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Le bien et le mal

Le bien et le mal dans la théorie

 

Il faut faire le bien et éviter le mal » : tel est, selon saint Thomas d’Aquin, le premier principe de l’agir humain, c’est-à-dire de la morale.

Mais qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui est mal ? La réponse à cette question n’est pas si simple que cela, si l’on en croit la grande variété de philosophies morales (saint Augustin, au quatrième siècle de notre ère, en comptait déjà plusieurs centaines).

Saint Thomas d’Aquin nous donne une réponse claire, parfaitement conforme à la Révélation et à la raison : un acte humain sera bon s’il nous rapproche de notre fin dernière, mauvais s’il nous en détourne [1].

C’est pourquoi, après avoir montré quelle est notre vraie fin dernière, la vision béatifique, saint Thomas construit toute sa morale en montrant les moyens d’atteindre cette fin, principalement les vertus. Le Docteur commun a posé là les fondements de la vraie théologie morale, de la théorie du bien et du mal.

 

Le bien et le mal dans la pratique

Comme la loi est une « orientation de la raison vers le bien commun », dans la pratique, on dira qu’un acte est bon s’il est conforme à la loi morale qui a pour but de nous orienter vers le bien commun ultime, c’est-à-dire le ciel. Voilà pourquoi, dans le catéchisme, on enseigne ce qu’on doit faire (le bien à faire) en commentant les deux commandements de la charité (expression de la loi morale surnaturelle) et le décalogue (expression de la loi morale naturelle).

Mais la loi ne suffit pas, il faut encore des exemples, selon l’adage : « verba docent, exempla trahunt (les paroles enseignent, les exemples entraînent ». Aussi, en plus de l’explication du catéchisme, l’Église, en bonne éducatrice, nous propose les exemples des saints. D’où l’importance pour le peuple chrétien de la vie des saints, véritables modèles qui nous enseignent concrètement le bien à faire et le mal à éviter.

 

Ancienne et nouvelle sainteté

Nous avons déjà eu l’occasion de signaler le changement dans la notion de sainteté opéré par l’Église conciliaire (voir l’éditorial du dernier Sel de la terre : « Nos saints, nos maîtres… et les leurs »). Ce sujet est d’une importance capitale : c’est pourquoi nous y revenons dans ce numéro, notamment dans l’article de M. l’abbé Calderón sur « L’infaillibilité des canonisations et des lois universelles ». Nous recommandons vivement à nos lecteurs la lecture attentive de cet article. Il peut paraître un peu ardu (ne serait-ce que par sa longueur), mais il est à la portée de tout catholique qui veut approfondir sa foi et comprendre mieux le drame qui se passe dans l’Église aujourd’hui.

 

Pie XII et Jean-Paul II

Le pape actuel, dont nos lecteurs peuvent connaître la formation philosophique [2], tente de résoudre la difficulté posée par la présence de deux types de saintetés antithétiques en préparant une béatification simultanée du dernier pape qui s’est opposé au droit à la liberté religieuse (Pie XII) et du champion de cette liberté (Jean-Paul II). Benoît XVI pense certainement que les deux points de vue ne s’excluent pas : chacun aurait exprimé le type de sainteté conforme à son époque (à 20 ans d’écart !).

Mais, pour le commun des mortels qui ont plus de difficulté à malmener le principe de contradiction, il faut choisir. C’est ainsi que la revue Marianne (numéro du 2 au 8 janvier 2010) consacre un article de quatre pages au « scandale de la béatification de Pie XII », accompagné d’un bloc-notes de Jean-François Kahn . Que reproche-t-on à Pie XII ? Son silence pendant la Shoah et son combat antimoderniste. Le premier reproche est cousu de fil blanc [3], mais le second est exact : Pie XII a combattu le modernisme, tandis que Jean-Paul II l’a favorisé.

Pour nous aussi, notre choix est fait : oui à la béatification de Pie XII, non à celle de Jean-Paul II [4].

 

La confusion entre le bien et le mal

Il ne s’agit pas seulement de choisir le bien plutôt que le mal, la vraie sainteté plutôt que la « sainteté de sucre [5] ». Il faut encore rappeler que le mal n’est pas le bien, et qu’entre les deux il y a une opposition irréductible. Pie IX, dans sa première proposition du Syllabus, fustige ceux qui confondent « le vrai avec le faux, le bien avec le mal » (DS 2901) [6].

Or, précisément, c’est le tort du libéralisme de ne plus vouloir affirmer ce genre d’opposition, au moins dans la pratique (dans la thèse, on admettra qu’il faut condamner l’erreur et le mal, mais dans l’hypothèse, c’est-à-dire dans la pratique, on réclamera les mêmes droits pour l’un et pour l’autre).

Qui (en dehors de la Tradition catholique) combat encore le libéralisme, notamment sur le terrain doctrinal ? Il faut bien reconnaître que ceux qui mènent ce bon combat de la foi se font rares à notre époque. C’est pourquoi, cher lecteur du Sel de la terre, nous vous proposons aujourd’hui de faire connaître notre revue en abonnant un ou deux nouveaux abonnés, ce qui vous permettra de bénéficier d’un réabonnement à mi-tarif ou même gratuit (voir au dos de cette page, ou utiliser le tract joint à ce numéro). A l’heure où des discussions doctrinales sont en cours entre la Tradition et la hiérarchie de l’Église, il est plus que jamais nécessaire d’éclairer nos contemporains sur les vrais enjeux en cause. Faisons-leur la charité de la vérité !

 



[1]  — Voir l’article du frère Pierre-Marie, « Le bonheur de l’homme, fondement de la vie morale et politique », Le Sel de la terre 68 (printemps 2009), p. 72.

[2]  — Voir l’article de Mgr Bernard Tissier de Mallerais, « La foi au péril de la raison, herméneutique de Benoît XVI », Le Sel de la terre 69 (été 2009), p. 10.

[3]  — Certains coreligionnaires de Jean-François Kahn sont plus honnêtes ou mieux informés. Bernard-Henri Lévy, dans son bloc-notes paru dans Le Point du 21 Janvier 2010, apporte quelques retouches « au Grand Livre de la sottise contemporaine », rappelant notamment que Pie XII « a) n’avait ni canons ni avions à sa disposition ; b) ne ménagea pas ses efforts pour, nous disent la plupart des historiens sérieux, partager avec ceux qui en disposaient les informations dont il avait connaissance ; c) sauva, lui, effectivement, à Rome mais aussi ailleurs, un grand nombre de ceux dont il avait la responsabilité morale. » Il rappelle également « l’hommage d’une Golda Meir qui savait ce que parler veut dire et ne craignit pas de déclarer : “Pendant les dix ans de la terreur nazie, alors que notre peuple souffrait un martyre effroyable, la voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux.” » — Voir aussi l’article de Olivier Lelibre, « Pie XII et les Juifs », Le Sel de la terre 44 (printemps 2002), p. 124-144. — Jean-François Kahn, outre sa fausse allégation sur les rapports de Pie XII et des nazis, qualifie ces derniers de « camp du mal absolu », ce qui n’est pas sans évoquer le manichéisme.

[4]  — Voir l’article de l’abbé Hervé Gresland, « Quelques raisons de ne pas béatifier Jean-Paul II », Le Sel de la terre 55 (hiver 2005-2006), p. 252-260.

[5]  — Expression de Mgr de Ségur : voir Le Sel de la terre 71, p. 64.

[6]  — Voir aussi le beau commentaire de saint Thomas d’Aquin sur ce verset du psaume : « les vérités sont diminuées par les enfants des hommes » (Ps 11, 2) : « [Il y a] une triple vérité […] dans les saints : la vérité de la vie dont parle Isaïe (38, 3) : “Souviens-toi que j’ai marché devant toi dans la vérité.” La vérité de la doctrine : “Nous savons que tu es vrai, et que tu enseignes la voie de Dieu dans la vérité” (Mt 22, 16). Et la vérité de la justice à propos de laquelle il est écrit dans l’Exode (18, 21) : “Choisis d’entre tout le peuple des hommes capables et craignant Dieu, en qui soit la vérité et qui haïssent l’avarice.” […] Il faut dire que ces vérités-là sont diminuées non par elles-mêmes, mais par les enfants des hommes que leurs fautes ont corrompues. Et précisément la vérité de la vie est diminuée, quand le bien est regardé comme un mal. La vérité de l’enseignement, lorsque la lumière est appelée ténèbres. Mais la vérité de la justice l’est quand ce qui est amer est jugé doux, et inversement : “Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres, qui changent l’amer en doux et le doux en amer” (Is 5, 20). »

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 72

p. 1-3

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