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La Vierge Marie 

dans la vie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort

 par l’abbé Guy Castelain

 

L’abbé Guy Castelain, de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a donné cette conférence dans le cadre d’un colloque marial organisé à Lyon en 2010 par le prieuré Saint-Irénée de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Le Sel de la terre.

  

Introduction

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort est né en 1673  à Montfort-sur-Meu à vingt kilomètres de Rennes. Après ses études à Rennes, il part en 1693 à Paris pour suivre sa formation ecclésiastique. Il est ordonné prêtre le 5 juin 1700. Après quelques années de ministères divers, le 6 juin 1706, il consulte le pape Clément XI sur sa vocation apostolique. En 1707, il se sépare de Dom Leuduger qui l’a initié à l’apostolat des missions paroissiales. C’est probablement en 1712, à La Rochelle, qu’il rédige son maître livre : le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge [1]. Après dix ans de missions paroissiales, il meurt le 28 avril 1716, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée.

En 1942, paraissait un livre écrit par le père Louis Le Crom, montfortain, intitulé Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, un apôtre marial [2]. Le titre de cette biographie, publiée en vue de la canonisation du saint, justifie la place de cette conférence dans ce colloque marial qui a pour thème « La Vierge Marie dans la vie et les écrits des saints ». Il s’agit donc de découvrir le rôle que la sainte Vierge a tenu dans la vie du saint : rôle dans sa vie intérieure et rôle dans sa vie apostolique.

Outre la biographie du père Louis Le Crom, qui sera d’un précieux secours, les Œuvres Complètes, éditées par Le Seuil en 1966, seront largement mises à contribution. D’autres documents moins connus, quelquefois introuvables ou plus difficilement accessibles, jetteront une lumière particulière sur le sujet :

– le mémoire, intitulé Abrégé de la vie de Louis-Marie Grignion de Montfort [3], de Jean-Baptiste Blain, un ami personnel de Louis Grignion ;

– la plus ancienne biographie, intitulée La Vie de Messire Louis-Marie Grignion de Montfort [4], écrite par Joseph Grandet en 1725 ;

– le Cahier de notes, totalement inédit [5] ;

Le Livre des Sermons du père de Montfort [6] ;

– les Cantiques [7] du bienheureux de Montfort ;

– une étude, intitulée Le bienheureux père de Montfort, statuaire [8], de Maurice Laurentin ;

– quelques traditions orales, reçues de vive voix des Montfortains d’aujourd’hui, trouveront aussi place dans les considérations qui suivent.

Cette étude essaye d’apporter du neuf tiré de l’ancien. Elle ne reprend pas les éléments exposés dans d‘autres études qui traitent des thèmes suivants : la romanité du père de Montfort [9], saint Pie X et saint Louis-Marie Grignion de Montfort [10], Montfort, précurseur et pédagogue des demandes de Notre-Dame de Fatima [11], et la question du doctorat du père Grignion au regard de la Médiation universelle de Marie [12]. Le lecteur est invité à s’y reporter.

 

Une physionomie mariale précoce

 

Jean-Baptiste Blain fut l’ami personnel de Louis Grignion durant ses études et son séminaire. Il est témoin privilégié de la place qu’a tenue la sainte Vierge dans la jeunesse du futur saint. Voici quelques considérations tirées de son mémoire :

L’amour de Marie étant comme né avec M. Grignion, on peut dire que la sainte Vierge l’avait choisi, la première, pour un de ses plus grands favoris et avait gravé, dans sa jeune âme, cette tendresse si singulière qu’il a toujours eue pour elle et qui l’a fait regarder comme un des plus grands dévots de la Mère de Dieu que l’Église ait vus. Dès son enfance, il était, en petit, si je puis ainsi parler, ce qu’il a été, en grand, dans un âge plus avancé : le panégyriste zélé de la sainte Vierge, l’orateur perpétuel de ses privilèges et de ses grandeurs, le prédicateur infatigable de sa dévotion. Tout son plaisir, étant petit, était d’en parler ou d’en entendre parler, comme sa joie la plus sensible, étant grand, a été d’augmenter son culte et le nombre de ses serviteurs et servantes [13]. Le jeune Grignion était-il devant une image de Marie, il paraissait ne plus connaître personne et dans une espèce d’aliénation des sens, dans une espèce d’extase. D’un air dévot et animé, immobile du reste et sans action, il se tenait, les heures entières, aux pieds des autels, à la prier, à l’honorer, à réclamer sa protection, à lui dédier son innocence, à la conjurer d’en être la gardienne, à se consacrer à son service. Cette dévotion si sensible n’était pas en lui passagère, comme en tant d’autres enfants, elle était journalière [14]. Tout le monde sait qu’il ne l’appelait que sa Mère [la sainte Vierge], sa bonne Mère, sa chère Mère, mais tout le monde ne sait pas que, dès sa plus tendre jeunesse, il allait à elle, avec une simplicité enfantine, lui demander tous ses besoins, temporels aussi bien que spirituels, et qu’il se tenait assuré, par la grande confiance qu’il avait en ses bontés, de les obtenir, que jamais ni doute, ni inquiétudes, ni perplexité, ne l’embarrassaient sur rien. Tout, à son avis, était fait quand il avait prié sa bonne Mère ; et il n’hésitait plus [15]. Qu’est-ce qui lui a jamais manqué, avec le secours de la reine du Ciel ? Ceux qui ont connu M. Grignion à fond, comme moi, savent que les miracles de sa providence maternelle sur lui se multipliaient avec ses jours et que, si quelquefois elle paraissait le délaisser pour quelques heures, ce n’était que pour animer sa confiance envers elle et l’exercer dans la pratique des plus difficiles vertus. Aussi, comme une bonne mère qui prend plaisir à se dérober, quelques moments, aux yeux de son enfant, pour lui rendre ensuite sa présence plus douce et plus sensible, la divine Marie paraissait parfois oublier le plus zélé et le plus tendre de ses dévots, mais, après avoir éprouvé sa vertu, elle ne tardait plus guère de faire éclater sa tendresse pour lui, par quelque preuve nouvelle de sa bonté. Il faudrait faire un journal de sa vie, si on voulait marquer, par le détail, tous les soins que la bonne Mère paraissait en prendre. Il semble qu’il apprenait d’elle tout ce qu’il avait à faire dans les choses même les plus obscures et les plus embarrassées, telles que peut être la vocation à un état. M. Grignion, sur cet article si délicat et si difficile, n’eut pas plus d’embarras que sur les autres. L’état ecclésiastique fut le seul pour lequel son cœur parla, le seul que Dieu lui montrait [16]

 

Physionomie mariale du séminariste

Sa vie intérieure

Dès sa jeunesse, Louis Grignion a eu soin de faire en sorte que sa dévotion extérieure ne soit que l’épanouissement de sa dévotion intérieure, [17] comme en témoigne l’épisode suivant rapporté par M. Blain :

Quand il trouvait des images de la sainte Vierge belle et dévote, son cœur se satisfaisait, par les yeux, à les voir et à les admirer ; et il n’épargnait rien pour les avoir. Il en a acheté quelquefois bon nombre qu’il distribuait dans le Grand et Petit Séminaire et ailleurs. Il s’était fait une loi d’en avoir toujours une sur lui et, pour cet effet, il en chercha, avec soin, une de métal qu’il avait souvent dans la main, qu’il regardait, qu’il honorait et dont il baisait les pieds, avec une dévotion toujours nouvelle. Étant dans la communauté de M. Boucher, il avait, en étudiant ses cahiers, cette image toujours en main. Et comme on crut qu’il y avait de l’attache, un bon prêtre, à qui il allait alors à confesse, crut le bien mortifier en la lui enlevant. Il en fut en effet fort mortifié, mais il disait que, si on pouvait lui ôter des mains l’image de sa bonne Mère, on ne pourrait jamais la lui arracher du cœur [18].

Louis Grignion communique à ses confrères ses dévotions préférées comme le saint esclavage [19] et le psautier de saint Bonaventure [20]. Avant la fin de son séminaire, il est choisi pour faire le pèlerinage de Chartres [21]. Avant d’entrer dans les ordres sacrés, il fait le vœu de chasteté entre les mains de Marie à Notre-Dame de Paris [22]. Enfin, pour sa première messe, il choisit l’autel de la sainte Vierge à Saint-Sulpice [23].

 

Sa formation spirituelle mariale

Louis Grignion a exercé la fonction de bibliothécaire durant son séminaire [24]. Dans le Traité de la vraie dévotion, il affirme qu’il a « lu presque tous les livres qui traitent de la dévotion à la très sainte Vierge [25] ». Évidemment, Montfort fait allusion aux œuvres de son temps et particulièrement à celles qu’il a pu consulter dans la bibliothèque de Saint-Sulpice, dont il était le bibliothécaire [26].

Montfort parle d’un « ample recueil [27] » marial qu’il a lui-même réalisé. Ce « recueil » c’est ce que l’on a appelé le Cahier de Notes [28]. C’est un manuscrit dans lequel il recopiait les citations de livres qu’il lisait. Il s’en est servi pour la rédaction de ses ouvrages, principalement le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge. Ce document permet de se faire une idée très précise de ses lectures mariales. Il s’agit bien d’un recueil de type « marial » comme le fait remarquer la présentation :

Le Cahier, tel qu’il existe actuellement, compte 314 pages. Il faut décompter 92 pages qui sont restées sans texte et éliminer 5 pages contenant des textes étrangers au sujet principal. Restent 217 pages dont une partie est consacrée à la sainte Vierge, comprenant 199 pages dispersées dans tout le cahier ; l’autre partie est consacrée à Jésus-Christ et à la vie de Jésus-Christ, comprenant 11 pages [29].

L’analyse du manuscrit permet de savoir très précisément quels sont les auteurs que Montfort a lus et étudiés. Au-delà des textes bibliques, des Pères [de l’Église] et des auteurs classiques du Moyen Age, normalement Montfort reprend ces textes dans les ouvrages et les auteurs de son temps. Voici les principaux ouvrages, et leur auteur, qu’on y trouve :

Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeur de la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, Paris, 1680 (par L.-F. d’Argentan) ;

La Communion de la Mère de Dieu, Paris, 1672 (par Bernardin de Paris) ;

Les Vœux à Jésus et à Marie, Paris, 1623 (par P. de Bérulle) ;

Le Chrétien prédestiné par la dévotion à Marie, Mère de Dieu, Lyon, 1686 (par A. Boissieu) ;

Les Avis catholiques sur la dévotion à l’Immaculée, Paris, 1694 (par H.-M. Boudon) ;

Les Vertus et les excellences de Jésus-Christ, Paris, 1636 (par F. Bourgoing) ;

Mariale, Venetiis, 1545 (par Bernardinus de Busti) ;

– Deux conférences par écrit, l’une touchant l’honneur dû à la sainte Vierge… Paris, 1662 (par Pierre Camus) ;

Homiliae Catholicae. De Sacris Arcanis Deiparae Mariae, Rome, 1611 (par Johannis Cartagena) ;

Les Merveilles du sacré Rosaire, Morlaix, 1628 (par Cavanac) ;

La Vériable dévotion envers la sainte Vierge établie et défendue, Paris, 1679 (par J.-B. Crasset) ;

Apologie des dévots de la sainte Vierge, Bruxelles, 1675 (par Pierre Grenier) ;

– Le Serviteur de la Vierge, Paris, 1658 (par Honorat Nicquet) ;

De l’Amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Paris, 1684 (par François Nepveu) ;

Lettres spirituelles, Paris, 1662 (par Jean-Jacques Olier) ;

La Triple couronne de la bienheureuse Mère de Dieu, Paris, 1630 (par François Poiré) ;

L’Homme spirituel, Paris, 1685 (par J.-B. de Saint-Jure) ;

Maria Deipara Tronus Dei, Napoli, 1610 (par A. Spinelli).

Sur les 18 références, 14 se rapportent à la sainte Vierge. Au témoignage de ce Carnet de notes, la dominante des livres lus et étudiés par Montfort est donc nettement mariale.

La Triple Couronne est l’un des ouvrages qui a le plus inspiré Montfort. Le résumé qui se trouve dans le Cahier de Notes en témoigne. Ce livre était la grande synthèse mariale à la mode de l’époque. Il y fait référence explicitement dans le Traité de la vraie dévotion [30]. Pour se faire une idée de l’importance historique de cet ouvrage, il faut savoir que Dom Guéranger a tenu à le rééditer afin qu’il ne tombe pas dans l’oubli [31]. Ce n‘est pas peu dire… Il est possible, de ce fait, de tirer cette conclusion : Montfort avait connaissance des meilleures publications mariales de son époque.

En recopiant toutes les citations des livres qu’il lisait, Louis Grignion avait-il un but ?

Il est plutôt probable que son amour à la sainte Vierge et l’opposition – vraie ou simulée – de ses condisciples, l’aient poussé à rassembler des matériaux pour la défense de la dévotion qui lui était si chère… Cette hypothèse est confirmée par la méthode suivie au commencement de ce travail : faire une analyse et un résumé des ouvrages qui traitent de cette dévotion, comme par exemple la Triple Couronne de Poiré, ou La Communion de Marie, Mère de Dieu, de Bernardin de Paris. Mais, peu à peu, l’influence de la critique se fait sentir davantage. Nous constatons que le pieux séminariste, lorsqu’il étudie les ouvrages du jésuite Crasset ou du franciscain d’Argentan, s’intéresse presque uniquement aux questions plus controversées. Et alors on est tenté de découvrir un plan préconçu, quand on s’aperçoit que l’auteur utilise ses textes dans les premiers chapitres de son Traité. […] Mais, en résumant, il faut admettre que le pieux séminariste n’avait pas établi le plan en commençant son travail. Cependant, quand le missionnaire referma ce Cahier, le plan très précis de sa spiritualité avait grandi en son cœur, pendant que sa plume rassemblait les matériaux [32].

L’étude du Cahier de notes fait ressortir un aspect essentiel de la personnalité mariale du saint. Comme il l’enseignera plus tard dans son Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, sa dévotion est « intérieure, c’est-à-dire elle part de l’esprit et du cœur, elle vient de l’estime qu’on se fait de la sainte Vierge, de la haute idée qu’on s’est formée de ses grandeurs, et de l’amour qu’on lui porte [33] ». C’est précisément dans l’étude des bons livres de son temps qu’il a cherché à se faire une haute idée de la Vierge Marie, afin d’augmenter, en proportion, son amour pour elle.

 

Physionomie mariale de la vie spirituelle du père de Montfort

Si on part du principe général [34] que Montfort, en tant que chef de file de la parfaite dévotion mariale [35], a reçu un charisme spécial de Dieu pour expérimenter et pratiquer tout ce qu’il a enseigné et qui se rapporte à la sainte Vierge, alors, il suffira de scruter son enseignement marial pour découvrir la place que Marie a tenue dans sa vie. Or, cet enseignement se trouve dans le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge.

En parcourant le Traité, on peut conclure que sa dévotion mariale a été intérieure, tendre, sainte, constante et désintéressée [36] ; qu’il ne s‘est pas contenté d’une véritable dévotion à la sainte Vierge, mais qu’il a embrassé la plus parfaite qui consiste à se consacrer à elle en qualité d’esclave [37] et à agir en toutes choses par elle, avec elle, en elle et pour elle, afin de mieux agir par, avec, en et pour Jésus-Christ [38], notre fin dernière [39] ; que Montfort a dû, toute sa vie, recourir à Marie

« En tous ses besoins de corps et d’esprit, avec beaucoup de simplicité, de confiance et de tendresse » ; qu’il a imploré

l’aide de sa bonne Mère en tout temps, en tout lieu et en toute chose : dans ses doutes, pour en être éclairci ; dans ses égarements, pour être redressé ; dans ses tentations, pour être soutenu ; dans ses faiblesses, pour être fortifié ; dans ses chutes, pour être relevé ; dans ses découragements pour être encouragé ; dans ses scrupules, pour en être ôté ; dans ses croix, travaux et traverses de la vie, pour [en] être consolé. Enfin, [qu’]en tous ses maux de corps et d’esprit, Marie a été son recours ordinaire [40],

qu’il a bénéficié de tous les bons services que la sainte Vierge rend à ses bons et fidèles serviteurs : elle les aime, elle les entretient de tout, elle les conduit et dirige, elle les défend et protège, elle intercède pour eux [41] ; qu’il a, sans aucun doute, expérimenté les effets merveilleux que produit la parfaite dévotion à la sainte Vierge qu’on appelle le saint esclavage : connaissance et mépris de soi-même, participation à la foi de Marie, grâce du pur amour, grande confiance en Dieu et en Marie, communication de l’âme et de l’esprit de Marie, transformation de son âme en Marie à l’image de Jésus-Christ [42].

Pour résumer, il faut dire que Montfort a expérimenté combien la voie mariale était un chemin aisé, court, parfait et assuré pour arriver à l’union à Notre-Seigneur [43]. Dans ce chemin, il a dû se rendre compte combien Marie est la véritable « confiture des croix [44] » quand il s‘agit de subir les purifications [45] inhérentes à toute vie spirituelle authentique pour arriver à la plénitude de l’âge de Jésus-Christ sur la terre et de sa gloire dans les cieux [46], qui est le but de sa consécration à Marie.

 

Physionomie mariale de sa vie mystique

Pour être complet dans ce tableau marial, il faut aussi mettre en évidence quelques grâces mariales extraordinaires dont Montfort fut gratifié. Quatre sont rapportées par les biographes.

Durant ses études, à Rennes. Louis Grignion entendit l’appel au sacerdoce à Rennes durant ses études :

Un jour que, dans un élan de filiale confiance, il avait offert à la bonne Mère sa vie entière, la conjurant de l’éclairer sur sa vocation, il entendit distinctement, au fond de son âme, la réponse du Ciel : « Tu seras prêtre. » L’ordre de Dieu était si clair [47], que dès lors sa vocation fut fixée, et que, pas un seul jour, comme il le déclarera plus tard, il n’eut la pensée d’en douter [48].

Durant son séminaire, à Paris, il jouit d’une grâce particulière que l’on pourrait appeler un « instinct marial » :

Le premier sacrifice de M. Grignion, aux approches et à l’entrée de Paris, fut celui de la curiosité. Il fit un pacte avec ses yeux de ne leur laisser rien voir de ce qui eût pu leur faire plaisir. […] Et il faut dire qu’il garda cette résolution comme un vœu, avec autant de fidélité que de fermeté. […] Il sortit, dix ans après, de la capitale de France, comme il y était entré, sans avoir vu rien qui pût satisfaire les sens, comme s’il eût été aveugle. Ceux qui l’y ont vu savent qu’il portait les yeux si forts baissés, qu’il ne pouvait voir qu’à ses pieds. On s’étonnait même qu’il pût se conduire dans les rues ; et, ce qui était le plus étonnant, c’est qu’il savait où toutes les images de la sainte Vierge étaient placées, dans les carrefours et sur les portes des maisons, en sorte qu’en marchant avec M. Grignion, dans les rues de Paris, ce qui m’est arrivé plusieurs fois aussi bien qu’à d’autres, on était également surpris et édifiés de voir un homme qui ne levait jamais les yeux, ôter souvent son chapeau pour saluer les images de la sainte Vierge qui ne frappaient les yeux de personne. Un jour, étonné de le voir si souvent ôter son chapeau sans voir à qui, je lui demandais qui il saluait. Et il me répondit qu’il saluait des images de la sainte Vierge sur les portes des maisons, qui y étaient effectivement, mais si obscures que je ne pus les apercevoir qu’avec une recherche des yeux [49].

Durant sa carrière apostolique, le père de Montfort a bénéficié de nombreuses apparitions de la sainte Vierge au cours de son ministère. Voici les principaux lieux concernés : Landemont, La Viaudrie (près de Pontchâteau), La Garnache, Roussay, Nuaillé, Taugon la Ronde, Mervent, Fontenay-le-Comte, Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Il faut faire remarquer ici que ces apparitions commencent vers 1708, après qu’il se soit séparé de son chef et pédagogue apostolique, Dom Jean Leuduger [50]. A partir de cette époque, il sera son propre chef de mission, tout en restant dans l’obéissance aux évêques, [51] comme le lui avait commandé le pape Clément XI le 6 juin 1706. Mais à partir de cette époque, il semble bien que ce soit la Vierge Marie elle-même qui le conduise et le dirige [52] dans son action apostolique par des grâces mystiques particulières.

A la fin de sa vie, en 1713, saint Louis-Marie de Montfort a révélé à Jean-Baptiste Blain un des secrets marials de sa vie spirituelle [53] :

Il m’avoua que Dieu le favorisait d’une grâce fort particulière, qui était la présence continuelle de Jésus et de Marie dans le fond de son âme. J’avais peine à comprendre une faveur si relevée, mais je ne voulus pas lui en demander l’explication ; et peut-être n’aurait-il pas pu me la donner lui-même, il y a, dans la vie mystique, des opérations de grâce inexplicables aux âmes mêmes qui en sont favorisées [54].

Le père de Montfort n’a pas eu peur de dévoiler l’existence de cette grâce aux foules. Dans son célèbre cantique, Le Dévot esclave de Jésus en Marie, il fait chanter ces vers au commun des mortels :

Voici ce qu’on ne pourra croire : Je la porte au milieu de moi, Gravée avec des traits de gloire, Quoique dans l’obscur de la foi [55].

D’autres allusions à ce fait mystique se trouvent dans d’autres cantiques, comme par celle-ci :

Davantage, J’ai son image, Gravée en moi, Pour me montrer le Roi. Vite, vite saluons-la, En lui disant mille Ave Maria [56].

Ainsi, il portait sur lui partout la statuette nommée Notre-Dame de la Route « comme une réplique matérielle de l’image intérieure qu’il contemplait sans cesse [57] ».

La Vierge Marie a donc bel et bien conduit et dirigé son apôtre, non seulement par des grâces ordinaires, mais aussi par des grâces extraordinaires.

 

Physionomie mariale de l’apôtre

L’idée dominante de son apostolat

L’abbé Joseph Grandet, premier biographe de Montfort, qui écrit quelques années seulement après la mort de l’apôtre marial, résume la personnalité mariale du saint en ces termes :

Après Jésus-Christ, le plus grand objet de la piété de Monsieur Grignion était la très digne Mère de Dieu. Il dit à une personne de confiance [58] qu’elle lui était si présente à l’esprit et si profondément gravée dans son cœur, qu’il ne pouvait se mouvoir ni n’agir qu’en elle, par elle et pour elle après Dieu. Non seulement il récitait tous les jours, outre l’office divin, le rosaire de quinze dizaines tout entier, mais il le faisait réciter dans toutes ses missions et il n’en a presque fait aucune où il n’en ait établi, à l’exemple de saint Dominique, la confrérie, persuadé avec ce grand saint que cette prière est le moyen efficace pour attirer la grâce de Dieu dans les cœurs, et y détruire le règne du péché. […]. Il portait toujours une image de Notre-Dame sur lui, grande d’un demi-pied, enfermée dans une espèce de petite chapelle, et toutes les fois qu’il priait Dieu, soit qu’il récitât son bréviaire ou le rosaire, ou qu’il fît oraison mentale, il avait cette image entre les mains ou sur une table, et de temps en temps, il baisait les pieds avec tant de tendresse et de dévotion qu’il en versait souvent des larmes. Outre le rosaire de quinze dizaines, il récitait tous les jours la petite couronne de la sainte Vierge, et beaucoup d’autres oraisons très édifiantes qu’il avait tirées de saint Bernard, de saint Bonaventure et de saint Anselme. Il distribuait aussi des petites images de la sainte Vierge à tous ceux qui lui en demandaient et expliquait, avec beaucoup de piété et d’onction, les quinze mystères qui sont honorés par les quinze dizaines du rosaire. Et il avait fait faire quinze étendards dorés et magnifiques, où ces mystères étaient représentés, qu’il faisait porter à ses processions. Il avait aussi des images où les mêmes mystères joyeux, douloureux et glorieux étaient dépeints d’une manière très dévote, pour les expliquer au peuple dans l’Église. Il prêchait hautement son Immaculée Conception, et il inspirait à tous ses auditeurs une grande idée de toutes les vertus de la Mère de Dieu, surtout sa pureté et sa virginité. Il en faisait l’éloge dans toutes ses missions, et tâchait de porter les filles à la pratique de cette vertu pour honorer celle de la sainte Vierge… Il établissait dans toutes les paroisses où il faisait mission, la dévotion du Saint Esclavage de Jésus vivant en Marie. […] Cette pratique a attiré bien des croix sur Monsieur de Montfort, et beaucoup de grâces sur ses auditeurs. Il s’était lui-même enrôlé dans la confrérie du Saint Esclavage de Jésus vivant en Marie, et c’est d’où vient qu’il signait souvent ses lettres en ces termes : Louis-Marie Grignion, serviteur indigne de Marie, ou esclave de Jésus vivant en Marie. Il composa en trois jours un livre des avantages de cet esclavage [59], qui fut trouvé admirable, et il en porta les chaînes jusqu’à sa mort, pour marquer sa soumission et sa dépendance au Fils de Dieu et à sa sainte Mère. Je connais, dit Monsieur des Bastières [60], très grand nombre de pécheurs scandaleux, à qui il a inspiré cette dévotion et de dire tous les jours le rosaire, qui sont parfaitement convertis, et dont la conduite est très exemplaire. Et l’on ne saurait compter nombre de personnes de l’un et de l’autre sexe, qu’il a fait changer de vie par ce moyen. Lorsqu’il parlait de la sainte Vierge, soit en public, soit en particulier, c’était avec des termes si forts et si touchants que les cœurs de ses auditeurs en étaient attendris. Il enlevait tout le monde et se surpassait lui-même, ce qui arrivait ordinairement tous les samedis. Quoique souvent il affectât de parler dans ses discours d’une manière simple et naturelle, afin de se conformer à la portée des peuples, il ne pouvait ramper dans les expressions dont il se servait [et] qui regardaient les louanges de Notre-Dame. Elles étaient sublimes et presque surnaturelles. Tous les samedis de l’année étaient pour lui des jours solennels qu’il gardait comme le jour du saint dimanche, en l’honneur de la sainte Vierge, et il jeûnait ces jours-là très régulièrement et ne buvait que de l’eau. Il a fait quantité de pèlerinages à pied en des chapelles dédiées à la très sainte Vierge Mère de Dieu, pour invoquer son secours, comme à Notre-Dame de Lorette en Italie, à Notre-Dame de Chartres, de Saumur, etc. et il a fait bâtir dès les fondements plusieurs chapelles en son honneur en différents lieux sous ces titres, de Notre-Dame de Toute Patience, de Notre-Dame de Miséricorde, de Notre-Dame des Victoires et de la Reine des Cœurs. Étant à Poitiers, il fit acheter, pendant la mission de Montbernage, une grange qu’il fit accommoder, pour y mettre, sur un autel une image de la sainte Vierge, de grandeur naturelle, en présence de laquelle, les peuples allaient en foule tous les jours réciter le chapelet, aussi bien qu’à toutes les portes de la ville et sur les ponts, où il y a de petits oratoires dédiés à Notre-Dame. Il portait tout le monde à avoir recours à elle [61]

Pour résumer sa personnalité mariale, il suffit de citer la relation des Filles de la Croix de Saint-Brieuc, chez qui il avait prêché une retraite en 1707, qui consignèrent par écrit, en 1727, leurs impressions sur le missionnaire :

Il avait une si grande dévotion à la sainte Vierge, que nous la regardions comme tenant lieu de passion dominante. Aussi, quand nous voulions obtenir quelques grâces de lui, nous les demandions au nom et pour l’amour de Marie, et jamais la chose ne manquait de nous être accordée [62].

Le père Le Crom, après avoir mis en évidence la multiplicité des activités apostoliques du saint, fait cette remarque intéressante :

 Il semble s’éparpiller, et, à première vue, on aurait quelques peines à découvrir l’idée dominante de son apostolat. Elle existe cependant : c’est, à n’en pas douter, sa dévotion à la sainte Vierge, appelée par lui la dévotion du Saint Esclavage [63].

Le rosaire dans son apostolat

La place qu’a tenue le rosaire dans l’apostolat du Père au grand chapelet [64] est considérable. Montfort, qui était tertiaire dominicain [65], avait acquis, par son expérience personnelle et pastorale, la conviction que le rosaire était une pièce maîtresse de l’apostolat sacerdotal. Sa conviction est tout entière contenue dans cette affirmation : « Croyez, disait-il un jour, à la puissance du chapelet : jamais pécheur ne m’a résisté lorsque je lui ai mis la main au collet [66]. »

Le père Le Crom rapporte le témoignage d’un vertueux prêtre à ce sujet :

Jamais homme ne fut sur la dévotion du rosaire un plus fidèle de saint Dominique que M. de Montfort. Il en recommandait à tout le monde la pratique, et il a fait lui-même confidence à quelqu’un de ses amis, qu’il avait obtenu de Dieu, par l’entremise de la sainte Vierge la conversion des pécheurs les plus obstinés. Il avait un livre des merveilles du saint rosaire. Il les expliquait avec tant d’onction que tout le monde en était charmé. Je crois qu’il y a engagé plus de cent mille personnes [67].

Après saint Dominique et le bienheureux Alain de la Roche, saint Louis-Marie aura probablement été le plus grand apôtre du rosaire [68] de l’Histoire de l’Église.

 

Physionomie mariale de sa prédication

La prédication mariale de saint Louis-Marie Grignion de Montfort se réalise, pour ainsi dire, de trois manières : par les sermons, les cantiques et les œuvres d’art.


Ses sermons marials

Le manuscrit des Sermons du père de Montfort ne comporte qu’un nombre restreint de pièces sur le thème de la Vierge Marie. La raison de ce petit nombre de sermons marials est que Montfort a consigné sa prédication mariale dans un écrit particulier, le Traité de la vraie dévotion, comme il le signale lui-même : « J’ai mis la plume à la main pour écrire sur le papier ce que j’ai enseigné avec fruit en public et en particulier dans mes missions pendant bien des années [69]. » Quand il se décide à rédiger son Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge, ce n’est pas pour lui-même qu’il le fait, mais pour transmettre son enseignement à la postérité. Il en possédait tellement la matière, qu’il n’avait pas besoin de la consigner par écrit pour lui-même.

On trouve néanmoins, dans le manuscrit, quatre pages de sermons marials comportant sept sermons [70] sur la dévotion à la sainte Vierge [71].

– Le premier de ces sermons traite des raisons qui doivent engager à la dévotion mariale : du côté de Dieu, puis du côté de la sainte Vierge, enfin de notre côté ;

– le deuxième traite des trois motifs de cette dévotion [72].

– le troisième enseigne qu’il n’y a rien de plus juste, de plus saint et solide, de plus utile que la dévotion à la sainte Vierge ;

– le quatrième est un commentaire de la comparaison que les Pères de l’Église font entre le paradis terrestre et la sainte Vierge ;

– le cinquième et le septième sont « pour le jour de l’Assomption » ;

– le sixième traite de la maternité divine et spirituelle de la sainte Vierge.

Il faut ajouter à ce groupe un sermon, De passione Beatae Mariæ, de la compassion de la bienheureuse Vierge Marie, suivi des Loca sanctorum Patrum, c’est-à-dire une suite de citations des Pères ou docteurs de l’Église [73].

Ainsi, nonobstant les apparences qu’offre le manuscrit des sermons, la prédication mariale a toujours été au centre de l’apostolat missionnaire du père de Montfort.

 

Ses cantiques marials

Un autre « lieu » montfortain pour connaître l’apostolat marial du père Grignion est le manuscrit des cantiques. C’est une œuvre considérable : 23 418 vers répartis en 205 cantiques recensés par le père Fradet. Le montfortain a classé ces cantiques selon un ordre, non seulement logique, mais aussi théologique [74].

Voici l’appréciation que porte M. Blain sur ces cantiques :

Il s’occupait encore, dans sa retraite, à composer des cantiques qui lui ont servi, par la suite, dans ses missions… Je ne veux pas dire que les cantiques spirituels qu’a composés M. Grignion soient tous d’un goût fin et délicat ou dans les règles de la poésie parfaite. Comme il ne se proposait de les faire chanter qu’à la campagne et à des gens, pour l’ordinaire, simples et grossiers, il s’étudiait moins à les faire beaux et polis qu’à les rendre dévots. Il consultait plus, en les composant, l’Esprit de Dieu que les règles de l’art. Aussi a-t-il réussi à y répandre un sel de dévotion, une grâce, une onction, qu’on ne trouve point, au même degré, dans les autres. Son cœur s’y est exprimé avec des termes si tendres et si touchants pour Jésus et sa Mère, qu’on a peine à retenir ses larmes quand on les chante dévotement, et qu’on sent son âme adopter et entrer dans tous ses pieux sentiments [75].

Une section entière du manuscrit porte sur la Vierge Marie [76]. Voici l’exposé du père Fradet :

Nous y trouvons 24 cantiques sur la sainte Vierge. Aucun, sauf un peut-être, n’est le doublet d’un autre. 24 cantiques, 23 sujets différents, quelle richesse ! En voici l’inventaire :

– 9 sur les prières en l’honneur de Marie (l’Ave et ses composés – c’est-à-dire la petite couronne et le chapelet – le Magnificat, le Regina Cœli, le Memorare – le Souvenez-vous –, le Stabat, l’Oraison Jésus vivant en Marie : 2 cantiques) ; – 1 sur ses beautés (le cantique donné par la sainte Vierge au Bienheureux Godric) ; – 7 sur la vraie dévotion à Marie et ses degrés (La louange de l’enfant de Marie, La louange du véritable dévot de Marie, La louange du dévot intérieur, La louange du dévot zélé, La louange du dévot esclave. Autres : L’oraison de l’esclave pour demander la sagesse par Marie, Notre offrande ou consécration totale à Marie, et celle de Jésus à son Père par les mains de Marie). 6 en l’honneur de divers vocables de la Vierge (les cantiques en l’honneur du Nom de Marie, de N.-D. de Toute-Consolation, de N.-D. de Toute-Patience, de N.-D. des Dons, de N.-D. des Ombres, de Notre-Dame). –1 enfin sur la conversion d’un pécheur par l’intercession de Marie.

L’auteur fait encore remarquer les cantiques marials que le plan ne fait pas ressortir explicitement :

Encore convient-il de rappeler que nous avons de Montfort : – 1°) une magnifique pièce sur Marie et la sainte Eucharistie (incluse dans son poème sur le Saint-Sacrement (nº 36) ; – 2°) un autre cantique sur les Désirs de la Sagesse, qu’il demande par Marie (classé dans le chapitre spécial sur les désirs de la Sagesse, nº 74) ; – 3°) enfin, dans les cantiques traditionnels : un cantique d’invocation à Marie pour lui demander secours et un autre en l’honneur de N.-D. du Bel amour.

A ces 28 cantiques, il faut encore signaler un cantique entièrement marial qui semble avoir échappé au regard du père Fradet : le 7° Noël, celui « des Enfants de Marie [77] ». Ceci porte le nombre des cantiques marials à 29.

Voici quelques strophes du cantique le plus caractéristique de la dévotion mariale de saint Louis-Marie, intitulé Le dévot esclave de Jésus en Marie [78] :

1. Que mon âme chante et publie, A la gloire de mon Sauveur, Les grandes bontés de Marie envers son pauvre serviteur. 2. Que n’ai-je une voix de tonnerre, Afin de chanter en tous lieux, que les plus heureux sur la terre, Sont ceux qui la servent le mieux. 3. Chrétiens, apprêtez vos oreilles, Écoutez-moi, prédestinés, Car je raconte les merveilles De celle dont vous êtes nés. 6. Elle est ma divine oratoire, Où je trouve toujours Jésus, J’y prie avec beaucoup de gloire, Je n’y crains jamais de refus. 8. Je suis tout dans sa dépendance, Pour mieux dépendre du Sauveur, Laissant tout à sa Providence, mon corps, mon âme et mon bonheur. 9. Quand je m’élève à Dieu mon Père, Du fond de mon iniquité, C’est sur les ailes de ma Mère, C’est sur l’appui de sa bonté. 15. Voici ce qu’on ne pourra croire ; Je la porte au milieu de moi, Gravée avec des traits de gloire, Quoique dans l’obscur de la foi. 18. Je vais par Jésus à son Père, Et je n’en suis point rebuté, Je vais à Jésus par sa Mère et je n’en suis point rejeté. 19. Je fais tout en elle et par elle, C’est un secret de sainteté, Pour être à Dieu toujours fidèle, Pour faire en tout sa volonté. 20. Chrétiens, suppléez, je vous prie, A ma grande infidélité ; Aimez Jésus, aimez Marie, Dans le temps et l’éternité.

Mais ce n’est pas tout. Le père Fradet ajoute quelques remarques judicieuses :

Ajoutons les multiples strophes où dans ses autres cantiques Montfort nous parle de Marie ou bien nous adresse à elle, nous aurons une idée de son œuvre mariale poétique, véritable trésor de dévotion et de prières [79].

Dans le chapitre VII de son étude critique sur la Valeur poétique des cantiques, le père Fradet aborde un aspect qui intéresse encore cette étude et qui viendra conclure ce chapitre :

Le théologien [80] qu’est notre poète chante comme il prêche : avec toute son âme… Bref, voilà de la théologie vivante… Même si le Traité de la vraie dévotion n’existait pas, Montfort est un esclave de Marie ; il n’est point de poésie où s’exprime un amour plus filial ni plus tendre, une admiration plus passionnée… Si Marie tient dans le plan divin la place que, avec la Tradition, lui assigne le bienheureux, il est logique qu’on la retrouve en tous les sujets ; aussi vient-elle partout, alors même qu’on l’attend le moins. Un ou plusieurs couplets, sous forme d’allusion ou de prière, sont la conclusion habituelle des cantiques, quelque soit le sujet traité… Il y a, dans l’étude des cantiques, une mine précieuse pour les prêtres désireux de prêcher Marie. Dans ce livre, elle est rappelée à toutes les pages. Cette prédication continuelle de la Virgo praedicanda ne pouvait passer inaperçue [81].

Ses œuvres d’art mariales

Un autre aspect, annexe mais non négligeable, de la physionomie mariale de saint Louis-Marie repose sur une des facettes les moins connues de sa personnalité : Montfort était un artiste [82], et un artiste qui a laissé derrière lui quelques œuvres d’art [83]. Parmi ces œuvres on compte plusieurs statues, une dizaine, qui lui sont attribuées [84] :

– Notre-Dame de la Route, à la Maison Mère des Filles de la Sagesse à Rome [85], et Notre-Dame de la Sagesse, à Montfort-sur-Meu ;

– deux Vierges que l’on peut encore voir aujourd’hui : à La Séguinière [86], près de Cholet, et à Saint-Amand-sur-Sèvre ;

– la statue de Landemont, qui s’est longtemps trouvée à Tourcoing mais qui est actuellement placée dans l’oratoire de la maison de Pontchâteau ;

– quelques statues attribuées également à Montfort qu’on peut voir à Saint-Laurent-sur Sèvre et à La Garnache ;

– deux statues introuvables aujourd’hui, dont une au moins a été volée, qui se trouvaient à Roussay ;

– d’autres encore, dont on a aussi perdu la trace, comme celle qui se trouvait à La Rochelle [87].

Un fait curieux, qui n’a jamais été remarqué, est à signaler ici : les lieux où l’on peut voir ces statues montfortaines sont précisément ceux où le saint eut une apparition de la Vierge. C’est le cas à Saint-Amand-sur-Sèvre, La Séguinière et Landemont. Ces gestes artistiques se placeraient dans le sillage de grâce mystique dont Montfort a été gratifié [88]. M. Laurentin remarque très justement :

Les Vierges du père de Montfort sont d’abord des centres de prières… L’œuvre d’art était pour lui un moyen d’action, le signe durable de sa doctrine spirituelle et l’instrument d’une réforme intérieure [89].

Montfort avait aussi de grands talents de peintre. Dans le domaine des œuvres mariales, on peut voir à La Chèze, au diocèse de Saint-Brieuc, un tableau qui lui est attribué : une Vierge ouvrant son manteau qui couvre une douzaine de missionnaires [90].

 

Physionomie mariale de sa mort

Le père Le Crom raconte ainsi les derniers moments de son héros :

Esclave de Jésus en Marie, il mourait, les bras, le cou, les pieds entourés de chaînes de fer ; de sa main droite, il tenait le crucifix indulgencié par Clément XI et, dans sa main gauche, il serrait une petite statue de la sainte Vierge qu’il avait toujours sur lui ; avec tendresse, il contemplait ces chères images et les baisait tour à tour, en invoquant les noms de Jésus et de Marie. Son âme touchait aux portes de l’éternité. Après quelques instants de profonde immobilité et de silence, il se réveilla, frémissant de tout son être et cria : c’est en vain que tu m’attaques ! Je suis notre Jésus et Marie. Deo gratias et Mariae – Merci à Dieu et à Marie ! – Je suis au bout de ma carrière : c’en est fait, je ne pécherai plus [91] !…

On peut voir, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, la châsse représentant Montfort dans le lieu même où il a rendu son âme à Dieu. Cette châsse a la double forme de l’Arche d’Alliance (partie haute) et de l’Arche de Noé (partie basse), qui sont des figures de Marie dans l’ancien Testament. Elle porte cette inscription qui résume toute la vie de saint Louis-Marie Grignion de Montfort : « C’est en Marie, Arche de Dieu, que Montfort a navigué toute sa vie. »

 

Conclusion

Le 23 mai 1718, soit deux ans après sa mort, le père de La Tour, jésuite, écrivait à M. Grandet qu’il était « ravi de rendre justice à la vertu et à la sainteté de ce grand serviteur de Dieu ». Et il ne manquait pas de souligner : « Surtout une dévotion pour la sainte Vierge, qui passait tout ce qu’on a de tendresse et de dévouement pour elle [92]. »

Et, en effet, Montfort a été, toute sa vie, conduit par la très sainte Vierge, que ce soit par ses grâces ordinaires ou extraordinaires ; il l’avait gravée au fond de son cœur, comme il l’a révélé à son ami M. Blain ; il ne se mouvait que par elle, avec elle, en elle, et pour elle ; il l’a aimée, prêchée, chantée, sculptée et représentée… En un mot, toute sa vie, il a rayonné la Vierge Marie.

C’est donc avec raison que saint Louis-Marie Grignion de Montfort a été honoré du titre d’Apôtre marial.

 




 


[1]  — Toutes les citations tirées des œuvres de Montfort, sauf mention contraire, sont reprises des Œuvres complètes [OC], Éd. du Seuil, 1966.

[2]  — Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, un apôtre marial, Éd. Les Traditions Françaises, Tourcoing, 1942. Cette biographie a été rééditée une première fois en 1946 avec quelques légères corrections, principalement au sujet du testament du père de Montfort. C’est la réédition de Clovis en 2003 [LC] qui est citée dans cette étude.

[3]  — Abrégé de la vie de Louis-Marie Grignion de Montfort [B], Documents et recherches, t. II, Centre international montfortain, Rome, 1973. Les numéros de pages sont ceux du manuscrit qui sont insérés dans le texte de cette édition.

[4]  — T. X de la collection Documents et Recherches, Centre international montfortain, Rome (édition réalisée à Saint-Laurent-sur-Sèvre), 1994 [G]. A noter : Grandet écrit quelques années seulement après la mort du père de Montfort.

[5]  — Le Cahier de notes [CN], lecture du manuscrit et transcription du père Pierre H. Eyckeler, S.M.M. (1948). Présentation éditoriale de la Postulation montfortaine, Rome, 2000. Ce document n’a pas été inséré dans les Œuvres Complètes pour la bonne raison qu’il n’est qu’une suite de citations et qu’il n’est donc pas, à proprement parler un « ouvrage rédigé par le père de Montfort ».

[6]  — T. VI de la collection Documents et recherches, Centre international montfortain, Rome, 1983 [S]. Les Œuvres Complètes ne comportent que trois sermons du père de Montfort. Le motif pour lequel ils n’ont pas été insérés vient, entre autres raisons, qu’ils ne sont que des canevas et qu’ils comportent des citations et même quelquefois de longs passages en latin.

[7]  — Le titre exact de l’ouvrage est : Les Œuvres du bienheureux de Montfort, poète mystique et populaire. Ses Cantiques avec étude critique et notes, par le R.P. F. Fradet, S.M.M., Édition type [F]. Librairie mariale, Calvaire Montfort, Pontchâteau, 1929. Les cantiques du manuscrit de Montfort ont été insérés dans les Œuvres Complètes, mais la première édition de l’ouvrage de Fradet est tellement importante et incontournable que les Œuvres Complètes donnent une table de correspondance entre les deux ouvrages. La seconde édition en édition originale de Fradet (1932) se trouve encore facilement, mais la première édition de 1929 est plus rare et plus précieuse parce qu’elle comporte une étude critique de cent pages qui n’a pas été reprise dans la deuxième édition. C’est la première édition qui est utilisée ici.

[8]  — Chez L.-J. Biton, éditeur à Saint-Laurent-sur-Sèvre, 1936. Cet ouvrage est introuvable.

[9]  — Étude intitulée « Saint Louis-Marie de Montfort : un saint romain, un saint pour tous ». Le Sel de la terre 46, automne 2003, p. 78-97.

[10] — Étude intitulée « Saint Pie X, pape marial ». Le Sel de la terre 49, été 2004, p. 101-137. En fait, c’est un article sur le thème : saint Pie X et saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

[11] — Étude intitulée « Saint Louis-Marie de Montfort, précurseur et pédagogue de Fatima ». Le Sel de la terre 53, été 2005, p. 180-200.

[12] — Étude intitulée « Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, docteur de la Médiation universelle de Marie ? Marie médiatrice », Éd. Clovis, 2007, p. 125-190.

[13] — B, p. 12-13.

[14] — B, p. 13-14.

[15] — B, p. 14-15.

[16] — B, p. 15-16.

[17] — VD 106.

[18] — B, p. 79-80.

[19] — B, p. 77-78.

[20] — B, p. 78-79.

[21] — B, p. 184-186.

[22] — B, p. 186-191.

[23] — B, p. 197-198.

[24] — LC, p. 114-115.

[25] — VD 118.

[26] — Note 1, se rapportant à VD 118, de la p. 561 des Œuvres Complètes, Le Seuil, 1966.

[27] — VD 41.

[28] — La rédaction du Cahier de notes s’est certainement poursuivie au-delà du séminaire, mais c’est ici qu’il trouve sa place. Tous les séminaristes ont un jour ou l’autre commencé un recueil de citations dès les premières années de leur formation…

[29] — CN nº 7 de la Présentation éditoriale.

[30] — VD 26.

[31] — Dom Guéranger a tenu à le rééditer au milieu du 19e siècle car il ne voulait pas qu’il tombe dans l’oubli. Il estimait préférer cet ouvrage à celui de saint Alphonse de Liguori intitulé Les Gloires de Marie : « Les Gloires de Marie de saint Alphonse de Liguori, sa paraphrase du Salve Regina ont été accueillies avec faveur parmi nous ; mais on ne peut, en aucune manière, comparer ces touchants monuments de la science et de la piété du saint évêque avec la Somme mariale que nous reproduisons aujourd’hui. » La Triple Couronne… Nouvelle édition par les révérends pères bénédictins de Solesmes, Paris, Jacques Lecoffre, 1849. Préface des éditeurs, par Fr. Prosper Guéranger, Abbé de Solesmes, p. 28. Lire son appréciation p. 9. Parue pour la première fois en 1630, le saint a connu l’édition de 1639 qui se trouvait dans la bibliothèque de Saint-Sulpice (OC, p. 500 ; note 1 de VD 26).

[32] — CN, nº 6 de la Présentation éditoriale.

[33] — VD 106.

[34] — Principe général de la théologie : toute la grâce particulière à une famille religieuse est généralement accordée en principe à son fondateur. Voici ce qu’affirme, par exemple, saint Bernardin de Sienne : « Quand Dieu, dit saint Bernardin de Sienne, élève quelqu’un à une haute dignité ou à quelque sublime ministère, il le dote avec munificence de toutes les grâces nécessaires à la mission qu’il lui impose. Ainsi a-t-il agi, dans l’ancienne alliance, avec Moïse, Josué, Abraham… ; et, dans la Loi nouvelle, avec la Vierge, les Apôtres, les Évangélistes, les docteurs, les fondateurs d’ordres. » Discours sur saint Joseph, cité par le père Joseph Renard, S.J. dans son livre sur Saint Joseph, Mame et Fils, Tours, 1920, p. 232-233.

[35] — L’étude intitulée Saint Louis-Marie de Montfort, docteur de la Médiation universelle de Marie ? (in Marie Médiatrice, Éd. Clovis, 2007, p. 125-190) pourrait servir de postulat de départ de ce qui est affirmé ici.

[36] — VD 150.

[37] — VD 68-77.

[38] — VD 257 et sq.

[39] — VD 61-62.

[40] — VD 107.

[41] — VD 201-212.

[42] — VD 213-221.

[43] — VD 213-221.

[44] — VD 154.

[45] — VD 197 et 205.

[46] — SAR 227.

[47] — Sa vocation semble relever du premier temps de l’élection, dont parle saint Ignace, à ce sujet, dans ses Exercices spirituels : « Le premier temps est lorsque Dieu, Notre-Seigneur, meut et attire tellement la volonté, que, sans douter ni pouvoir douter, l’âme pieuse suit ce qui lui est montré ; comme le firent saint Paul et saint Matthieu, en suivant Notre-Seigneur. » Exercices spirituels, nº 175.

[48] — Le Bienheureux L.-M. Grignion de Montfort, par l’abbé Laveille, Lib. Ch. Poussielgue, Paris, 1907, ch. II, p. 33 et ch. IV, p. 87. Le Père Le Crom donne ces précisions : « Tous les biographes affirment en effet que la sainte Vierge lui a indiqué sa vocation, avec une telle évidence qu’il n’eut jamais aucun doute à ce sujet. Mais ni Blain, ni Grandet, ni Besnard ne précisent le lieu où le jeune homme reçut cette révélation. Le Père de Clorivière est plus affirmatif : toutes les fois qu’il allait en classe, il ne manquait jamais d’entrer dans l‘église des Carmes pour y faire ses prières, et il s’y tenait souvent un temps considérable, devant une image de la sainte Vierge. Il n’est point douteux que cette Mère de miséricorde ne récompensât son serviteur du zèle qu’il montrait pour sa gloire, et qu’elle n’obtînt pour lui de très grandes grâces. Une des plus signalées fut celle qu’il reçut en cet endroit-là même, comme il le découvrit quelques années après à un des compagnons de ses travaux, par la connaissance qui lui fut donnée que Dieu l’appelait à l’état ecclésiastique. Et depuis, la tradition s’est fidèlement conservée. C’est aux pieds de Notre-Dame de la Paix que Montfort dirigea définitivement sa vie vers le sacerdoce : il y aspirait de toute son âme ; c’était la seule vocation pour laquelle son cœur parla, la seule que Dieu lui montrait, par l’entremise de la Vierge Marie. » L’auteur précise : « Mgr Laveille dit que c’est à l’église Saint-Sauveur que Montfort eut la connaissance de sa vocation. Aucun biographe, avant lui, n’avait émis cette opinion. Blain [ami de Grignion] parle de l’église Saint-Sauveur, mais sans établir de lien avec l’appel au sacerdoce. » LC, p. 59, note 1.

[49] — B, p. 26-27.

[50] — LC, p. 270-271. Montfort se sépare de Dom Leuduger vers la fin août 1707 ; la première apparition connue semble s’être produite en automne 1708.

[51] — LC, p. 223-224. G, p. 100.

[52] — VD 209 : 3e devoir charitable que la sainte Vierge rend à ses fidèles serviteurs : « Elle les conduit et dirige selon la volonté de son Fils. »

[53] — LC, p. 441.

[54] — B, p. 340.

[55] — Cantique 77, strophe 15, Œuvres Complètes, Le Seuil, 1966, p. 1318.

[56] — Cantique Le Dévot intérieur. F, cantique nº 59, strophe 11. Voir aussi les allusions à ce sujet dans les cantiques 66, strophes 15 et 72, strophe 13 (F).

[57] — M. Laurentin, ibid. p. 9.

[58] — Il s’agit de son ami, Jean-Baptiste Blain. Voir plus bas : sa vie mystique.

[59] — Certains estiment que le Traité de la vraie dévotion est trop long pour être écrit en trois jours. Il pourrait s’agir du Secret de Marie, assez court pour être rédigé en trois jours.

[60] — Monsieur des Bastières fut l’un des collaborateurs du Père Grignion. A la demande de Monsieur Grandet, il a consigné par écrit ses souvenirs de missions. LC p. 583-584.

[61] — Livre V, « De ses vertus en particulier », ch. VII, « Sa dévotion envers la sainte Vierge ». G., p. 173-176.

[62] — LC, p. 265.

[63] — LC, p. 590.

[64] — LC, p. 442-443. C’est à Rouen que le Père Grignion a reçu ce surnom qui lui a été donné par les religieuses du Sacré-Cœur d’Ernemont. Voici le récit le plus ancien de M. Blain : « Le soir, je le fis parler dans une communauté de maîtresses d’école. Son discours fut sur les avantages de la virginité, matière que son grand amour pour la pureté lui rendait agréable et délicieuse à traiter ; aussi le fit-il dans l’esprit et avec les termes des Ambroise et des Jérôme qui en ont si divinement parlé. ]…] Après son entretien, il leur parla du rosaire, une de ses plus chères dévotions et, à leur prière, il dit le chapelet en sa manière, mais d’un air si dévot et si tendre pour Marie, qu’il l’inspirait à l’entendre. Aussi lui donnèrent-elles le nom du Père au grand chapelet. En effet, son chapelet était fort grand, car il était composé de quinze dizaines qu’on appelle le rosaire, qu’il disait tous les jours et qu’il recommandait fort de dire. » B, p. 342-343.

[65] — Montfort était tertiaire dominicain depuis le 10 novembre 1710 (LC, p. 332). Tandis qu’il prêchait à La Sallertaine, c’est-à-dire en mai 1712, il adressa une requête au Maître général des dominicains afin de pouvoir agréger à la Confrérie du très saint rosaire le plus grand nombre de personnes possible. Le père Le Comte, provincial de France, appuya lui-même sa demande par une lettre du 2 mai 1713. La permission fut accordée (LC, p. 380-381).

[66] — LC, p. 409.

[67] — LC, p. 414-415. L’auteur a puisé dans le père Besnard, ancien biographe, t. II de son manuscrit, p. 210-211.

[68] — Le Secret admirable du très saint Rosaire pour se convertir et se sauver [SAR] est un des plus beaux résumés de la tradition sur le sujet. Après quatre petites exhortations aux prédicateurs de l’Évangile, aux pauvres pécheurs, aux âmes mystiques et aux enfants, Montfort expose l’excellence du rosaire en cinq grandes parties : excellence dans son origine et son nom, dans les prières dont il est composé, dans la méditation de la vie et de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans les merveilles que Dieu a opérées en sa faveur et dans la manière sainte de le réciter. L’opuscule se prolonge dans les célèbres Méthodes saintes pour réciter le saint Rosaire et attirer sur soi la grâce des mystères de la vie, de la passion et de la gloire de Jésus et de Marie (MR 1 à 50).

[69] — VD, 110. La doctrine mariale de saint Louis-Marie Grignion de Montfort se trouve consignée, dans ses écrits, dans trois lieux parallèles. Les voici par ordre d’importance, avec mention de leur particularité propre . Le premier lieu marial est le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge (écrit en 1712). Montfort y traite in extenso des fausses et vraies dévotions à la sainte Vierge, puis, parmi les véritables, il traite la plus parfaite qu’est le Saint Esclavage. Le traité se termine par une Manière de pratiquer cette dévotion dans la sainte Communion en VD 266-273. Cet appendice ne se trouve pas dans les autres lieux. Le deuxième lieu reprend et résume la doctrine du Traité de la vraie dévotion sous forme de lettre à une religieuse. Nettement plus court, il se termine par La culture et l’accroissement de l’arbre de vie, autrement, la manière de faire vivre et régner Marie dans nos âmes en SM 70-78. Il s’agit d’une suite de conseils pour persévérer dans la dévotion du Saint Esclavage qui ne se trouve pas dans le Traité de la vraie dévotion. Le troisième lieu se trouve dans le traité sur Jésus-Christ, intitulé L’Amour de la Sagesse éternelle (œuvre de jeunesse, écrit probablement vers 1703). Ce traité se termine, en ASE 203-222, par l’exposition des quatre moyens pour acquérir la divine sagesse. Le quatrième moyen, c’est Une tendre et véritable dévotion à la sainte Vierge, ASE 203-222. C’est un condensé de la doctrine du Traité de la vraie dévotion. La formule de consécration de soi-même à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie, se trouve à la fin de cet opuscule de l’Amour de la Sagesse éternelle et non pas à la fin du Traité, comme on aurait pu l’attendre. ASE 223-227.

[70] — Ces sermons ont la forme de canevas, sauf le deuxième qui est beaucoup plus développé que les autres.

[71] — Les pages 147 à 150 du manuscrit. S. 214 à 223.

[72] — Ce sermon est plus développé. Le plan est celui-ci : les motifs, ou nécessité de la dévotion mariale, puis les pratiques.

[73] — S 641 à 644. Suit un brouillon de sermon sur la Compassion de la sainte Vierge inséré par M. Mulot, premier successeur de M. de Montfort aux numéros 650-651. Ce sermon n’est pas de Montfort, bien qu’il figure sur son manuscrit. Les Loca sanctorum Patrum sont des suites de citations latines tirées des Pères de l’Église sur les sujets traités dans les sermons qui les précèdent.

[74] — Le père Fradet, dans son étude critique des cantiques du père de Montfort, a recensé 166 cantiques manuscrits, auxquels il faut ajouter, pour avoir l’œuvre complète du saint, 9 cantiques remaniés et 30 cantiques qu’on lui attribue par tradition, soit un total de 205 cantiques. Le calcul le plus consciencieux lui a permis de porter à 21 091 le nombre des vers de ses manuscrits. Si l‘on ajoute les 390 vers des cantiques remaniés et les 1937 vers des cantiques traditionnels, on arrive au total de 23 418 vers composés par le père Grignion. F, notes 2 et 3, p. 16 de l’étude critique.

[75] — B, p. 116-118.

[76] — Paragraphe 6 de la 1ere partie de la première section : Les grands objets d’amour de notre âme. F. p. 38 de l’étude critique. Les cantiques se déroulent p. 133 à 184.

[77] — Cantique nº 16 dans l’édition de Fradet.

[78] — Extraits. F, cantique nº 61, OC, cantique 77.

[79] — F. p. 133-134. Introduction de la section sur la sainte Vierge. L’exposé a été remanié pour la clarté de l’exposé oral, mais la matière est la même.

[80] — La poésie de saint Louis-Marie ne se permet aucune faiblesse théologique. Ce fait est rare dans l’histoire de la poésie mariale. Il suffit de parcourir l’Anthologie de la poésie mariale de Henri Chandavoine pour s’en rendre compte (Éd. du Cerf, Paris, 1993 ; 1ere édition avec imprimatur en 1966). Le très beau poème de Jean Michel (1435-1501) intitulé Marie implore son Fils en constitue un des nombreux exemples (ibid., p. 43).

[81] — F, étude critique, p. 69-73.

[82] — Relire la biographie écrite par Louis Le Crom. S.M.M. (Clovis, 2003), p. 52-53 et p. 81-82. Voir l’étude de Maurice Laurentin, père du célèbre abbé Laurentin, intitulée Le Bienheureux père de Montfort, statuaire, Biton, Saint-Laurent-sur-Sèvre, 1936.

[83] — On peut encore voir, dans l’ermitage Saint-Éloi de La Rochelle, « une pierre sculptée sur laquelle se dessinent en relief un christ en croix et deux personnages, souvenir des heures de détente du grand travailleur », LC, p. 390.

[84] — Le père Grignion a fait aussi installer nombre de Vierges qu’il n’avait pas sculptées lui-même. Il suffit de se rappeler comment il fit installer Marie-Reine des Cœurs à Poitiers, dans le sanctuaire de Montbernage, Notre-Dame de Pitié à La Chèze, Notre-Dame de la Clarté à La Trinité Porhoët, Notre-Dame de la Sagesse à Montfort, ou encore la belle Vierge de Rennes sur la façade de la maison de M. d’Orville.

[85] — Petite Vierge en bois, sculptée par lui et qu’il portait toujours sur soi. Elle s’est longtemps trouvée à Saint-Laurent-sur-Sèvre, mais elle se trouve désormais à Rome. C’est la plus connue et aussi la plus ancienne, car il la portait sur lui dès son séminaire.

[86] — LC, p. 459.

[87] — Il s’agit d’une statue que le saint a dénommée Virgo potens. LC, p. 385-386.

[88] — Sans aller jusqu’à affirmer que le saint aurait représenté la Vierge telle qu’elle lui est apparue.

[89] — M. Laurentin, ibid., p. 30-31.

[90] — Thème cher à Montfort qui avait offert une statue de ce genre au séminaire du Saint-Esprit de Paris fondé par son ami, Claude Poullart des Places, Voir LC, p. 410.

[91] — LC, p. 496-497. Ceci est un récit historique et non pas imaginé. La châsse du saint qui se trouve au lieu même de sa mort, chez les Filles de la Sagesse à Saint-Laurent-sur-Sèvre, le représente dans ce dernier combat.

[92] — Propos de Louis Le Crom, p. 510, citant la lettre du père de La Tour reproduite en G, p. 246-249.

Informations

L'auteur

Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Guy Castelain est un spécialiste de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 78

p. 20-40

Les thèmes
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