Quelques nouvelles de Russie
par l’abbé Fabrice Delestre
Ce texte est paru dans Le Lien n° 98, octobre-décembre 2010, le bulletin de « la Croisade du Rosaire » [1].
Le Sel de la terre.
Suite à la grande croisade de rosaires et de sacrifices lancée par le Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, Mgr Fellay, pour demander l’accomplissement des demandes de Notre-Dame du Rosaire de Fatima, et tout particulièrement la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie (croisade qui s’est achevée le 25 mars dernier, permettant de collecter plus de dix-neuf millions de chapelets), il fallait s’attendre, sans trop tarder, à une réponse de Dieu à ce grand mouvement de prières et de générosité.
Certains, considérant le pèlerinage du Saint-Père à Fatima le 13 mai dernier, s’attendaient à ce qu’un acte décisif se passe ce jour-là. Or, il n’en a rien été, et le Saint-Père n’a pas même fait allusion, dans ses interventions, à la demande, par notre bonne Mère du Ciel, de la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé, demande contenue dans le secret révélé par Notre-Dame aux trois pastoureaux le 13 juillet 1917.
Mais le bon Dieu « écrit droit avec des lignes courbes », selon l’expression bien connue, et ses voies, bien souvent, ne sont pas les voies des hommes. Or, il semble bien qu’il faille voir, dans les tragiques événements climatiques qui ont atteint la Russie durant tout l’été, une première réponse de la divine Providence à nos prières et sacrifices.
La Russie occidentale fut en effet atteinte, de la fin du mois de juin jusqu’à la moitié du mois d’août 2010, par une canicule d’une longueur et d’une intensité telles qu’il n’en avait jamais été enregistré de pareille en cent soixante ans de relevés météorologiques [2] ! Cette canicule a provoqué une très grande sécheresse, qui a détruit environ un tiers de la récolte de blé du pays, et de gigantesques incendies qui ont brûlé plus d’un million d’hectares, détruisant totalement ou partiellement une centaine de bourgs et villages, réduisant en cendres environ 2 000 maisons, et faisant directement 54 morts, selon des bilans officiels à prendre avec prudence, car ils minimisent sans doute l’ampleur des dégâts.
Selon une estimation du quotidien russe Kommersant, cette catastrophe climatique pourrait coûter au pays 15 milliards de dollars (11,4 milliards d’euros), soit 1 % du produit intérieur brut national (PIB), ce qui confirme l’ampleur des dégâts [3].
Cette tragédie est indubitablement à relier au secret de Fatima, si l’on veut la comprendre de manière très surnaturelle, selon le plan du bon Dieu. Plusieurs aspects de cette canicule font d’ailleurs directement penser au message céleste du 13 juillet 1917 :
Ainsi les photographies vraiment impressionnantes de ces gigantesques incendies ne peuvent que raviver en nos mémoires la description, par sœur Lucie, de la vision de l’enfer qui constitue la première partie du secret de Fatima :
… Nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu, nous voyions les démons et les âmes des damnés. Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre.
D’ailleurs, les victimes de ces incendies ont eux-mêmes parlé d’« enfer [4] ».
La canicule a détruit une grande partie de récoltes de céréales, poussant les autorités russes à décréter un embargo sur les exportations de céréales du 15 août au 31 décembre 2010, la durée de cet embargo pouvant être prolongé en cas de nécessité. Or, comme la Russie est le troisième producteur et exportateur mondial de blé, cette situation a enclenché une très forte hausse du prix du blé (+ 54% en un mois en Europe et aux États-Unis [5]). Certains experts craignent d’ailleurs une répétition de la crise alimentaire de 2008, quand la hausse du prix du blé avait provoqué de très nombreuses « émeutes de la faim » dans les pays pauvres, et fait passer à plus de un milliard cent millions le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Nous devons relier ces données au secret du 13 juillet 1917, quand Notre-Dame avertissait que, si l’on ne fait pas ce qu’elle allait dire, « Dieu (allait) punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père ».
Enfin, un très épais nuage de cendres et de fumée, long de plus de 3000 km, a recouvert la Russie occidentale, y compris la ville de Moscou, pendant des semaines entières. N’est-ce pas là l’image des ténèbres répandues par la Russie dans le monde entier du fait du refus des papes successifs de consacrer ce pays au Cœur Immaculé de Marie ? Notre-Dame avait clairement annoncé ce rôle néfaste et ténébreux de la Russie le 13 juillet 1917, si l’on n’obéissait pas à ses demandes : « La Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. »
Cette catastrophe climatique nous a aussi révélé l’état réel de la Russie et de son peuple ; certaines informations montrent l’état de délabrement moral et matériel du pays :
1) Le mensonge et l’hypocrisie continuent de régir la société en Russie, et l’État lui-même en a donné le lamentable exemple, en refusant de reconnaître le lourd bilan humain de cette canicule exceptionnelle. Le quotidien La Croix du lundi 16 août consacre deux pleines pages et son éditorial à cet aspect des choses, en titrant : « Canicule à Moscou, le bilan occulté », et en parlant de « l’opacité qui prévaut pour établir un premier bilan des victimes de la canicule ». Les seuls chiffres disponibles concernent la ville de Moscou et font apparaître une hausse du nombre de décès de 50% en juillet 2010 par rapport à juillet 2009, avec 5000 décès supplémentaires, et un doublement des décès dans la capitale, dans les premiers jours d’août (700 décès quotidiens contre 360 à 380 habituellement). Mais le directeur du département de santé de Moscou, qui avait donné ces chiffres le 9 août, « s’est fait vite réprimander par le ministre de la santé, l’autorité de tutelle n’ayant pas apprécié cet acte de transparence ». Ces chiffres étendus à l’échelle de tout le pays laissent présager un bilan final de la canicule de plusieurs dizaines de milliers de morts.
2) Une corruption endémique règne dans le pays, ce que l’on savait déjà [6]. Mais cela été confirmé cet été, de manière spectaculaire, par la plus haute autorité religieuse du pays. En effet, le samedi 31 juillet dernier, le patriarche orthodoxe de Moscou, Kirill Ier , a prononcé un discours télévisé dans lequel il a appelé les fonctionnaires à ne pas détourner les fonds destinés aux victimes : « L’argent qui va être versé aux gens est de l’argent sacré. Que personne ne lève la main sur cet argent, car s’enrichir sur le malheur des autres est un grand péché devant Dieu », a-t-il déclaré [7].
3) L’alcoolisme continue ses immenses ravages au sein du peuple russe, ce qui montre son désarroi et son désespoir. La Russie, durant ces vingt dernières années, a été l’un des rares pays où l’espérance de vie a baissé, en grande partie du fait d’une forte consommation d’alcool qui provoque une surmortalité, surtout chez les hommes. Ainsi, l’espérance de vie des hommes en Russie n’est actuellement que de 61 ans, chiffre très bas (78 ans en France). Cet alcoolisme très important est confirmé par une petite information qui révèle que 2500 personnes sont mortes noyées en quelques semaines de canicule en Russie, soit autant que sur toute l’année 2009. Or, les trois quarts des noyades enregistrées en 2009 avaient été causées par l’alcool…
4) Enfin, les grands incendies de l’été ont mis en lumière la vétusté des équipements de l’État russe et ses cruels manques de moyens. La presse occidentale a ainsi souligné que la Russie n’avait que des moyens du Tiers Monde pour faire face à cette crise.
En conclusion, on peut affirmer que la canicule exceptionnelle qui a frappé la Russie cet été, si elle est sans doute un châtiment pour le peuple russe à cause de ses péchés, et aussi une leçon que la divine Providence veut nous donner, pour peu que l’on mette ces événements en corrélation avec le secret de Fatima du 13 juillet 1917. A ceux qui soutiennent que la consécration de la Russie a déjà été faite en 1984, comme le prétend le Vatican, la Providence, qui ne fait jamais défaut, semble ainsi dire : voyez la réalité en face, cessez votre aveuglement volontaire, et obéissez enfin à la demande si insistante de votre bonne Mère du Ciel, pour permettre le triomphe annoncé de con Cœur Immaculé. Quant à nous, ces événements doivent plus que jamais renforcer notre conviction que la consécration de la Russie n’a jamais été faite, et qu’il faut l’obtenir par nos ferventes prières et nos généreux sacrifices, […] car « le Saint-Père fera (la consécration de la Russe), mais ce sera tard ! Cependant, le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée [8]. »
[Fin de l’extrait du Lien nº 98.]
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A propos de ce texte sur la Russie, on peut rappeler ce Courrier des lecteurs paru dans La Croix du lundi 29 octobre 2007 :
Les plus grands journaux français [à l’occasion de la visite en France du président Poutine en 2007] dressent un portrait fort naïf de l’Église orthodoxe très loin des réalités. On s’enthousiasme ainsi pour une prétendue « renaissance » de la foi orthodoxe ; effectivement, les paroisses, les monastères, les établissements éducatifs gérés par l’Église se multiplient à travers le pays. Pourtant, il est difficile de parler d’une renaissance spirituelle, ni d’une augmentation du nombre des fidèles: les seuls chiffres fiables les estiment à 6 millions soit 4,2% de la population, bien loin des 100 millions qui ont été avancés ces jours-ci dans les médias. Surtout, les études des sociologues montrent un très faible niveau des pratiques religieuses et une grande indifférence à l’égard des valeurs reconnues comme faisant partie de la tradition chrétienne telles la distinction entre le bien et le mal […]. Il en va de même pour la reconnaissance de l’Église entant que symbole du patrimoine russe : dans un récent sondage réalisé par le centre de recherche Levada, seules 1% des personnes interrogées évoquent l’orthodoxie comme importante pour la Russie. L’omniprésence institutionnelle de 1’Église orthodoxe russe dissimule ainsi sa profonde faiblesse. (Lettre signée : Agnieszka Moniak-Azzopardi).
[1] — Disponible au secrétariat de « La Croisade du Rosaire » : 79, rue Rémy Dumoncel, 77210 Avon.
[2] — Le quotidien La Croix du lundi 2 août 2010, en p. 2, publie ces données : « En 160 ans d’observation météorologique, la Russie n’avait jamais connu pareille canicule. Jeudi 29 juillet, le thermomètre a atteint 38,2 degrés à Moscou, battant le précédent record de 37,2 degrés établi… trois jours plus tôt. »
[3] — Quotidien Var Matin du mercredi 11 août 2010.
[4] — Un reportage assez complet de l’hebdomadaire Paris Match, n° 3195 du 12 août 2010 rapporte le cas du hameau de vingt maisons de Peredeltsy, une centaine de kilomètres au sud-est de Moscou, qui a été complètement détruit par les flammes en un quart d’heure à peine. « Même la route semblait brûler », disent les survivants. « C’était comme descendre en enfer. »
[5] — Hebdomadaire Le Point, n° 1978 du 12 août 2010, p. 32. Article intitulé : « Russie : l’État carbonisé ».
[6] — Cette corruption généralisée compromet tout développement réel et place la Russie au 146e rang mondial sur 180, dans le classement établi par l’ONG Transparency International (Le Point, 12 août 2010, p. 33).
[7] — Quotidien La Croix du lundi 2 août 2010, p. 3.
[8] — Lettre de Sœur Lucie, du 18 mai 1936, à son confesseur le Père Gonçalves, lui révélant une communication toute récente de Notre Seigneur Jésus-Christ, Frère François de Marie des Anges, Fatima, joie intime, événement mondial, 2e édition, 1993, p. 220.

