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La visite du pape Benoît XVI en Grande-Bretagne du 16 au 19 septembre 2010
par John Mc Auley
La visite de Benoît XVI en Grande-Bretagne a été la première visite officielle d’un pape dans ce pays. Jean-Paul II avait été le premier pape à se rendre au Royaume Uni en 1982, mais pour une « visite pastorale ». Cette fois-ci, Benoît XVI a été l’invité de l’État britannique.
Dans l’avion en provenance de Rome, il a parlé aux journalistes. Ceux qui espéraient que cette visite serait une croisade pour la conversion du Royaume-Uni, nation apostate depuis le 16e siècle, ont du être déçus :
La Grande-Bretagne, dit Benoît XVI, a une grande expérience et une grande activité dans la lutte contre les maux de ce temps, contre la misère, la pauvreté, les maladies, la drogue et toutes ces luttes contre la misère, la pauvreté, l’esclavage de l’homme, l’abus de l’homme, la drogue, sont aussi des objectifs de la foi, parce que ce sont des objectifs de l’humanisation de l’homme, pour que soit restituée l’image de Dieu contre les destructions et les dévastations. Une deuxième tâche commune est l’engagement pour la paix dans le monde et la capacité de vivre la paix, l’éducation à la paix, créer les vertus qui rendent l’homme capable de paix. Et enfin, un élément essentiel de la paix est le dialogue entre les religions, la tolérance, l’ouverture de l’un pour l’autre, et cela est aussi un profond objectif, tant de la Grande-Bretagne comme société, que de la foi catholique, d’ouvrir les cœurs, d’ouvrir au dialogue, d’ouvrir ainsi à la vérité et au chemin commun de l’humanité, afin de retrouver les valeurs qui sont le fondement de notre humanisme [1].
Arrivé à Édimbourg, le pape a été conduit jusqu’à Holyroodhouse, résidence officielle de la reine Elizabeth II en Écosse. En présence de nombreux représentants de fausses religions, sa Majesté a prononcé quelques mots de bienvenue. Le pape y a répondu par une défense du Royaume-Uni chrétien, actuellement menacé par l’obsession du gouvernement pour la « diversité » et l’« inclusivité » ; mais pas un mot sur les hérésies qui depuis si longtemps ont tellement déformé la religion chrétienne au Royaume-Uni. Pas un seul mot explicite non plus sur ladite obsession des autorités, sauf les propos assez ambigus qui suivent :
Aujourd’hui, le Royaume-Uni s’efforce d’être une société moderne et multiculturelle. Dans ce noble défi, puisse-t-il garder toujours son respect pour les valeurs traditionnelles et les expressions de la culture que des formes plus agressives de sécularisme n’estiment ni ne tolèrent même plus ! Qu’il n’enfouisse pas les fondements chrétiens qui sous-tendent ses libertés ; puisse aussi ce patrimoine qui a toujours servi le bien de la nation, inspirer constamment l’exemple que Votre Gouvernement et Votre peuple donne aux deux milliards de membres du Commonwealth et à la grande famille des nations de langue anglaise à travers le monde !
Après une procession dans les rues d’Édimbourg, le pape s’est rendu à Glasgow, où il a célébré une messe (selon le rite Paul VI, bien sûr !) devant 65 000 personnes. Si cette assistance semble impressionnante, il faut savoir que 100 000 billets étaient disponibles pour cet événement et qu’il a donc manqué 35 000 fidèles. En 1982, 300 000 personnes avaient applaudi Jean-Paul II à Glasgow ! Derrière les quelques belles images de ce voyage se cache donc la réalité d’une chute vertigineuse de la pratique religieuse au cours des vingt-huit ans qui nous séparent de la visite de Jean-Paul II. Certes, le pape a exhorté les catholiques écossais à témoigner courageusement de leur religion, tant en public qu’en privé :
Pourtant, la religion [laquelle? il ne le précise pas] est en fait une garantie de liberté et de respect authentiques, car elle nous conduit à considérer chaque personne comme un frère ou une sœur. Pour cette raison, je lance un appel particulier à vous les fidèles laïcs, en accord avec votre vocation et votre mission baptismales, à être non seulement des exemples de foi dans la vie publique, mais aussi à introduire et à promouvoir dans le débat public l’argument d’une sagesse et d’une vision de foi. La société d’aujourd’hui a besoin de voix claires qui prônent notre droit de vivre, non pas dans une jungle de libertés autodestructrices et arbitraires, mais dans une société qui travaille pour le vrai bien-être de ses citoyens et qui, face à leurs fragilités et leurs faiblesses, leur offre conseils et protection. N’ayez pas peur de prendre en main ce service de vos frères et sœurs pour l’avenir de votre nation bien-aimée.
Mais s’agit-il réellement de témoigner de sa foi catholique ? On s’en fera une idée par la suite du sermon :
Je constate avec une profonde satisfaction combien l’appel à marcher main dans la main avec vos frères chrétiens, que le pape Jean-Paul II vous avait adressé, a contribué à faire grandir la confiance et l’amitié avec les membres de l’Église d’Écosse, ceux de l’Église épiscopale écossaise et d’autres encore. Je vous encourage à continuer de prier et de travailler avec eux à la construction d’un avenir plus radieux pour l’Écosse, un avenir basé sur notre héritage chrétien commun.
Mgr Williamson dit que Benoît XVI a le cœur d’un catholique (héritage de son enfance en Bavière ?) mais la tête d’un moderniste. Il ajoute que Benoît XVI est un intellectuel ; c’est donc la tête qui domine chez lui.
Le pape a ensuite pris l’avion pour Londres. Il a été logé pendant trois jours à la nonciature, située à Wimbledon, d’où il s’est d’abord rendu dans une autre ville de banlieue, Twickenham.
A St Mary’s College, à Twickenham, il a adressé un discours aux trois mille enfants venus l’écouter.
J’espère que parmi ceux d’entre vous qui m’écoutent aujourd’hui, se trouvent de futurs saints du vingt-et-unième siècle. Ce que Dieu veut plus que tout pour chacun de vous c’est que vous deveniez des saints. Il vous aime beaucoup plus que vous ne pourrez jamais l’imaginer, et il veut ce qu’il y a de meilleur pour vous. Et de loin, la meilleure chose pour vous c’est de grandir en sainteté.
Parfait ! Mais qu’est-ce au juste que la sainteté ?
Vous êtes attirés par la pratique des vertus. Vous commencez à considérer l’avidité et l’égoïsme et tous les autres péchés tels qu’ils sont réellement, des tendances destructrices et dangereuses qui provoquent de profondes souffrances et causent un grand préjudice, et vous voulez éviter de tomber vous-mêmes dans ce piège. Vous commencez à éprouver de la compassion pour les personnes en difficulté et vous désirez vivement faire quelque chose pour elles. Vous voulez aider les indigents et les affamés, vous voulez réconforter les personnes tristes, vous voulez être bons et généreux. Et si tout cela est important pour vous, alors vous êtes bien sur le chemin qui mène à la sainteté.
Ceci mérite plus le nom de philanthropie que de sainteté.
Je sais [continue Benoît XVI] qu’il y a de nombreux étudiants non-catholiques dans les écoles catholiques en Grande-Bretagne, et je souhaite les inclure tous dans mes paroles aujourd’hui. Je prie pour que vous aussi vous vous sentiez encouragés à pratiquer les vertus et à grandir dans la connaissance et l’amitié avec Dieu aux côtés de vos camarades de classe catholiques. Vous leur rappelez par votre présence le plus grand dessein qui existe au-delà de l’école, et, de fait, il est absolument juste que le respect et l’amitié à l’égard des membres d’autres traditions religieuses doivent être parmi les vertus apprises à l’école catholique.
Vous ne trouverez pas un seul mot sur la prière pour la conversion des élèves non-catholiques. Et si les catholiques étaient plus nombreux au Royaume-Uni, par une plus grande fidélité à la morale catholique sur la contraception et par une meilleure pratique religieuse, les écoles catholiques de ce pays se seraient-elles trouvées dans l’obligation d’accepter un si grand nombre d’élèves non-catholiques ? Le pape n’en a pas parlé.
Le pontife est resté à Twickenham, où il a fait un discours aux représentants des autres religions :
Je suis reconnaissant au docteur Azzam et au grand rabbin, Lord Sacks, des vœux qu’ils m’ont adressés en votre nom. En vous saluant, je désire aussi souhaiter à la communauté juive de Grande-Bretagne et du monde entier une heureuse et sainte célébration du Yom Kippour. Mes chers amis, en terminant mes réflexions, je tiens à vous assurer que l’Église catholique suit ce chemin de l’engagement et du dialogue avec un vrai sentiment de respect pour vous et pour vos convictions. Les catholiques, en Grande-Bretagne et à travers le monde, continueront à travailler pour construire des ponts d’amitié avec les autres religions, pour réparer les faux-pas du passé et pour encourager la confiance entre les individus et les communautés. Je vous redis mes remerciements pour votre accueil et ma gratitude pour cette occasion qui m’est donnée de vous encourager dans votre dialogue avec vos frères et sœurs chrétiens. Sur vous, j’invoque d’abondantes bénédictions divines ! Merci beaucoup.
Dans l’après-midi, Benoît XVI s’est rendu au centre de la ville de Londres, à Lambeth Palace, résidence officielle de « l’archevêque de Canterbury », actuellement Rowan Williams. Ici le pape, devant plusieurs dizaines « d’évêques » anglicans, a écouté Williams, affirmant entre autres que les chrétiens ne cherchent pas de pouvoir politique confessionnel. Dans sa réponse, Benoît XVI a évoqué la contradiction qui se trouve au cœur de l’œcuménisme :
Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4), et cette vérité n’est pas autre chose que Jésus-Christ, le Fils éternel du Père, qui a tout réconcilié en lui par la puissance de sa croix. Pour être fidèles à la volonté du Seigneur, telle qu’elle est exprimée dans ce passage de la première Lettre de saint Paul à Timothée, nous reconnaissons que l’Église est appelée à être compréhensive, jamais toutefois au détriment de la vérité chrétienne. D’où le dilemme auquel sont confrontés tous ceux qui sont engagés de manière authentique sur les chemins de l’œcuménisme.
Mais il a fini par confirmer qu’il est, lui-même, engagé de manière authentique sur ces chemins. Remarquons qu’il a accordé le titre « Votre Grâce » à Rowan Williams, un laïc douteusement baptisé.
Votre Grâce, dans ce même esprit d’amitié, puissions-nous renouveler notre détermination à poursuivre le but de l’unité dans la foi, l’espérance et l’amour, selon la volonté de notre unique Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ !
Quelque minutes après, le pontife a traversé la Tamise dans sa « papa-mobile » vers le palais de Westminster, où se trouvent les deux Chambres de députés, celle des « Commons » et celle des « Lords ». Dans les rues de Londres, Benoît XVI a reçu un accueil plutôt chaleureux de la part des citadins londoniens. Mais un certain nombre de protestants, qui ne partagent pas l’esprit œcuménique de Rowan Williams, manifestaient contre le pape. Un fait peut-être encore plus grave a été la présence des manifestants athées, une présence bien plus importante en 2010 pour Benoît XVI que pour Jean-Paul II en 1982 ; si l’Église catholique s’est affaiblie ces vingt-huit dernières années au Royaume-Uni, l’athéisme, lui, s’est renforcé.
Arrivé au Palais de Westminster, Benoît XVI a été accueilli par le président de « The House of Commons ». Il a adressé un discours à cette assemblée prestigieuse, composée de plusieurs centaines de personnalités, membres du parlement, des hommes d’affaires etc. Les mots du pape étaient un peu ceux de quelqu’un qui suppliait de ne pas être persécuté. Il était, sans doute, conscient que ce même parlement avait récemment voté le « Equality Bill », un projet de loi bien égalitaire, qui n’est pas favorable à la libre et pleine pratique de la religion catholique.
Je ne puis que manifester ma préoccupation devant la croissante marginalisation de la religion, particulièrement du christianisme, qui s’installe dans certains domaines, même dans des nations qui mettent si fortement l’accent sur la tolérance. Certains militent pour que la voix de la religion soit étouffée, ou tout au moins reléguée à la seule sphère privée. D’autres soutiennent que la célébration publique de certaines fêtes, comme Noël, devrait être découragée, en arguant de manière peu défendable que cela pourrait offenser de quelque manière ceux qui professent une autre religion ou qui n’en ont pas.
Mais on remarque encore un certain humanisme :
Ces dernières années, des signes encourageants ont pu être observés de par le monde concernant un souci plus grand de solidarité avec les pauvres. Mais pour que cette solidarité s’exprime en actions effectives, il est nécessaire de repenser les moyens qui amélioreront les conditions de vie dans de nombreux domaines, allant de la production alimentaire, à l’eau potable, à la création d’emplois, à l’éducation, au soutien des familles, spécialement les migrants, et aux soins médicaux de base. Là où des vies humaines sont en jeu, le temps est toujours court : toutefois le monde a été témoin des immenses ressources que les gouvernements peuvent mettre à disposition lorsqu’il s’agit de venir au secours d’institutions financières retenues comme « trop importantes pour être vouées à l’échec ». Il ne peut être mis en doute que le développement humain intégral des peuples du monde n’est pas moins important : voilà bien une entreprise qui mérite l’attention du monde, et qui est véritablement « trop importante pour être vouée à l’échec ».
Le président de la Chambre des Lords a ensuite prononcé quelques mots de remerciements et le pape est parti pour l’abbaye de Westminster, très ancien et impressionnant temple anglican, abbatiale d’un monastère bénédictin d’avant la Réforme. Il fallait s’attendre à une prédication bien œcuménique :
Cette année, comme vous le savez, est marquée par le centième anniversaire du mouvement œcuménique moderne, qui a commencé par l’appel de la Conférence d’Édimbourg en faveur de l’unité des chrétiens, condition préalable à un témoignage crédible et convainquant de l’Évangile à notre époque. En commémorant cet anniversaire, nous devons rendre grâce pour l’extraordinaire progrès fait pour atteindre ce grand but grâce aux efforts convaincus de chrétiens de toutes dénominations. En même temps, cependant, nous sommes conscients de tout ce qu’il reste encore à faire.
Le pape y a participé aux « vêpres » œcuméniques, quelque chose d’invraisemblable avant Vatican II, mais auquel tout le monde – même, hélas ! dans la « Tradition » – s’habitue. Cette cérémonie s’est achevée par une « bénédiction papale » simultanée, donnée par Benoît XVI et le soi-disant « archevêque de Cantorbéry », dont l’ordination a été jugée nulle par Léon XIII. Qu’en dirait Mgr Lefebvre ? Qu’en diraient aussi tous les catholiques anglais persécutés et martyrisés par Henry VIII et ses successeurs ?
Le lendemain, le pontife a célébré une messe dans la cathédrale catholique de Westminster (à ne pas confondre avec l’abbaye anglicane du même nom). Le cœur catholique de Benoît XVI s’est exprimé par l’usage du latin et du chant grégorien. L’absence du latin dans la vie quotidienne de l’Église conciliaire a été mise là en évidence, car les prêtres présents étaient obligés de suivre attentivement le texte du Credo dans leurs livrets de messe. Cependant, la tête libérale de Benoît XVI ne l’avait pas quitté, car Rowan Williams a été admis dans le sanctuaire, écoutant des mots d’accueil à son intention de la bouche du pontife. On espère que Mr Williams a bien écouté les mots suivants :
La réalité du sacrifice eucharistique a toujours été au cœur de la foi catholique ; remise en question au 16e siècle, elle a été réaffirmée au concile de Trente dans le contexte de notre justification dans le Christ. Ici, en Angleterre, comme nous le savons bien, beaucoup ont défendu la messe avec ferveur, souvent à grand prix, donnant lieu à cette dévotion pour la très sainte eucharistie qui a été une caractéristique du catholicisme sur ces terres.
Plutôt que « sacrifice eucharistique », la doctrine catholique emploie le mot « sacrifice propitiatoire », mais il est vrai que Benoît XVI célèbre la nouvelle messe, qui s’éloigne de l’enseignement traditionnel pour se rapprocher de la conception protestante anti-propitiatoire ! Après la messe à Westminster, le pape a écouté quelques paroles de bienvenue de la part d’un représentant de la jeunesse catholique. On constate dans ces jeunes, au moins chez certains d’entre eux, une soif réelle pour la vérité et, donc, pour Notre-Seigneur et son Église. Qu’il est triste de voir ces jeunes assoiffés ne recevoir qu’un enseignement empoisonné par l’œcuménisme. On ne s’étonne pas que le pape ait cité en exemple la mère Teresa dans sa réponse aux jeunes. Avant son départ de Westminster, Benoît XVI a lu son message destiné aux fidèles du Pays de Galles et on y trouve un des rares exemples de la sainte Vierge dans la prédication pontificale au Royaume-Uni.
Les Gallois se sont distingués à travers les siècles par leur dévotion à la Mère de Dieu ; cela est mis en évidence par les innombrables lieux au Pays de Galles appelés « Llanfair » – l’Église de Marie. Je prie pour qu’elle continue à intercéder auprès de son Fils pour tous les hommes et toutes les femmes du Pays de Galles. Que la lumière du Christ ne cesse de guider leurs pas et de façonner la vie et la culture de la nation.
Après un temps de repos à Wimbledon, le pape s’est retrouvé en centre-ville. Il a d’abord visité une maison de retraite à Vauxhall, un quartier au sud de la Tamise, où il a adressé quelque mots aux résidents :
On peut jouir d’une bonne santé dans le grand âge ; mais les chrétiens ne devraient pas craindre d’avoir part aux souffrances du Christ […].
Combien de ces personnes âgées ont souffert du grand bouleversement qui a eu lieu dans leurs vies et dans la société britannique et, plus gravement, dans la Sainte Église ? Les personnes les plus âgées sur cette terre en 2010 sont nées sous saint Pie X (peut-être même Léon XIII) et elles ne doivent guère reconnaître l’Église d’aujourd’hui dans celle de leur enfance.
Toujours à Vauxhall, le pape a rencontré plusieurs personnes « en charge de la protection de l’enfance. » Il faut ajouter ici que la presse britannique, comme celle de beaucoup d’autres pays, parle très souvent – parfois d’une manière obsessionnelle – des « prêtres pédophiles ». Pendant les semaines qui ont précédé la visite du pape, les média du Royaume-Uni n’ont pas cessé d’en parler.
Pendant l’après-midi, le samedi, a eu lieu à Londres une manifestation honteuse par une coalition anti-catholique. Plusieurs milliers de personnes (homosexuels, athées, extrême gauche, etc.) ont manifesté contre la visite du pape en plein cœur de Londres. Cette manifestation est la preuve d’une dégradation morale et spirituelle dans la société britannique. Une telle manifestation contre les musulmans ou les Juifs serait impensable ; encore un signe de la faiblesse de l’Église catholique au Royaume-Uni (et, hélas, dans beaucoup d’autres pays, y compris la France) au vingt-et-unième siècle.
Le soir, le pape a présidé une veillée de prière à Hyde Park, en centre-ville. L’assistance dans le parc même s’est élev ée à 80 000 personnes, mais un très grand nombre attendait le pape dans les rues. J’ai parlé avec un des participants et j’ai lu un reportage fait par un groupe de laïcs qui ont distribué des tracts sur la Tradition à l’entrée du parc. D’après ce que j’ai lu et entendu, il semble que l’atmosphère dans le parc, surtout avant l’arrivée du pape, était peu recueillie et ressemblait à un concert de rock. Le monsieur qui y a assisté m’a dit qu’il n’a vu nulle part un prêtre qui confessait.
A Hyde Park, nous constatons encore un certain appel au courage, mais pour témoigner, en fin de compte, d’un nouvel Évangile :
Pour qui regarde avec réalisme notre monde d’aujourd’hui, il est manifeste que les chrétiens ne peuvent plus se permettre de mener leurs affaires comme avant. Ils ne peuvent ignorer la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société, ni même être sûrs que le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté, va continuer d’inspirer et de modeler l’avenir de notre société. Nous savons qu’en des temps de crise et de bouleversement, Dieu a suscité de grands saints et prophètes pour le renouveau de l’Église et de la société chrétienne ; nous comptons sur sa Providence et nous prions pour qu’il continue de nous guider. Mais chacun de nous, selon son propre état de vie, est appelé à œuvrer pour l’avènement du Royaume de Dieu en imprégnant la vie temporelle des valeurs de l’Évangile. Chacun de nous a une mission, chacun de nous est appelé à changer le monde, à travailler pour une culture de la vie, une culture façonnée par l’amour et le respect de la dignité de toute personne humaine.
Le dimanche matin 19 septembre, il a quitté Londres pour Crofton Park, à Birmingham, la plus grande ville d’Angleterre après Londres, où il devait béatifier le cardinal Newman. A Crofton Park, le sanctuaire était peu traditionnel, même si la messe a été à moitié en latin. Devant une foule immense, le pape a béatifié le cardinal Newman, fils de Birmingham, et personnage quelque peu énigmatique. L’auteur n’a pas osé aborder le vaste sujet du cardinal Newman, et encore moins son libéralisme prétendu. Malheureusement, le procédé actuellement employé pour les canonisations est tel qu’un catholique ne peut plus faire du tout confiance aux jugements de Rome en ce qui concerne les canonisations contemporaines.
Benoît XVI a ensuite fait une visite privée à Birmingham Oratory. Le cardinal Newman était un oratorien. Ensuite, le pontife a déjeuné avec les évêques catholiques du Royaume-Uni à St Mary’s College Oscott, un séminaire près de Birmingham. Avant de partir, il s’est adressé aux évêques. De nouveau, une exhortation à l’œcuménisme:
Le but ultime de toute activité œcuménique : la restauration de la pleine communion ecclésiale au sein de laquelle l’échange mutuel des dons de nos patrimoines spirituels respectifs nous permet à nous tous d’être enrichis. Continuons à prier et à travailler sans cesse afin que soit hâté le jour de joie où ce but sera atteint.
Le dimanche soir, le pontife a été conduit à l’aéroport de Birmingham, où le premier ministre, David Cameron, lui a adressé des paroles d’adieu. Vous êtes, cher lecteur, habitué à l’esprit œcuménique de ce voyage. Voici un extrait de la réponse du pape au premier ministre :
Durant mon séjour parmi vous, j’ai pu rencontrer des représentants de nombreuses communautés, cultures, langues et religions qui composent la société britannique. La grande diversité de la Grande-Bretagne moderne est un défi pour son gouvernement et pour son peuple, mais elle représente aussi une réelle opportunité pour poursuivre le dialogue interculturel et interreligieux dans l’intérêt de la communauté toute entière.
Benoît XVI donne des gages aux schismatiques hérétiques
Londres, Westminster abbaye 17 septembre 2010
???
Pour l’instant, les catholiques conciliaires du Royaume-Uni parlent de « succès » à propos de cette visite. On avait aussi parlé de « succès » pour la visite de Jean-Paul II en 1982, ce qui n’a pas empêché une chute vertigineuse de la pratique religieuse des catholiques pendant les trois décennies qui l’ont suivie. Certes, l’atmosphère du Royaume-Uni actuel (matérialiste et hédoniste) favorise beaucoup cette apostasie et Jean-Paul II et Benoît XVI ont eu des paroles contre cette atmosphère. Mais si les hommes d’Église, pape en tête, prônent sans cesse l’œcuménisme et la liberté religieuse, tant dans la pratique que dans leurs discours, faut-il s’étonner si, peu à peu, les fidèles quittent l’Église (dont la nécessité est relativisée par l’œcuménisme) pour mener une vie plus facile ailleurs ? Et si le but de l’Église n’est plus le salut des âmes mais un vague humanisme, pourquoi y rester si les conséquences de la quitter ne sont, après tout, pas si graves qu’on le croyait autrefois? La préférence, visible au Royaume-Uni en septembre, de Benoît XVI pour le latin n’est point suffisante. Comme nous le disons depuis bientôt cinquante ans, le combat pour la Tradition n’est pas une simple affaire de latin ; c’est le combat pour la foi pure et sans aucune ambiguïté, ainsi que pour la royauté sociale du Christ. Il implique aussi la dénonciation courageuse des erreurs, et des sectes anti-chrétiennes qui les propagent. L’anglicanisme, religion d’État, et la franc-maçonnerie, si influente dans la société britannique, n’ont pas de quoi trembler après cette visite du pape de Rome. Ils peuvent plutôt se féliciter, et nous, serviteurs du Christ-Roi et fils de la sainte Église, nous lamenter et, plus fort que jamais, crier vers le ciel : Parce Domine, parce populo tuo !
***
Errata et courrier des lecteurs
Au sujet de l’article « Paul VI et la contraception : une condamnation hésitante et tardive » paru dans Le Sel de la terre 75, nous signalons une erreur qui s’est glissée à la page 67. Nous écrivions :
Dans La Croix du 23 mai 2007, Christine Legrand constatait qu’en France, maintenant, 97 % des femmes susceptibles d’avoir des enfants ont recours à la pilule.
Il fallait lire : « ont recours à la contraception » [2]. Cela dit, puisque la pilule est le plus répandu des moyens contraceptifs, cela ne change pas le fond de la question.
*
Un lecteur belge nous écrit :
Je lis en p. 205 [du Sel de la terre 76] un écho, repris à votre compte, d’un site suisse (http://www.estoc.ch) qui « rend compte, semaine après semaine, du retard épiscopal » à rectifier, selon les instructions romaines, la traduction du « pro multis ». Selon ce site, à la date du 22 janvier 2011, « rien n’est fait ». C’est, pour le moins une inexactitude […].
Et notre lecteur joint à sa lettre quelques documents montrant qu’en certains pays d’Amérique du Sud, aux USA et dans d’autres pays anglophones, les conférences épiscopales ont donné des instructions à ce sujet.
Voici nos commentaires :
1. Le site suisse auquel nous avons fait écho dans Le Sel de la terre 76 (et aussi dans Le Sel de la terre 73, p. 204), ne s’intéresse qu’à « la désobéissance flagrante que les évêques francophones opposent à une directive romaine ». Cela n’était pas suffisamment clair dans notre compte rendu, aussi nous le précisons ici.
2. A notre connaissance, les évêques francophones n’ont encore rien fait.
3. C’est une bonne chose que les conférences épiscopales de langues espagnole ou anglaise se soient préoccupées de changer la traduction. Resterait à voir si, dans la pratique, elles sont obéies.
4. La traduction défectueuse entrainait un doute sur la validité des nouvelles messes, puisque on changeait la signification des paroles de la consécration. Il ne semble pas qu’on se soit préoccupé des conséquences des messes douteusement valides célébrées pendant des années avec les traduction défectueuses.
[1] — Les citations de Benoît XVI sont tirées de la traduction française officielle du site du Vatican.
[2] — Christine Legrand se référait à une étude intitulée : « Avoir des enfants en France. Désirs et réalités », publiée par Arnaud Régnier-Loillier, sociologue et chercheur à l’INED (Institut National d’Études Démographiques), parue peu auparavant.

