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La pensée catholique de Jean-Sébastien Bach : La Messe en si 

 P. C.

Un titre qui surprend, car le Cantor de la paroisse réformée de Leipzig n’était-il pas de confession luthérienne ? L’auteur, Maxence Caron, philosophe, musicologue et musicien, tente ici d’accorder le nom de Jean-Sébastien Bach (1675-1750) à la foi catholique par l’analyse approfondie de « la plus grande œuvre de l’histoire de la musique » (p. 17), celle que certains osent improprement qualifier d’œcuménique, la Messe en si [1]. A l’encontre des ac­tuels critiques d’art « perdus d'his­torio-crétino-criticisme » (p. 19) et des « musicuslogisticiens » (p. 27), l’auteur soutient dès les premières pages que « la simple écriture d'une Messe, à la fin de sa vie, par Bach » (p. 30), et « sans que l’on la lui commande […] autour d’un Credo dont le texte est par excellence et parfaitement catholique » (p. 22), signifie une « confession vraie de la Vérité, la foi catholique » (p. 25). Il renchérit en soulignant que Bach, qui « était né en un pays qui le faisait religieusement dépendre de la dogmatique religieuse inhérente à un schisme, [et] victime du principe Cujus regio, ejus religio, surmonte dans la Grand-Messe ses obligations politico-confessionnelles et affirme sa foi catholique » (p. 54). Considérant donc, et à juste titre, cette grosse Katholische Messe comme un « testament d'art et de spiritualité », une « autobiographie » (p. 35), M. Caron nous offre, de l’adagio du Kyrie à la fugue finale du Dona nobis pacem, 213 pages de commentaires théologiques, spirituels, tentant de révéler, partitions à l’appui, la pensée du compositeur qui ne serait plus celle du luthéranisme. Au Credo, notre auteur se fait plus insistant – et l’on comprend pourquoi – sur le verset de l’Ecclesiam, avec quelques belles lignes apologétiques contre le protestantisme (p. 230-232). Toutefois, il faut déplorer la lourdeur du style : certaines phrases et expressions [2] auraient pu être empreintes d’un peu plus de simplicité. Dans l’usage que fait l’auteur des symboles numériques, dont Bach aurait laissé des traces dans ses œuvres, il tombe parfois dans l’excès. Aurait-t-il été influencé, en cela, par saint Augustin, cité plusieurs fois dans l’ouvrage [3] ? Nous n’irions pas jusqu’à affirmer que cette thèse d’un Bach converti « est l'évidence en présence même de l'évidence » (p. 197) mais M. Caron a le mérite de la rendre convaincante. Ce livre sera, pour le mélomane, un guide d’écoute utile et profond afin de pénétrer dans cette véritable « cathédrale entièrement ouvrée, avec ses pinacles, ses chapiteaux, ses rosaces, ses détails sculptés jusque dans les immenses portails des chœurs [4] ».

 

Maxence Caron, La pensée catholique de Jean-Sébastien Bach – La messe en si, Paris, Via Romana, 2010, 13,5 x 20,5 cm, 273 p., 27 €.



[1]  — L’un des fils de Jean-Sébastien, Carl Philipp Emmanuel (1714-1788), l’appelait « La Grand-Messe catholique » d’après les propres paroles de son père (p. 29).

[2]  — Telles que : « quintuplement ennéade, structure diégétiquement musicale, vibration tellurique, oxymorique inondation, patrimoine polapsaire, relation kairologique, » etc.

[3]  — L’auteur a même dirigé un Saint Augustin aux éditions du Cerf.

[4]  — Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, Paris, Bouquins, Robert Laffont, réimpression de 1985, p. 271.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 76

p. 193-194

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