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Webisme catholique ?

Par l’abbé Jacques Mérel

 

Cet article est tiré du supplément au bulletin Le Pélican (Prieuré Saint-François-Régis, Unieux) du 26 mai 2010. Monsieur l’abbé Mérel (FSSPX) nous explique les raisons pour lesquelles il faut exercer la prudence chrétienne vis-à-vis d’Internet.

Le Sel de la terre.

 


Le phénomène Internet semble aujourd’hui faire l’unanimité sur le fait qu’il présente des dangers. D’un autre côté, le jugement  fréquent que l’on rencontre, c’est qu’en prenant des mesures de prudence, on parvient à éviter ces dangers et donc à profiter des ressources extraordinaires d’Internet.

Ainsi, il est possible de ménager la chèvre et le choux. « Internet ? Très dangereux, mon bon monsieur ! Relisez Fideliter nº 190 de juillet-août 2009 ! D’ailleurs, pour en être persuadé, allez voir sur www.internet-c’est-dangereux-si!-si!-je-vous-assure.fr! »

Bref, Internet serait très dangereux en théorie, très utile en pratique. Il suffirait de faire attention.

D’ailleurs, si Internet présente tant de dangers, pourquoi ne le rappelle-t-on pas souvent ? Voir fleurir un peu partout dans les revues, ici ou là, des bouquets de doublevées ne donne-t-il pas nettement l’impression que la plante est bonne ? On pourrait rajouter, comme sur les paquets de cigarettes ou les bouteilles de bière, une clause de « prudence » (du style « Internet nuit gravement à la santé »). Ce serait bien. Mais non, cela ne se voit pas. Donc, on peut penser que ce n’est pas si grave. Toutes ces études théoriques sur les risques d’Internet, c’est bon pour les intellectuels, ceux qui ont encore le temps de réfléchir. Quand même, l’expérience prouve que toute connexion n’est pas si dangereuse que cela. Avec des bons filtres, on règle la grande majorité des problèmes, etc… etc…

Pourtant, Internet est bien dangereux. Il serait utile ( !) d’étudier laquelle des trois concupiscences est la plus sollicitée par le phénomène en général. Certains penseront d’emblée à  la concupiscence de la chair ; et il est vrai que le pourrissement moral à ce point de vue est effrayant. Mais la 2e concupiscence, celle des yeux, n’est pas en reste, loin de là. C’est celle de l’amour des biens matériels et de la curiosité. Or, Internet apporte des solutions matérielles à tout. Billet de train, recette de cuisine, météo, itinéraire routier… comme c’est pratique ! Et je peux tout savoir sur tout, j’ai réponse à toutes les questions. Moi, avec mon ordinateur, je peux régler tous mes problèmes, gagner du temps ! Justement, Internet joue le rôle de l’argent, avec lequel autrefois, les gens riches pouvaient tout faire, tout se permettre, tout savoir, tout voir. Maintenant, avec 29,99 € H.T. par mois vous avez tout, ou plus exactement vous pouvez avoir tout. On a plaisir à se dire que, si on veut, on peut faire ceci ou cela, presque sans limite. 2e concupiscence ! Elle est bien plus pernicieuse que celle de la chair car elle est moins infamante et amène des péchés souvent moins graves. Aller par vaine curiosité chercher une recette de cuisine, cela ne va pas chercher bien loin, n’est-ce pas ?

Et la 3e concupiscence, l’orgueil de la vie ? Le goût de l’indépendance, la perte de l’esprit de soumission, du sens de la hiérarchie, de l’autorité et de la capacité à l’exercer ? L’explosion des familles, l’accès direct à toute information sans passer par les canaux hiérarchiques naturels ? La disparition des relations humaines au profit du virtuel ? On part là aux antipodes de l’ordre créé par le bon Dieu, ordre organique, hiérarchisé, harmonieux, où chacun contribue à la beauté de l’ensemble en occupant sa place comme il faut. L’orgueil humain est en train de remplacer cela par une toile d’araignée gluante agglomérant les hommes-dieux-indépendants. Comme, par exemple, les « forums » soi-disant catholiques. Ou la frénésie « d’informer » (certains s’imaginent une mission de faire circuler à l’infini des messages très importants) ou « d’être informé » sur tout, et surtout sur la Tradition. Chassez la télé de chez le tradi., elle revient au galop ! Connaître le nombre de chapelets récités, c’est important ; et je peux le savoir ; pourquoi se priver ? On (pronom malhonnête) va se dépêcher d’indiquer le nombre sur le web, comme cela des milliers de gens vont pouvoir se connecter et s’informer en temps réel (ou pire, on va leur faire savoir directement grâce à une mise à jour « exceptionnelle »). Tout cela n’est pas bien malin !

Alors, la prudence ? La prudence est réglée par la foi. La morale qui pense, à coup de « prudence » au sens de filtrer, se servir de l’instrument dangereux simplement dans la perspective de ne pas « pécher » n’est pas la morale propre aux catholiques. C’est une morale païenne, naturelle… donc théorique, parce qu’elle oublie en fait les blessures des concupiscences dans nos âmes, ainsi que le remède de la grâce surnaturelle. La prudence à employer dépasse complètement la mise en place d’un filtre pour bloquer l’accès aux sites pornographiques ! Face aux dangers d’Internet, il faut la prudence chrétienne, à la fois naturelle et surnaturelle, qui inclut les principes de foi que l’homme païen ne connaît pas. La prudence connaît la faiblesse humaine due aux trois concupiscences, elle tâche de la connaître aussi, de façon très lucide, en soi, en ses enfants, son conjoint, ses inférieurs, ses amis… La prudence chrétienne sait qu’il s’agit pour tous de guérir de nos trois maladies parce que nous devons nous attacher à Dieu. Elle sait qu’Internet, excitant facilement les trois concupiscences, est à traiter comme une occasion de péché plus ou moins prochaine selon les cas et les personnes, et qu’on ne doit donc s’en approcher que dans des circonstances particulières ou pour une certaine nécessité. La prudence chrétienne sait aussi que l’âme chrétienne doit chercher Dieu toujours davantage, en ce sens que qui n’avance pas recule, et doit donc pour cela écarter son cœur des choses terrestres, même permises.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 74

p. 198-200

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