Le Crucifiement de saint Pierre
Antoine de Motreff.
Pascal Bernardin n’est pas ignoré des lecteurs du Sel de la terre. Nous avons déjà signalé un de ses livres : Machiavel Pédagogue (1995) dans Le Sel de la terre 16 (p. 189) et il nous a donné un article « La Russie répandra ses erreurs… » dans Le Sel de la terre 53 p. 332.
Dans Le Crucifiement de saint Pierre, il cherche à montrer que l’esprit maçonnique a soufflé sur le concile Vatican II. Pour cela, il montre la ressemblance entre les thèmes conciliaires et maçonniques.
Qu’il y ait une similitude entre la pensée maçonnique, notamment son libéralisme, son humanisme et sa tolérance vis-à-vis de toutes les religions, et la nouvelle religion conciliaire, c’est indéniable et bien connu. Mgr Lefebvre prenait souvent comme thème de ses conférences sur le Concile la ressemblance entre la trilogie d’origine maçonnique « liberté, égalité, fraternité » et les trois innovations principales du Concile : la liberté religieuse, la collégialité, l’œcuménisme.
Toutefois, ce livre présente quelque chose de nouveau dans la mesure où il prétend montrer que Vatican II et la « nouvelle théologie » s’inspirent de la doctrine panthéiste de la maçonnerie, qui confond le Créateur et la créature, la nature et la grâce.
La maçonnerie elle-même a prétendu avoir exercé une influence sur le Concile. Nous avons eu l’occasion de signaler cette phrase d’un haut dignitaire franc-maçon, Yves Marsaudon : « Les chrétiens ne devront d’ailleurs pas oublier que toutes les routes [c’est-à-dire toutes les religions] conduisent à Dieu et se maintenir dans cette notion courageuse de liberté de pensée qui – et on peut vraiment parler à ce propos de révolution partie de nos loges maçonniques – s’est merveilleusement étendue sous le dôme de Saint-Pierre [1]. » On peut encore ajouter ce que nous avons dit de l’influence des Bnaï Brith, franc-maçonnerie juive, sur la déclaration Dignitatis humanæ, par l’intermédiaire du cardinal Béa (voir l’article de Joseph Roddy, « Comment les juifs ont changé la pensée catholique », publié dans la revue Look du 25 janvier 1966, traduit dans Le Sel de la terre 34, p. 196-219).
La méthode de l’auteur est de citer un grand nombre de textes maçonniques et conciliaires, sur différents thèmes, et de montrer leur ressemblance. Un bon nombre de ces citations ne sont pas claires et peuvent recevoir une interprétation plus bénigne que celle donnée par l’auteur.
Par ailleurs, la ressemblance entre les doctrines conciliaires et les doctrines maçonniques peut s’expliquer autrement que par une influence directe de la maçonnerie et de son panthéisme sur le Concile. La doctrine du Concile provient directement de la « nouvelle théologie », c’est-à-dire de théologiens libéraux et modernistes. Il y a dans le libéralisme et le modernisme une tendance au panthéisme, mais les nouveaux théologiens (sauf peut-être Teilhard de Chardin) ne sont pas explicitement panthéistes.
Le livre montre donc une ressemblance entre la doctrine conciliaire et la doctrine maçonnique, mais l’interprétation des textes conciliaires dans un sens panthéiste est exagérée. L’auteur a voulu trop prouver, et cela nuit à sa démonstration.
Pascal Bernardin, Le Crucifiement de saint Pierre – La Passion de l’Église, Éditions Notre-Dame des Grâces, 2009, 16,5x24cm, 309 p., ISBN 2-9509570-2-1, 19 €. En vente auprès de J. Foulon, BP 19, 06340 Drap (15 € franco de port).
[1] — L’Œcuménisme vu par un franc-maçon de tradition, avec préface du souverain grand commandeur de la franc-maçonnerie de rite écossais français, Charles Riandey, éd. Vitiano, Paris, 1964, p. 121.

