles (Tours, Bordeaux, Châlons, Langres, Compiègne et Clermont-Ferrand). Les Parlements, eux, passaient leur temps à fulminer contre Henri l’apostat. Mais, quelques parlementaires, se réfugièrent à Tours ou à Châlons pour soutenir sa cause.

Avec le peu de forces dont disposait le Navarrais (à peine 12 000 hommes, beaucoup de protestants mais aussi des catholiques) il se réfugia à Dieppe chez son ami et gouverneur, Aymar de Chaste. Il espérait recevoir des secours de l’Écosse et de l’Angleterre. La sanglante reine Elisabeth Ière, pourtant habituellement lente dans ce genre d’entreprise, envoya immédiatement 200 000 livres d’argent, 70 000 livres de poudre, 3 000 boulets et des vivres en abondance. Avec de tels soutiens, Henri de Navarre battit le duc de Mayenne à Arques, en septembre 1589.

Profitant de la déroute des catholiques, le Béarnais attaqua une nouvelle fois Paris (1er novembre 1589) à partir des faubourgs de la rive gauche. Il s’empara de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés mais ne réussit pas à pénétrer plus avant. La mauvaise saison arriva. Il dispersa ses troupes et se retira à Tours où il avait installé son gouvernement. Il y reçut en grande pompe l’ambassadeur de Venise, Jean Mocenigo, au grand scandale de la Chrétienté qui reprochait à la Sérénissime de légitimer ainsi l’autorité d’un prince excommunié. Malheureusement, après la révolution de Luther et de Calvin, certaines puissances, restées catholiques, commençaient à faire peu de cas du droit public de l’Église.

Sans avoir abjuré, Henri pouvait constater que tout lui souriait. La victoire d’Arques et la reconnaissance de Venise « lui donnaient grande confiance ». Ses armes, pensait-il, suffiraient à asseoir une autorité retirée par Sixte-Quint en 1585. Mais, l’arrivée à Paris le 21 janvier 1590 du cardinal Henri Caetano, légat du pape, accompagné d’illustres prélats, pouvait compromettre son principal dessein qui était de mettre la main sur la ville de Paris. Un contemporain, Nicolas Brûlart, raconte l’évènement :

Le XXI de janvier 1590, monsieur le reverendiss[im]e cardinal Henry Caetan, fist son entrée à Paris en qualité de legat en France, auquel furent faictz tous les honneurs, qui se pouvoient désirer en tel caz, requis et accoustumez. […] Sa Saincteté l’aiant choissy pour legat l’a accompaigné de dix prelatz de doctrine et probité grande […] à sçavoir Camille Caetan, Romain, patriarche d’Alexandrie, son frere ; […] Philippe Sega, Bolognois, evesque de Plaisance ; François Panigarola [32], le Milanois, evesque d’Aste, religieux de Sainct-François de l’Observance, et prédicateur fort excellent […], le pere François Bellarmin [33] de la compagnie de Jesus, l’honneur de la Chrestienté et le fleau des heresies ainsy que ses œuvres en tesmoignent [34] .

Le légat et ses amis théologiens avaient pour mission de trouver une solution à la grave crise successorale du royaume de France, de faire libérer le cardinal de Bourbon et l’archevêque de Lyon, d’enquêter pour savoir si tous les catholiques reconnaissaient l’autorité royale du cardinal de Bourbon, d’introduire le tribunal de la Sainte-Inquisition... [35] Dans un premier temps, ils venaient apporter réconfort et soutien à la ville de Paris régulièrement assiégée par les hérétiques. Ils constatèrent que la réussite souriait toujours au Béarnais : le 14 mars 1590, ce dernier battait de nouveau Mayenne, à Ivry, dans un combat des plus violents. Les catholiques y perdirent plus de douze mille hommes [36]. Le soir de la bataille, Navarre fit venir les chefs de son armée, les mit à l’honneur en les invitant à sa table et les assura d’une prochaine victoire sur les Parisiens « rebelles ». L’heure était décisive… La ville de Paris prise, la France deviendrait rapidement calviniste.

 

 

– II –

Le siège de Paris de 1590 : plus de 45 000 morts !

Comme il l’avait annoncé après la victoire d’Ivry, le Béarnais se dirigea vers Paris. Il prit Melun, Provins, Bray-sur-Seine, Montereau. Au mois de mai 1590, toutes les places fortes aux abords de Paris étaient en son pouvoir. Ses troupes entreprirent aussitôt le siège de la capitale.

Depuis que le duc de Mayenne était parti chercher une armée et du soutien aux Pays-Bas espagnols, les Parisiens avaient choisi comme gouverneur de la ville un frère utérin de Mayenne, Charles-Emmanuel, duc de Nemours. Ce jeune prince, âgé de vingt-deux ans, était plein de zèle et d’activité pour défendre la plus grande ville de la Chrétienté et la plus populeuse (220 000 habitants). Il fit appeler 800 arquebusiers français et une garnison de 1 200 Allemands et 500 Suisses, appuyés de toute la milice bourgeoise de la capitale : chacun des seize quartiers de Paris devait fournir 3 000 hommes bien armés. Au total : une garnison de plus de 50 000 hommes défendaient la capitale.

Elle allait subir l’assaut d’une armée peu nombreuse mais déterminée et redoutable (13 000 hommes et 3 000 chevaux). Le 12 mai, les attaquants tentèrent d’enlever le faubourg Saint-Martin. Mais les arquebusiers parisiens, cachés dans les maisons ou dans les vignes, les arrêtèrent brutalement. C’était un échec pour Henri et ses hommes (La Noue fut blessé à la cuisse). Trop peu nombreux, ils comprirent qu’ils n’arriveraient jamais à forcer les remparts de la ville. Ils résolurent de la prendre par la famine à défaut de pouvoir l’assiéger.

Lorsque les Parisiens apprirent la reculade des protestants, leur joie fut immense. Après Arques et Ivry, c’était enfin une bonne nouvelle. Ils décidèrent d’organiser une procession grandiose pour remercier la Vierge Marie de ce premier succès. Les rues de Paris virent défiler plus de 1300 religieux (Carmes, Capucins, Feuillants, Chartreux) :

Derrière le Christ crucifié et l’image de la Vierge, qui leur servaient d’enseignes, ils défilèrent par les rues, quatre à quatre, le capuchon bas, la robe retroussée. Rose, l’évêque de Senlis, les commandait en chef ; le curé de Saint-Jacques, Pelletier, sergent de bataille, courait de la queue à la tête de la colonne, alignant les files, réglant la marche et compensant, dit de Thou, l’inégalité de ses jambes par la rapidité de ses mouvements. Le légat du pape Caetano, qui se trouva sur leur passage, leur donna sa bénédiction et les salua du nom de Macchabées [37].

Cependant, la famine commençait à se faire sentir. Les chefs de la capitale assiégée (les Seize, le duc de Nemours, le cardinal Caetano et Bernard de Mendoza, ambassadeur d’Espagne) avaient calculé qu’en se rationnant bien, la ville pouvait tenir un mois. Mais le mois était déjà passé. Mendoza, se mit à « distribuer chaque jour cent vingt écus de pain » et le légat donna « sa vaisselle pour solder les troupes ». « Les ornements des églises furent vendus et les vases qui n’étaient pas indispensables au culte fondus ».

Dans les rues, on installa d’énormes marmites où bouillait un mélange d’avoine et de son. Les Parisiens souffraient mais s’en remettaient à la volonté de Dieu. Ils passaient leurs journées dans les églises où les prédicateurs (comme Jean Boucher, Guillaume Rose, François Panigarola…) leur annonçaient la victoire. En cette vie ou dans l’autre. Dans l’autre, Dieu les recevrait en élus puisqu’ils se sacrifiaient pour sauver la foi catholique dans le « royaume très chrétien ».

Affamés, les Parisiens tentèrent des sorties aux alentours des remparts pour aller cueillir des épis de blé déjà mûrs. Ces « moissonneurs d’occasion », lorsqu’ils échappaient à la mort, revenaient souvent « éclopés, amputés, sanglants ». « Pauvres étaient les ressources que fournissait cette récolte hâtive, entravée de tant de dangers » (Mariéjol).

Le siège durait depuis deux mois et les cadavres gisaient déjà dans les rues. Pour ne rien arranger, au début de juillet (1590), le Béarnais reçut des renforts de troupes du Berry et du Midi. Les huguenots – près de 25 000 hommes – étaient attirés par l’espérance du sac de Paris. C’était le mot qui passait dans les rangs protestants. Henri de Navarre était maître de Saint-Denis et occupait tous les faubourgs de la rive gauche. L’abbaye Saint-Germain-des-Prés était entre ses mains. Les provisions s’épuisaient. Le vin commençait à manquer :

Le peuple faisait main basse sur les chevaux, les ânes, les rats, les chats, les chiens, se repaissait d’herbe, de graisse et de suif. Le pain (et quel pain) n’était plus que le régal des riches. La peau des animaux, leurs os broyés et réduits en farine servirent d’aliment. On osa même enlever au charnier des Innocents les ossements des morts pour les moudre et en fabriquer du pain [38].

« On a dit que Henri de Navarre, par humanité, avait laissé entrer des vivres dans Paris affamé durant le siège : c’est une erreur » écrit l’abbé Marion dans son Histoire de l’Église :

Ce furent ses officiers qui, non par humanité, mais par avarice ou légèreté, permirent sur plus d’un point l’entrée des vivres, “pour en retirer, dit Sully dans ses Mémoires, des écharpes, plumes, étoffes, bas de soie, gants, ceintures, chapeaux de castor et autres telles galantises” [39].

Toujours est-il qu’au début du mois d’août, la situation était désespérée. Des milliers de Parisiens mourant de faim, le duc de Nemours pensa qu’il fallait ouvrir des négociations avec le Béarnais. Trois jésuites, dont Bellarmin, furent consultés pour savoir s’il était licite, dans de telles circonstances, d’entrer en relation avec un hérétique. La réponse fut positive. Elle permit une première rencontre entre les chefs des deux camps. Mais les exigences du Béarnais étaient telles – une reddition immédiate de Paris – qu’il y eut impossibilité de s’entendre. Le siège continua. La deuxième quinzaine du mois d’août fut des plus terribles. Entre les morts, les blessés, les malades, les mourants, les affamés… la ville se lamentait.

L’historien Alfred Franklin écrit dans sa préface au récit authentique et passionnant d’un témoin italien du siège qu’après celui de Jérusalem, jamais ville n’avait enduré des conditions aussi atroces [40].

Après quatre mois de résistance à l’ennemi, le duc de Parme, Alexandre Farnèse [41], condottiere italien, le plus célèbre et le plus brillant capitaine de l’époque – il était le bras droit de son oncle Don Juan d’Autriche à Lépante – arriva le 30 août 1590, à la tête d’une armée espagnole et fit lever le siège en ravitaillant la ville. Paris vit mourir de faim près de 15 000 des siens et 30 000 autres, de fièvre et de maladies, conséquences des souffrances endurées pendant le siège. Comment ne pas rendre hommage à l’héroïsme et au martyre des Parisiens qui sauvèrent la France catholique et que l’histoire a lamentablement occultés pour mettre à l’honneur, et depuis des siècles, les huguenots tués à Paris lors de la Saint-Barthélémy.

Vainement Henri tenta-t-il, quelques jours après, de surprendre nuitamment la ville : les Jésuites, qui gardaient le rempart du côté du faubourg Saint-Antoine, donnèrent à temps le signal d’alarme (nuit du 9 au 10 septembre 1590), et l’entreprise échoua, comme un peu plus tard, celle de la Journée dite des Farines où les huguenots déguisés en paysans et chargés de sac de farine arrivèrent à la porte Saint-Honoré. Ils furent découverts et reçurent, en guise de salutation, de jolis coups d’arquebuse (20 janvier 1591). C’était un nouvel échec pour Henri de Navarre. Paris ne se livrait pas à un prince hérétique.



Puisqu’il ne pouvait prendre Paris de force, le Navarrais entreprit d’occuper les châteaux et les places fortes qui protégeaient la capitale en périphérie (Chartres – alors grenier à blé de Paris –, Corbeil, Louviers, Noyon, Meaux…). La prise de ces villes redonna courage au vainqueur d’Arques et d’Ivry, quand il reçut de mauvaises nouvelles de Rome. Le nouveau pape, Grégoire XIV, « homme qui jeûnait deux fois par semaine, célébrait tous les jours la messe, disait constamment les Heures à genoux, et qui consacrait ensuite une heure à son auteur favori, saint Bernard [42] », réitéra la bulle d’excommunication de Sixte-Quint et obligea les catholiques, surtout les évêques et la noblesse « navarristes », à quitter, dans les quatorze jours, Henri et ses partisans « sous peine d’excommunication » (juin 1591) [43].

Le souverain pontife rappelait que les catholiques – qui plus est les évêques – ne pouvaient reconnaître l’autorité d’un hérétique sur le « royaume très chrétien ». Le pape disait ne pas comprendre comment la noblesse pouvait suivre de tels apostats :

ceux qui n’ont pas même pour eux les droits du sang, perdus par leur faute et leurs actions ; ceux qui n’ont pas reçu la succession du royaume, parce qu’ils ont abandonné la foi de leurs aïeux ; car ils ne peuvent être dignes du royaume, ceux qui sont privés du secours du ciel, et il n’y a pas de royaume là où il y a transgression des lois divines et humaines.

Le fils de Jeanne d’Albret répondit qu’il maintiendrait la religion catholique dans son entier, comme il l’avait déclaré le 4 août 1589, et qu’il se soumettrait, pour lui-même, à la décision d’un libre concile. Mais fort inquiet des conséquences immédiates de ces monitoires, Henri demanda l’aide militaire des protestants d’Europe (les États Généraux de Hollande prêtèrent 30 000 écus, la reine d’Angleterre envoya 4 000 soldats sous les ordres du comte d’Essex et les princes protestants de l’Empire 6 800 reîtres et 10 000 lansquenets sous ceux de Christian d’Anhalt-Bernbourg). Pour se les rendre favorables, Henri fit publier l’édit de Mantes qui révoquait ceux de 1585 et de 1588 et accordait aux calvinistes français la liberté de conscience, la liberté de culte dans les châteaux des seigneurs protestants hauts justiciers et dans un faubourg de ville par bailliage, sauf à Paris. Il admettait aussi – et c’était une grande nouveauté – les protestants à toutes les charges publiques. De telles mesures scandalisèrent Rome et les catholiques.

Les parlementaires et la noblesse « navarristes », notoirement gallicans, repliés à Châlons, déclarèrent les brefs et bulles de Grégoire XIV de nulle valeur et ordonnèrent de les brûler, le pape étant nommé « ennemi du royaume » [44] . Ils décrétèrent aussi l’arrestation du nonce Landriano. Quant aux évêques « navarristes » (une dizaine), ils se réunirent à Chartres pour se concerter sur l’attitude à prendre face aux monitoires de Grégoire XIV. L’historien Mariéjol décrit la situation de ces évêques :

En 1591, quelques évêques seulement osaient prendre parti pour le roi hérétique. La plupart des villes épiscopales étaient de la Ligue ; un évêque royaliste n’eût pu s’y maintenir contre le pape, les curés, les moines et le peuple. Fumée, évêque de Beauvais, Philippe du Bec, évêque de Nantes, et Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, qui s’étaient déclarés pour Henri IV, avaient été chassés de leurs sièges ou s’en tenaient éloignés. […] Le vice-légat de France, Sega, dénonçait à Rome, le 10 juillet 1591, les « quatre très scandaleux et coupables prélats » qui avaient signé l’édit de Mantes : Beaune, du Bec, Fumée et l’évêque de Bayeux [45].

Avec quelques autres évêques et prélats, ils formaient une « petite Église royaliste », comme la nomme justement Mariéjol. Ils en appelèrent du « pape mal informé au pape mieux informé » et déclarèrent « que les dites monitoires, interdictions, sont nulles, tant en la forme qu’en la matière, injustes et suggérées par la malice des étrangers ennemis de la France et qu’elles ne nous peuvent obliger ny autres François catholiques estant en l’obéissance du roy » (Chartres, 21 septembre 1591). Incohérence de ces évêques qui reconnaissaient l’autorité et les décisions d’un prince hérétique mais qui rejetaient celles d’un pontife légitime. Grégoire XIV excommunia ces évêques, plus gallicans que catholiques [46] et, sans s’émouvoir, leva une armée qu’il envoya en France.

L’armée pontificale rallia les forces du duc de Mayenne qui arrivèrent pour soutenir la ville de Rouen assiégée depuis le 11 novembre 1591.

En effet, Henri de Navarre avait décidé de faire le siège de Rouen et de prendre la province normande. Proche de Paris, devenue huguenote, elle serait un point d’appui pour harceler l’Ile-de-France. Avec les forces protestantes venues de toute l’Europe [47], Henri de Navarre se trouvait à la tête de près de 40 000 hommes. Le gouverneur de la ville de Rouen, Villars-Brancas, fut un véritable héros, comme tous les Rouennais. Le 1er décembre 1591, Henri somma la ville de se rendre. « Les habitants répondirent au héraut qu’ils étaient tous résolus de plustot mourir que de recognoistre un heretique pour le roy de France ». Les combats furent des plus violents. Cette force sans pareil ne réussit pas à pénétrer dans la ville, ni à l’affamer. Une flotte hollandaise qui avait remonté la Seine jusqu’à Rouen n’eut pas plus de succès. Dépité, le Navarrais quitta le camp le 29 janvier 1592 pour aller à la rencontre d’Alexandre Farnèse et de son armée qui venaient au secours de la ville assiégée. Henri ne prit avec lui que quelques milliers de cavaliers qui forcèrent le duc de Parme à reculer, mais, le 5 février, à Aumale, c’est Henri de Navarre qui reçut un coup de feu. Il lui « brusla sa chemise et luy meurdrit un peu la chair sur les reins ». Le général italien ne voulut pas s’engager à fond, croyant que Navarre était soutenu par une armée puissante. Alexandre Farnèse s’occupa à dégager la ville de Rouen, qui lui dut sa délivrance [48].


Lors des combats devant Caudebec, le 25 avril 1592, le valeureux Farnèse fut grièvement blessé au bras. Il n’en continua pas moins à combattre jusqu’à la fin mai et ce n’est qu’après avoir mis son armée en sûreté qu’il pensa à sa santé.

Il avait sauvé Rouen et dégoûté l’Angleterre et l’Allemagne protestante de toute nouvelle intervention

écrit l’historien Mariéjol. Sa santé s’aggrava subitement en fin d’année. Au grand désespoir des catholiques, il mourut à l’âge de quarante-sept ans, dans la nuit du 2 au 3 décembre, à l’abbaye Saint-Vaast, à Arras. Comment ne pas rendre gloire à ce héros italien, sous commandement espagnol, venu sauver Paris et Rouen pour garder à la France royale et monarchique la religion catholique.

La guerre continua avec des alternances de succès et de revers. Le souverain pontife, Clément VIII qui avait succédé au pape Grégoire XIV, toujours très inquiet de la volonté des hérétiques à s’emparer du pouvoir, éleva la voix et ordonna des prières dans toute la Chrétienté (Consistoire du 22 novembre 1592) : « Priez, disait-il, pour l’affligé royaume de France, afin que Dieu veuille rétablir en son ancienne piété et précédente tranquillité ce royaume très chrétien qui a tant fait pour la religion chrétienne ». La France avait besoin d’un chef catholique. Clément VIII pressa les évêques de convoquer les États Généraux pour assurer l’élection d’une autorité légitime. « Si cela était nécessaire, écrivait l’abbé d’Orbais, le pape dit qu’il ira couronner le nouveau roi » (9 juillet 1592).

 

 

– III –

Les États généraux de 1593

et la « conversion » de Saint-Denis

Le duc de Mayenne annonça pour décembre la convocation des États Généraux afin de « pourvoir au général des affaires du royaume et au particulier de la ville de Paris ». Depuis quatre années, on les ajournait. En effet, dès le lendemain de l’assassinat des Guise, les États avaient été convoqués pour le 15 juillet 1589 : l’attaque de Paris et le tyrannicide de Henri III firent échouer le projet. Ils furent ensuite convoqués pour le 3 février 1590, à Melun. Cette ville étant assiégée par les calvinistes, Orléans fut choisi comme un lieu « plus logeable ». Mais la victoire d’Ivry changea de nouveau les circonstances. Mayenne les repoussa au 20 janvier 1591 à Orléans, puis à Reims pour le 31 mai. Finalement, ce fut à Paris que les députés furent invités.

Henri de Navarre, furieux, fit condamner par le Parlement de Châlons cette réunion. Il déclarait « coupables de lèse-majesté ceux qui y assisteraient » et Mayenne fit casser cet acte par le Parlement de Paris.

Les États Généraux s’ouvrirent au Louvre le 26 janvier 1593. Deux tendances virent le jour parmi les députés : les catholiques intransigeants opposés au Béarnais en toute hypothèse (Henri de Navarre était relaps : il était impossible de lui faire confiance) et les modérés disposés à le reconnaître s’il voulait sincèrement se convertir (mais le Navarrais ne cessait de repousser cette solution, tout en disant qu’il souhaitait se convertir, mais qu’il ne pouvait en raison de la guerre, etc.). La majorité aux États parut modérée mais bien décidée à élire un roi catholique. Le théologien des Seize, Jean Boucher, prédicateur renommé, louait les bienfaits de l’élection pour recouvrer une autorité catholique :

O election de Roy Catholique ! ô joyau longtemps désiré ! ô benediction de la France ! ô cessation de noz maux ! ô soulagement de miseres ! ô consolation des pauvres ! ô restitution de vertu ! ô asseurance de Religion ! ô instrument de divinité ! ô mort des pechez & des vices ! ô espouvantement des meschans ! ô terreur et horreur des Diables, qui de si longtemps ont empesché l’heur d’un tel & si grand bien ! ô jouissance de tous biens ! ô dissipation d’usures ! ô establissement de Justice ! ô abondance de paix ! [49]. […] Mais quel est ce Gedeon & quel est cest Ange ? Quel cest enfant d’huille, & Roy sacré ? Quel cest Isaac, & fils de promesse ? Dieu le sçait, Dieu le cognoist. Car luy seul donne les Royaumes.

Dieu donne aux âmes les monarques qu’elles méritent, monarques  qu’il définit comme « Lieutenans de Jésus-Christ sans plus ». Mais il faut les lui demander par la prière et par la pénitence. Le prédicateur exhorta les « vrays françois » à prier Dieu pour qu’Il leur envoie ce prince tant désiré et « vrayement Catholique » :

Dieu des vertus, oubliant tout courroux Tournez à vous & dressez nostre vie ; Tournez vers nous vostre visage doux, Et nous aurons de tous maux garentie. Disons luy, Dieu des armées, jusques à quand serez vous irrité, contre l’oraison de vostre peuple ? [50] 

Il poursuit :

Remonstrons Luy les degats que l’on voit par toute l’Eglise, la discipline altérée, les bonnes moeurs corrompuz, la craincte de Dieu perdue, les sacremens profanez, les eglises ruinées, les autels sans sacrifice, les monastères débauchez. Remonstrons & luy disons qu’il se tourne un peu vers nous, qu’il regarde du Ciel, qu’il voye & visite cette vigne & le plant que sa dextre à planter. […] Car c’est (par) là qu’il faut commencer pour avoir des Davids, des Salomons, des Ezechies, des Josias & Josaphats. C’est Dieu sans plus qui les fait. C’est à ce coin qu’on les frappe. C’est la forge d’où ils viennent. Je dy pour faire qu’ils soient bons. Non du puys de Machiavel & de l’abysme d’enfer [51].

Il faut respecter les lois successorales du royaume (loi salique et loi de primogéniture), précise le théologien de la Ligue parisienne, mais lorsqu’une crise grave survient, il est loisible de changer le mode de dévolution de la couronne. Ces lois ne sont que des moyens pour arriver à une fin qui est l’obtention d’un roi catholique.


Est simplement abus, que de dire que la succession, quelque part qu’elle soit receue, soit en France, soit allieurs, lie tellement les Royaumes ou les peuples, que ce soit un fondement immuable & neccessaire. Attendu, que si bien elle a esté admise, pour l’experience qu’il y a, que les inconveniens en sont moindres que de l’election, ce ne fut-ce jamais pourtant, pour prejudicier au droict de nature, sur lequel est l’election [52].

Ce « roi » tant espéré par Jean Boucher et par les intransigeants était le fils du Balafré, Charles de Lorraine, 4e duc de Guise, âgé de vingt-deux ans. Après l’assassinat de son père, alors qu’il était prisonnier à Tours, il réussit à s’enfuir et à rejoindre Paris (1591). Les catholiques souhaitaient le voir marié à Claire-Isabelle-Eugénie, fille d’Élisabeth de Valois (sœur de Henri III) et de Philippe II [53].

D’autres préféraient conserver les lois salique et de primogéniture pour garder la branche des Bourbon. Ils conseillaient au jeune cardinal de Vendôme, nouveau cardinal de Bourbon, fils de feu Louis de Condé, d’être relevé de ses vœux et d’épouser la fille de Philippe II. D’autres ligueurs auraient bien vu un autre Bourbon sur le trône de France, le demi-frère du jeune cardinal, Charles, comte de Soissons. Quant aux Espagnols, qui avaient envoyé aux États Généraux un ambassadeur extraordinaire, le duc de Féria, ils proposèrent, par son entremise, le mariage d’un prince français avec Claire-Isabelle-Eugénie.

Depuis un an, le jeune cardinal de Bourbon avait tenté de former un « tiers-parti » pour satisfaire les Français désireux de voir un Bourbon catholique monter sur le trône de France. Evidemment, Henri de Navarre s’inquiétait d’une telle concurrence comme de celle du comte de Soissons. Qu’allaient faire les États Généraux ?


Le duc de Mayenne, décidé à élire un roi, ne mettait cependant pas d’obstacle majeur à reconnaître Henri de Navarre s’il faisait profession publique de catholicisme et s’il demandait à Rome la levée de ses excommunications. Les partisans du Navarrais étaient de plus en plus nombreux parce que la guerre était longue et les esprits désireux d’en finir. Mais pourtant Mayenne était formel :

Il estoit impossible de reconnaitre Navarre sans manquer à l’obéissance due au Saint-Siège et sans rompre avec ceste ancienne coustume si religieusement gardée par tant de siècles, en la succession de tant de roys depuis Clovis jusques à présent, de ne recognoistre au throsne royal aucun prince qui ne fust catholique, obeyssant fils de l’Église et qui n’eust promis et juré à son sacre, et en recevant le sceptre et la couronne, d’y vivre et mourir, de la défendre et maintenir et d’extirper les hérésies de tout son pouvoir : premier serment de nos roys sur lequel celuy de l’obeyssance et fidelité de leurs subjects estoit fondé. […] Comme Henri de Navarre persévère dans son erreur, il n’est pas loisible aux catholiques de l’accepter [54] .

Henri de Navarre savait que l’élection d’un roi lui faisait perdre sa légitimité et que toutes ses tentatives de prise du pouvoir eussent été vaines. Son entourage (Sully, les évêques navarristes, François d’O, ….) l’encourageait à « faire le pas ». François d’O lui souffla à l’oreille :

Sire, il ne faut plus tortignonner…, vous avez dans huit jours un roi élu en France, le parti des princes catholiques, le pape, le roi d’Espagne, l’Empereur, le duc de Savoie et tout ce que vous aviez d’ennemis sur les bras. […] Il vous faut soutenir tout cela avec vos misérables huguenots, si vous ne prenez une prompte et galante résolution d’ouïr une messe [55].

Les grands seigneurs et les évêques navarristes, exclus de la réunion des États, réagirent rapidement. Ils demandèrent aux 116 députés des États une conférence pour « chercher les moyens d’assoupir les troubles et de conserver la religion catholique, apostolique et romaine pour se réconcilier [56] ». « Demander une conférence pour traiter sur cette base était d’une habileté extrême, écrit l’historien Henri de l’Epinois, car c’était détruire l’autorité des États et rendre secondaires leurs débats ». C’était aussi diviser plus encore les députés des États, entre ceux qui étaient prêts à négocier avec les représentants du Navarrais et ceux qui ne le voulaient à aucun prix. Après un mois de discussion, une majorité des députés répondit favorablement à la proposition des Navarristes (4 mars 1593) :

Estans délivrez des accidens et périls que les gens de bien prevoyent et craignent, à cause du mal que l’heresie produit, nous ne rejetterons aucun conseil qui puisse aider à amoindrir ou faire finir nos misères ; car nous recognoissons assez et sentons trop les calamitez que la guerre civile produit et n’avons besoin de personne pour nous monstrer nos playes : mais Dieu et les hommes sçavent qui en sont les autheurs […] [57].

La majorité des députés des États acceptaient le principe de la conférence à condition de la tenir seulement entre catholiques et sans que les délégués entrent en contact direct ou indirect avec Navarre, se contentant « d’exposer les raisons pour lesquelles les Français ne devaient pas reconnaître un hérétique pour roi ». Le 21 avril, douze personnes furent désignées chez les ligueurs et huit chez les partisans du Navarrais (dont Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, de Thou…). La première séance eut lieu le 5 mai, à Suresnes. Les délégués s’employèrent à régler les conditions d’une trêve de dix jours et le cardinal d’Epinac fit valoir que « la paix et la prospérité des estats dépendoient principalement de l’obeyssance que l’on doit au prince et de la concorde des subjects mais que cette concorde ne se pouvoit former s’il y avoit diversité de religion ». Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, trouva, dans les Écritures et dans l’histoire, des textes pour établir l’obligation où étaient les sujets d’obéir, même à des rois païens ou hérétiques [58]. Lui, du moins, n’obéissait pas au pape Grégoire XIV qui avait défendu de suivre un hérétique sous peine d’excommunication.

Le légat du pape, la faculté de théologie, les ligueurs les plus ardents protestèrent énergiquement contre une telle rencontre. « Certains placards imprimez furent fichez par les carrefours par desdain de ce que l’on avait accordé la conférence avec les ennemis ». Jean Boucher s’étonna de la qualité de ceux qui souhaitaient la conversion du Navarrais. Il les apostropha vertement :

Seigneur Dieu, qu’ils sont bigarrez ! Que leurs livrées sont diverses, encore que tous portent l’echarpe blanche ! Calvinistes, lutheriens, atheistes, catholiques, tous disent une mesme chanson : Sire, faites-vous catholique. Anglois, Escossois, Allemans, Flamens, Danois, François, Suisses, les politiques d’Italie, tous frappez à un mesme coing : Sire, faites-vous catholique. Mesme Geneve y a passé, quoyque ce soit en fermant les yeux… Quel est donc ce miracle nouveau ? Quelle discorde concordante ? Les diables sont-ils faits anges ? L’enfer prophète ? Et les antechrists apostres ? [59] 

Assez précipitamment, Henri de Navarre déclara à son conseil qu’il avait pris la résolution d’abjurer le calvinisme « pour avoir cogneu et jugé bon de le faire » (16 mai). D’Epinac répliqua « que de telle conversions, suggérées par la raison d’État ne pouvaient inspirer aucune confiance aux catholiques ». Voulant sauver la face, il réunit à Mantes l’évêque d’Évreux, du Perron, ancien calviniste, et les ministres protestants Rotan et Morlas pour une discussion théologique. D’Aubigné rapporta que les protestants furent contraints de convenir que l’Église romaine, « étant l’Église la plus ancienne, était l’Église de Jésus-Christ et que l’on pouvait y opérer son salut ». Le lendemain, l’archevêque de Bourges, annonça la prochaine abjuration de Henri de Navarre. Bientôt, d’un bout à l’autre du royaume, la nouvelle fut connue. Un nombre important de Parisiens et de Français, épuisés par tant d’années de guerres, de conflit, de famines, de maladies, commencèrent à penser que la solution à tous les maux pouvait bien être la conversion du Navarrais. D’autres pensaient qu’une telle conversion, aussi rapidement menée, n’était qu’une feinte du personnage. Le souvenir de 1576 ne quittait pas ceux qui craignaient le plus le scénario de la conversion.

Toujours est-il que, le 23 juillet, le roi manda dans son cabinet les évêques navarristes, (l’archevêque de Bourges, les évêques de Mantes et du Mans, du Perron, évêque d’Evreux…), et commença à s’entretenir avec eux de « la grande affaire de la conversion ». Il leur exposa sur quels points il souhaitait plus ample instruction. La conférence dura cinq heures, puis le roi se déclara suffisamment convaincu et prêt à signer la profession de foi qu’il plairait aux évêques de lui soumettre [60].

Deux jours après, le dimanche 25 juillet, dans la basilique de Saint-Denis, Henri de Navarre prononçait à genoux cette formule :

Je proteste et je jure devant la face de Dieu tout-puissant de vivre et de mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, de la protéger, de la défendre envers tous, au péril de mon sang et de ma vie, renonçant à toutes hérésies.

Après cette abjuration, faite en présence d’un certain nombre de prélats, Renaud de Beaune, qui présidait la cérémonie, donna l’absolution (que seul le pape pouvait accorder). Mariéjol souligne que « l’abjuration eut le caractère, l’aspect riant d’une fête ». Ce n’était pas du goût des catholiques les plus romains qui voulaient faire respecter les droits de l’Église et qui souhaitaient un minimum de sérieux dans une affaire aussi grave.

Sur l’ordre du légat, Jean Boucher fit un véritable « procès » de la conversion de Henri de Navarre, du 1er au 9 août 1593, en l’église Saint-Merry à Paris. Le morceau qu’il offre sur le « pénitent » Henri de Navarre ne manque ni de verve ni de malice, et vaut la peine d’être cité :

Quelles cendres ? Quelle haire ? Quels jeûnes ? Quelles larmes ? Quels soupirs ? Quelle nudité de pieds ? Quels frappements de poitrine ? Quel visage baissé ? Quelle humilité de prières ? Quelles prostrations par terre en signe de penitence ? Les gens de guerre embastonnés, les fifres, les tambours sonnants, l’artillerie et escopetterie, les trompettes et clairons, la grande suite de gentilshommes, les damoiselles parées, la délicatesse du pénitent appuyé sur le col d’un mignon, pour le grand chemin qu’il avait à faire, environ cinquante pas depuis la porte de l’abbaye jusqu’à la porte de l’eglise ; la risée qu’il fit, en regardant en haut, avec un bouffon qui était à la fenêtre: “En veux-tu pas estre?”, le dais, l’appui, les oreillers, les tapis semés de fleurs de lis, l’adoration faite par les prélats à celui qui se doit soumettre et humilier devant eux, sont les traits de cette penitence […] et puis le voilà à la Messe ! Et sonne le tambourin, vive le Roi [61]

Jean Boucher, beaucoup de religieux, certains ligueurs et parlementaires, des évêques, le légat, émirent de sérieux doutes sur la sincérité de cette conversion. Henri de Navarre ne restait-t-il pas hérétique ? Était-il vraiment repentant ? Une fois au pouvoir, n’allait-il pas revenir à l’hérésie comme il l’avait fait en 1576 ? Regrettait-il d’avoir combattu tant d’années les catholiques ? Avait-il fait pénitence pour cela ?

Et que dire de la validité de l’absolution donnée à Saint-Denis ? Elle envenima aussitôt les rapports entre Paris et Rome. L’excommunication pontificale ne pouvait être levée que par le souverain pontife :

Les gallicans ripostèrent que les évêques étaient de droit divin, institués par Jésus-Christ, successeurs des Apôtres, vicaires de Jésus-Christ eux aussi, comme le pape. Le Christ n’avait pas choisi saint Pierre et celui-ci les Apôtres. Et quant à l’absolution d’hérésie, elle était de la juridiction des évêques [62].

Certains parlementaires pensèrent même qu’il fallait réclamer le retour à la Pragmatique Sanction de Bourges de 1438 [63] et créer une Église nationale sur le modèle de l’Angleterre.

Des tendances schismatiques se faisaient jour, non seulement au Parlement, mais encore dans une partie de l’épiscopat, conduite par l’archevêque de Bourges. L’idée d’élire un patriarche des Gaules, qui régirait l’Église de France indépendamment de Rome, se répandait, à la grande joie des huguenots. Autour d’Henri IV, certains ne reculaient pas devant l’idée d’un schisme [64].

En effet, après le mois d’août 1593, l’idée du schisme était fortement répandue. Mais beaucoup, aussi, n’allaient pas à Henri de Navarre (surtout les religieux) parce que Rome n’avait pas levé les excommunications. Le pape Clément VIII allait-il recevoir les ambassadeurs envoyés par Henri de Navarre ? Rome pouvait-elle faire confiance à ce relaps reconnu souverain par un nombre de plus en plus important de Français ? Comment Rome allait-elle pouvoir gérer cet épiscopat « navarriste », gallican et officiellement excommunié ? Comment les villes ligueuses allaient-elles réagir, en particulier la capitale « héroïque », Paris, face à Henri de Navarre « converti » ? Rome pouvait-elle éviter le schisme en sacrifiant son droit public ? Autant de questions que Clément VIII, les Ligueurs et Henri de Navarre devaient résoudre dans les mois à venir.

(à sauvre)




[1]  — Jean-Christian Petitfils, L’assassinat de Henri IV. Les mystères d’un crime, Paris, Perrin ; Gonzague Saint Bris, Henri IV et la France réconciliée, Paris, Télémaque ; Jean Castarède, 1610 : l’assassinat d’Henri IV, un tournant pour l’Europe, Paris, France-Empire ; Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Fayard (réédition). Sans compter les documentaires télévisés de vulgarisation, comme celui intitulé : Henri IV, le roi de cœur, dans « Secrets d’Histoire », 20 août 2009.

[2]  — Abbé Pierre-Edouard Puyol, Louis XIII et le Béarn ou rétablissement du catholicisme en Béarn, Paris, De Soye, 1872, p. 29.

[3]  — Voir Michel Defaye, Jarnac et Moncontour, Victoires et trahison, dans le Sel de la terre n°68, p. 147.

[4]  — Lettre du 3 octobre 1572. Original autographe aux Archives secrètes du Vatican dans Recueil des lettres missives de Henri IV, publié par Jules Berger de Xivrey, Paris, Guadet, 1863, t. I, p. 36.

[5]  — Voir le serment des ligueurs de Péronne dans Le Sel de la terre n°19, p. 172-173.

[6]  — Roland Mousnier, L’Assassinat d’Henri IV, 14 mai 1610, Paris Folio-Gallimard, 1992, p. 281.

[7]  —  Roland Mousnier, L’assassinat d’Henri IV, 14 mai 1610, p. 281.

[8]  —  Stephane Gal, Genève, entre cité de Dieu et siège de Satan. Discours de François de Sales au duc de Savoie en 1596, p. 60-69, dans l’ouvrage collectif « Les affrontements religieux en Europe : du début du XVIe au milieu du XVIIe siècle », Presses Universitaires Septentrion, 2008.

[9]  —  L’assassinat des Guise a été l’objet de nombreux écrits pour la défense de leur mémoire. Voir entre autres : Charles Pinselet, Le Martire des deux freres contenant au vray toutes les particularitez plus notables des massacres & assassinats commis és personnes de tres-haults, tres-puissans & tres-chrestiens princes, messeigneurs le reverendissime Cardinal de Guyse, archevesque de Reims. Et de monseigneur le Duc de Guyse, Pairs de France. Par Henry de Valois à la face des Estats dernieremẽt tenus à Bloys, S. l., 1589, 52 p.

[10] —  Le cardinal de Bourbon était l’oncle paternel du futur Henri IV. Archevêque de Rouen, ce prélat était aussi puissant que renommé. Voir Eugène Saulnier, Le rôle politique du cardinal de Bourbon (Charles X), 1523-1590, Paris, Honoré Champion, 1912.

[11] — Sur ce dernier : P. Richard, La papauté et la Ligue française. Pierre d’Epinac, archevêque de Lyon (1573-1599), Paris, Picard, 1901.

[12] — Mémoires de la Ligue, contenans les événements les plus remarquables depuis 1576 jusqu’à la paix accordée entre le roi de France et le roi d’Espagne en 1598, Amsterdam, Gouget, 1758-1763, t. III, p. 181-183. L’esprit général de cet ouvrage est malheureusement anti-ligueur et anti-catholique.

[13] — Voir Mémoires de la Ligue, ibid., p. 540-541.

[14] —  Cité dans Henri de l’Epinois, La Ligue et les papes, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 277.

[15] — Mémoires de la Ligue, ibid., p. 178-179.

[16] — La bulle In Coena (ou coenae) Domini est la bulle contenant la série d’excommuni­cations générales, fulminées solennellement à Rome autrefois, le Jeudi saint de chaque année, contre les auteurs de certains délits déterminés, excommunications dont le pape se réservait l’absolution. Dictionnaire de Droit canonique, Paris, Letouzey et Ané, 1937, t.II, col.1132.

[17] — Bulle de N.S.P. le pape Sixte V contre Henry de Valois. A Paris, chez Nicolas Nivelle et Rolin Thierry,1589. Voir aussi : De l’excommunication et censures ecclésiastiques, encourues par Henry de Valois pour l’assassinat commis ès personnes de messieurs le Cardinal et duc de Guyse, Paris, Bichon, 1589.

[18] —  Pierre Chevallier, Henri III, roi shakespearien, Paris, Fayard, 1994, p. 692.

[19] — Voltaire, La Henriade, poème en dix chants, Paris, Firmin Didot, 1859, p. 74. La dernière édition de ce "poème", chez MonHélios, date de 2002. Cet éditeur est implanté en Béarn ! Dans le dernier vers, Voltaire évoque, bien sûr, le pape Sixte-Quint et le roi d’Espagne Philippe II.

[20] — Pierre Chevallier, Henri III, roi shakespearien, p. 693.

[21] — D’après les Mémoires três-particuliers du duc d’Angoulême, pour servir à l’histoire des règnes de Henri III et Henri IV, Paris, Barbin, 1667.

[22] — Relazione del comm. di Dio. Gallia sub Sisto V, Arch. du Vatican, Gallia, cité dans Henri de l’Epinois, La Ligue et les papes, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 336.

[23] —  Cité dans Ernest Mourin, La Réforme et la Ligue en Anjou, Angers, Cosnier et Lachèse, 1856, p. 236.

[24] —  Henri de l’Epinois, La Ligue et les papes, p. 341.

[25] —  Archives de Simancas, série B 62. Cité dans Baguenault de Puchesse, La politique de Philippe II dans les affaires de France : 1559-1598, Revue des Questions Historiques, 1879, p. 45.

[26] —  Dès 1589, d’aucuns « Politiques » ont laissé entendre que ce texte était apocryphe. Il est authentique. Harangue prononcée par N.S. père en plein Consistoire & assemblée des Cardinaux le 11 de septembre 1589, contenans le jugement de sa saincteté, touchant la mort de feu Henry de Valois & l’acte de F. Jacques Clément, à Paris, chez Nicolas Nivelle et Rolin Thierry, 1589.

[27] —  Dés 1588, le pape Sixte-Quint avait prévenu Henri III des rigueurs de la justice divine qu’il attirait sur lui et sur la race des Valois : « Le Saint-Père, écrivait le cardinal Montalto au légat Morosini, dit que le concile (de Trente) doit être publié sans retard. […] Déjà, pour avoir refusé de le publier, le roi et son royaume éprouvent la colère de Dieu, mais, s’il persiste dans son refus, il court à sa damnation. Il s’éteindra avec la race des Valois, et ne laissera d’autre héritier que la honte de son nom : car on ne ruse pas avec Dieu comme avec la maison de Guise. » Le roi n’ayant pas tenu compte des avertissements, Sixte V renouvela ses menaces quelques semaines plus tard par Montalto : « Le Saint-Père dit, écrit Montalto au Légat, que si le roi ne veut point publier le concile, Dieu aussi ne le reconnaîtra plus pour roi […] sa maison cessera de régner et d’exister avec lui ». Cité dans Jager, Histoire de l’Eglise catholique en France, Paris, Bloud et Barral, 1881, tome XVI, p. 113 et 117.

[28] —  Harangue prononcée par N.S. père en plein Consistoire. Ibid.

[29] —  Anagramme de Henri de Valois trouvée par le célèbre prédicateur et théologien Jean Boucher.

[30] —  Mais le cardinal mourut bientôt (10 mai 1590) dans la prison de Fontenay-le-Comte où l’avait maintenu son neveu, le futur Henri IV. Après cette date, la France se chercha un roi catholique… Rapidement, il fut décidé de convoquer des États Généraux pour envisager l’avenir. Encore fallait-il que les circonstances le permettent.

[31] — Roland Mousnier, L’assassinat d’Henri IV, 14 mai 1610, Paris Folio-Gallimard, 1992, p. 95.

[32] —  François Panigarola (1548-1594) était religieux cordelier, évêque d’Asti et célèbre prédicateur. Voir : Les Malheurs et Inconveniens qui aduiendront aux Catholiques faisant paix auec l’heretique, Paris, Nivelle et Thierry, 1590. 

[33] —  Robert Bellarmin (1542-1621), jésuite, théologien, grand prédicateur et polémiste, canonisé par Pie XI en 1930 et déclaré Docteur de l’Église l’année suivante. Voir : Disputationes de controversiis christianae fidei adversus hujus temporis haereticos, Ingolstadt, 1587-1593. 8 vol.

[34] —  Journal d’un ligueur parisien, des barricades à la levée du siège de Paris (1588-1590) du chanoine Nicolas Brûlart, Genève, Droz, 1999, p. 165-168.

[35] — A partir du mois de décembre 1590, le jugement du pape Sixte Quint sur Henri de Navarre changea. Il pensait qu’il ne fallait pas exclure la possibilité de la conversion sincère du Béarnais. L’entourage du pape, surtout espagnol, y était opposé et son légat à Paris prit résolument le parti des Ligueurs. Le Souverain Pontife mourra bientôt (août 1590) sans savoir comment allait se résoudre la crise successorale en France.

[36] —  Les partisans de Henri de Navarre firent imprimer le récit de la bataille sous le titre : Discours veritable de la victoire obtenue par le roy en la bataille donnée prez le village d’Ivry, le 14 de mars 1590, s.l, 1590.

[37] — Jean-H. Mariéjol, La Réforme et la Ligue, l’Édit de Nantes, 1559-1598, Paris, réédition chez Tallandier, 1983, p. 351. Malgré l’intérêt de son récit, cet historien protestant – comme ses coreligionnaires – est trop souvent partial.

[38] — Jean-H. Mariéjol, La Réforme et la Ligue, p. 353.

[39] — Abbé Léon Marion, Histoire de l’Église, Paris, Téqui, 1932, t. 3, p. 349.

[40] — Journal du siège de Paris en 1590, rédigé par un assiégé, présenté par Alfred Franklin, Paris, Willem, 1876, Skatline reprints, Genève, 1977, 325 p. Le témoin relate les horreurs du siège, en particulier des cas de pauvres femmes, affamées, mangeant leurs enfants morts.

[41] — Léon Van der Essen, Alexandre Farnèse, prince de Parme, gouverneur général des Pays-Bas, 1545-1592, Bruxelles, Librairie nationale d’histoire et d’art, 1933-1937, 4 vol.

[42] — C’est l’aveu de l’historien protestant Léopold Ranke, Histoire de la Papauté pendant les XVIe et XVIIe siècles, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1986, p. 422.

[43] — Bulles de N. S. Père le pape Grégoire XIIII, l’une contre toutes personnes ecclésiastiques suyvans le party de Henry de Bourbon, jadis roy de Navarre, l’autre aux princes, seigneurs, nobles et autres personnes laïques suyvans le mesme party, Paris, R. Nivelle, 1591, 61 p.

[44] — Voir : T. Berchet, Conseil chrestien sur les monitoires et menaces d’excommunication et interdiction du pape Sfondrato dit Grégoire XIV, contre le roi, l’église et le royaume de France... (S. l.), 1591. 171 p. Le pape répondit par : Déclaration de N. S. Père le pape Grégoire XIIII sur les lettres qui luy sont esté escrites par la noblesse qui suit le Navarrois. Traduites de l’italien en français, Paris, Nivelle et Thierry, 1591, 15 p.

[45] — Jean-Hyppolite MARIEJOL, La Réforme et la Ligue, p. 361.

[46] — Bulle d’excommunication, suspension et privation des bénéfices de nostre Saint Père Grégoire quatorsième contre les ecclesiastiques... qui suivent le party d’Henry de Bourbon, jadis Roy de Navarre, A Tolose, 1591.

[47] — Une source protestante d’origine anglaise, Journal of the siege of Rouen, 1591, de Sir Thomas Coningsby, a été récemment publiée en français : Journal du siège de Rouen de 1591, 2007, Panorama, 130 p.

[48] — Bref Discours des choses plus memorables advenues en la ville de Rouen, durant le Siege mis deuant icelle par Henry de Bourbon, pretendu Roy de Nauarre : valeureusement soustenu l’espace de quatre mois par les habitants de ladicte ville,... iusqu’au 20 de Feburier 1592, que l’armee Heretique leua le Siege a l’arriuee de l’armee Catholique, Lyon : L. Tantillon, 1592.

[49] — Jean Boucher, Sermons sur la simulée conversion de Henry de Navarre, Paris, Chaudière, 1594, p. 572 et p. 617.

[50] — Jean Boucher, Sermons sur la simulée conversion de Henry de Navarre, p. 399.

[51] — Jean Boucher, Sermons sur la simulée conversion de Henry de Navarre, p. 619-620.

[52] — Jean Boucher, Apologie pour Jehan Chastel, parisien, exécuté à mort, Paris, 1595.

[53] — Les députés des États n’adhéreront pas à cette solution. Quelques années plus tard, réfugié à Tournai dans les Pays-Bas espagnols, Jean Boucher verra son « rêve » se réaliser en la personne du roi Louis XIII. En 1626, le théologien lui écrivait : « Je fonde le devoir des Rois à combattre en Dieu & pour Dieu (...) toute sorte d’impiété, tant domestique (qui est l’heresie & l’atheisme) que foraine (qu’extérieure) qui est l’horreur de l’impur Mahometisme. C’est ce à quoy Vostre Majesté avec tant de resolution & courage a jetté les premiers traicts, voire ce qu’elle a commencé à faire d’elle mesme & de son propre mouvement, contre celle des impietez la plus pestilente & maudite que l’enfer ait jamais vomi, qui est celle des Calvinistes, qui gourmande, qui infecte, qui empuantit & flestrit l’odeur & la beauté du Lys, & de l’Estat de la France (...) C’est à Vous, le plus grand roi de Chréstienté, qu’appartient ceste mission » dans Defense de Jean Boucher, chanoine de Tournay, contre l’imputation calomnieuse à lui faicte d’un libelle intitulé : Ad Ludovicum XIII admonitio, etc. Tournai, 1626, p. 22-23.

[54] — Procès-verbaux des États Généraux de 1593, publiés par Auguste Bernard dans la collection des Documents inédits, Paris, Imprimerie royale, 1842, p. 31.

[55] — Histoire universelle d’Agrippa d’Aubigné, publiée par Ruble pour la Société de l’Histoire de France, t.VIII, p. 336-337.

[56] — Procès-verbaux des États Généraux de 1593, ibid., p. 40.

[57] — Response du duc de Mayenne, Lieutenant general de l’Estat et couronne de France, des princes, prelats, seigneurs et deputez des provinces assemblez à Paris, à la proposition de messieurs les princes, officiers de la couronne, seigneurs, gentilshommes & autres catholiques estans du party du roy de Navarre, dans Procès-verbaux des États Généraux de 1593, ibid., p. 76-77.

[58] — J.H. Mariéjol, La Réforme et la Ligue, p. 411.

[59] — Jean Boucher, Sermons sur la simulée conversion, p. 59-61.

[60] — Henri informa officiellement le 23 juillet 1593 la célèbre Gabrielle d’Estrées, sa maîtesse, de la détermination qu’il avait prise : « Je commence ce matin à parler aux évesques... Ce sera dimanche que je fairay le sault périlleux ». Recueil des lettres missives d’Henri IV, tome III, p. 821. Voir : C. Daux, L’abjuration d’Henri IV dans la Revue des Questions Historiques, 1900, p. 220. Voir aussi Yves de la Brière, La conversion de Henri IV, Saint-Denis et Rome, Paris, 1905.

[61] — Voir Sermons sur la simulée conversion de Henry de Navarre, p. 248. En arrivant à Paris en 1594, Henri IV fit brûler, sur la place Maubert, tous les exemplaires trouvés. La première édition ne compte qu’un exemplaire connu. Boucher fit paraître une seconde édition à Tournai où il s’était réfugié. Voir Robert Descimon, José Javier Ruiz Ibanez, Les Ligueurs de l’exil, le refuge catholique français après 1594, Seyssel, Champ Vallon, 2005.

[62] — Roland Mousnier, L’assassinat d’Henri IV, 14 mai 1610, Paris, Folio-Gallimard, 1992, p. 146.

[63] — Ils ne voulaient pas entendre parler des canons du Concile de Trente sur la discipline que les députés des États Généraux acceptaient d’enregistrer comme lois d’État.

[64] — Roland Mousnier, L’assassinat d’Henri IV, 14 mai 1610, p. 146.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 72

p. 140-168

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