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L’affaire Guy Môquet

 

Que que fut le mobile qui animait le président de la République lorsque, le 14 mai 2007, jour de son investiture, il annonçait que la lettre qu’écrivit à ses parents Guy Môquet avant son exécution, le 22 octobre 1941, serait lue dans tous les lycées de France à la date anniversaire de la mort du militant communiste, il fut pour le moins bien mal inspiré. C’était, en effet, cautionner une des impostures majeures entretenues par le parti communiste, pourtant depuis longtemps dévoilée au grand jour [1]. Cette caution abusive est dénoncée par deux universitaires dans une démonstration d’une rigueur exemplaire qui rétablit les droits de la vérité historique sur les propagandes mensongères. Avant d’en venir à Guy Môquet lui-même, rappelons brièvement le contexte historique.

 

Le pacte germano-soviétique

Le 23 août 1939, la signature du pacte de non-agression germano-soviétique à Moscou éclate comme un coup de tonnerre. Hitler, à la veille d’attaquer la Pologne, y trouve l’inestimable avantage de ne pas avoir à combattre sur deux fronts, à l’Est contre l’URSS, à l’Ouest contre la France et la Grande-Bretagne, comme dut le faire Guillaume II. Mais le bénéficiaire réel en est Staline, d’abord parce que Hitler lui permet d’absorber une partie de la Finlande et de la Roumanie, les trois pays baltes (Estonie, Lettonie, Lithuanie) et la moitié orientale de la Pologne, ensuite et surtout parce que le pacte rend inévitable la guerre à l’Ouest ; en effet, la Grande-Bretagne et, à sa suite, la France, sont décidées à ne plus supporter sans réagir une nouvelle avancée allemande succédant à tant d’autres (Sarre, Autriche, Tchécoslovaquie). En signant le pacte, Staline espère bien qu’il aura pour conséquence de déclencher un conflit mondial dont il escompte, après épuisement des belligérants, recueillir les dividendes [2].

 

Le PCF aide le nazisme

Le parti communiste « fran­çais », abandonnant son attitude antinazie antérieure conforme à celle de l’URSS, approuve le pacte ; il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisqu’il n’est qu’une section nationale de l’Internationale communiste (3e Internationale) depuis la scission du parti socialiste (Section Française de l’Internationale Ouvrière, 2e Internationale), au congrès de Tours, en décembre 1920. « Toutes les décisions des congrès de l’Internationale communiste, de même que celles du comité exécutif, sont obligatoires pour tous les partis affiliés à l‘Internationale communiste (seizième des vingt-et-une conditions adoptées au congrès). Autrement dit, les partis communistes des divers pays obéissent sans discuter à Moscou qui nommera, en 1931, un représentant secret, Eugen Fried, auprès de la direction nationale du parti communiste « français » pour s’assurer de sa complète soumission. Le PC « F » ne peut donc que défendre le pacte Hitler-Staline, de la même façon qu’il était passé, selon la volonté de Moscou, de la tactique « classe contre classe » (refus d’alliance) à la tactique du Front Populaire (alliance avec « les forces de progrès » et, en particulier, « main tendue aux catholiques ») ; il défend également le complément au pacte, la déclaration commune du 29 septembre 1939, par laquelle l’Allemagne et l’URSS, chacune ayant digéré une moitié de la Pologne, appellent à une paix immédiate, ce qui, ne pouvant être accepté par la Grande-Bretagne et la France, fera porter à celles-ci le poids moral de la guerre.

 

Le PCF contre l’armée française

Le parti communiste soutient dès lors que l’Europe est en proie à une guerre impérialiste, par la faute, non de l’Allemagne, mais des pays capitalistes, France et Grande-Bretagne, selon les slogans : « Dans toute guerre impérialiste, l’ennemi est à l’intérieur » ; « l’ennemi est dans notre propre pays ! ». L’ennemi, c’est-à-dire l’armée française, dont il faut souhaiter et provoquer la défaite, car celle-ci favorisera la révolution ; la bourgeoisie française, qui est l’ennemie de classe, et les partis politiques, y compris les anciens alliés du Front Populaire, d’où les injures, dans le plus pur style léniniste, contre Léon Blum (« reptile répugnant », « feu sur Léon Blum ») ; ainsi s’expliquent la désertion de Maurice Thorez, secrétaire général du PC, qui gagne l’URSS en passant par l’Allemagne nazie, les sabotages dans les usines travaillant pour la Défense nationale, sur les navires de guerre (le Jean-Bart, en construction à Saint-Nazaire) ; trois militants communistes pris en flagrant délit de sabotage sont fusillés le 22 juin 1940 ; l’un d’eux avait 17 ans, comme Guy Môquet, au sort duquel le président de la République est si sensible ; mais le parti communiste ne revendique pas Roger Rambaud.

 

Le PCF contre l’alliance franco-anglaise

Il faut aussi affaiblir l’alliance franco-anglaise : les communistes accusent l’Angleterre de vouloir faire la guerre « avec la peau des soldats français ». Lors du procès qui leur est intenté par le gouvernement Daladier, en mars-avril 1940, les députés communistes dénoncent, dans une déclaration commune, comme premiers responsables de la guerre, non pas la politique expansionniste d’Hitler, mais « les oligarchies financières et industrielles » française et anglaise ; en été 1940, après la défaite, les communistes entament des négociations auprès des autorités d’occupation pour obtenir d’elles la reparution du quotidien L’Humanité, interdit par Daladier ; les Allemands se montrent favorables, mais les autorités françaises étouffent la manœuvre communiste.

 

Guy Môquet suit les consignes du PCF

L’attitude de défaitisme, de collaboration et d’intelligence avec l’ennemi du parti communiste ayant été rappelée, qu’en est-il de Guy Môquet ? Si de nombreux membres du parti ne cachent pas leur désarroi (par exemple Gabriel Péri, directeur de L’Humanité, 24 députés et un sénateur, sur 74, qui rompent avec le parti), tel n’est pas le cas dans la famille Môquet dont quasiment tous les membres sont adhérents communistes. Le père de Guy, Prosper, député de Paris, accepte la ligne imposée par Moscou sans états d’âme, du moins apparents ; il fait partie des parlementaires du parti condamnés le 3 avril 1940 à cinq ans de prison ; détenus en Algérie, ils retrouveront une virginité politique grâce à De Gaulle en 1943, qui leur accordera en outre une position privilégiée dans la Résistance [3] . Militant chevronné de la Jeunesse Communiste, en dépit de son jeune âge, Guy est arrêté par la police française le 13 octobre 1940, à Paris, à la suite d’aveux de militants avec lesquels il diffuse journaux et tracts clandestins. Leur contenu est connu grâce à A. Rossi. Une constatation d’évidence ; on n’y trouve pas trace d’hostilité contre les occupants ; pire, on y prône la fraternisation. Un exemple parmi d’autres : « Le soldat allemand n’est pas l’ennemi du peuple français, c’est le capitalisme allemand, français, anglais, italien qui est son ennemi véritable. » Signé : la Jeunesse Communiste (fin octobre 1940). De Gaulle est « le valet de la City ». Telle est la propagande que diffuse Môquet, en bon militant communiste discipliné pour qui Staline a toujours raison.

 

Guy Môquet résistant ?

Comme l’écrivent les auteurs : « Dans ces conditions, il faut une belle dose d’ignorance, d’imagi­nation ou beaucoup d’aplomb, pour faire de Guy Môquet un résistant. » On comprend qu’en 1955, si la qualité « d’interné politique » lui fut officiellement reconnue, celle « d’interné résistant » lui fut refusée ; et si l’année suivante cette dernière décision fut annulée et Môquet reconnu « exceptionnellement » avoir droit au titre de résistant, mesure officialisée seulement en 1962, ce ne fut que grâce à une de ces collusions entre les partis gaulliste et communiste occupés à bâtir le mythe d’une résistance retouchée sur mesure où les deux compères trouvaient leur compte et dont la vie politique française est encore empoisonnée en 2010. Ce silence complaisant vis-à-vis de l’occu­pant, joint à l’exaltation du régime soviétique dans sa version stalinienne (« Vive Staline, génial continuateur de Lénine, ami de toute l’humanité ») montrent qu’« on s’est trompé de symbole » en la personne de Guy Môquet. La propagande communiste n’a pu en faire un héros national que parce que dans la France des IVe et Ve Républiques, le parti communiste avait et a toute latitude pour répandre ses mensonges (l’extravagant « parti des 75 000 fusillés »).

 

Môquet, otage exécuté par les Allemands

C’est l’assassinat à Nantes du colonel Allemand Hotz, le 20 octobre 1941, par le jeune communiste Gilbert Brustlein, conformément aux directives de Staline qui, maintenant en guerre avec son ex-allié Hitler depuis le 22 juin, veut susciter le terrorisme dans l’Europe occupée, qui va faire de Môquet un otage destiné à un sort tragique, alors, on l’a vu, qu’il n’a jamais eu affaire à l’occupant. Après son arrestation le 13 octobre 1940, il avait été jugé par le Tribunal correctionnel de Paris qui l’avait acquitté, comme ayant agi sans discernement, le 23 janvier 1941 ; néanmoins, étant considéré comme un élément déterminé de la Jeunesse Communiste au sein de laquelle la direction du parti recrute les auteurs d’attentats, il est l’objet d’un internement administratif au Centre de séjour surveillé de Choisel, à Châteaubriant, à 80 km au nord de Nantes. Le 22 octobre 1941, il fait partie des vingt-sept fusillés de Châteaubriant en représailles de l’assassinat de Hotz. Les auteurs établissent clairement que, contrairement à ce qui est parfois allégué, il n‘a pas été choisi par les autorités françaises mais par les Allemands, qui se sont octroyés le droit d’exécuter des personnes détenues par l’administration française.

 

Conclusion

En conclusion, les auteurs constatent à quel point l’Histoire fut absente des objectifs de ceux qui  montèrent cette affaire, aux fins avant tout politiciennes, mais aussi destinée à entretenir une histoire de la Seconde Guerre mondiale bien éloignée de la réalité des faits. Il faut souhaiter à ce livre, qui rétablit la vérité historique contre l’idéologie menteuse, une large diffusion. 


Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre : L’Affaire Guy Môquet. Enquête sur une mystification officielle, Larousse, 2009, 157 p., 12 €.

 


[1]  — Consulter : A. Rossi, Les Communistes français perdant la drôle de guerre, 1951, réédité par les éditions Albatros en 1972, et : La Guerre des papillons Quatre ans de politique communiste (1940-1944), 1954, tous deux édités par les Iles d’Or, Paris. Du même : Deux ans d’alliance germano-soviétique, août 1939-juin 1941, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1949. A. Rossi est le pseudonyme d’Angelo Tasca, père de Catherine Tasca, ministre dans les gouvernements Rocard et Bérégovoy (1988 et 1992). Daniel Peyrac : Les Trahisons des communistes – 1939-1972, Guy Authier éditeur, Paris, 1973.

[2]  — La responsabilité principale de l’URSS dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale confirme le message de la sainte Vierge du 13 juillet 1917, à Fatima (« … la Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres… plusieurs nations seront anéanties » ; Frère François de Marie des Anges, Fatima, joie intime, événement mondial, La Contre-Réforme catholique, Saint Parres-lès-Vaudes, 1991 ; voir en particulier le chapitre 10).

[3]  — H.C. Giraud, De Gaulle et le communistes, et la recension parue dans Le Sel de la terre 67.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 73

p. 186-191

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