Avec Dieu au Goulag
V.T.
Paru il y a un an environ voici un livre à découvrir absolument, à méditer et à faire connaître.
Walter J. Ciszek était un jésuite américain d’origine polonaise qui, pendant son séminaire, s’était porté volontaire pour les « missions russes ». Après son ordination, comme il n’y avait aucun moyen d’envoyer des prêtres en Russie, il fut nommé dans une mission confiée aux pères jésuites en Pologne dans la ville d’Albertyn.
En 1939 l’Armée Rouge envahit l’Est de la Pologne et le père Ciszek suit volontairement les nombreux réfugiés polonais partis en Russie dans la confusion de l’invasion simultanée de l’Ouest du pays par les troupes allemandes.
Déguisé en ouvrier le père Ciszek accompagne ces pauvres malheureux pour les assister dans leurs besoins spirituels.
Découvert par la police soviétique il est capturé par le NKVD et interné à la « terrible prison » de la Loubianka à Moscou. Interrogé et torturé physiquement et moralement selon les méthodes soviétiques pour avouer qu’il était « un espion à la solde du Vatican », il resta dans cette prison pendant toute la guerre puis fut condamné à quinze ans de travaux forcés dans les camps de Sibérie.
J’avais foi en Dieu et jamais je ne me suis senti désespéré ou abandonné.
Au début de sa captivité, le père Ciszek, tout en découvrant l’horreur des conditions de détention, écrit :
Dieu ne demande pas l’impossible à l’homme. […] Il me demandait de faire quelque chose comme un autre Christ.
Cependant, après plusieurs mois de tortures, d’interrogatoires « fatigué de se battre » et « tourmenté par des flux de pensées, il en arrive à signer des “aveux“».
Survint alors dans toute sa personne une profonde dépression ; « c’était le désespoir total, j’avais perdu de vue mon Dieu ».
Bouleversé par cette certitude je me mis instantanément à prier. […] Je savais qu’il me fallait immédiatement rechercher mon Dieu, ce Dieu que j’avais oublié, je plaidais mon impuissance à faire face à l’avenir sans lui, je lui répétais que mes propres forces avaient failli et qu’il était mon seul espoir.
Après avoir médité l’agonie de Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers il se livra dès lors totalement à la volonté divine et il nous expose ses souvenirs, méditations et considérations sur sa vie de bagnard, ses compagnons, le ministère qu’il essaye d’exercer avec tous les risques que cela comporte : leçons d’héroïsme, de foi inébranlable, d’abandon total à la Providence.
Il faut lire toutes ces pages simples et sublimes ; il faudrait toutes les citer.
Le chapitre 13 sur le sens de la messe est bouleversant :
Je pense que ceux qui n’ont jamais été privés de célébrer la messe ou d’y assister ne peuvent pas vraiment apprécier ce trésor. […] Je sais les sacrifices que nous avons dû faire et les risques encourus pour avoir la possibilité de dire la messe ou d’y assister. […] Nous disions la messe sur un tronc d’arbre. […] Les forêts ressemblaient à une cathédrale. […] Nous pensions à ces milliers de personnes membres de l’Église du silence, ici dans cette terre jadis chrétienne. La messe et le Saint-Sacrement étaient une grande source de consolation pour moi, ils étaient la source de ma force et de ma survie spirituelle, mais j’ai aussi compris ce qu’ils signifiaient pour ces hommes [compagnons de détention] en voyant leurs sacrifices. Je me suis sentis vivifié, privilégié, poussé à tout mettre en œuvre pour qu’ils puissent recevoir ce pain de vie autant qu’ils le souhaitaient. Aucun danger, aucun risque, aucune représaille n’auraient pu m’empêcher de célébrer la messe chaque jour pour eux.
« Le sacerdoce », « Le sens de la messe », « Retraites », « La peur de la mort », « Le Royaume de Dieu », « La foi », sont les quelques titres des meilleurs chapitres.
Ce livre est une « perle de prix » au milieu de toutes les parutions actuelles. Il ne faut pas passer à côté de ce trésor.
Walter J. Ciszek, Avec Dieu au Goulag, Éditions des Béatitudes, 2010, 13,5x21cm, 316 p., ISBN 978-2-84024-364-9, 19,7 €.

