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Le recouvrement de l’Enfant-Jésus au Temple 

Le cinquième mystère joyeux

 

par le frère Pierre-Marie O.P.

 

Nous continuons la publication des sermons sur les mystères du rosaire. Les quatre premiers ont paru dans Le Sel de la terre 64 (printemps 2008 : l’annonciation), 65 (été 2008 : la visitation), 67 (hiver 2008-2009 : la nativité) et 71 (hiver 2009-2010 : la présentation au Temple).

Dans ce mystère, le prédicateur s’est principalement inspiré de l’ouvrage de Mgr Louis-Charles Gay, Les Mystères du saint rosaire, t. 1 [1].

Le Sel de la terre.

 

Le mystère que nous allons méditer ici est le plus mystérieux des mystères joyeux.

Commençons par le récit de l’Évangile :

Or, ses parents allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque. Quand il eut atteint sa douzième année, ils y montèrent, selon la coutume de cette fête; et lorsqu’ils s’en retournèrent, les jours de la fête étant passés, l’Enfant-Jésus resta dans la ville, sans que ses parents s’en fussent aperçus. Pensant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne l’ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ils furent étonnés; et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés. » Et il leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses de mon Père? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Alors, il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur.

 

 

Exposé du récit évangélique

Or, ses parents allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque. Quand il eut atteint sa douzième année, ils y montèrent, selon la coutume de cette fête;

Les juifs devaient aller trois fois par an au Temple : Pâque, Pentecôte et fête des tentes (scénopégies, en automne). La principale fête était celle de Pâque, en souvenir de la délivrance d’Égypte : c’était la cime de l’histoire des Juifs et le centre de leur religion.

La loi n’obligeait à faire ce pèlerinage que les hommes à partir de l’âge de douze ans. Dès lors, les enfants étaient considérés comme fils de la loi et du précepte, obligés de s’y soumettre. Jésus, auteur de cette loi, voulut librement s’y soumettre. La Providence lui facilita les choses : Archélaüs, que Joseph craignait lors du retour d’Égypte, était mort l’année précédente.

Notre-Seigneur est donc venu assister aux cérémonies de la Pâque. Mieux que quiconque il comprenait que le véritable agneau pascal, immolé pour être mangé, c’était lui-même. La vraie Pâque, le passage des ténèbres à la lumière, de l’esclavage à la liberté, de la mort à la vie, ce sera sa passion qui nous délivrera du péché, du démon et de la mort et qui s’accomplira à la même fête, au même endroit, vingt-et-un ans plus tard.

et lorsqu’ils s’en retournèrent, les jours de la fête étant passés, l’Enfant Jésus resta dans la ville, sans que ses parents s’en fussent aperçus.

On était tenu de rester au moins trois jours. Les parents de Jésus, par dévotion, restèrent tout le temps de la fête, soit huit jours. Ils s’en allèrent, sans s’apercevoir que Jésus n’était pas dans la caravane. La coutume était que, par convenance et pour observer un meilleur ordre, les hommes et les femmes sortent par deux portes différentes et voyagent séparément pendant le premier jour. Ils se retrouvaient le soir à la première halte. Les enfants de douze ans pouvaient voyager indifféremment avec les hommes ou les femmes. Joseph et Marie voyageaient donc séparément, plongés chacun dans un profond recueillement et repassant dans leur cœur les magnifiques fêtes qu’ils avaient vécues ; chacun se réjouissait de ce que l’Enfant qui leur causait tant de joies fût avec l’autre.

Pensant qu’il était avec leurs compagnons de voyage, ils marchèrent tout un jour, puis ils le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances.

Le soir arrive et le glaive prédit par Siméon commence à pénétrer dans l’âme de la sainte Vierge. Joseph se sent frappé d’un coup épouvantable. C’était, dans leurs deux cœurs, comme une vaste mer de chagrin se précipitant soudain dans un abîme immense pour l’emplir jusqu’à en déborder.

Mais à Jérusalem une amère tristesse Comme un vaste océan vient inonder ton cœur. Jésus pendant trois jours se cache à ta tendresse, Alors c’est bien l’exil dans toute sa rigueur [2] !

Joseph se met à chercher parmi leurs proches ; Marie de son côté sent l’inutilité de telles recherches : si Jésus n’est pas avec eux, c’est qu’il n’est avec personne. Sans doute est-il resté à Jérusalem. Le retrouvera-t-on ? On pouvait l’espérer, mais on n’en avait pas l’assurance.

Ne l’ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher.

Dès l’aurore, voici Joseph et Marie qui font le voyage inverse. Et quel voyage ! Au calvaire, Marie verra son Fils, elle saura les raisons de ses souffrances et leur fin prochaine. Ici, c’est l’inconnu, l’incompréhensible, la nuit dans son âme.

Certes, la sainte Vierge était, dans sa grande foi, accoutumée au mystère. Mais, habituellement, dans un mystère il y a quelque lumière, quelque vérité secrète à laquelle on peut adhérer. Ici, elle ne pouvait rien deviner, rien résoudre. Elle ne pouvait évidemment se reprocher en l’occurrence aucune négligence, mais elle se posait mille questions angoissantes :

La mission de son Fils était-elle déjà finie ? Dieu se contentant des souffrances de son enfance, des exemples et des vertus pratiquées dans sa vie cachée ?

Ou bien Jésus était-il parti au désert, comme son cousin Jean-Baptiste ? Peut-être même était-il parti le rejoindre ?

Ou bien encore, il avait été arrêté par quelque complice d’Archélaüs qui soupçonnait dans cet enfant extraordinaire un futur chef des Juifs. Peut-être à cette heure était-il en prison, torturé, mort ? Marie savait les prophéties concernant la passion de son Fils, et cette passion aurait été d’autant plus douloureuse qu’elle se serait accomplie sans elle.

Mais le plus pénible dans toutes ces souffrances, c’était encore que Jésus ne lui eut rien dit. C’était là pour elle la lie du calice qu’elle devait boire.

Au plus intime de son âme, une hostie est immolée, et cette hostie, c’est elle-même.

D’un bond, la sainte Vierge dépassa l’humanité de son Fils pour se perdre, par la foi, dans sa divinité, afin de conserver la paix qui ne la quittait jamais.

Il est certain que, ni elle, ni saint Joseph ne perdirent leur sérénité confiante où l’Esprit de Dieu les maintenait. Ils savaient que Jésus était la Sagesse et la Bonté même, et donc que tout ce qu’il faisait était sage et bon. « Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité » (Ps 24, 10).

Revenus à Jérusalem, ils vont d’abord au Temple, comme c’était leur coutume et aussi pour exprimer à Dieu leur immense douleur. Ils cherchèrent ensuite sans doute parmi leurs amis et connaissances.

Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant.

Comme Dieu enserre la mer dans des rivages, ainsi assigne-t-il des limites aux épreuves de ses saints. Il était décidé là-haut que Jésus serait retrouvé le troisième jour. C’était trois jours que Jonas était resté dans le cœur de la terre, c’est-à-dire dans le ventre du poisson, et Jésus prédira bientôt qu’il rebâtira en trois jours son Temple détruit par les Juifs.

Pendant ces trois jours, Jésus n’avait pas cessé de contempler sa Mère et de l’assister puissamment. Il admirait sa vertu héroïque, il compatissait à son chagrin immense. Il souffrait pour elle, en elle et plus qu’elle-même.

Le troisième jour, peut-être que Joseph et Marie assistèrent au sacrifice du matin où l’on immolait un agneau. Puis en passant près d’une salle voisine du sanctuaire où les docteurs tenaient leur classe et expliquaient aux jeunes gens la loi et l’Écriture Sainte, ils entendirent ou virent Jésus, « assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ».

Et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses.

Notre-Seigneur était vraisemblablement assis sur une cathèdre, un des sièges réservés aux docteurs. A cause de la stupeur (stupebant, ils étaient hors d’eux-mêmes) où les paroles de l’Enfant jetait ces maîtres en Israël, ils n’avaient pu se retenir de le faire siéger parmi eux (sedentem in medio doctorum).

Certainement, cet entretien ne roulait sur rien de curieux ni d’inutile. Jésus va dire dans un instant qu’il se doit aux affaires de son Père. On parlait donc de ce qui concernait la gloire de Dieu, et, selon toute vraisemblance, du Messie à venir. Jésus tâchait de disposer leur cœur à recevoir la vérité.

En le voyant, ils furent étonnés; et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous? Votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés. »

Marie était Mère. Elle en avait la tendresse et l’autorité. Elle lui adresse donc une question. Il ne faut certainement pas voir dans ses paroles un reproche. Elle pose cette question en raison de son autorité de mère, et c’est même pour cela qu’elle met saint Joseph avant elle, et aussi pour exprimer sa peine. Il n’y a pas non plus là une plainte. Elle sait que cette action vient de Dieu, elle dit simplement sa peine à Jésus qui est son premier confident, son témoin, son juge.

Il manquait encore un coup à cette épreuve étrange. Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de lui. Comme des victimes d’holocauste, ils doivent passer entièrement au feu.

Et il leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses de mon Père? [ou selon d’autres : chez mon Père] »

Cette réponse n’est pas seulement mystérieuse pour nous, elle le fut aussi pour Joseph et Marie :

Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

Ils ne comprirent pas le rapport entre les affaires de son Père et cette manifestation publique qu’il leur avait sciemment cachée. Et qu’il commence si jeune son ministère. Et cette déclaration soudaine de sa souveraine liberté par rapport à toute créature, et de sa dépendance exclusive de Dieu.

Après cette réponse de Jésus, on s’attendrait à ce qu’il restât au Temple. Mais l’Évangile se termine de façon inattendue :

Alors, il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur.

Quel contraste ! Quel bonheur aussi pour la Sainte Vierge ! C’est donc bien, malgré tout, un mystère joyeux.

 

 

Intime du fait évangélique

Tâchons de méditer les deux aspects les plus étonnants de ce mystère : la manifestation précoce de Jésus en public ; son attitude envers Joseph et Marie : le secret gardé vis-à-vis d’eux et la grave réponse à leur question.

Remarquons qu’ici Jésus agit pleinement de lui-même, de sa propre initiative. Dans son ministère public, il agira souvent pour répondre à une demande, pour exaucer une prière. Mais ici, comme on l’a écrit : « le dessein de son absence est du divin tout pur ».

Notre-Seigneur a choisi de se révéler à douze ans comme Messie : il est le révélateur du Père, il est le Docteur et le Sauveur du monde. En commençant ainsi à glorifier son Père et à s’affirmer lui-même, il pose les fondements de notre foi.

Si les trente années de vie cachée avaient été une nuit qu’aucun éclair n’eût traversée, cela aurait rendu plus difficile sa manifestation à l’âge de trente ans. Ses ennemis auraient pu facilement troubler les esprits en disant : « Mais qui est cet homme ? Qui l’envoie ? » Tandis que, du fait de cette première manifestation au Temple aux plus illustres docteurs d’Israël, un souvenir de cet enfant extraordinaire était resté dans le peuple juif.

En montrant sa science surhumaine aux docteurs, Notre-Seigneur prépare les âmes à accepter sa divinité. Il choisit pour cette action l’âge idéal (plus tôt, cela aurait été contraire à la loi, plus tard, cela aurait eu moins d’impact) et le lieu idéal.

Au sujet de l’épreuve qu’il a imposée à Marie et Joseph, on peut penser qu’il l’a voulue pour les sanctifier et pour autoriser l’honneur que nous leur rendons par celui qu’il leur donne lui-même.

Jusque là, la sainte Vierge avait été sanctifiée par le Saint-Esprit. Par Notre-Seigneur aussi, mais en tant que Dieu. En tant qu’homme, il n’était jamais sorti de la réserve qui convient à un enfant de son âge vis-à-vis de sa mère.

La première des affaires de son Père à laquelle Jésus veut se consacrer est précisément la sanctification de Marie. Jésus s’y consacre en la laissant le chercher trois jours, en lui montrant par un fait matériel qu’en tant que Fils de Dieu, il ne relève que du Père, que cette relation consubstantielle est supérieure à toute relation créée.

Certes, la sainte Vierge le savait déjà, mais c’est la première fois qu’elle entend Jésus le dire et appuyer son affirmation par sa conduite. Ici, Jésus se fait l’instituteur de sa mère, et il lui montre son immense amour. Comme l’on presse un fruit sur ses lèvres pour en faire sortir le suc, ainsi la charité ardente de Notre-Seigneur pressait l’âme de Marie pour en faire jaillir l’amour et l’héroïsme.

Ce que Jésus fait ici, il le refera à Cana et au Calvaire, traitant sa mère avec une apparente sévérité, la faisant souffrir, mais pour la rendre plus belle et plus heureuse. Non seulement, le sacrifice imposé mérite une récompense éternelle, mais Notre-Seigneur veut qu’il soit dès ici-bas l’occasion pour sa mère d’un surcroît d’honneur et de grâce. Au Calvaire, il la proclame Mère des âmes et de l’Église ; à Cana, il montre la puissance de Marie puisqu’il avance son heure à sa demande, et qu’il cause avec elle la foi dans les premiers disciples ; ici, Jésus se soumet à nouveau à elle (et à saint Joseph) pendant dix-huit ans.

Dans la première parole de Jésus que nous rapporte l’Évangile, on peut voir que Notre-Seigneur y apparaît visiblement comme Dieu et exprime sa mission de glorification de son Père. Et pourtant, aussitôt après, il se tait pendant dix-huit ans et se soumet librement, volontairement à Joseph et Marie. L’obéissance de Jésus enfant honore Marie, mais encore plus celle de Jésus adolescent, puis homme fait. Faut-il que Dieu tienne à cette vertu car c’est la seule chose que nous savons de Jésus pendant ces dix-huit années.

Quelle inexprimable consolation pour toutes les douleurs de ces trois jours ! Dix-huit ans de paix et de retraite dans la compagnie de Jésus ! Comme Jésus, sagesse infinie, règle bien toutes choses ! Pendant dix-huit ans, il va se consacrer à la première des affaires de son Père : sanctifier Marie.

Combien devait-elle garder toutes ces choses en son cœur, comme le répète ici saint Luc, comme pour montrer que de nouveaux rapports se sont établis entre eux deux.

 

 

Fruit du mystère

Nous avons l’habitude d’exprimer ainsi le fruit du mystère : la recherche de Dieu en toutes choses.

Voyons comment Jésus, en mettant en premier les affaires de son Père, nous apprend la vraie liberté, et comment Marie, en cherchant Jésus, nous apprend à nous conduire quand nous l’avons perdu.

Notre-Seigneur savait que la parole qu’il a prononcée au Temple, sans doute en présence des plus grands docteurs de la loi, serait lue et méditée jusqu’à la fin du monde. Il a voulu nous donner ici la charte de la vraie liberté : celle d’aller à Dieu sans obstacle, et, partant, d’accomplir sa loi, sa volonté, qui est l’unique chemin pour atteindre notre fin.

L’homme n’obéit sans désordre qu’à Dieu ou pour Dieu. Si quelqu’autorité dérivée de la sienne usurpe des droits qu’elle n’a pas et empiète sur ceux du Créateur, sa prétention est nulle. Tous les despotismes viennent se briser là.

Fidèles et obéissants à tous les pouvoirs légitimes, nous ne sommes les esclaves de personne ici-bas, restant seulement les serviteurs de la divinité.

Par exemple, l’État se prétend le premier occupant de la terre et veut soumettre l’Église à l’ordre commun. Celle-ci répond qu’elle vient du ciel et qu’elle a reçu une mission : s’employer aux affaires de son Père, et que rien ne peut l’en détourner.

Parfois, ce sont des parents qui essayent de retenir près d’eux, ou pour une tâche temporelle, un fils ou une fille appelés par Dieu à s’occuper des affaires de son Père.

L’âme est libre, l’Église est libre, de cette vraie liberté pour le bien, humble, douce, sainte, mais inviolable.

Si cet ordre divin est observé, le monde entier y gagne. Marie et Joseph ont gagné dix-huit ans de soumission de Jésus. L’État gagne aussi à ce que l’Église soit aux affaires de son Père.

Elle forme de bons princes et de bons peuples, apprenant aux premiers à faire de bonnes lois, aux seconds à bien obéir, leur faisant voir dans leurs princes des lieutenants de Dieu, les rendant honnêtes, actifs, vaillants, patients. (Saint Augustin, De Moribus Ecclesiae).

Pour les parents aussi, c’est un grand honneur et une grande joie de voir un de leurs enfants se donner à Dieu et, par là, être si utile à l’Église, aux âmes et à sa propre famille.

Rechercher Dieu en toute chose peut aussi avoir un autre sens. Parfois, nous perdons Jésus, soit par une action de la justice de Dieu, soit par un effet de sa miséricorde : châtiment dans le premier cas, épreuve dans le second. Dieu quitte les uns, il se voile pour les autres. Dans les deux cas, c’est douloureux, mais c’est funeste seulement dans le premier, lequel n’est malheureusement pas toujours le plus douloureux.

Si l’on a perdu Jésus, il faut le chercher. Si par quelque péché nous voilà exilés du ciel de la grâce, errant dans les sentiers de la vanité et des passions déréglées, entrons en nous-mêmes, réfléchissons sur l’état de notre âme, cherchons Jésus qui est venu non pour les justes mais pour les pécheurs, cherchons-le dans le Temple, c’est-à-dire à l’autel du sacrifice et au tribunal de la pénitence.

Quant à ceux qui ne sentent plus les consolations de la présence de Dieu et de son amour, qu’ils n’imaginent pas avoir tout perdu. « Où étiez-vous ? » demande sainte Catherine de Sienne à l’issue d’une terrible tentation : « Au milieu de ton cœur », lui répond Jésus, qui lui apparaît à l’instant.

Dans cette situation, il faut s’humilier sous la main puissante de Dieu : « Dieu fait de moi et en moi ce qu’il veut. » Remercions-le plutôt que de nous plaindre.

Parfois, cet état sera le fruit d’une négligence ou d’une défaillance. « Ab occultis meis munda me et ab alienis parce servo tuo (purifiez-moi de mes fautes cachées, et pardonnez les torts faits à autrui sans le savoir) » (Ps 18, 13). Abandonnons-nous à Dieu, sachant que tout contribue au bien de ceux qui l’aiment.

Puis cherchons Jésus dans la pénitence, dans la prière, les pieuses lectures, les bonnes œuvres, la pratique plus généreuse de notre devoir d’état, le support plus fervent de la croix.

Cherchons-le dans le Temple, dans la sainte eucharistie, où il se trouve toujours, même s’il n’est pas sensible à nos sens, et où nous devons le chercher plutôt que dans les consolations humaines.

Alors il viendra avec nous, dans notre Nazareth, et sans nous être soumis autant qu’il le fut à Joseph et Marie, il n’en répondra pas moins à toutes nos demandes (« tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai ») et il s’occupera de sanctifier nos âmes. Nous posséderons alors Jésus, non pour quelques années, mais pour toujours.

 

 

Conclusions pratiques

Nous avons dit que rechercher Dieu en toutes choses, c’est avec Jésus préférer la volonté de Dieu à tout le reste, c’est avec Marie chercher la grâce de Dieu si nous avons eu le malheur de la perdre, et la ferveur de la dévotion si nous en sommes privés.

Alors, quand nous récitons cette dizaine, nous pouvons nous interroger : est-ce que je donne du temps aux affaires de mon Père ? Le début et la fin de mes journées sont-ils consacrés à Dieu ? Est-ce que je sais sacrifier des joies parfois bonnes en soi, comme d’être en compagnie d’amis ou de membres de ma famille, pour ne pas manquer à mon devoir de prier ? Est-ce que dans le cours de mes journées, je sais me recueillir quelques instants, pour reprendre contact avec Dieu et savoir lui offrir ce que je fais ? Est-ce que, lorsqu’une action ne me paraît pas conforme à la volonté de Dieu, je sais tout de suite dire : « non ! », en disant avec sainte Jeanne d’Arc : « Dieu premier servi ! » ? Est-ce que, à l’inverse, quand je sens que la volonté de Dieu me demande telle action, tel renoncement, je sais toujours dire : « oui ! » ?

Si je sens que je ne fais pas vraiment mon devoir sur ces points, il me faut demander à Jésus et Marie, dans cette dizaine, d’être davantage aux affaires de mon Père.

Autres questions : est-ce que, lorsque j’ai le malheur d’offenser Dieu par quelque péché mortel, mon premier souci est de me remettre dans sa grâce par un acte de contrition sincère accompagné de la résolution de me confesser à la première occasion ? Est-ce que, même quand je n’ai pas de péché mortel à me reprocher, mais que mon âme se sent alourdie par quelques fautes ou négligences, je prends les moyens de me ressaisir ? Est-ce que je fais régulièrement mes confessions ? Sont-elles bien préparées ? Est-ce que le dimanche, je sais lire à l’avance la messe, me préparer à la communion, faire mon action de grâces ? Est-ce que je fais régulièrement ma lecture spirituelle au moment fixé, mon examen de conscience le soir ?

D’une façon plus générale, est-ce que je cherche habituellement, en tout temps et en toute occasion, à plaire à Jésus, à vivre sous son regard, à l’aimer, à travailler et à souffrir pour lui ?

Que la méditation de ce mystère nous aide à progresser sur ces divers points, à prendre les résolutions qui s’imposent et nous obtienne de Jésus, Marie et Joseph, la grâce de rechercher Dieu dans toutes nos actions.




[1]  — Une édition récente est disponible : Mgr Louis-Charles Gay, Les Mystères du saint rosaire, t. 1 : Les mystères joyeux, Éditions du Paraclet, 2009.

[2]  — « Pourquoi je t’aime, ô Marie ! », poésie de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 73

p. 132-140

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