Témoignages sur Mgr Marcel Lefebvre
A l’occasion du vingtième anniversaire du rappel à Dieu de Mgr Marcel Lefebvre (29 novembre 1905 – 25 mars 1991), nous avons sélectionné quelques témoignages en son honneur. Les années passent, et sa figure grandit : il paraît de plus en plus évident qu’il fut suscité par Dieu pour sauver son Église à l’heure la plus tragique de son histoire, l’heure de sa passion. Sans Mgr Lefebvre, le sacerdoce catholique et la messe catholique auraient disparu, le dogme du Christ-Roi serait devenu un objet d’archéologie et les modernistes auraient achevé de détruire l’Église catholique.
Le Sel de la terre
Merci, Monseigneur Lefebvre !
par le pasteur Rigal
Le pasteur Rigal est pasteur évangélique luthérien et son témoignage est paru dans Les Ecrits de Paris de février 1977.
Le Sel de la terre
Le combat mené par Mgr Lefebvre dépasse certainement les limites du catholicisme romain en France et a des répercussions beaucoup plus étendues et beaucoup plus profondes que ne le pense l’épiscopat français.
Tout d’abord ce qu’il y a de sympathique, c’est de voir un évêque fier de sa foi, ne cachant pas ses convictions personnelles mais les affirmant solennellement, ainsi que son attachement profond à la doctrine de son Église, convaincu qu’il est de sa vérité.
Même si l’on ne se réclame pas – comme moi – des convictions catholiques romaines de Mgr Lefebvre, on ne peut qu’estimer des hommes, et en particulier des hommes d’Église qui s’attachent de toutes leurs forces à défendre leurs convictions.
Car il faut être courageux – et Mgr Lefebvre l’est – et son courage est fondé sur sa foi et sur ses convictions. Il faut l’être particulièrement dans les églises actuelles pour ramer à contre-courant, pour ne sacrifier ni aux modes religieuses ou profanes, ni aux apostasies, et pour ne pas courber l’échine devant les puissances occultes qui se sont emparées plus ou moins des leviers de commande.
Tout en n’attachant point à l’usage du latin dans les offices religieux l’importance et l’exclusivité que certains de mes amis catholiques y attachent – pour la raison bien simple que je suis un héritier spirituel de ceux qui ont jadis combattu pour le libre usage des langues communes ou nationales dans le service divin – je considère que la façon dont on agit avec les catholiques traditionalistes, prêtres ou fidèles, attachés à la langue latine, est un manque total d’amour, de respect de la liberté, d’ouverture aux autres et contraire à l’esprit d’une Église qui se veut « catholique », c’est-à-dire universelle et qui admet les rites grecs, slavons et africains ou asiatiques.
Les fanatiques de la suppression du latin et les persécuteurs des catholiques traditionalistes ignorent sans doute que le réformateur Martin Luther, qui ne voulait pas fixer par un culte uniforme l’unité de l’Église, souhaitait qu’il y eût des formes différentes, appropriées aux différents états du peuple chrétien.
En effet, à la jeunesse des hautes écoles, instruite et cultivée (et le latin était la langue des milieux cultivés) il avait destiné sa Formula missae en latin, et il voulait que le grec et l’hébreu soient aussi utilisés dans les services religieux pour la jeunesse, afin de lui donner l’intelligence et l’amour des langues. Pour le peuple, pour les simples au nombre desquels il n’hésite pas à se ranger, il préconise les offices en langue « vulgaire ».
Je pense que Mgr Lefebvre, qui n’est pas tendre à l’égard des protestants dont il ne semble pas connaître toutes les tendances différentes, donnera un bon point à Martin Luther. Ceux qui boycottent systématiquement le latin ou qui empêchent l’usage de cette langue dans la liturgie sont plus sectaires que Luther dont on ne peut pas dire qu’il a ménagé l’Église romaine de son temps dans son ardeur réformatrice !
Quant aux excentricités et aux fantaisies liturgiques que dénonce Mgr Lefebvre, en se fondant sur les interprétations multiples des réformes liturgiques du second concile du Vatican, il faut bien reconnaître que l’évêque d’Écône a raison. Même si l’on appartient, comme moi, à des églises où la Lex orandi n’a jamais eu l’importance, la rigidité et la réglementation minutieuse qu’elle avait dans l’Église romaine, il faut bien constater que bien des innovations, bien des adaptations, même si elles manifestent un souci louable de rendre la foi et la piété plus accessibles aux masses, ne sont ni heureuses, ni dignes d’estime, et qu’elles vont souvent même à l’encontre des sentiments et des dispositions de ceux auxquels elles sont destinées. Je me souviens de la réflexion de braves gens, de milieux très populaires. Quand un prêtre, voulant sans doute accrocher mieux son auditoire, employa dans son homélie des termes d’argot pour faire plus moderne (les douze Apôtres, « les mecs » qui étaient avec Jésus) : « Ce n’est pas parce que nous sommes des ouvriers que nous ne comprenons pas le bon français », disaient-ils.
Mgr Lefebvre s’élève aussi avec juste raison contre le laisser-aller des clercs et leur débraillé trop fréquemment volontaire et affiché. L’habit ne fait pas le moine, mais il l’aide. Les vicaires ou les évêques en chandail à col roulé, parfois rouge, ou des pasteurs qui refusent de porter la sobre robe noire pastorale, touchent-ils plus facilement le cœur et l’âme de leurs auditeurs ou de leurs interlocuteurs ? Je n’en suis pas du tout convaincu. Bien souvent, au contraire, ils dressent automatiquement des gens contre eux. La simplicité et le débraillé, comme l’adaptation du vêtement ecclésiastique aux conditions de la vie moderne et la volonté de se fondre dans la masse, sont des choses absolument différentes.
Comment ne pas s’associer aussi à la protestation de Mgr Lefebvre au sujet de l’abandon, de la liquidation ou de l’usage plus que profane des édifices religieux ? A Strasbourg, l’église protestante Saint-Nicolas (dont la communauté s’est dispersée à la suite de l’activité des pasteurs progressistes qui l’ont desservie sans que les « autorités ecclésiastiques » réagissent), qui fut celle de tant de notables pasteurs, en particulier d’Albert Schweitzer, est devenue une « agora » où se donnent des pièces de théâtre, où se tiennent des meetings politiques, des expositions. C’est un vivant témoignage de l’étendue du mal dénoncé par Mgr Lefebvre. Heureusement qu’une communauté pentecôtiste a encore l’autorisation d’y rassembler ses fidèles, sinon nous l’aurions peut-être vue devenir mosquée pour les 12 000 musulmans recensés à Strasbourg même et qui réclament eux aussi (ce n’est pas prévu par le Concordat napoléonien sous le régime duquel fonctionnent les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite dans les départements du Rhin et de la Moselle), l’enseignement religieux musulman dans les établissements scolaires, alors que les chrétiens ont tendance à le réduire ou à le supprimer !
Mgr Lefebvre dénonce l’infiltration marxiste et communiste au sein de l’Église romaine et de son clergé. Les protestants n’ont rien à envier aux catholiques dans ce domaine. A Strasbourg, lors des événements de mai 1968, les plus enragés parmi les contestataires et les agitateurs de l’université (et collaborant à l’occupation des lieux) étaient, comme par hasard, les étudiants en théologie des deux facultés de théologie, la catholique et la protestante, qui seules en France, en vertu du Concordat, font partie intégrante de l’université. C’est ce qui explique que le professeur de théologie protestante, Étienne Trocmé, grand « pontife » socialiste, soit également président de l’université Louis Pasteur à Strasbourg.
Or, ces théologiens, ces étudiants, ces pasteurs et ces prêtres qui se dressent avec tant d’ardeur contre la société dans laquelle ils vivent et professent si librement leurs idées, devraient au moins avoir la pudeur de refuser de l’État capitaliste (s’ils sont marxistes) ou de l’État centralisateur (s’ils sont pour l’Alsace autonome ou germanique) l’argent des contribuables des autres départements qui paient 14 milliards de francs (dont 7 milliards pour les traitements des ecclésiastiques des cultes concordataires) et de refuser le régime privilégié (bourses, etc.) au point de vue universitaire dont ils jouissent par rapport aux étudiants en théologie des facultés des autres départements et aux prêtres et pasteurs du reste de la France.
Mgr Lefebvre s’en prend à la politisation de l’Église et à une politisation qui s’exerce toujours dans le même sens et en faveur des mêmes idéologies. Qui parmi les protestants ne peut se déclarer d’accord avec lui, car les Églises membres de la Fédération protestante de France sont également manipulées de la même manière ? Quand on pense que le Consistoire supérieur de l’Église de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine, dans sa dernière session de novembre 1976, vote et rend publique une motion contre l’Afrique du Sud ! Ce qui pourrait donner évidemment des fondements aux assertions de Robert Beauvais dans son livre Nous serons tous des protestants. Mais, après tout, certains qui, en Alsace, étaient plutôt favorables, sous l’occupation, à l’idéologie nazie n’ont-ils pas tendance à s’affirmer, avec l’ardeur des néo-convertis, contre les blancs d’Afrique du Sud coupables de vouloir maintenir leur identité ? Au cours de cette même session, il a été déclaré que « l’Évangile n’est pas politiquement neutre ».
Avant de donner aux autres des leçons de morale ou d’éthique chrétienne, avant de juger des gens qui vivent si loin de nous, il serait d’abord indispensable de balayer devant sa porte dans les églises et les pays qui ne sont nullement exempts de scandales ! Et avant de s’attaquer au racisme d’Afrique du Sud ou à l’apartheid, ne serait-il pas aussi chrétien de combattre le racisme linguistique qui s’exerce à l’égard des autres citoyens français, venus de « l’intérieur », qui ne sont pas bilingues et dont la piété a pour cadre la langue nationale et non l’allemand ou le dialecte ?
Mgr Lefebvre dénonce avec énergie l’œcuménisme dans ce qu’il a d’équivoque et de mensonger. Il a, hélas, parfaitement raison. L’œcuménisme est devenu un moyen commode de supprimer des difficultés qui existent toujours ou de faire croire que des problèmes ont été résolus. Bien sûr, il y a une unité qui a toujours existé entre tous ceux qui, par la foi vivante en Jésus-Christ, mort sur la croix pour nos péchés et ressuscité pour notre justification, constituent l’Église invisible, qui, au-dessus des frontières ecclésiastiques et à travers les siècles et malgré les divergences doctrinales, unit tous les croyants. Cette unité est l’œuvre du Saint-Esprit et c’est lui qui réalisera sur le plan terrestre, visible, extérieur, l’unité de l’Église une, sainte, apostolique, le jour où le Seigneur le décidera. Mais de nos jours, bien des hommes d’Église, des théologiens ou des corps ecclésiastiques ont tendance à substituer leurs œuvres à l’œuvre du Saint-Esprit, et c’est la confusion, l’équivoque, et même l’apostasie. Si Mgr Lefebvre se plaint d’une « protestantisation » du catholicisme, des protestants peuvent se plaindre également d’une « recatholicisation » du protestantisme dans le domaine de la théologie (substitution des termes traditionnels de « sainte cène » remplacés par « eucharistie » – moines de Taizé dont on ne sait pas s’ils sont déjà catholiques romains, mais dont on sait pertinemment qu’ils ne sont plus protestants –) dans celui de la liturgie, où l’on croit nécessaire d’imiter toujours les nouvelles formes du catholicisme, et dans l’organisation des églises. On peut dire cum grano salis que les catholiques imitent les protestants dans ce qu’ils ont de moins bon et que les protestants imitent les catholiques dans ce qu’ils ont de moins valable. Et que dire de la confusion créée par les mariages « œcuméniques » et par la « concélébration » au même autel et simultanément (comme cela s’est fait à Strasbourg pour des ménages mixtes) de la messe et de la sainte cène par un prêtre et par un pasteur, professeur de théologie, chacun s’efforçant de se faire entendre… en consacrant les espèces.
En reconnaissant et en affirmant que même si catholiques romains et luthériens orthodoxes ont la conviction de la présence réelle du corps et du sang du Christ dans le sacrement de la sainte cène et de l’eucharistie – présence qu’ils expliquent d’une manière différente – la messe catholique a une autre portée, une autre signification que la sainte cène évangélique, ne serait-ce que parce qu’il ne peut être question pour des chrétiens évangéliques d’y concevoir un sacrifice offert pour les morts ou à l’intention des vivants. Mgr Lefebvre a donc raison de s’élever contre l’équivoque croissante d’un certain œcuménisme qui crée de nouvelles divisions. Il en est toujours ainsi quand l’Église essaie de forcer l’unité pour d’autres raisons et sous une autre conduite que celle de l’Esprit de Dieu.
Mgr Lefebvre se réclame du concile de Trente pour défendre le catholicisme romain. J’ai toujours appris de la lecture des historiens catholiques que le concile de Trente avait tracé la ligne de démarcation la plus nette avec les doctrines de la Réformation, et même qu’il avait été le plus papal de tous les conciles antérieurs. C’est donc à juste titre que Mgr Lefebvre s’appuie sur le concile de Trente pour dénoncer les variations actuelles de son Église. Ou bien faudrait-il penser que les adversaires de Mgr Lefebvre reconnaîtraient que les conciles peuvent errer et se contredire et, en conséquence, qu’il faudrait en rejeter l’autorité ? Mgr Lefebvre est logique et conséquent avec la doctrine de son Église, avec sa tradition, avec ses condamnations et avec ses refus.
Son attitude et son action – même pour ceux qui ne partagent pas ses convictions – sont exemplaires, car toutes les Églises souffrent du même mal et des mêmes épreuves. Mgr Lefebvre a secoué la torpeur, réveillé et stimulé des convictions.
Même si nous ne pouvons pas rattacher à leur action l’importance qu’a prise celle de Mgr Lefebvre, il y a dans les églises protestantes de France (et de l’étranger) des mouvements de réveil, de protestation, de défense et d’action contre ceux qui trahissent la foi de l’Église de Jésus-Christ, l’autorité de la Bible, les enseignements de la Réformation. Le développement de la nouvelle faculté de théologie protestante d’Aix-en-Provence, la création de la faculté de théologie évangélique de Vaux-Sur-Seine, les instituts bibliques qui se créent, s’agrandissent, c’est le pendant du séminaire d’Écône. La parution de journaux comme Tant qu’il fait jour, Ichutus, Le Courrier de l’Ancre et les ouvrages de Pierre Chaunu prouvent que les silencieux des églises protestantes parviennent à briser les écrans dont on les entoure.
D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne que les Églises officielles (celles qui font partie de la Fédération protestante de France, porte-parole seul reconnu par l’État) se voient en bien des régions, désertées par les fidèles, qui vont dans de nouvelles communautés, dans de nouvelles Églises, dans de nouveaux mouvements religieux… ou qui restent chez eux !
C’est pourquoi devant la lutte que mène Mgr Lefebvre – même s’il défend des doctrines qui me sont étrangères – mais il en défend aussi certaines qui sont à la base même de la foi de tous les chrétiens – je n’hésite pas à lui dire : « Merci, Monseigneur Lefebvre ! »
Le rebelle
Ce texte est paru sous forme d’un tract durant l’été 1977. Il émanait de l’Association des Chefs de familles « Justice et Vérité » (4 rue du Capitaine Faure, 25000 Besançon).
Le Sel de la terre.
« J’ai fait devant vous beaucoup de bonnes œuvres par la puissance de mon Père. Pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ? » (Jn 10, 32)
Le 29 juin 1977, méprisant tous les appels à la raison, opposant aux objurgations du Saint-Père une inflexible obstination, l’« Évêque de fer » a commis, dit-on, l’irréparable : le geste, le forfait qui le place – s’il ne l’était déjà – « hors de la communion ecclésiale ». Quel geste ? Quel forfait ?
– A-t-il, comme tel théologien bien connu, publié un livre enseignant que le pape n’est pas infaillible ? – Non. – Enseigne-t-il dans son séminaire que, dans l’eucharistie, il n’y a pas transsubstantiation, mais « transfinalisation » (Schillebeecks), niant ainsi le dogme de la présence réelle ? – Non. – A-t-il composé et diffusé dans tous les pays, au mépris de la congrégation pour la Foi, un catéchisme hérétique ? – Non. – A-t-il déclaré devant ses professeurs et séminaristes que, dire que Jésus est ressuscité, c’est une façon de parler ? – Non. – A-t-il dit dans une déclaration publique qu’on ne sait pas si saint Joseph est ou n’est pas le père de Jésus ? – Non. – A-t-il prétendu qu’aucune religion ne possède toute la vérité ? – Non. – A-t-il écrit dans Le Pèlerin, comme un romancier célèbre, qu’il ne peut ni ne veut appeler la sainte Vierge Mère de Dieu, et qu’il se moque des définitions dogmatiques des conciles, vu que seule la parole de Jésus est infaillible ? – Non. – Ou a-t-il célébré une messe en l’honneur du centenaire d’une loge maçonnique ? – Non. – A-t-il écrit un livre où il traite Dieu le Père d’« immonde salaud », et Jésus de « sale petit Juif » qui crache le désordre là où régnaient les eaux tranquilles de la tradition » ? – Non. – A-t-il donné le bon Dieu (sans confession) à des hérétiques et à des incroyants ? – Non. – A-t-il donné une chapelle de religieuses aux nord-africains pour en faire une mosquée ? – Non. – Ou a-t-il sanctionné, révoqué un bon prêtre pour avoir fait la procession de la Fête-Dieu ? – Non. – A-t-il autorisé dans sa chapelle d’Écône une orgie gauchiste, comme celle de l’église Saint-Merri de Paris, ou une orgie hippie comme celle de l’église Saint-Étienne de Lille, comme celle de la cathédrale de Reims ? – Non. – A-t-il laissé installer dans une église catholique une statue de bouddha et célébrer un culte bouddhiste par quatre lamas tibétains ? – Non. – A-t-il présidé avec Marchais et huit autre évêques un congrès où fut chantée l’Internationale ? – Non. – A-t-il publiquement baisé les pieds à un dignitaire schismatique ? – Non. – A-t-il proclamé « Urbi et Orbi », sous le nez du Pape, que les intercommunions sauvages se multipliaient et qu’il s’en réjouissait ? – Non.
Rien de tout cela. Mais quelque chose de pire… Quoi alors ? Quoi de pire pour être menacé d’une excommunication que n’a méritée aucun des forfaits susmentionnés ?
Il a fait une ordination ! Il a ordonné 14 prêtres ! Mais comment ? Dans quel rite, schismatique ou hérétique ? Non, mais dans le rite catholique, tout ce qu’il y a de plus catholique, le rite dans lequel ont été ordonnés Paul VI et la totalité des 2 500 évêques en exercice.
Mais ces prêtres qu’il a formés et ordonnés, diront-ils des messes invalides, fantaisistes ? Avec des « canons sauvages » ? – Non.
Ils diront la messe catholique, tout ce qu’il y a de plus catholique, la même que disait le saint Curé d’Ars, que disait saint Vincent de Paul, que disaient tous les saints prêtres et saints missionnaires de tous les temps.
L’Église conciliaire sait être extrêmement indulgente. Elle sait fermer « maternellement » les yeux sur les crimes innombrables d’un Brejnev, d’un Tito, d’un Amin Dada, d’un Kadar. Elle est en communion avec tous les schismatiques, tous les hérétiques, tous les sans-Dieu, tous les chenapans du monde. Mais il y a une limite à l’indulgence. Former et ordonner de bons et saints prêtres, sur le modèle du saint Curé d’Ars, ah non ! C’est un geste de rupture irréparable.
Mais ce geste n’était que le dernier échelon d’un long et lourd passé. Il en a fait bien d’autres.
Missionnaire au Gabon pendant 13 ans, il avait mis lui-même la main à la pâte. Il avait parcouru la brousse à pied avant de diriger le séminaire de Libreville.
Vicaire apostolique de Dakar en 1947, délégué apostolique pour toute l’Afrique francophone en 1948, il obtint que tous ces territoires fussent érigés en diocèses. C’est lui qui mit sur pied leurs conférences épiscopales.
Ayant mis tous ses soins à former un clergé indigène, il put céder en 1962 son siège épiscopal à son disciple, Mgr Hyacinthe Thiandoum, lequel fut créé cardinal le 24 mai 1976.
Rappelons seulement pour mémoire sa charge de supérieur général des spiritains, à laquelle il renonça spontanément en 1968, ne voulant pas présider « un cirque ».
Il fut une des « têtes pensantes » du concile et un des membres importants de la commission centrale préparatoire. Il y fut un ardent défenseur des prérogatives du Saint-Siège. Ses interventions, (qu’il rappelle dans J’accuse le Concile), étaient des avertissements prophétiques sur les conséquences désastreuses d’un concile fondé sur l’équivoque.
Tandis que les séminaires se vident et se vendent, il a créé en 1970, en toute conformité avec les règles canoniques, un séminaire florissant qui refuse du monde faute de place. Les prêtres qui en sortent ne f… pas le b… dans les entreprises. Ils ne raflent pas des emplois aux chômeurs. Ils font ce qu’ont toujours fait les prêtres : ils disent la messe, catéchisent, annoncent l’Évangile et sont ministres des sacrements.
Les prieurés de Mgr Lefebvre, telles des oasis dans le désert, fournissent aux âmes affamées la nourriture spirituelle qu’elles ne reçoivent plus ailleurs.
Le seul et unique grief qu’on trouve à lui opposer, c’est qu’il « désobéit » !
Oui ! Il désobéit, comme les évêques français qui, à la barbre des autorités romaines, publient des catéchismes hérétiques dépourvus de l’approbation de Rome ; comme les évêques hollandais qui, contre le gré des mêmes autorités romaines, maintiennent dans l’enseignement religieux des prêtres mariés, etc.
Mais voilà ! La désobéissance de Mgr Lefebvre s’oppose à la subversion alors que celle des autres fait la subversion. C’est pourquoi elle est mauvaise.
Il est, dit-on « seul contre tous ». En admettant que ce soit vrai – mais ce n’est pas vrai – le nombre fait-il la vérité ? Mgr Elchinger a dit le contraire dans son homélie à la Sainte Chapelle (voir Est Républicain du 16 mai 1977).
Vous parlez d’obéissance, mais en vertu de quel texte de Vatican II, ou de quelle instruction de la congrégation pour le Culte divin, ou de quelle ordonnance épiscopale a-t-on supprimé la table de communion et obligé les fidèles à communier debout à la queue leu leu ? – Répondez à cette question et vous pourrez parler d’obéissance à l’Église.
Si Mgr Lefebvre avait le temps et qu’il le voulait, il dirait sans doute à ses détracteurs ce que Mgr Ducaud-Bourget demandait naguère au Cardinal Marty : « Si nous ne sommes pas en communion avec l’Église, ayez donc la bonté de nous signaler quel dogme, quel point de morale nous rejetterions ; car cela seul peut nous exclure de la charité de l’Église, de cette communion que vous proclamez hautement être la vôtre. »
Après les ordinations d’Écône, les journaux ont insinué que le Pape pourrait intenter « au coupable » un procès canonique en règle en vue de son excommunication. On l’attend, ce procès, tout en souhaitant de ne pas avoir mal aux dents jusqu’à ce qu’il ait lieu… Il procurerait à Mgr Lefebvre ce qu’il réclame en vain depuis des années : la possibilité d’être entendu par la seule instance compétente en son cas, la congrégation pour la Doctrine de la Foi.
« La critique est aisée et l’art est difficile » a dit Boileau. Le bon droit de Mgr Lefebvre est si manifeste que la critique elle-même à son égard est difficile.
Au lieu de déployer de vains efforts à vouloir rabaisser un prélat irréprochable dans sa vie et sa doctrine, les pasteurs d’âmes ne feraient-ils pas mieux de consacrer toutes leurs forces et leurs capacités à l’art difficile de l’apostolat « pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes » ?
Nous réjouir
Ce sermon a été prononcé le jeudi 4 avril 1991 lors d’une messe de Requiem pour Mgr Lefebvre, décédé le 25 mars de la même année
Le Sel de la terre.
« Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui nous fait dire Père »… comme le disait Jésus. Ce même Esprit fait redire aux chrétiens ce qu’il faisait dire au Christ. C’est pourquoi je n’hésite pas à mettre sur les lèvres de celui qui nous a quittés et dont nous nous souvenons ce soir, ce que le Christ disait en quittant les siens : « Je m’en vais, mais je viendrai à vous. Il vous est bon que je m’en aille »… et surtout ce texte tellement peu dans la logique du départ d’un être cher : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez, parce que je vais au Père. » Nous aurions attendu : « Si vous m’aimiez vous montreriez la peine que vous éprouvez à me voir partir. » C’est le contraire qui est proposé, non à notre affection humaine légitime, mais à notre foi : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de me voir aller au Père. »
Que nous dit la foi qui nous oblige à nous réjouir du départ de Monseigneur… sous peine de ne pas l’aimer ?
Nous réjouir ? J’en vois trois raisons hiérarchisées.
Nous réjouir à cause de Dieu, à cause de Monseigneur, à cause de nous-mêmes, de ce que nous apporte son passage à Dieu.
Joie pour Dieu. Ne pensez-vous pas que son cœur exulte chaque fois qu’il peut dire à un fils très cher : « Allons, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître. »… « Mon Père est le vigneron », a dit Jésus. Pensons à la joie du maître de la vigne quand le temps et ses soins persévérants ont abouti à une grappe mûre, lourde, dorée, gorgée de suc… Joie de la prendre en main, de la cueillir en la soupesant, au moment jugé opportun. C’est la joie de Dieu. Et les enfants doivent vibrer à la joie de leur père.
Joie pour Monseigneur. Je sais, nous reprochons à l‘Église conciliaire d’expédier n’importe qui immédiatement dans la joie divine. Pour nous, ce soir, si nous offrons pour Monseigneur le sacrifice purificateur, c’est bien parce que nous pensons sagement qu’il en a besoin. Réalistes, sainte Thérèse disait à Dieu : « Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. » Pour Monseigneur est-ce déjà la pleine entrée dans la lumière divine ? En tout cas, ce qui est certain, c’est que dès que l’âme de Monseigneur s’est trouvée confrontée au regard de son Dieu, elle y a lu, en une claire vision, que Dieu approuvait des choix douloureux qui avaient été pris dans la foi et un authentique amour de l’Église. Joie de voir Dieu d’accord, ratifiant des choix qu’il avait lui-même inspirés. Excusez un rappel personnel. Il y a 15 ans, je pense, le père XXX m’avait invité à un repas avec Monseigneur. Après le repas, je suis monté avec lui dans sa chambre et je lui ai dit : « Ce sera court, mais déterminant. Monseigneur, voici ma question. Pensez-vous que l’état actuel de l’Église soit tel qu’il nécessite les choix que vous avez faits. Je vous le demande au nom de Celui qui nous jugera, vous et moi. » Monseigneur n’a pas réfléchi longtemps. Il m’a regardé avec ses yeux limpides et m’a dit doucement et fermement : « Oui, je le pense. » Depuis je n’ai jamais été effleuré d’un doute. Ma joie aujourd’hui est de savoir qu’il vit à présent à l’évidence ce qu’il avait diagnostiqué dans la foi et sous la lumière du don de conseil.
Joie pour nous. Nous réjouir à cause de ce que réalise pour nous ce départ : « Il vous est bon que je m’en aille. Je m’en vais, mais je viens à vous. Je ne vous laisse pas orphelins. » Laissons aux ennemis et aux journalistes le plaisir malsain de supputer les chances de survie de l’œuvre de Monseigneur. Chassons de nos pensées et de nos paroles cet « et après ? » tout humain. Dieu aurait-il repris Monseigneur près de lui pour qu’il se repose et nous oublie, tout perdu en Dieu ? Utilisant l’Évangile de la messe des anges gardiens : « Leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père », sainte Thérèse disait : « Au sein de la vision béatifique les anges veillent sur nous. »… Elle disait encore : « En m’appelant à lui, Dieu ne me donne aucun désir de me reposer. Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre. Je descendrai, je ne me reposerai que lorsque le nombre des élus sera complet. »
Analogiquement, dans le cas de Monseigneur, Dieu aurait-il repris un instrument choisi, pour qu’il ne serve plus, autrement, la même mission ? Non. Plus unie que jamais à la cause qui bâtit l’Église et l’empêche de se détruire, l’âme de Monseigneur ne peut que faire plus profondément, plus efficacement, ce qu’elle a si bien fait, depuis des années, avec la grâce de Dieu.
De quoi s’agit-il ? S’opposer à l’autodestruction de l’Église, dans une crise gravissime. C’est une vocation qui dans toute l’histoire de l’Église ne fut le fait que de quelques saints. Leur amour passionné de l’Église les a fait souffrir de l’Église par l’Église… Et en définitive, pour l’Église. Ne nous leurrons pas : moins que jamais l’autodestruction de l’Église n’est proche de sa fin. Dieu cesserait-il de préparer, pour son heure, la victoire finale ? N’achèverait-il pas l’œuvre commencée ? Reconnaissons-lui le droit de changer d’instruments visibles.
Voilà ce que nous avons le devoir de croire et d’espérer, par fidélité à celui par qui l’œuvre de salut fut commencée et menée si longtemps.
Ce qu’il réclame de nous, c’est l’unité à tout prix, l’entente, la collaboration étroite, l’oubli de nous-mêmes. Chaque fois que nous serions tentés d’y manquer, écoutons-le nous dire :
« Si vous m’aimiez, vous ne le feriez pas… ! »
Ainsi soit-il !
Mgr Lefebvre au lendemain du concile
Nous terminons cette série de témoignages par une lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Ottaviani (alors secrétaire du Saint-Office, devenu depuis congrégation pour la doctrine de la Foi) [1]. On voit que, dès après le concile, Mgr Lefebvre avait prévu les fruits empoisonnés qu’on devait en attendre, « la plus grave tragédie qu’a jamais subie l’Église ».
Le Sel de la terre.
Rome, le 20 décembre 1966
Éminence révérendissime,
Votre lettre du 24 juillet concernant la mise en doute de certaines vérités a été communiquée par les soins de notre secrétariat à tous nos supérieurs majeurs.
Des erreurs partout diffuses, une nouvelle religion
Peu de réponses nous sont parvenues. Celles qui nous sont parvenues d’Afrique ne nient pas qu’une grande confusion règne actuellement dans les esprits. Si ces vérités ne paraissent pas mises en doute, cependant dans la pratique on assiste à une diminution de ferveur et de régularité dans la réception des sacrements, surtout du sacrement de pénitence.
On constate un respect très diminué de la sainte eucharistie surtout de la part des prêtres, une raréfaction des vocations sacerdotales dans les missions de langue française ; celles de langues anglaise et portugaise sont moins touchées par l‘esprit nouveau, mais les revues et journaux y diffusent déjà les théories les plus avancées.
Il semble que la cause du petit nombre de réponses reçues provienne de la difficulté de saisir ces erreurs qui sont partout diffuses ; le mal se situe surtout dans une littérature qui sème la confusion dans les esprits par des descriptions ambiguës, équivoques, mais sous lesquelles on découvre une nouvelle religion.
Je crois de mon devoir de vous exposer en toute clarté ce qui ressort de mes conversations avec de nombreux évêques, prêtres, laïcs, d’Europe et d’Afrique, qui ressort aussi de mes lectures en pays anglais et français.
Le mal actuel, continuation du libéralisme condamné par les papes au 19e siècle
Volontiers je suivrais l’ordre des vérités énoncées dans votre lettre, mais j’ose dire que le mal actuel me paraît beaucoup plus grave que la négation ou mise en doute d’une vérité de notre foi. Il se manifeste de nos jours par une confusion extrême des idées, par la désagrégation des institutions de l’Église, institutions religieuses, séminaires, écoles catholiques, en définitive de ce qui a été le soutien permanent de l’Église, mais il n‘est autre que la continuation logique des hérésies et erreurs qui minent l’Église depuis les derniers siècles, spécialement depuis le libéralisme du dernier siècle qui s’est efforcé à tout prix de concilier l’Église et les idées qui ont abouti à la Révolution.
Dans la mesure où l’Église s’est opposée à ces idées qui vont à l’encontre de la saine philosophie et de la théologie, elle a progressé ; au contraire toute compromission avec ces idées subversives a provoqué un alignement de l’Église dans le droit commun et le risque de la rendre esclave des sociétés civiles.
Chaque fois d’ailleurs que des groupes de catholiques se sont laissés attirer par ces mythes, les papes, courageusement, les ont rappelés à l’ordre, les ont éclairés et, s’il le fallait, condamnés. Le libéralisme catholique est condamné par Pie IX, le modernisme par Léon XIII, le sillonisme par saint Pie X, le communisme par Pie XI, le néo-modernisme par Pie XII.
Grâce à cette admirable vigilance, l’Église se consolide et se développe. Les conversions de païens, de protestants sont très nombreuses ; l’hérésie est en déroute complète, les États acceptent une législation plus catholique.
Cependant des groupes de religieux imbus de ces idées fausses réussissent à les répandre dans l’Action catholique, dans les séminaires grâce à une certaine indulgence des évêques et la tolérance de certains dicastères romains. Bientôt c’est parmi ces prêtres que seront choisis les évêques.
Le concile, mariage de l’Église avec les idées libérales
C’est ici que se situe alors le concile qui s’apprêtait par les Commissions préparatoires à proclamer la vérité face à ces erreurs afin de les faire disparaître pour longtemps du milieu de l’Église. C’eut été la fin du protestantisme et le commencement d’une nouvelle ère féconde pour l’Église.
Or cette préparation a été odieusement rejetée pour faire place à la plus grave tragédie qu’a jamais subie l’Église. Nous avons assisté au mariage de l’Église avec les idées libérales. Ce serait nier l’évidence, se fermer les yeux que de ne pas affirmer courageusement que le Concile a permis à ceux qui professent les erreurs et les tendances condamnées par les papes, ci-dessus nommés, de croire légitimement que leurs doctrines étaient désormais approuvées.
Alors que le Concile se préparait à être une nuée lumineuse dans le monde d’aujourd’hui si l’on avait utilisé les textes préconciliaires dans lesquels on trouvait une profession solennelle de doctrine sûre au regard des problèmes modernes, on peut et on doit malheureusement affirmer que, d’une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l’Église comme appartenant définitivement au trésor de la Tradition.
Qu’il s’agisse de la transmission de la juridiction des évêques, des deux sources de la Révélation, de l’inspiration scripturaire, de la nécessité de la grâce pour la justification, de la nécessité du baptême catholique, de la vie de la grâce chez les hérétiques, schismatiques et païens, des fins du mariage, de la liberté religieuse, des fins dernières, etc… Sur ces points fondamentaux, la doctrine traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent désormais d’en douter.
Conséquences désastreuses du concile sur la vie de l’Église
Les conséquences en ont été rapidement tirées et appliquées dans la vie de l’Église :
– Les doutes sur la nécessité de l’Église et des sacrements entraînent la disparition des vocations sacerdotales.
– Les doutes sur la nécessité et la nature de la « conversion » de toute âme entraînent la disparition des vocations religieuses, la ruine de la spiritualité traditionnelle dans les noviciats, l’inutilité des missions.
– Les doutes sur la légitimité de l’autorité et l’exigence de l’obéissance provoqués par l’exaltation de la dignité humaine, de l’autonomie de la conscience, de la liberté, ébranlent toutes les sociétés en commençant par l’Église, les sociétés religieuses, les diocèses, la société civile, la famille.
L’orgueil a pour suite normale toutes les concupiscences des yeux et de la chair. C’est peut-être une des constatations les plus affreuses de notre époque de voir à quelle déchéance morale sont parvenues la plupart des publications catholiques. On y parle sans aucune retenue de la sexualité, de la limite des naissances par tous les moyens, de la légitimité du divorce, de l’éducation mixte, du flirt, des bals comme moyens nécessaires de l’éducation chrétienne, du célibat de prêtres, etc.
– Les doutes sur la nécessité de la grâce pour être sauvé provoquent la mésestime du baptême désormais remis à plus tard, l’abandon du sacrement de pénitence. Il s’agit d’ailleurs surtout d’une attitude des prêtres et non des fidèles. Il en est de même pour la présence réelle : ce sont les prêtres qui agissent comme s’ils ne croyaient plus, en cachant la sainte réserve, en supprimant toutes les marques de respect envers le Saint Sacrement, et toutes les cérémonies en son honneur.
– Les doutes sur la nécessité de l’Église source unique de salut, sur l’Église catholique seule vraie religion, provenant des déclarations sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, détruisent l’autorité du Magistère de l’Église. En effet, Rome n’est plus la Magistra Veritatis (Maîtresse de Vérité) unique et nécessaire.
Il faut donc, acculé par les faits, conclure que le Concile a favorisé d’une manière inconcevable la diffusion des erreurs libérales. La foi, la morale, la discipline ecclésiastique sont ébranlées dans leurs fondements, selon les prédictions de tous les papes.
La destruction de l’Église avance à pas rapides. Par une autorité exagérée donnée aux conférences épiscopales, le Souverain Pontife s’est rendu impuissant. En une seule année, que d’exemples douloureux ! Cependant le successeur de Pierre et lui seul peut sauver l’Église.
Les remèdes proposés
Que le Saint-Père s’entoure de vigoureux défenseurs de la foi, qu’il les désigne dans les diocèses importants. Qu’il daigne par des documents importants proclamer la vérité, poursuivre l’erreur, sans crainte des contradictions, sans crainte des schismes, sans crainte de remettre en cause les dispositions pastorales du Concile.
Daigne le Saint-Père : encourager les évêques à redresser la foi et les mœurs individuellement, chacun dans leurs diocèses respectifs, comme il convient à tout bon pasteur ; soutenir les évêques courageux, les inciter à réformer leurs séminaires, à y restaurer les études selon saint Thomas ; encourager les supérieurs généraux à maintenir dans les noviciats et les communautés les principes fondamentaux de toute ascèse chrétienne, surtout l’obéissance ; encourager le développement des écoles catholiques, la presse de saine doctrine, les associations de familles chrétiennes ; enfin réprimander les fauteurs d’erreurs et les réduire au silence. Les allocutions du mercredi ne peuvent remplacer les encycliques, les mandements, les lettres aux évêques.
Sans doute suis-je bien téméraire de m’exprimer de cette manière ! Mais c’est d’un amour ardent que je compose ces lignes, amour de la gloire de Dieu, amour de Jésus, amour de Marie, de son Église, du Successeur de Pierre, évêque de Rome, Vicaire de Jésus-Christ.
Daigne l’Esprit-Saint, auquel est vouée notre congrégation, venir en aide au Pasteur de l’Église universelle.
Que votre Éminence daigne agréer l’assurance de mon très respectueux dévouement en Notre-Seigneur.
Marcel Lefebvre,
Archevêque titulaire de Synnada in Phrygia,
Supérieur Général de la congrégation du Saint-Esprit.
[1] — Extraite de Mgr Lefebvre, J’accuse le Concile, éd. Saint-Gabriel, Martigny, 1976, p. 106 à 111. Les sous-titres sont de la rédaction. Un an après le Concile, la foi de nombreux fidèles était tellement ébranlée que le cardinal Ottaviani demandait à tous les évêques du monde et aux supérieurs généraux d’ordres et de congrégations de répondre à une enquête sur le danger que couraient certaines vérités fondamentales de notre foi. Mgr Lefebvre a répondu comme supérieur général de la congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur-de-Marie.

