Un ou deux textes
du troisième secret de Fatima ?
Dans Le Sel de la terre 36 (printemps 2001), p. 180-200, nous avons publié un article d’Andrew M. Cesanek : « Existe-t-il deux originaux du troisième secret de Fatima [1] ? ».
L’article développait l’hypothèse d’une rédaction du troisième secret de Fatima répartie sur deux écrits de sœur Lucie :
– l’un, de quatre pages (plus de 60 lignes), racontant une vision : c’est le texte que le Vatican a publié le 26 juin 2000 ;
– l’autre, qui resterait non publié, d’une vingtaine de lignes seulement, écrit sur une seule page et sous forme de lettre, contenu dans une enveloppe, rapportant des paroles de Notre-Dame et donnant vraisemblablement l’explication authentique de la vision.
Dans Le Sel de la terre 39 (hiver 2001-2002), p. 246-248, l’argumentation d’Andrew M. Cesanek a été mise en doute du fait qu’elle aurait reposé sur une erreur de la version anglaise dont s’était servi l’auteur.
Dans la toute récente deuxième édition de l’ouvrage The Devil’s final battle [2], le père Kramer explique que l’argumentation d’Andrew M. Cesanek ne repose pas sur une erreur de traduction [3]. Elle serait donc toujours valable.
Dans un souci d’objectivité et d’information sur cette question importante, nous reproduisons ici la mise au point du père Kramer avec l’aimable autorisation de l’éditeur. La traduction a été faite par nos soins.
Le Sel de la terre
La traduction [du texte en question] n’est pas tirée de la version française du frère Michel, mais plutôt du texte original de sœur Lucie en portugais, texte qui nous a été fourni par le père Alonso dans un article de Fatima 50, publié le 13 octobre 1967 à Fatima même.
Le père Alonso, dans cet article de Fatima 50, cite deux fois la lettre de sœur Lucie du 9 janvier 1944 à Mgr José da Silva, évêque de Leiria.
La première fois, c’est à propos de l’ordre reçu de Mgr da Silva d’écrire le contenu d’une partie du secret :
[…] se eu quisesse achava bem escrever a parte que me falta do segredo, que não era para ser já publicada, mas sim para ficar escrito… […] si je pensais qu’il serait bien d’écrire la partie du secret que je n’avais pas donnée auparavant, laquelle n’était pas encore destinée à la publication, mais qui pouvait être écrite…
Dans la deuxième citation, sœur Lucie dit à l’évêque da Silva qu’elle a terminé le travail et lui communique quelques détails à ce sujet :
Já escrevi o quo me mandou ; Deus quis provar-me um pouco [,] mas afinal era essa a sua vontade : está lacrada dentro dum envelope e este dentro dos cadernos […]. J’écris maintenant ce que votre Excellence m’a ordonné [d’écrire] : Dieu a voulu un peu me mettre à l’épreuve, mais c’était finalement sa volonté ; elle [cette partie du secret que je n’ai pas donnée auparavant] est scellée dans une enveloppe et celle-ci [cette enveloppe] est à l’intérieur des cahiers.
On peut observer, dans cette seconde citation, qu’en désignant l’enveloppe en question, l’adjectif portugais utilisé est du genre féminin : lacrada (scellée) ; mais que le nom enveloppe à cet endroit est du genre masculin, indiquant donc que lacrada s’accorde avec un autre nom plus haut dans le texte. Si le lecteur se réfère à la première citation, il peut alors comprendre que lacrada s’accorde avec le nom féminin a parte (la partie) ou plus exactement avec a parte que me falta do segredo (la partie du secret que je n’ai pas donnée auparavant).
Le pronom portugais este (ce), d’autre part, qui est trouvé cinq mots après lacrada, est masculin, et ne peut donc s’accorder avec lacrada, mais bien plutôt avec le nom masculin trouvé à cet endroit : envelope (enveloppe).
Ainsi sœur Lucie expliquait à Mgr da Silva qu’il manquait une partie au secret, partie qu’elle n’avait pas donnée auparavant, et que cette partie manquante était scellée dans une enveloppe qu’elle avait placée dans ses cahiers.
Le texte du troisième secret, révélé par le Vatican en juin 2000, était écrit sur une page de cahier. Le 31 mai 2007, le cardinal Bertone révéla à la télévision (Porta a Porta, RAI) en Italie, que c’était une large feuille de papier pliée une fois en son milieu, et qui ainsi comprenait quatre pages jointes. Le texte de la vision en quatre pages a un total de 62 lignes, et, c’est clair, était à l’origine agrafé avec les autres pages dans le cahier.
Dans l’histoire volumineuse et bien documentée du troisième secret de Fatima, plusieurs détails concernent un texte évidemment différent de ce texte de 62 lignes. Sœur Lucie mentionne dans sa lettre du 9 janvier 1944 à Mgr da Silva (citée plus haut) qu’elle avait scellé dans une enveloppe « la partie du secret qu’elle n’avait pas donnée auparavant ». Mgr Venancio certifie que, pendant le transfert du secret du bureau de Mgr da Silva à Leiria au Nonce papal à Lisbonne en 1957, il avait tenu l’enveloppe à la lumière afin d’examiner son contenu, que le texte était écrit sur une seule page de papier ordinaire, et faisait de 20 à 25 lignes de longueur. Le cardinal Ottaviani a témoigné également que le texte était écrit sur une seule feuille de papier et faisait 25 lignes de long [4].
Ainsi, encore une fois, la deuxième citation publiée dans la revue Fatima 50, laquelle provenait originalement de la lettre du 9 janvier 1944 de sœur Lucie à Mgr da Silva, nous dit comment cette page unique de texte, scellée dans une enveloppe, fut d’abord placée par Lucie dans ses cahiers. Car c’est dans un de ces cahiers qu’elle avait écrit le plus grand texte de quatre pages qui l’accompagnait, d’une longueur de 62 lignes, qui décrivait la vision, la plaçant ainsi de cette manière pour que la description de la vision et l’explication de la vision puissent être lues ensemble, comme les deux parties d’un même tout.
[1] — L’original a paru dans The Fatima Crusader nº 64 de l’été 2000.
[2] — The Devil’s final battle, édité et compilé par Paul Kramer, 2e édition (avec 100 pages supplémentaires), Missionaries Association, Buffalo (New York), 2010, p. 24 et 25 (note n°61). (www.devilsfinalbattle.com).
[3] — Andrew M. Cesanek citait un passage d’une lettre de sœur Lucie : « I have written what you asked me ; God willed to try me a little ; but finally this was indeed His will : [the text] is sealed in an envelope and it is in the notebooks… (J’ai écrit ce que vous m’avez demandé ; Dieu a voulu m’éprouver un peu, mais finalement c’était bien cela sa volonté : [le texte] est cacheté dans une enveloppe et il [le texte, toujours] est dans les cahiers…) ». Or il faudrait lire : « Celui-ci [le texte] est cacheté à l’intérieur d’une enveloppe et celle-ci [l’enveloppe, et non pas le texte] se trouve à l’intérieur des cahiers. »
[4] — Interrogé lors de l’émission de télévision italienne de la RAI Porta a porta du 31 mai 2007, le cardinal Bertone n’a pas nié l’existence de cette affirmation du cardinal Ottaviani ; il a seulement répondu que le cardinal Ottaviani « avait pu se tromper ».

