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De Henri de Navarre au roi Henri IV (1589-1595) (II)

 

De l’abjuration de Saint Denis (1593)

à la levée de l’excommunication (1595)

 par Michel Defaye

 

La première partie de cet article a paru dans le numéro 72 du Sel de la terre à l’occasion du 400e anniversaire de la mort de Henri IV (1610-2010). Elle présentait un aspect peu connu de l’accession au trône de Henri de Navarre, à savoir ses tentatives de prise du pouvoir, par la force, comme chef des calvinistes (1589-1593) et sa « conversion » à Saint-Denis précipitée par la convocation des États Généraux.

Dans cette seconde partie, Michel Defaye étudie le jugement des Français sur Henri de Navarre après son abjuration à Saint-Denis, présente les événements politiques (sacre à Chartres, prise de Paris, etc.) qui ont accéléré la réconciliation entre le futur Henri IV et Rome, résume les négociations et les exigences du pape Clément VIII pour lever les excommunications du Navarrais (1594-1595). Cette étude montre que l’Église, à la fin du 16e siècle, malgré l’épouvantail agité du schisme, n’a pas transigé sur le respect dû par les puissances temporelles – en l’occurrence Henri de Navarre – à son droit public. La cérémonie de la levée de l’excommunication, à Rome, le 17 septembre 1595, est un fait exceptionnel, rarement conté. L’auteur cherche aussi à établir que seule la fidélité aux principes défendus par l’Église est garante du repos et du salut des peuples chrétiens.

Le Sel de la terre.

 

 

- I -

Les Français et l’abjuration de Saint Denis (1593)

 

Après l'abjuration de Henri de Navarre à Saint-Denis et la levée de son excommunication par l’évêque de Bourges (dimanche 25 juillet 1593) [1], le cardinal de Pellevé pensa pouvoir continuer à réunir les députés des états généraux qui avaient promis de publier et de faire enregistrer les décrets du concile de Trente. Mais, au début du mois d’août 1593, ils quittèrent la capitale. Lorsque plusieurs d’entre eux revinrent trois mois plus tard, les esprits avaient changé. En effet, la cérémonie de Saint-Denis avait encouragé nombre de magistrats à quitter la Sainte Union [2], le vent étant favorable au fils de Jeanne d’Albret. En ce début d’août, plusieurs villes reconnurent Henri de Navarre comme roi légitime (Laon, Noyon…). Plusieurs autres, comme Lyon, ne le reconnaissaient pas parce que Rome n’avait pas levé l’excommunication. Les échevins lyonnais n’hésitèrent pas à dénoncer ceux qui avaient facilité les voies de l’ancien chef des calvinistes : « Le plus grand péché est aux évêques (navarristes) qui se sont tant oubliés ; ils n’ont rien fait qui vaille... quelle impiété [3] ! ». Quant au dernier frère des Guise, le duc de Mayenne, qui était lieutenant général du royaume, il écrivait à son ami, l’espagnol Juan de Tassis « qu’il ne s’accorderait jamais [avec Navarre] sans le pape et, s’il le faisait, Tassis pourrait imprimer et publier en Europe que Mayenne est un traître [4] . » Dans Paris, les catholiques de la Ligue chantaient une chanson qui rappelait au Navarrais les conditions de sa reconnaissance :

[…] Depuis onze cent ans On a point vu en France Que de bons rois chrétiens, Qui en grand’révérence Ont tous reçu le sacre avec serment De vivre catholiquement. Ton vrai chef-d’œuvre, c’est De faire pénitence, Et au Pape, à qui est Donnée toute puissance, Lui requérir avec contrition, De tes maux l’absolution. Puis fera le serment D’abolir l’hérésie, Et très étroitement, Sans nulle hypocrisie, Fera punir, avec tes prédicants, Tous ceux qui seront délinquants. Autrement, tiens et crois De n’avoir la couronne ! Car, à tels gens que toi ; Jamais Dieu ne la donne. Quoique tu sois d’icelle successeur, Tu n’en seras pas possesseur […] [5].

Henri de Navarre avait d’autres gens à rassurer pour d’autres raisons : ses anciens coreligionnaires. Beaucoup d’entre eux avaient été des compagnons d’armes. Il leur fit parvenir un avis qui rappelait que son changement de religion n’affectait en rien sa politique de concorde et de respect des édits de pacification [6]. Il précisait devoir toujours les aimer et les gratifier, les « préserver de toute oppression et injure […] & de maintenir tous noz bons subjets en une bonne paix et repos ». Son ami et mentor politique, Philippe Duplessis-Mornay, « le pape des huguenots », fut à peine rassuré par ces lignes. Il écrivit à Henri de Navarre pour lui faire part de son inquiétude. Il allait probablement recevoir du pape [l’Antéchrist] « l’épée sacrée ». Et le pape lui imposerait « de faire la guerre aulx hérétiques » et sous ce nom « comprendra les plus chrestiens, les plus loyaulx François, la plus sincère partie de vos subjects ». Navarre le rassura, lui garantissant la liberté de conscience et la liberté de culte.

Un autre personnage était, lui aussi, fort inquiet de l’abjuration de Saint-Denis : le représentant du pape à Paris depuis 1592, le cardinal de Plaisance, Philippe Sega [7]. Il condamna et la cérémonie et l’absolution à Saint Denis comme étant contraires au droit de l’Église et fit connaître sa réprobation aux évêques navarristes – déjà excommuniés par Grégoire XIV – qui avaient agi en dehors de Rome. Seul, le pape, écrivait-il, peut recevoir l’abjuration et lever l’excommunication du Navarrais. Le jugement du légat fut apposé sur les portes de Notre-Dame de Paris et communiqué au souverain pontife Clément VIII. Ce dernier voulait que Navarre lui demandât officiellement son absolution, puisque celle de Saint-Denis était déclarée nulle de plein droit. Le légat s’activa beaucoup dans la capitale, comme l’écrit Anne-Cécile Tizon-Germe :

Tandis que l’étau se resserrait autour de Paris après la conversion du roi, Sega se multipliait pour endiguer le flot des ralliements au souverain, publiant de nouveaux opuscules rapportant le refus de Clément VIII d’approuver l’absolution d’Henri IV, assistant à des processions pour animer, ou ranimer, le zèle ligueur (parmi lesquelles la procession anniversaire de la levée du siège de Paris, le 30 août 1590), […] menaçant de quitter la ville si l’on inclinait trop à l’indulgence envers Navarre [8].

A son tour, le cardinal d’Epinac, archevêque de Lyon, fit savoir que l’absolution donnée « par certains évêques du parti de Navarre » n’était pas valide :

Je crois que cela [la cérémonie de Saint-Denis] n’esbranlera point l’affection de nos bons catholiques qui ne peuvent tenir le roy de Navarre catholique jusques à ce qu’il sera recogneu pour tel par Notre Saint-Père, et cependant ne se doivent aucunement laisser aller à ses artifices [9] .

Le 8 août (1593), Navarre envoya par Brochard de la Clielle, son maître d’hôtel, une missive au pape par laquelle il lui signifiait qu’il « avait entendu la messe avec la ferme intention de persévérer toute sa vie dans la religion [10] ». Il avait choisi Louis de Gonzague, duc de Nevers, comme ambassadeur extraordinaire. Ce dernier fit savoir qu’il venait à Rome pour demander au pape « d’approuver et de valider autant que besoin sera » ce qui avait été fait à Saint-Denis et « pour rendre au nom du roi l’obédience au Souverain Pontife [11] ». Par l’envoi de son ambassade, Henri de Navarre voulait être officiellement reconnu comme monarque légitime. Clément VIII réagit vivement à la nouvelle :

On ne parle pas d’absolution, c’est trop se hâter et il n’est point temps encore d’envoyer une ambassade [12].

Prudemment, le souverain pontife voulut s’assurer de la sincérité de la conversion du Béarnais. Il patientait parce que les suites pouvaient être très avantageuses pour l’Église ou, au contraire, très défavorables si Navarre revenait à l’hérésie comme il l’avait déjà fait plusieurs fois. D’ailleurs, les nouvelles que recevait Clément VIII n’étaient pas favorables au Navarrais. Le légat avait transmis au pape les détails de « la comédie de la conversion » et avait donné ordre au célèbre prédicateur et théologien Jean Boucher de prêcher en l’église Saint-Merry à Paris neuf sermons « sur la simulée conversion de Henri de Navarre [13] ». Les Ligueurs avaient expédié à Rome des relations sur « la comédie qui fut jouée » à Saint-Denis, « l’abjuration étant feinte et fausse, trompeuse, frauduleuse et pleine de dol ». L’archevêque de Lyon (d’Épinac) accusa Navarre, d’avoir été absous lors d’une cérémonie « fort esloignee de ce qui est necessaire pour une vraie absolution » et l’abbé d’Orbais, ambassadeur du duc de Mayenne à Rome, s’indigna du manque d’unité des Ligueurs qui avait « donné au roi de Navarre le loisir de jouer la comédie de sa conversion ». Louis Dorléans, avocat au Parlement de Paris, résumait bien la pensée des catholiques lorsqu’il écrivait (parlant de Navarre) :

Je voudrois bien demander comment la religion est assurée estant en sa main. Car il y a trente-six ans et plus que toujours il cherche de la dévorer. Il estoit baptizé catholique, depuis il s’est fait hérétique ; il redevint catholique à la Saint Barthélémy. Le voylà aujourd’hui catholique ; ne sera-t-il pas demain hérétique ? […] [14] .

Brochard de la Clielle arriva à Rome le 11 septembre 1593 et fut reçu le 13 dans le palais de Saint-Marc. « Nous avons été assurément trompés, car nous pensions que vous veniez de la part du duc de Montmorency » déclara le pape qui ne dit plus un mot. Il laissa parler le cardinal Francesco de Toledo S.J. (François Tolet) qui exposa les raisons pour lesquelles Clément VIII ne pouvait recevoir le duc de Nevers. Il fallait que Henri de Navarre montrât une vraie contrition de sa vie passée, fît pénitence pour avoir persécuté tant d’années les catholiques, reçût l’absolution et fût relevé par le pape de ses excommunications.

Mais depuis dix jours, le duc de Nevers était en chemin vers Rome. Dès l’annonce faite, Cément VIII envoya un autre jésuite, Antoine Possevin, au devant de Nevers avec une instruction rédigée par le secrétaire d’État, Aldobrandini. Henri de L’Épinois la résume ainsi :

Le pape ne pouvait et ne voulait recevoir un ambassadeur du roi de France. Une sentence de Sixte V n’avait-elle pas déclaré le roi hérétique, relaps, privé du royaume, inhabile à succéder à la couronne de France ? Ce roi prétendait aujourd'hui avoir été absous par des prélats de son parti, mais cette absolution n’avait pas été légitimement donnée, car il se trouvait dans un des cas réservés au Saint-Siège et au pape. D’ailleurs par la Bulle monitoriale de Grégoire XIV, ces évêques étaient eux-mêmes excommuniés, suspendus de leurs charges, et, par le fait même de l’absolution donnée induement, étaient frappés d’excommunication majeure, en sorte que le roi n’avait reçu aucune absolution légitime et n’avait pas demandé au Saint-Siège sa réhabilitation [15] .

La missive précisait que Navarre n’avait pas été reconnu dans tout le royaume et que les états généraux étaient réunis pour élire un souverain. Henri de Bourbon ne pouvait donc pas être traité par le Saint-Siège comme roi légitime, ni son ambassade admise. Cependant, le religieux devait signifier la satisfaction du pape pour le retour du prince de Navarre à la foi catholique « espérant sa conversion sincère » [16].

Le père Possevin rencontra le duc de Nevers, le 14 octobre 1593, au pied du mont Bernina, dans la Valteline (Alpes). Lorsque Louis de Gonzague entendit de la bouche du père Possevin, les arguments de Clément VIII, il fut accablé :

S’il n’est pas reçu, c’est la ruine du royaume de France, la perte de millions d’âmes, peut-être un schisme.

Nevers alla jusqu’à menacer le jésuite :

Prenez garde, prenez garde, prenez bien garde à ce que vous faites.

Au terme d’un entretien houleux, le père Possevin répliqua que « si la noblesse française devait conserver les lois du royaume, Sa Sainteté devait à plus forte raison conserver les lois de Jésus-Christ ». Cependant, le père Possevin encouragea le duc de Nevers à écrire au pape, proposant qu’il le reçoive comme particulier et non comme ambassadeur. Le souverain Pontife accepta à deux conditions : le duc ne serait présent que dix jours à Rome (dans la réalité, il resta près de deux mois) et ne serait accompagné d’aucun apparat. Avec cinquante gentilshommes (dont Claude d’Angennes, évêque du Mans, et Jacques Davy du Perron, évêque d’Évreux), il arriva le soir du 20 novembre 1593 par la porte Angelica et non par celle des ambassadeurs. Les jours et mois suivants, Clément VIII reçut cinq fois le duc de Nevers. En revanche, il refusa formellement de rencontrer les ecclésiastiques envoyés par Navarre pour justifier la cérémonie de Saint-Denis. Et dans les entretiens avec le duc de Nevers, Clément VIII se montra particulièrement inflexible :

Vous voudriez, que je reçusse le Navarrais afin qu’il fût reconnu roi par toute la France, or je ne le puis faire, et ne le ferai jamais, ne le connaissant point bien converti… La crainte seule que sa conversion soit feinte me retient de l’absoudre pour lui soubmettre tant de bons catholiques et lui donner moyen de les mal traiter et d’attirer sur moi ce blasme [17] .

Le duc de Nevers répliqua que la conversion d’Henri de Navarre n’était pas simulée et que le pape devait considérer les conséquences désastreuses d’un tel refus. Clément VIII répondit simplement :

Ce mal serait plus grand, si je donnais l’absolution, car après être reconnu roi, s’il n’était converti, il tromperait ; s’il était bien converti, cela serait bon. Mais comment puis-je m’assurer qu’il ne retournera pas à son hérésie ? Je ne vois pas les fruits de sa conversion [18].

Le duc de Nevers se jeta alors aux pieds du souverain Pontife qui lui répliqua :

Je ne puis le faire, ce serait contre ma conscience et en serais responsable devant Dieu. […] Levez-vous, pour Dieu, aultrement je me leverai… Je ne vois pas les fruits de sa conversion.

Alors, Nevers tenta de compromettre Clément VIII avec la cause espagnole :

« On assure que vous avez promis à l’Espagnol de ne jamais recevoir le roi ». « Cela n’est point, répondit Clément VIII, et si ceux de la Ligue écrivent telle chose, ils disent des mensonges ».

Le pape fit venir au Vatican saint Philippe Néri, le cardinal Baronius et le père Thomas Bozzi pour les écouter sur cette grave affaire. Ils étaient d’avis d’attendre pour constater si la conversion de Navarre était véritable. Si après un temps assez long, Henri persévérait, le pape devrait lever l’excommunication à certaines conditions.

Les cardinaux du Sacré Collège les plus favorables à Henri de Navarre se plaignirent de n’être pas consultés. Clément VIII les reprit sévèrement lors du consistoire du 20 décembre (1593), ne comprenant pas qu’un cardinal de la sainte Église puisse se déclarer partisan « d’un hérétique, relaps, condamné par le Saint-Siège ». Le souverain pontife affirma que si l’absolution était demandée, il ne pouvait l’accorder rapidement, pour trois raisons : l’impénitence du sujet, le scandale des âmes, le péril de la foi. Le pape fit savoir aux cardinaux qu’il communiquait tous ses entretiens aux Congrégations de France et de l’Inquisition et qu’il suivait leurs conseils.

Le duc de Nevers, qui était encore à Rome au début de l’année 1594, tenta, lors d’une ultime audience (le 2 janvier 1594) de convaincre Clément VIII. Il usa du chantage, en priant le pape de se souvenir du passé : le roi Charles VII et son clergé n’avaient-ils pas unilatéralement organisé l’Église en France, rédigeant la Pragmatique sanction de Bourges en 1438 ? Henri de Navarre n’était-il pas capable de se passer du vicaire de Jésus-Christ pour lui-même et de s’accommoder d’une Église gallicane séparée de Rome comme l’avait fait Henri VIII d’Angleterre ? [19] Une telle menace troubla profondément le souverain pontife mais il ne changea pas son attitude, ni son jugement.

Nevers avait promis de ne pas quitter Rome avant d’avoir reçu une réponse écrite à un Mémoire qu’il avait laissé au Saint-Père. Mais le 14 janvier 1594, il prit ses affaires et sortit de la Ville éternelle afin « de ne plus perdre de temps » comme il l’écrivit à son ami Sillery. Il laissa à Clément VIII un rapport très circonstancié des raisons de croire à la conversion sincère de Navarre, « afin – disait-il – de donner occasion de vous rendre autant miséricordieux qu’il vous a plu être sévère à l’endroit de mon roi pénitent [20] ».

Au moment où Louis de Gonzague quittait Rome, arrivaient les représentants du duc de Mayenne et des Seize (le cardinal François de Joyeuse, le baron de Senecey et l’abbé d’Orbais) envoyés expressément par le légat à Paris. Ils passèrent plus de deux mois dans la Ville éternelle et s’entretinrent régulièrement avec Clément VIII. Le 14 mars (1594), le pape demanda un récapitulatif de ces longues discussions.

On pouvait y lire que le royaume de France était dans un état pitoyable après quarante ans de guerre civile et étrangère et que les populations aspiraient à la paix, que les Ligues ne voulaient pas du Navarrais mais que sa puissance militaire et l’adhésion de plus en plus nombreuse de la noblesse et de la bourgeoisie grandissaient chaque jour. Déjà nombre de villes lui avaient offert leurs clefs. L’Espagne pouvait davantage aider les Ligueurs, mais ces derniers n’y tenaient pas. Il fallait donc que le Saint-Père intervînt pour mettre un terme à cette crise successorale sans précédent et assurât la paix dans le royaume de France. « Si la paix ne se fait pas avec l’autorité du pape, au profit de tous, chacun en conclura une en son particulier, comme plusieurs l’ont fait déjà ». Enfin, si les Français se réconciliaient, ils pourraient s’unir aux Espagnols pour aller combattre les Turcs – ces derniers venaient d’attaquer la Hongrie royale – et lutter contre l’hérésie en Europe. Il fallait donc accepter Navarre parce qu’il n’y avait pas d’autres solutions, lever ses excommunications s’il le demandait, ne rien négliger pour lui imposer des conditions sévères. Si Navarre revenait à l’hérésie, il perdrait ipso facto la couronne et le pape délierait les sujets de l’obéissance due au souverain.

Ce rapport écrit par les représentants de Mayenne et de la Sainte-Union fit forte impression sur Clément VIII. Mais il voulait tout d’abord constater les œuvres de Henri de Bourbon pour croire à sa conversion et pour le recevoir comme « fils aîné de l’Église ».

 

- II -

Le sacre de Henri de Navarre, son entrée à Pariset les négociations officielles à Rome

En ce début d’année 1594, dans une ville de Paris fatiguée, les prédications enflammées contre le Navarrais avaient moins d’influence sur la bourgeoisie. Les vivres étaient rares et chers ; tout le monde avait faim et aspirait à la paix. Chaque mois, les Parisiens apprenaient qu’une ville se rendait au Béarnais. Ce dernier, fin politique, la recevait toujours en lui accordant privilèges et franchises. Le légat défendait bien aux villes qui trahissaient la Sainte-Union de lui payer l’impôt. Mais c’était en vain. Les armées espagnoles auraient pu venir prêter mains fortes aux Ligues partout en France. Rien ne venait de Flandres (un seul soutien, du côté de la Bretagne, avec le duc de Mercœur).

Les proches du jeune Charles de Guise (23 ans), fils du Balafré et favori des Ligueurs, le dissuadèrent de se laisser élire par quelques députés des états généraux revenus dans la capitale. Une telle élection, faite par si peu de députés et soutenue par une infime partie de la noblesse, eut ajouté à la confusion. Les débats sur la conversion du Navarrais et sur sa légitimité à succéder à Henri III n’en finissaient pas, et une foule d’écrits circulait dans le royaume. Les deux pamphlets les plus célèbres de cette époque furent le Dialogue entre le Maheustre [royaliste] et le Manant [ligueur] contenant les raisons de leurs débats et questions en ces presens troubles au royaume de France [21] et la Satyre Ménippée de la Vertu du Catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris. L’un comme l’autre furent diffusés, non seulement à Paris, mais aussi en province et lus par beaucoup.

Henri de Navarre, très humilié de l’échec des négociations de Nevers à Rome, ne connaissait pas le rapport des ambassadeurs de Mayenne présenté au pape. Avec tous ses amis proches, surtout ceux de l’ancien « tiers-parti », il pensa que le sacre pourrait convaincre les plus récalcitrants (dont Clément VIII) sur la sincérité de sa conversion. En effet, lors de la cérémonie, il devait prononcer un serment de nature à lever les doutes :

Voici ce qu’au nom du Christ, je promets au peuple chrétien qui m’est soumis : je promets de travailler à ce que tout le peuple chrétien de l’Église de Dieu jouisse en tout temps de la véritable paix ; de veiller à ce que, dans toutes les conditions, toutes les rapacités soient réfrénées, toutes les injustices punies ; de prendre les mesures pour que, dans tous les jugements, l’équité et la miséricorde soient observées, afin que Dieu clément et miséricordieux m’accorde, ainsi qu’à vous, sa miséricorde ; de m’appliquer avec un louable zèle et selon mon pouvoir à purger les pays et terres qui sont sous ma juridiction de tous les hérétiques dénoncés par l’Église. Voilà ce que je promets avec serment. Que Dieu me vienne en aide et aussi ces saints Évangiles [22].

Le mois de février se passa à préparer la cérémonie et, le 27 février 1594, Nicolas de Thou, évêque de Chartres, sacra Henri de Navarre dans la splendide cathédrale de cette cité. Ce sacre fut marqué par plusieurs particularités :

— d’abord la question du lieu. Reims était aux mains des catholiques ligueurs qui ne reconnaissaient pas le Béarnais. Pépin le Bref avait été sacré à Mayence, Charlemagne à Rome, Louis le Gros à Orléans, pourquoi pas Henri de Navarre à Chartres ? Ce fut la ville de Chartres, en effet, qui eut les préférences du Béarnais. Proche de Paris, ce lieu hautement symbolique était cher à la famille des Bourbon-Vendôme.

— Plus ennuyeux, il manquait la matière du sacre : la sainte Ampoule conservée dans la châsse de saint Rémi à Reims. Les prélats (navarristes) jugèrent que les bénédictions épiscopales étaient plus importantes que l’huile de la sainte Ampoule. Toutefois, il fallait bien joindre une huile au Saint-Chrême et, si possible, une huile différente de l’ordinaire :

Voulût-on une huile d’une origine céleste, la célèbre abbaye de Marmoutier, près de Tours, pouvait la fournir. Dans cette abbaye, en effet, l’on conservait avec autant de dévotion qu’à Reims une fiole remplie d’une huile qu’un ange, selon la tradition, avait apportée et dont il s’était servi pour guérir les blessures du grand saint Martin, blessures graves reçues lors d’une chute. On décida donc de faire venir de Marmoutier cette autre fiole miraculeuse [23].

En effet, on conservait dans l’église de Marmoutier cette ampoule qui a été brisée en 1793. Voici ce qu’écrit le biographe de saint Martin, Sulpice Sévère, (vers 405) :

Un jour, Martin tomba lui-même d’un étage supérieur, roulant sur les marches raboteuses de l’escalier et se fit plusieurs blessures. Étendu presque sans vie dans sa cellule, il éprouvait de cruelles souffrances, lorsque, pendant la nuit un ange lui apparut, lava ses blessures et oignit ses membres contusionnés d’un onguent salutaire, si bien que le lendemain, rendu à la santé, il ne paraissait avoir éprouvé aucun accident.

Cette huile, connue dans les textes depuis le 14ème siècle, se trouvait dans un magnifique reliquaire. Tous ceux qui souffraient de blessures inguérissables et qui le baisaient étaient instantanément guéris. Une tapisserie flamande de la collégiale Saint-Martin de Montpezat, en Quercy, porte une inscription qui rappelle l’événe­ment :

Le diable fist tomber Martin Dont se tint navré griefment Mais sain et sauf fust le matin Par vertu d’ung saint ongement [24].

C’était une huile plus ancienne que celle de saint Rémi et le chroniqueur Pierre Palma-Cayet n’hésite pas à écrire – pour la rendre encore plus vénérable – « qu’elle avait esté comme miraculeusement préservée de la furie des huguenots, en l’an 1562, qui bruslèrent en ceste ville une grande quantité de sainctes reliques [25] ».

— Les prélats avaient trouvé l’huile miraculeuse, mais ne possédaient pas les regalia ; il fallut en créer de nouveaux (couronne, sceptre royal, main de justice, manteau royal, sandales, éperons, épée, tuniques et dalmatique). Les précédents, ayant servi à Henri III, avaient disparu du trésor de Saint-Denis…

— Enfin, ce fut l’évêque de Chartres, Nicolas de Thou qui fit valoir ses droits d’évêque de la ville pour sacrer Henri de Navarre. Si l’on excepte l’évêque de Châlons, aucun des pairs du royaume ne fut présent à la cérémonie. Pairs laïques et pairs ecclésiastiques furent remplacés par des seigneurs et des évêques navarristes.

 

Tout le cérémonial, grandiose, fut respecté, et le lendemain, dans la même cathédrale, Henri reçut des mains du prélat consécrateur le collier de l’ordre du Saint-Esprit. Aux yeux des populations, de telles cérémonies venaient accroître l’effet de l’abjuration de Saint-Denis. Elles déterminèrent de nouvelles villes à le reconnaître : Orléans, Péronne, Montdidier… D’autres, comme Abbeville, aurait bien voulu lui offrir leurs clefs, mais attendaient « l’absolution que Sa Sainctete enverra [26] ». De même, Amiens restait « résolue à ne jamais reconnaître le roi de Navarre pour quelque nécessité qui lui advienne jusqu’à ce que N.S. Père ait levé l’excommunication [27] ». Ces échevins sauvaient l’honneur des catholiques en France puisqu’ils sauvegardaient le droit public de l’Église qui protège les peuples chrétiens de la tyrannie autant que de l’anarchie.

Beaucoup d’autres villes en Bretagne, en Bourgogne, en Champagne et dans le sud-ouest refusaient de le reconnaître. D’ailleurs, à la sortie de la cathédrale de Chartres, le Navarrais n’avait pas pratiqué le toucher des écrouelles. Avait-il peur de ne pas être en état de grâce ? Car Dieu n’opérait les miracles qu’à cette condition. « Sa conversion simulée » n’était-elle pas la cause de cet embarras ? Tel était l’état d’esprit des catholiques qui ne voulaient pas recevoir Henri de Navarre.

Trois semaines s’étaient écoulées depuis le sacre et Navarre, toujours pénétré de l’importance de posséder la capitale du royaume – on se souvient du siège de Paris de 1590 [28] – voulut profiter de l’absence du duc de Mayenne (il était à Soissons) pour entrer dans Paris. A cette fin, le fils de Jeanne d’Albret chercha à nouer des intelligences avec le nouveau gouverneur de Paris, le comte de Cossé-Brissac, nommé récemment par Mayenne, et lui promit monts et merveilles à la condition de lui livrer la capitale. Pour prix de sa « trahison », le gouverneur « si oublieux de son honneur et de son devoir », demanda le titre de maréchal de France, 300 000 livres d’argent, une pension de 30 000 écus jusqu’à la fin de sa vie et une montagne d’argent pour le prévôt des marchands, le conseil municipal et le sergent de ville… Il fut aussi convenu « qu’il ne se feroit aucun austre exercice que la religion catholique, apostolique & romaine dans la ville de Paris et dans les faubourgs ».

Ainsi, Cossé-Brissac abandonnait-il Mayenne, le légat, les Seize et la population parisienne. Mais, depuis le sacre, la Sainte Union avait perdu beaucoup de son prestige et de son autorité. Le Parlement et la bourgeoisie s’étaient rapprochés des politiques et voulaient recevoir Henri de Navarre à Paris. Seuls, les gens de métiers, la population, les religieux et les prêtres – qui, d’ailleurs, trouvaient le duc de Mayenne médiocre chef – n’en voulaient à aucun prix. La division régnait chez les meilleurs.

Toujours est-il que le 22 mars 1594, à deux heures du matin, les troupes de Navarre arrivèrent au pied des remparts de Paris. Brissac fit ouvrir trois portes (Neuve, Saint-Denis, Saint-Honoré), et près de 4000 hommes entrèrent nuitamment dans la capitale. Henri de Navarre ne parvint à la Porte-Neuve qu’à six heures du matin, où il fut reçu par Brissac. Ce n’était évidemment pas une entrée triomphale, excitant les transports de joie d’une foule en liesse, comme le veut la légende, mais l’entrée toute guerrière d’une escorte armée qui protégeait son chef.

La reddition fut faicte sans aucun désordre, sans aucun pillage, sans meurtre, ny effusion de sang, fors de vingt-cinq à trente lansquenets, qui estant près la Porte-Neuve lors de ceste entrée, firent contenance de vouloir résister et furent incontinent taillés en pièces ou jetés en l’eau (dans la Seine) [29] .

L’escorte se rendit au Louvre puis à Notre-Dame pour y chanter un Te Deum. Arrivant devant la cathédrale, Henri fut reçu par un archidiacre et plusieurs religieux qui lui présentèrent un crucifix et une image du Christ. Le roi les remercia et répondit en confirmant « sa conversion à la religion catholique, apostolique & romaine, & profession que j’en aye dernièrement faicte, en laquelle je proteste de vivre & mourir [30] » .

Pendant le chant du Te Deum, le comte de Brissac, le prévôt des marchands, Martin Langlois, avocat au Parlement, des hérauts et des trompettes à cheval parcouraient les rues en rassurant les parisiens et les prédicateurs. Ils proclamaient, au nom du Navarrais, une amnistie générale et apposaient sur les murs de Paris une Déclaration du roy en vertu de laquelle Henri s’engageait « en foi et parole de roi, à vivre & à mourir en la religion catholique, apostolique & romaine, & à conserver tous les sujets & bourgeois en leurs biens, privilèges, états, dignités, offices & bénéfices [31] ». Grâce à ces annonces, la ville de Paris passa de l’étonnement à la joie, une joie toute relative il est vrai. Le clergé était hostile, le peuple méfiant, la bourgeoisie riante, la noblesse ravie et ceux qui venaient d’apprendre leur bannissement, furibonds. En effet, Henri de Navarre publia une liste de cent vingt indésirables [32] – dont une vingtaine de prédicateurs – qui devaient quitter la capitale dans les plus brefs délais [33]. Le prédicateur Jean Boucher, visiblement averti des événements, avait pris les devants en quittant Paris le 21 mars, pour la ville de Tournai, sous autorité du roi d’Espagne, Philippe II.

Dans l’après-midi du 22 mars 1594, les troupes étrangères – napolitaines, wallonnes et espagnoles – quittèrent Paris pacifiquement. Le Navarrais, à la fenêtre de la porte Saint-Denis, cria aux colonels et aux capitaines qui voulaient bien l’entendre : « Recommandez-moi à votre maître, mais n’y revenez plus ». Le légat reçut lui aussi, la permission de sortir, mais préféra rester. Le lendemain, Navarre visita les « reines de la Ligue », Madame de Nemours (mère des Guise) et Madame de Montpensier (sœur de Mayenne) et les rassura sur leur sort. Il souhaitait obtenir la soumission de Mayenne, qui, après avoir appris la prise de la capitale, installa le siège de la « résistance » à Soissons.

Pour tranquilliser Paris, qui était la capitale très chrétienne, Henri devait faire montre de sa piété. Huit jours plus tard (29 mars 1594), une procession grandiose se déroula, en sa présence, autour de Notre-Dame, avec la vraie croix, la couronne d’épines, le chef de saint Louis. Le dimanche de Pâques (10 avril), après la messe solennelle, Henri de Bourbon se prêta au cérémonial du toucher des écrouelles – cérémonial qui avait cruellement manqué après le sacre de Chartres – imposant les mains à près de 600 malades. Plusieurs d’entre eux, aux dires des chroniqueurs, « receurent guarison, ce qui fut cognu d’un chacun ». Beaucoup pensaient que si Navarre était resté protestant de cœur, Dieu ne lui aurait pas communiqué ce pouvoir surnaturel propre aux rois de France.

Les adhésions s’accrurent. Dans le courant du mois d’avril, la Sorbonne – dont les membres les plus intransigeants, comme Jean Boucher, n’étaient plus présents aux réunions – reconnut l’orthodoxie de Navarre, le déclarant « roi légitime & vrai roi très-chrestien ». La Sorbonne ordonna que tous les sujets du royaume rendissent obéissance « au roy tres-chrestien Henry IV [34] » . Curieusement, ces docteurs en théologie, qui connaissaient pourtant le droit de l’Église, n’attendirent pas la levée de l’excommunication de Rome. Le Parlement de Paris, dont les membres ligueurs les plus radicaux avaient été relégués sur leurs terres en province, rendit un arrêt pour « casser & revoquer comme nul tout ce qui avait été fait par les prétendus députés de l’assemblée tenus sous le nom d’États généraux du Royaume ». Le vent avait définitivement tourné et le zèle des ligueurs se portait désormais sur le roi de Navarre.

L’effet produit en province par le sacre, par l’entrée à Paris, la soumission de la Sorbonne et du Parlement, fut considérable. « En un an – de juillet 1593 à août 1594 – écrit l’historien Mariejol, le roi avait recouvré la moitié au moins des provinces et des villes soumises à la Ligue. Avec la fatigue des guerres civiles, son inépuisable libéralité a contribué à ce résultat. Mais combien plus son retour à la religion du pays [35] ».

Dans les provinces fortement catholiques, en Guyenne comme en Languedoc, en Provence comme en Bretagne, la consternation était grande. Mais il était difficile de résister au Béarnais parce que les villes, les provinces, les nobles et les bourgeois qui se ralliaient obtenaient à peu près tout ce qu’ils voulaient au prix fort.

Les villes ?

Il ne faudrait pas croire que les villes et leurs gouverneurs fissent leur soumission sans réserves et que leur retour à l’obéissance eût le caractère d’un acte de contrition. Elles ne se repentaient pas d’avoir combattu le roi, tant qu’il était hérétique. C’est parce qu’il avait abjuré son erreur qu’elles revenaient à leur devoir. Elles lui faisaient exposer à quelles conditions elles mettraient bas les armes, et lui, leur octroyait par édit les garanties qu’elles réclamaient. […] Sans mettre en doute la sincérité de la conversion, la plupart d’entre elles prenaient leurs précautions contre les complaisances que le nouveau converti pourrait avoir pour ses anciens coreligionnaires, et elles proscrivaient l’exercice d’un autre culte que le catholique dans leur enceinte et jusque dans leur banlieue [36] .

Et la noblesse ? Le gouverneur de Normandie, Villars-Brancas, demanda le titre d’Amiral de France et 715 430 écus pour la reddition de Rouen. Le titre et l’argent lui furent offerts généreusement. Le jeune duc de Guise reçut, quant à lui, la modique somme de 900 000 écus (soit 2 700 000 livres-tournoi) !

« Vous êtes une bête », dit Navarre à Sully qui protestait contre ces libé­ralités. « S’il fallait prendre par la force, cela nous coûterait dix fois aul­tant » se justifia le Béarnais. Seuls, en 1594, Mayenne, et ses cousins Mercœur et d’Aumale ne se laissaient pas séduire. Mayenne était formel : pour reconnaître la légitimité de Navarre, le pape devait recevoir l’abju­ration et lever les excommunications. Les catholiques ne pouvaient se mettre sous l’autorité d’un prince qui ne soit pas déclaré catholique par Rome.

Le nouveau converti savait qu’il devait se réconcilier avec le souverain pontife pour être reconnu de tous les princes et de toutes les villes et provinces sans exception. Beaucoup de prêtres ne priaient pas pour lui à la messe. Il savait aussi que, sans l’absolution du pape, il pouvait être considéré comme tyran d’usurpation. Les tentatives d’attentat de Pierre Barrière, en septembre 1593 – il n’eut pas le temps de mettre à exécution son dessein, ayant été dénoncé – et de Jehan Chastel en décembre 1594 – qui blessa Navarre à la lèvre avec un couteau – en étaient la parfaite illustration. Évidemment, son entourage gallican ou protestant ne le pressait pas puisqu’il souhaitait créer une Église schismatique à l’exemple de l’Angleterre anglicane.

Rome, de son côté, devait éviter deux écueils comme l’écrit Henri de L’Épinois :

Danger d’être trop raide et de perdre ainsi la religion en France en créant un schisme ; danger d’être trop faible, en ne maintenant pas le droit de l’Église et d’abaisser ainsi le caractère sacré de la religion.

Aussi l’abbé Arnaud d’Ossat, qui résidait à Rome depuis la mort du cardinal de Guise, devint-il, au cours de l’année 1594, l’agent secret chargé de préparer les voies à la réconciliation. Il fallait résoudre de nombreux problèmes (l’abjuration, le cas du relaps, les excommunications, la valeur juridique de la cérémonie de Saint-Denis, …). A la fin de l’année 1594, les entretiens de l’abbé d’Ossat avec Clément VIII étaient fréquents et les questions litigieuses débattues. Mais l’attentat de Jehan Chastel (27 décembre 1594) vint retarder les discussions. En effet, le 8 janvier 1595, trente-sept jésuites furent condamnés à sortir de Paris et du royaume par le Parlement de Paris, faussement accusés d’avoir eu quelque intelligence avec Chastel dans la préparation de son attentat. Le Père Guignard fut même pendu. Roland Mousnier souligne :

Les jésuites refusaient de prier pour le roi, tant qu’il n’était pas absous par le pape. Il aurait fallu incriminer aussi les Capucins, des Feuillants et d’autres religieux de Paris, qui « confessent librement qu’ils ne prient point Dieu pour le roi, parce que, disent-ils, le pape ne l’a pas absous » (Pont-Aimery, Discours d’Etat sur la blessure du Roy », Paris 1594.). En vérité l’attentat de Chastel a été le prétexte, sous couleur d’un arrêt de justice contre un meurtrier, d’une mesure politique contre des gens dont les opinions déplaisaient [37].

Le pape eut des garanties sur le retour des Jésuites en France et les relations s’améliorèrent. Le 9 mai 1595, Navarre nomma officiellement l’évêque Jacques Davy du Perron et l’abbé d’Ossat, (ce dernier était déjà à Rome), « procureurs spéciaux pour présenter au Pape les déclarations et excuses, le supplier d’octroyer sa sainte bénédiction et sa souveraine absolution et souscrire les engagements et promesses canoniquement exigés [38] ». Cette pièce officielle était accompagnée de deux lettres qui demandaient l’absolution, avec des instructions précises fournies à l’ambassadeur [39].

Du Perron arriva dans la Ville éternelle le 12 juillet (1595). Le soir même, Clément VIII fit prier les couvents pour recevoir les lumières du Saint-Esprit. Les jours suivants, il ordonna de grandes processions aux basiliques majeures. « Tout Rome, par exprès commandement du pape, est en dévotion, faisant tous les jours des processions et continuelles prières à Dieu » écrit l’abbé d’Ossat. Le souverain pontife prit part à ces processions les 5 et 15 août :

Tout pieds nuds, à l’aube du jour, il partit de son palais de Monte-Cavallo jusques à Sainte-Marie Majeure, et là, fit une très longue oraison et y dit la messe, toujours pieds nuds, et après s’en retourna encore pieds nuds en son dit palais, toujours pleurant et tenant la teste basse sans donner la benediction, n’y regarder personne [40] .

Le pape était toujours hésitant – Philippe II ne croyait pas à la sincérité de la conversion d’Henri IV et faisait pression sur Clément VIII – lorsque saint Philippe Néri intervint. Le père Theiner relate le fait suivant :

Saint Philippe de Néri, […] se retira, pendant plusieurs jours, avec son fils spirituel, César Baronius, confesseur de Clément VIII, afin de demander, par la prière et par le jeûne, que Dieu éclairât le pape en ces graves conjonctures. Le matin du troisième jour, saint Philippe dit avec enthousiasme à Baronius : « Aujourd'hui, le pape vous fera appeler pour se confesser ; après sa confession, avant que de lui donner l’absolution, vous lui direz : " Le père Philippe m’a chargé de dire à Sa Sainteté que je ne pourrai ni lui donner l’absolution ni continuer à être son confesseur, si elle n’accorde pas l’absolution au roi de France " ». Clément VIII, ému de cette communication, répondit à son confesseur tremblant qu’il n’avait qu’à lui donner l’absolution, que le pape aurait soin du reste. Il convoqua le Sacré Collège… [41] .

Le consistoire se tint le 2 août au palais du Quirinal. Le pape présenta aux cardinaux un résumé des relations entre Henri de Navarre et le Saint-Siège. Il implora leurs prières pour cette affaire, « la plus grande qui ait été soumise au Saint-Siège depuis des siècles ». Clément VIII savait qu’il avait à trancher une grave question et que sa responsabilité était grande. Il demanda à rencontrer individuellement tous les cardinaux pour recevoir leurs conseils. Les entretiens durèrent jusqu’au 23 août. Chacun, à tour de rôle, resta « au moins une heure et demie ou deux heures » en conversation avec le souverain pontife. Le 30 août, le pape déclara que près des trois quarts des cardinaux s’étaient prononcés en faveur de l’absolution et qu’il suivait leur avis. Le cardinal Tolet, jésuite espagnol, qui jouissait au Vatican d’une grande autorité, appuya fortement la majorité des cardinaux. Clément VIII accepta d’absoudre Henri de Navarre et de lever ses excommunications aux conditions suivantes [42] :

— Les procureurs prêteront le serment d’obéir aux commandements du Saint-Siège et de l’Église. — Ils abjureront et feront la profession de foi devant le pape. — Le roi rétablira l’exercice de la religion catholique dans le Béarn et « jusques à ce que les biens puissent être restitués aux églises, » il pourvoira convenablement à l’entretien des deux évêques [43]. — Il fera élever le jeune prince de Condé dans la religion catholique [44]. — Il se conformera à ce qui est réglé par les concordats. — Il ne nommera aux évêchés et abbayes « aucune personne hérétique ou suspecte d’hérésie ». — Il fera publier et observer le concile de Trente, « excepté aux choses qui ne se pourront exécuter sans troubler la tranquillité du royaume ». — Il accordera protection aux ecclésiastiques et ordonnera que les biens qui leur ont été enlevés leur soient rendus. — S’il avait lui-même concédé de ces biens, il révoquera la concession. — Il montrera « par faits & par dits » et même en distribuant « les honneurs & dignités », que le catholicisme lui est cher. — A moins d’empêchement, il récitera chaque jour le chapelet, le mercredi les litanies de Notre-Dame, et le samedi le rosaire. Chaque jour aussi il entendra la messe. — Il se confessera et communiera en public quatre fois dans l’année. — Il construira en chaque province, sans compter la principauté de Béarn, un monastère d’hommes ou de femmes [45].

Trois autres articles, qui n’avaient pas été d’abord évoqués, furent acceptés par les représentants de Navarre :

— Henri IV devra ratifier en France, entre les mains d’un légat, l’abjuration et la profession de foi, et faire parvenir au souverain pontife l’attestation de l’acte. — Il écrira aux princes catholiques au sujet de sa réconciliation avec l’Église. — Il fera rendre, pour cet inappréciable bienfait, des actions de grâces dans tout le royaume.

D’autres conditions avaient été souhaitées par Clément VIII. Longuement examinées, elles furent refusées par les représentants de Navarre. Qu’étaient-elles ? Ne plus faire la guerre aux restes de la Ligue, déclarer la guerre aux Turcs [46], consentir à une trêve avec l’Espagne en attendant un traité de paix [47], rétablir l’ordre des Jésuites [48], rapporter dans l’arrêt rendu contre Jehan Chastel la clause où l’on pouvait lire que le roi était dans l’Église (bien qu’il n’eût que l’absolution de Saint-Denis), renouveler le sacre dans le royaume de France si l’abjuration avait lieu dans la Ville éternelle, maintenir aux évêchés et abbayes les personnes nommées par Mayenne, exécuter les sentences des légats en France (Cajetan et Plaisance), obtenir que les trois ordres et les universités promettent la persévérance du roi dans la foi catholique, enfin, accepter que le roi perde tous droits à la couronne et que les sujets soient déliés du serment de fidélité s’il retournait à ses anciennes erreurs [49].

Un point fortement débattu fut celui de la validité des actes posés lors de l’abjuration de Saint-Denis. Rome fut intraitable pour faire respecter le droit de l’Église. Henri de Navarre avait été excommunié par deux papes (Sixte-Quint et Grégoire XIV) avec la bulle In Cœna Domini. Seul le souverain pontife pouvait – sauf à l’article de la mort – recevoir l’abjuration et lever l’excommunication. Les procureurs acceptèrent. Le cas du relaps fut aussi longuement discuté. Devait-il figurer dans la déclaration officielle ? Les procureurs s’y opposaient. Rome ne transigea pas.

Les principales difficultés ayant été résolues, la cérémonie de l’absolution pontificale pouvait avoir lieu. Elle fut fixée au dimanche 17 septembre 1595.

 

- III -

Abjuration et levée de l’excommunicationle 17 septembre 1595 à Rome et ses suites

Ce 17 septembre, après avoir dit la messe de très bonne heure, Clément VIII se rendit dans la salle des parements où l’attendaient les cardinaux. Le pape, revêtu des habits pontificaux, prit une chape et une mitre des plus précieuses. La procession commença. Clément VIII était à pied, précédé des cardinaux devant lesquels s’avançaient, deux à deux, les officiers de sa chambre. Arrivé à la salle ducale, il prit place sur la sedia gestatoria. La procession dut se frayer un chemin parmi la foule qui se pressait. Ils arrivèrent sous le portique, partiellement édifié, de la nouvelle basilique. Le trône pontifical fut placé sous le portique. Il s’élevait sur une estrade de plusieurs mètres de hauteur. Arrivé près du trône, le vicaire de Jésus-Christ s’y installa et tous ses assistants prirent place. Deux maîtres de cérémonies allèrent chercher les procureurs français – d’Ossat et du Perron – pour les conduire à Clément VIII. Après trois génuflexions, les représentants d’Henri de Bourbon se prosternèrent aux pieds du Saint-Père, et après les avoir baisés, redescendirent pour s’agenouiller sur la dernière marche.

A genoux, Mgr du Perron lut à haute voix, en latin, une supplique au nom du prince qui demandait la levée de ses excommunications :

Je comparais humblement et en suppliant devant Votre Sainteté, vrai Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la terre et successeur du bienheureux Pierre, princes des Apôtres, je la supplie, eu égard au réel repentir de notre prince pour les erreurs qu’il a professées, pour les actes mauvais qu’il a opérés, relativement à la sainte foi que tient, enseigne et prêche la sainte Église catholique, apostolique et romaine et relativement à la sainte Église elle-même, à ses droits, à ses personnes ; eu égard aussi aux dispositions de notre prince à promettre – et nous allons le faire en son nom, mon collègue et moi – de rompre désormais avec ce passé, la grâce divine aidant, et d’obéir perpétuellement aux ordres du Saint-Siège, Je supplie donc Votre Sainteté […] de daigner accorder à ce même roi très-chrétien, déjà absous en France par un prélat de son royaume avec le conseil et du consentement de plusieurs autres prélats du même royaume, votre sainte bénédiction et suprême absolution des censures par lui encourues et contre lui déclarées à cause des susdites erreurs, le recevoir dans la communion du Saint-Siège apostolique et le réconcilier avec lui dans la forme accoutumée de l’Église. Je suis donc prêt à abjurer avec un cœur sincère et sans aucune feinte ces erreurs et toute hérésie, à faire profession de la foi catholique selon la formule qui doit nous être assignée […] et d’accomplir fidèlement tous les autres devoirs qui incomberont d’après les commandements de Votre Sainteté et de ce siège apostolique [50] .

Après cette supplique, Clément VIII remit le décret d’absolution à l’assesseur du Saint-Office, Cosme de Angelis, qui en fit la lecture publique. Même si le texte est un peu long, il nous semble important de le donner en son entier puisqu’il est trop rarement cité [51]. Clément VIII commença par affirmer avec force la nullité de l’absolution de Saint-Denis :

Nous, Clément VIII, pape, après avoir invoqué le nom de notre Sauveur Jésus-Christ, de qui découlent les équitables jugements, ayant pour tribunal le trône de justice, ne plaçant que Dieu devant nos regards, tout bien examiné, bien pesé, nous décrétons et déclarons que la prétendue absolution [52] départie à Henri IV, roi de France et de Navarre, par un prélat de France, ainsi qu’on s’exprime, et avec le conseil de quelques autres prélats du même royaume, a été et est nulle et de nulle valeur, que dans le fait, elle doit être et est annulée, comme nous l’annulons et la mettons à néant. Nous voulons, cependant, que les actes de religion, d’ailleurs catholiques et dignes d’approbation, qui ont été accomplis en vertu de cette absolution, tant en faveur de celui qui l’a reçue que par lui-même, soient et demeurent valides, ratifiés, comme si Henri de France avait alors été absous par nous.

Absolution pontificale et levée des excommunications de Henri de Navarre par le pape Clément VIII, le 17 septembre 1595

Après avoir dit le droit de l’Église, le souverain pontife accepta d’ab­soudre « Henri de France » des censures ecclésiastiques :

Mais, en même temps, plusieurs raisons ayant déterminé notre âme, nous décrétons et déclarons que le même roi Henri, qui nous le demande avec humilité et instance, doit être – encore qu’en l’année 1572, il ait, à Paris, abjuré et abhorré ses erreurs et hérésies et y soit retombé ensuite – absous et affranchi de l’excommunication majeure, ainsi que des autres sentences, censures et peines ecclésiastiques qu’il a encourues en s’affiliant aux hérésies, en faisant et en permettant des actions hérétiques, ou de quelque autre manière que ce soit, et qu’il a été déclaré avoir encourues par le pape Sixte-Quint, d’heureuse mémoire, notre prédécesseur, dans ses lettres datées du cinquième jour des ides de septembre 1585.

Puis, Clément VIII reçut « Henri de France » dans l’Église catholique, apostolique et romaine, à deux conditions :

Nous décrétons et déclarons qu’il doit être reçu dans le sein de la sainte mère l’Église, rendu à la participation des saints sacrements, à la condition toutefois, de faire au préalable, dans les formes prescrites et selon les dispositions canoniques, abjuration, en les anathémisant, du calvinisme avec toutes les erreurs et hérésies qu’il renferme, ainsi que de toutes les autres erreurs et hérésies qui s’élèvent contre la sainte Église catholique, apostolique et romaine ; à la condition aussi d’émettre légitimement, et toujours au préalable, une profession de la sainte foi catholique selon le mode et la formule que nous indiquerons, et, à la suite, la promesse canonique d’obéir perpétuellement aux préceptes de la sainte mère l’Église et aux ordres que nous intimerons, de tout accomplir fidèlement à la louange et à la gloire du Dieu tout-puissant et de sa sainte Église : la profession et la promesse seront accompagnées du serment [53].

Les procureurs, toujours à genoux, exécutèrent aussitôt le décret et prononcèrent, au nom de Henri de Bourbon, l’abjuration, la profession de foi et la promesse d’obéissance. Ils en signèrent l’attestation qu’ils récitèrent la main sur l’Évangile. Clément VIII imposa les pénitences qui étaient les seize articles acceptés par les procureurs français.

Les chœurs de Saint-Pierre entonnèrent alors le Miserere et, selon l’usage romain, le pape, une baguette à la main, à chaque verset récité, toucha alternativement les épaules de l’abbé d’Ossat et celles de l’évêque du Perron. Le psaume achevé, le souverain pontife, récita les oraisons habituelles et prononça les paroles de l’absolution, nommant Navarre « roi de France et très-chrestien ».

A ce moment précis, les tambours battirent, les cris de joie se firent entendre, les canons du château Saint-Ange y mêlèrent leurs décharges bruyantes. Les procureurs vinrent baiser les pieds du vicaire de Jésus-Christ qui leur dit, au moment où les portes de la basilique Saint-Pierre, s’ouvraient :

Vous manderez au roi votre maître que maintenant que je lui ai ouvert la porte de l’Église militante, c’est à lui à se rendre digne, par une foi vive et par des œuvres de piété, d’entrer un jour dans l’Église triomphante.

Du Perron assura que le roi s’y appliquerait avec zèle. Ils échangèrent quelques mots, puis le pape se retira dans ses appartements. Les procureurs, avec tous les cardinaux et prélats présents, se rendirent devant la Confession de l’apôtre Pierre pour y chanter un Te Deum. Le cardinal de Joyeuse invita à le suivre pour se rendre à Saint-Louis-des-Français, l’église nationale de France, pour un second Te Deum. Le lendemain l’archevêque d’Embrun, Guillaume d’Avanson, dernier évêque vivant à avoir pris part au Concile de Trente, y célébra la messe solennelle d’action de grâces.

Pendant trois jours, Rome fut en fête. « Les trois premiers soirs, écrivit l’abbé d’Ossat, force feux de joie par les rues et les lumières aux fenêtres ». Palma-Cayet conserva dans ses chroniques ces deux distiques :

Quem tota armatum mirata est Gallia regem, Mirata est etiam Roma beata pium. Magnum opus est armis stravisse tot agmina ; majus Pontificis pedibus succubuisse sacris [54].

A la fin de cette journée mémorable, du Perron et d’Ossat envoyèrent un courrier à Henri IV :

Sire, c’est aujourd’hui que nous vous annonçons les bonnes nouvelles de votre absolution qui, après tant de combats, de traverses et de difficultés, vous a été donnée ce matin au portail de Saint-Pierre, à la vue et avec l’applaudissement de tout le peuple […] [55].

Le pape avait envoyé un courrier de son côté et la nouvelle arriva en France dès le 1er octobre. Henri IV apprit la levée de son excommunication à Lyon. Revenu à Paris, il assista au Te Deum chanté à Notre-Dame et les canons de l’Arsenal tonnèrent à leur tour. Le roi envoya ses remerciements à Rome, écrivit aux Parlements et fit connaître la nouvelle aux princes chrétiens de l’Europe. Mais tout le monde n’était pas de la fête. Les huguenots comme les gallicans ridiculisèrent la cérémonie du 17 septembre :

Ne voyez vous pas comme l’État se soumet à l’Église, que ce brave Roy, après tant d’armées defaictes, tant de sujets soumis, tant de grands princes, ses ennemis, abattus à ses pieds, il a fallu que luy, se prosternant au pied du Pape, ait reçeu les gaulades en la personne de M. le Convertisseur et du Cardinal d’Ossat, lesquels deux furent couchés de ventre à benechez comme une paire de harengs sur le gril depuis miserere jusqu’à vitulos ? [56]


Voltaire, en gallican impénitent, écrivit en 1771, avec moins d’ironie mais autant d’indignation :

Je dis que l’absolution est inutile parce que Henri IV avait été absous par les évêques de son royaume, parce qu’il était absous par Dieu même ; parce que la prétention du pape – que Henri ne pouvait être légitime possesseur de son royaume que sous le bon plaisir ultramontain – était la prétention la plus absurde & la plus attentatoire à tous les droits d’un souverain & à tous ceux des nations [57].

Les derniers princes ligueurs avaient appris avec joie la levée de l’excommunication, à l’exception des ducs de Mercœur et d’Aumale qui continuèrent la lutte contre Henri IV [58]. Les trois cents derniers ligueurs au service de Mercœur furent tués dans l’église de Saint-Suliac, au sud de Saint-Malo. En 1598, après sa soumission préparée par le légat, Mercœur reçut une forte indemnité du roi et maria sa fille unique à César de Vendôme, un bâtard d’Henri IV. Le gouvernement de Bretagne échut à son gendre. Toujours plein de zèle pour la foi, le duc de Mercœur alla guerroyer les Turcs en Hongrie et mourut de fièvre, à Nuremberg, à l’âge de 43 ans [59] . Saint François de Sales, ami de la famille, donna son Oraison funèbre à Notre-Dame de Paris [60]. Quant à Charles d’Aumale, il se réfugia à Bruxelles et y resta jusqu’à sa mort en 1631.

En fait, ce fut le duc de Mayenne qui reconnut le premier Henri IV après l’absolution pontificale. Le 28 octobre (1595), il lui écrivait pour solliciter sa bonne grâce.

Je n’ai pas voulu abandonner mon parti avant la déclaration du pape, mais à présent, je regarderais comme une grande félonie de n’être pas le serviteur du roi et le défenseur de cette couronne dont je suis le vassal.

Henri IV lui accorda – comme aux autres – beaucoup d’argent, le gouvernement de l’Ile de France et trois places de sûreté pour six ans. Le duc de Joyeuse, le marquis de Saint-Sorlin (frère du duc de Nemours), Montmorency-Laval, les marquis de Villars et de Montpezat et bien d’autres encore, suivirent l’exemple de Mayenne.

Les dernières provinces acceptèrent Henri IV comme « le roi très-chrétien ». Dans son Journal, Jehan Louvet, greffier au présidial d’Angers, ligueur zélé, note en date du 29 septembre 1595 : « Le pape a absout le roi de Navarre Henri IV à présent roi de France par la grâce de Dieu. Si le Bourbon n’avait pas abjuré l’hérésie où il était tombé […] il n’eût jamais été roi des Français catholiques parce qu’il n’y a jamais eu de rois de France qui aient été huguenots ni hérétiques [61]. » Les Bretons n’avaient pas tous de la sympathie pour le roi, puisque les sculpteurs du calvaire breton de saint Thegonnec ont représenté Henri IV en bourreau dans la scène du « Christ aux outrages » ! Quant au Parlement de Toulouse, il pria « Sa Majesté de prendre en bonne part que la Cour différât de le reconnaître jusqu’à ce qu’il eût ratifié les articles relatifs à son absolution [62] ».

En effet, Rome avait demandé que les articles négociés par les représentants du roi soient ratifiés par Henri IV lui-même. A cette fin, Clément VIII envoya en France un légat, le cardinal de Florence, Alexandre de Médicis [63], qui fit son entrée à Paris le 21 juillet 1596. Le 19 septembre suivant, un an presque jour pour jour après la cérémonie romaine, Henri IV signa, aux Tuileries, « sans trembler et sans table », la ratification de l’absolution pontificale. Clément VIII rendit grâces à Dieu et pensa que le roi de France ne lui causerait plus de cheveux blancs. Il avait été patient, très patient, mais en même temps, il voulait réconcilier Henri de Navarre avec l’Église parce qu’il souhaitait l’alliance des deux plus grandes puissances catholiques pour faire barrage aux ottomans en Europe centrale [64].



Ratification des clauses de l’absolution pontificale, le 19 septembre 1596 aux Tuileries

Aussi grâce à la diplomatie pontificale, Henri IV signa rapidement la paix avec les Espagnols par le traité de Vervins (1598). La même année, Henri IV négocia un traité avec les calvinistes (en fait, il y eut plusieurs textes avec des clauses secrètes) qui fut signé à Nantes le 13 avril 1598. L’Édit de Nantes restait un édit de tolérance mais Henri IV accordait beaucoup aux protestants, en particulier la liberté de conscience et la liberté de culte (en certains lieux). Il leur offrait cent cinquante places de sûreté, la possibilité de jouir des droits civils ordinaires, d’ouvrir des écoles, des collèges et des Universités, de percevoir une indemnité annuelle. Le calvinisme devenait un État dans l’État.

Clément VIII s’indigna tellement qu’il menaça Henri IV d’excommunication. En effet, l’abbé d’Ossat (devenu cardinal), toujours en poste à Rome, rapporta au roi les propos du souverain pontife. Clément VIII voyait dans le texte signé à Nantes,

l’Edict le plus maudit qui se pouvait imaginer, par lequel estoit permis la liberté de conscience à tout chacun & qui estoit la pire chose du monde [65]. […] Qu’il vous avez absous et recogneu pour Roy contre l’advis des plus grands & plus puissans Princes Chrestiens […] & qu’il estoit maintenant la fable du monde & que chacun se moquerait de luy. Que cet Edict que vous luy aviez fait en son nez, estoit une grande playe a sa reputation & renommee , & luy sembloit qu’il avoit receu une balaffre en son visage. Et sur ce propos, il se laissa transporter si avant, qu'il adjousta que comme il avoit alors franchy le fossé pour venir à l’absolution, aussi ne se feindroit-il point de le franchir une autrefois, s’il falloit retourner à faire acte contraire [66].

Cet Edit de Nantes, imposé de force par l’autorité royale, mit fin à la guerre pour quelques années, mais il en assura le retour pendant le règne de Louis XIII. Henri IV eût sans doute rendu un plus grand service à la religion catholique et au royaume, s’il avait fait enregistrer par les Parlements les décrets du concile de Trente, comme le lui demanda, en vain, Clément VIII :

Lorsqu’il estoit question de faire en faveur des hérétiques contre les catholiques, vous vous formalisiez, parliez d’autorité, disiez vouloir estre obéi, & toutefois pour faire recevoir et publier le concile de Trente, qui est une chose saincte en soy, & par vous promise et jurée, vous n’en aviez jamais parlé une seule fois à la cour du Parlement [67].

Les rapports entre Rome et Paris étaient de nouveau très tendus. Le cardinal d’Ossat usa de beaucoup de diplomatie et tenta de rassurer Clément VIII sur l’application de l’Édit qui serait, en nombre d’articles, favorable au catholicisme. Le culte catholique, par exemple, pourrait être restauré dans tout le royaume [68]….

Mais, de 1600 à 1603, plusieurs événements rassurèrent le pontife romain. Henri IV épousa en seconde noces, Marie de Médicis, (17 décembre 1600), princesse très dévote [69] ; le roi organisa à Fontainebleau (4 mai 1600) une disputatio entre Duplessis-Mornay et le cardinal du Perron sur l’ouvrage du premier intitulé De l’institution de l’Eucharistie [70]. Après une journée de controverse, le protestant était tellement humilié que la séance s’acheva le soir même. Le futur cardinal de Bérulle fut convaincu de la sincérité de la foi catholique du roi ce jour là [71] ; Henri IV fit prêcher saint François de Sales lors du Carême de 1602 à la Cour et proposa presque chaque année un évêché au saint qui refusa pour « être lié à jamais à Genève » ; Henri IV prit le jésuite Pierre Coton comme prédicateur à la Cour et comme confesseur. Il fut l’éducateur du dauphin. Les protestants pestaient disant que, si le roi n’y prenait garde, le père Coton le rendrait bigot ! Il rappela les Jésuites en 1603 et leur permit de reprendre possession de leurs treize collèges. Il leur céda son château de La Flèche pour la création d’un collège (aujourd’hui le Prytanée militaire). Il encouragea les premières missions de Jésuites à Constantinople ; Henri IV donna l’abbaye de Clairac au pape et fut reçu chanoine de Saint-Jean-de-Latran, … Le roi, à l’évidence, sous l’influence de la reine, se montrait généreux dans le service de l’Église.

Chef du calvinisme, Henri de Navarre chercha jusqu’en 1593 à prendre Paris et le royaume par la force. La convocation des états généraux précipita sa « conversion ». Aussi, le retour de Henri de Navarre à la religion de ses pères, à la religion des rois de France, ses ancêtres, est dû, avant tout, à l’héroïsme des Ligueurs qui souffrirent beaucoup – pensons au siège de Paris, en 1590, avec ses 45 000 morts ! – pour voir réaffirmée la première loi fondamentale du « saint royaume » (sainte Jeanne d’Arc) : la loi de catholicité. Le renouveau du catholicisme au 17e leur doit beaucoup. Ce fut aussi l’honneur des souverains pontifes d’avoir maintenu le droit de l’Église, d’avoir été exigeants et patients, d’avoir sauvé les principes qui garantissent le repos et le salut des peuples chrétiens. C’est, enfin, le grand mérite du roi Henri IV de ne pas avoir écouté les sirènes de ceux qui souhaitaient la création d’une Église gallicane schismatique.

Laissons le mot de la fin à un saint. Apprenant l’assassinat du roi, saint François de Sales, sut mieux que personne, décrire les effets de la conversion :

[…] Le plus grand bonheur de ce grand roi défunt fut celui par lequel se rendant enfant de l'Église, il se rendit père de la France ; se rendant brebis du grand pasteur, il se rendit pasteur de tant de peuples ; et convertissant son cœur à Dieu, il convertit celui de tous les bons catholiques à soi. C’est ce seul bonheur qui me fait espérer que la douce et miséricordieuse providence du Père céleste aura insensiblement mis dans ce cœur royal, en ce dernier article de sa vie, la contrition nécessaire pour une heureuse mort [72].

 

 




[1]  —  Les circonstances politiques et religieuses qui ont provoqué l’abjuration de Henri de Navarre à Saint Denis sont présentées dans le premier article paru dans Le Sel de la terre n° 72, p. 160-168.

[2]  —  La sainte Union ou sainte Ligue était le nom donné aux catholiques qui avaient juré de défendre par les armes la foi catholique et la primauté de la loi de catholicité.

[3]  —  Cité dans Henri de L’Épinois, La Ligue et les Papes, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 600.

[4]  —  Lettre du 26 août 1593. Bibliothèque nationale, ms. fonds français 3985, f° 53.

[5]  —  Le texte intitulé Chanson de remontrance au Roy de Navarre se trouve dans Joël Cornette, Henri IV à Saint Denis, de l’abjuration à la profanation, Paris, Belin, 2010, p. 46-47.

[6]  —  A la ville de la Rochelle et aux autres semblables, Saint Denis, 1593.

[7]  —  Bulle de N.S. Père Clement VIII contenant les facultez donnees à Monseigneur l’Illustrissime & Reverendissime Cardinal de Plaisance, Légat apostolique au Royaume de France, Paris, Nivelle & Thierry, 1592, 37 p.

[8]  —  Anne-Cécile Tizon-Germe, La représentation pontificale en France au début du règne d’Henri IV (1589-1594), Bibliothèque de l’École des Chartes, 1993, vol. 151, p. 53. 

[9]  —  Bibliothèque nationale, ms. fonds français 3984, f° 195.

[10] —  Recueil des lettres missives de Henri IV, publié par Jules Berger de Xivrey, Paris, Guadet, 1863, t. 4, p. 19.

[11] —  « Instruction baillée à monsieur de Nevers s’en allant vers le Pape après la conversion du Roy pour luy prester obéissance de sa part », dans Mémoires du duc de Nevers, Paris, 1665, t. 2, p. 492.

[12] —  Cité dans Henri de L’Épinois, La Ligue et les papes, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 603.

[13] —  Jean Boucher, Sermons de la simulée conversion et nullité de la prétendue absolution de Henri de Bourbon, Prince de Béarn, à Saint Denys en France, le Dimanche 25 juillet 1593, Paris, 1594. Dans tout le royaume, la prédication était la même. Voir : Cinq sermons du R.P Jehan Porthaise, théologal de l’église de Poictiers, esquels est traicté tant de la simulée conversion du Roy de Navarre que du droit de l’absolution ecclésiastique, Paris, 1594.

[14] —  Louis Dorléans, Le Banquet et Apresdinee du conte d’Arète, où il se traicte de la dissimulation du Roy de Navarre et des mœurs de ses partisans, Paris, Jean Bourgeois, 1594, 264 p.

[15] —  Henri de L’Épinois, La Ligue et les papes, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 606.

[16] —  Archives du prince Borghèse. Instructione a voi Rev.Antonio Possevino per il viaggio che havete a fare d’ordine della Santita di N.Signore, cité dans Henri de L’Épinois, op.cit., p. 607.

[17] —  Bibliothèque nationale, ms. fonds français 3986, f° 222-239. Ces dix-sept pages contiennent le détail de toute l’audience.

[18] —  Bibliothèque nationale, ms. fonds français 3986, ibid.

[19] —  D’aucuns osaient écrire que Clément VIII verrait probablement en France le schisme que Clément VII avait vu naître en Angleterre.

[20] —  Discours de la légation de Monsieur le duc de Nevers envoyé par le Très Chrestien Roy de France & et Navarre Henry IIII vers le Pape Clément VIII, Lyon, Ancelin, 1594. Voir ce même discours dans les Mémoires du duc de Nevers, ibid., tome 2, p. 438.

[21] —  Le Dialogue présente un passionnant échange d’arguments entre un royaliste partisan de Navarre et un bourgeois ligueur, ennemi juré de l’hérétique relaps. L’original ligueur fut publié en 1593 et retrouvé par Peter Ascoli qui le publia en 1977 avec des notes critiques chez Droz (Genève). Dès 1594, des contrefaçons d’origine royaliste furent répandues, l’original ligueur tomba dans l’oubli… et aujourd’hui, nous ne connaissons que la Satyre Ménippée, très anti-ligueur. Voir : Satyre Ménipéee de la Vertu du Catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris, édition critique de Martial Martin, Paris, Honoré Champion, 2007. 

[22] —  Cérémonies observées au sacre et couronnement du très-chrestien & tres valeureux Henry IV, Roy de France & de Navarre, Paris, 1594.

[23] —  Abbé Pierre Feret, Henri IV et l’Église, Paris, Victor Palmé, 1875, p. 145.

[24] —  Claude Roussel, Conter de geste au XIVè  siècle, Genève, Droz, 1998, p. 250.

[25] —  Pierre-Victor Palma Cayet, Chronologie Novenaire contenant l’Histoire sous le règne du tres chrestien roy de France et de Navarre Henry IV, Paris, Desrez, 1836, vol. 9, p. 613.

[26] —  Ernest Prarond, La Ligue à Abbeville 1576-1594, Paris, Dumoulin, 1868, t. 2, p. 125.

[27] —  Auguste Dubois, La Ligue en Picardie, Amiens, 1859, p. 85.

[28] —  Un siège qui fit plus de 45 000 morts ! Voir Michel Defaye, « De Henri de Navarre à Henri IV », 1ère partie, Sel de la terre n° 72, p. 154-158.

[29] —  Extrait de : Réduction miraculeuse de Paris, sous l’obéissance du Roy très-Chrestien Henri IV, & comme Sa Majesté y entra par la Porte-Neuve, le mardi 22 mars 1594, Paris, 1594.

[30] —  Registre-Journal pour le règne de Henry IV de Pierre de l’Estoile, cité par Joël Cornette dans Henri IV à Saint Denis, de l’abjuration à la profanation, Paris, Belin, 2010, p. 98.

[31] —  Declaration du Roy, écrite à Senlis le 20 mars 1594 et publiée à Paris, le 22 mars. La reproduction intégrale de l’original se trouve dans Joël Cornette ibid., p. 98-99.

[32] —  Bibliothèque nationale, manuscrit Dupuy 88, f° 224 : Noms de ceux qui sortiront de la ville de Paris suivant la volonté du roy, 30 mars 1594.

[33] —  Sur la vie post-parisienne de ces catholiques bannis – qui seront la cheville ouvrière de la reconquête catholique dans les Flandres – voir : Robert Descimon et José Javier Ruiz Ibanez, Les Ligueurs de l’exil, le refuge catholique français après 1594, Seyssel, Champ-Vallon, 2005.

[34] —  Acte public, et serment de l’obéissance rendue, jurée & signée au roy tres-chrestien Henry IV, par MM. les recteurs, docteurs et supposts de l’Université de Paris, le 22 avril 1594.

[35] —  Jean-H. Mariéjol, La Réforme et la Ligue, l’Édit de Nantes, Paris, réédition Tallandier, 1983, p. 430.

[36] —  Jean-H. Mariéjol, op.cit., p.428.

[37] —  Roland Mousnier, L’assassinat d’Henri IV, 14 mai 1610, Paris, réédition Folio, Gallimard, 1992, p. 206-207.

[38] —  Bibliothèque nationale, ms. fonds français, 3474, f°1-9.

[39] —  Instruction au sieur du Perron allant à Rome, par le commandement de sa Majesté, le 9 mai 1595 à Fontainebleau.

[40] —  Lettres de l’Illustrissime & Reverendissime cardinal d’Ossat, evesque de Bayeux au Roy Henry le Grand & à Monsieur de Villeroy depuis l’année MDCCIV jusques à l’année MDCIIII, Paris, Bouillerot, 1624, p. 87.

[41] —  R.P. Theiner, Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, traduit par l’abbé Goschler, Paris, Gaume, t. 16, p. 62.

[42] —  Ces conditions avaient été discutées et acceptées par les procureurs français.

[43] —  Le 15 avril 1599, Henri IV signa l’édit de Fontainebleau qui rétablissait partiellement le culte catholique en Béarn. Voir Christian Desplat, « L’Édit de Fontainebleau » dans La Revue de Pau et du Béarn, 12, 1985, p. 17. Il faudra l’intervention de Louis XIII, en 1620, pour que le culte catholique soit rétabli dans toute la province.

[44] —  Henri II de Bourbon-Condé avait sept ans en 1595. Fils posthume de Henri Ier de Condé, mort en 1588, ce jeune prince était l’héritier de la couronne puisque Henri IV n’avait pas d’enfant de son épouse, Marguerite de Valois.

[45] —  Cité dans Feret, Henri IV et l’Église, ibid., p. 191-192.

[46] —  Claude Michaud écrit : « La crainte du schisme et d’une propagation accrue du protestantisme en France, le désir aussi de retrouver, grâce à l’équilibre rétabli entre le Roi catholique et Très-Chrétien, une liberté d’action qui lui faisait alors défaut, explique que le pape se soit finalement départi du préalable qu’il avait longtemps maintenu », dans « Henri IV, le pape Clément VIII et les Turcs », Guerres et paix en Europe centrale aux époques moderne et contemporaine, Mélanges d’histoire des relations internationales offerts à Jean Bérenger, Paris. Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2003, p. 453-454.

[47] —  Ce traité fut celui de Vervins signé le 2 mai 1598.

[48] —  Le 1er septembre 1603, par lettres-patentes de Rouen, Henri IV autorisa les jésuites à résider et à rouvrir leurs collèges en France.

[49] —  Abbé Pierre Feret, ibid., p. 195-196.

[50] —  « Procès-verbal de l’absolution donnée au Roy Henry le Grand par le Pape Clément VIII » dans Les Ambassades et négociations de l’Illustrissime et Révérendissime Cardinal du Perron, Paris, Estienne, 1623, p. 164.

[51] —  « Procès-verbal… », op.cit., p. 167. Cité par l’abbé Feret, op.cit, p. 204.

[52] —  Par l’italique, c’est nous qui soulignons.

[53] —  « Procès-verbal de l’absolution donnée au Roy… » dans Les Ambassades et négociations de l’Illustrissime et Révérendissime Cardinal du Perron, Paris, 1623, p. 168. Voir aussi : Discours au vray des sainctes ceremonies faictes à Rome pour la réconciliation de Henry IV, Lyon, 1596 ou encore : Discours de ce qui s’est passé à Rome le XVII de Septembre 1595, Nevers, 1595.

[54] —  « Le roi que toute la France a admiré sous les armes/Rome a été heureuse de l’admirer dans sa piété/ Il est bien glorieux d’avoir renversé tant de bataillons/ Il est plus glorieux de s’être prosterné aux pieds du pontife. » Cité par l’abbé Feret, ibid, p. 209.

[55] — Cité dans Les diverses œuvres de l’Illustrissime cardinal du Perron contenant plusieurs Livres, Conférences, Discours, Harangues, Lettres d'Estat et autres, Paris, Robert Estienne, 1629, p. 860.

[56] —  « Confession catholique du Sieur de Sancy », dans Œuvres d’Agrippa d’Aubigné, éd. Henri Weber, Paris, Gallimard, 1969, Livre I, ch.1.

[57] — François-Marie Arouet, dit Voltaire, Mélanges philosophiques, littéraires, historiques, Genève, 1771, t. 3, p. 195.

[58] — Voir : Le Duc de Mercœur (1558-1602), les armes et les lettres, éd. Emmanuel Buron et Bruno Méniel, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009.

[59] —  Inquiété par les succès de Mercœur en Hongrie, le sultan Mahomet III (1566-1603) demanda à Henri IV en 1601 de rappeler le duc : « Le roi demanda à l’envoyé de Mahomet III pourquoi les Turcs craignaient tant ce duc : " C’est, dit-il, qu’entre les prophéties que les Turcs croient, il y en a une qui porte que l’épée des Français chassera les Turcs de l’Europe et renversera leur empire, et que, depuis que le duc de Mercœur combattait contre les Turcs, tous les bachas l’appréhendaient ". Le roi lui dit que le duc de Mercœur était, à la vérité, son sujet, mais qu’il était prince de sang de la Maison de Lorraine, qui n’appartient pas à la couronne de France, mais de Lorraine et qu’il ne fait la guerre que comme vassal de l’Empire, et qu’étant chrétien, il ne peut point empêcher qu’il serve l’Empereur » (récit de Pierre de L’Estoile). Voir : Claude Michaud, « D’une croisade à l’autre », dans Le Traité de Vervins, Paris, 2000, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, p. 471-472.

[60] —  Oraison funèbre sur le trespas d'Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, prononcée en l'église de Notre-Dame de Paris, le 27 avril 1602, par messire François de Sales, Paris, R. Thierry, 1602. L’oraison a été rééditée par les Éditions Saint Rémi en 2006.

[61] — Dans Philippe Tourault, Les Angevins au temps des guerres de religion, d’après le Journal de Louvet, Paris, Perrin, 1987, p. 143.

[62] —  Cité dans Henri de L’Épinois, La Ligue et les Papes, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 632.

[63] —  Futur pape sous le nom de Léon XI en 1605. Il ne régna que vingt-sept jours. Sur son tombeau, dans la basilique Saint-Pierre, un bas-relief représente Henri IV ratifiant l’absolution pontificale. Sur ce cardinal, voir Bernard Barbiche, « Un évêque italien de la Réforme catholique, légat en France sous Henri IV : le cardinal de Florence (1596-1598) » dans Revue d’histoire de l’Église de France, t. 75, 1989, p. 45-59.

[64] —  Le pontificat de Clément VIII, comme celui de ses prédécesseurs et de ses successeurs, fut marqué par la volonté d’unifier les princes chrétiens pour la croisade. Voir : T.G. Djuvara, Cent projets de partage de la Turquie (1281-1913), Paris, Alcan, 1914, p. 126-137.

[65] —  C’est nous qui soulignons.

[66] — Lettre CLXIX du 28 mars 1599 dans Lettres de l’Illustrissime et reverendissime cardinal d’Ossat, esveque de Bayeux contenant tout ce qui s’est passé à Rome en sa négociation comme Protecteur de la France durant le règne de Henry le Grand, Rouen, Caillove, 1643, p. 420-421.

[67] — Lettre du 28 mars 1599 dans Lettres…cardinal d’Ossat, op.cit., p. 421.

[68] —  La politique extérieure de Henri IV n’était pas, non plus, pour plaire au Saint-Siège. Elle n’était, malheureusement, que la continuation de celle des derniers Valois.

[69] —  En 1599, la reine de France, Marguerite (de Valois) présenta une requête à Clément VIII, avec le consentement d’Henri IV, pour demander la nullité de leur mariage, attendu qu’il y avait eu défaut de consentement, contrainte manifeste, diversité de religion et parenté au troisième degré. Le Pape ayant nommé des évêques pour juger cette affaire, ils déclarèrent le mariage nul et non valablement contracté. Le Pape confirma la sentence. Sur Marie de Médicis, voir le livre fondamental de Jean-François Dubost, Marie de Médicis, la reine dévoilée, Paris, Payot, 2009, 1039 p.

[70] — J.A. Lalot, Essai historique sur la conférence tenue à Fontainebleau entre Duplessis-Mornay et Duperron, le 4 mai 1600, Paris, 1839, réédité en 1969 par Slatkine Reprints (Genève).

[71] —  Stephane-Marie Morgain, La Théologie politique de Pierre de Bérulle (1598-1629), Paris, Publisud, 2001.

[72] —  Lettre DCCLXH à M. Deshayes, Condoléance sur la mort de Henri IV. Annecy, 27 mai 1610 dans Œuvres complètes de saint François de Sales, évêque et prince de Genève, Paris, Houdaille, 1836, t. 3, p. 548.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 76

p. 100-129

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