La Malaventure de François d’Assise
Fr. Pacifique O. F. M. cap.
La « question françisacaine » est née lorsque Paul Sabatier, protestant, publia sa Vie de saint François d’Assise, en 1894. Depuis lors, tout un travail de recherches a été effectué pour retrouver le François historique qui, d’après les chercheurs, a été manipulé et modifié par les hagiographes franciscains, notamment Thomas de Celano et saint Bonaventure.
L’ouvrage de Jacques Dalarun intitulé La Malaventure de François d’Assise n’est pas une biographie du Poverello. L’auteur lui-même nous dit qu’on pourrait résumer son projet de la façon suivante : entrer dans les sources franciscaines pour chercher la meilleure façon d’en sortir. Son propos est d’examiner la possibilité et de préciser les conditions de l’usage historique des légendes franciscaines.
La méthodologie de cet auteur est celle de l’école moderne influencée par Descartes, Kant, Hegel, Heidegger et Gadamer.
Les erreurs de J. Dalarun sont les suivantes :
— idéalisme (la pensée est la réalité, ce qui est logique est ce qui est) ;
— préjugé naturaliste : la séparation entre la raison et la foi, entre le naturel et le surnaturel ; l’impossibilité de la Révélation ;
— empirisme kantien et positiviste : la seule vraie science est celle des phénomènes ;
— agnosticisme : le vrai historien ne peut pas et même ne doit pas dire si les miracles sont possibles. L’histoire doit être neutre, agnostique et non croyante ;
— existentialisme, insistant sur le drame, le tourment de l’homme mais sans s’ouvrir à la métaphysique et au Dieu révélé ;
— prétention de trouver les intentions « secrètes » des hagiographes, surtout celles de Thomas de Celano et de saint Bonaventure ;
— méthode stratigraphique : il faut séparer, dans les légendes, les diverses « couches » qui ont été rajoutées par les hagiographes. Les « nouveaux » apports ne sont pas réellement factuels, surtout lorsqu’ils apportent des faits « surnaturels » ;
— enfin, dialectique hégélienne : thèse – antithèse – synthèse.
L’herméneutique de J. Dalarun relègue le surnaturel parmi les genres littéraires. Pour justifier ses idées, il part de préjugés rationalistes, pseudo-scientifiques, qui le conduisent paradoxalement à des théories irrationnelles.
D’après lui, tous les hagiographes franciscains ont composé leurs légendes (au sens ecclésiastique du mot : legenda = récit à lire pour l’office d’un saint) pour justifier leur façon de concevoir le Poverello. Thomas de Celano, saint Bonaventure, frère Élie, le cardinal Hugolin (le futur pape Grégoire IX), et même sainte Claire, ont été très habiles à manipuler et à forger l’image du saint d’Assise. L’Anonyme de Pérouse et la Légende des trois Compagnons présentent les thèses soutenues par Grégoire IX dans sa bulle Quo elongati. Dans la Vita Ia et la Vita IIa de Thomas de Celano, dans la Légende Majeure de saint Bonaventure et dans la Légende des trois Compagnons, les intérêts politico-religieux et hagiographiques l’emportent sur l’histoire. Dans la Légende de Pérouse, J. Dalarun voit un François en conflit. Mais il s’agit d’un conflit avant tout interne. De cette Légende de Pérouse, il faut surtout retenir l’idée du tourment de François. D’ailleurs, dans l’ensemble de son ouvrage, J. Dalarun présente son François historique comme étant un homme tourmenté, incohérent, contradictoire et orgueilleux.
Thomas de Celano n’a pas réussi à effacer les prétendues contradictions entre L’Anonyme de Pérouse, la Légende des trois Compagnons et la Légende de Pérouse. Alors, pour effacer la « Malaventure » de François (c’est-à-dire ses contradictions et ses ambiguïtés), il fallait Bonaventure de Bagnoregio. En bon disciple de Paul Sabatier, J. Dalarun aussi est convaincu que saint Bonaventure ne transmet pas le François historique. Mais, il ne prétend pas que le Docteur séraphique ait purement et simplement manipulé l’image du Poverello et ait transfiguré son héros.
Saint Bonaventure excelle à développer les potentialités interprétatives que lui offrait l’historicité franciscaine : c’est là chose bien différente d’une pure invention, puisque c’est le fonctionnement même de la pensée médiévale [p. 246].
Comme conclusion de son ouvrage, il nous dit :
Parce qu’il [saint François] est voué à une continuelle mythisation, dont Bonaventure est l’artisan le plus accompli, il faut tout aussi continuellement reconduire François d’Assise à sa « malaventure » ; pourvu que l’on n’aille pas s’imaginer qu’il y est exclusivement contenu. Et, pour ce qui est de la recherche historique de François, de la recherche du François historique, peu importe que ce héros « malaventureux », plus fruste, plus vivant et plus savoureux, nous soit infiniment plus sympathique [p. 246].
J. Dalarun et les franciscanisants modernistes sont en train de remettre en cause et de détruire tout ce que les hagiographes franciscains nous ont transmis sur saint François d’Assise. Malheureusement, depuis 1996, La Malaventure de François d’Assise fait école. Obnubilés par leur science rationaliste, influencés par les préjugés sabatiériens et néo-sabatiériens, des savants qui, pourtant, connaissent à fond les sources franciscaines sont devenus incapables de comprendre le message du Poverello.
Jacques Dalarun, La Malaventure de François d’Assise, Traduit de l’italien par Pierre B. Beguin, Paris, Éd. franciscaines, 2002, 288 p. (28 €).
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Souvenirs d’enfant
Ch.-M.
René Bazin nous livre ici onze histoires tirées de sa propre enfance.
C’est un livre rempli de simplicité, de fraîcheur, mais aussi de profondeur. Nous y trouvons toutes sortes d’anecdotes où se mêlent les rires, les espiègleries, les jeux créatifs des enfants jouant en pleine campagne et les grands sentiments, comme l’amour paternel, filial et fraternel.
En lisant ce livre, nous entrons dans un monde profondément attaché à sa foi, à sa terre et à ses traditions.
René Bazin, Souvenirs d’enfant, Via Romana, Paris, 2009, 106 p., 15x21, 14 €, ISBN 978-2-9167279-62-2.

