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Les complots de ceux qui veulent ruiner l'Église

Leurs instruments conscients ou inconscients

par Mgr Marcel Lefebvre

 

Mgr Lefebvre a donné une conférence au mouvement canadien des Pèlerins de saint Michel, à Thetford (Québec), le 3 septembre 1972. Le texte a paru peu après dans la revue Vers demain.

Le mouvement des Pèlerins de saint Michel, plus connu sous le nom de « bérets blancs », a été fondé par Louis-Marie Even (1885-1974). Il propage la doctrine du Crédit Social (tentative d’application de la doctrine sociale de l’Église dans le domaine financier). La revue du mouvement, Vers Demain, a été fondée par Louis Even et Gilberte Côté, en 1939.

Cette conférence de Mgr Lefebvre est particulièrement intéressante, car elle montre que le prélat voyait déjà très clair peu après le Concile. Malheureusement, les Pèlerins de saint Michel n’ont pas suivi l’évêque dans la résistance à l’auto-destruction de l’Église.

A l'occasion de cette réunion de famille des Pèlerins de saint Michel, M. Even et Mme Côté-Mercier [1] me prient de vous adresser quelques mots d'édification, d'encouragement. Je le fais avec joie.

Mais, quand je vois votre zèle pour défendre les vraies valeurs, quand je constate votre piété, votre grande dévotion envers la Vierge Marie, dont vous vous efforcez d'étendre le règne, je me demande si vous avez vraiment besoin de ces paroles, et s'il ne me suffirait pas d'implorer sur vous les bénédictions de Dieu.

 

Les complots de ceux qui veulent ruiner la foi

Toutefois, les dangers que court notre foi aujourd'hui sont tels, et sont si pernicieux, que j'espère vous confirmer dans cette foi, en vous dénonçant les complots de ceux qui veulent la ruiner, et de ceux, si nombreux, qui en sont les instruments conscients ou inconscients. Car je crois vraiment qu'on peut affirmer que le nombre des catholiques et des prêtres qui n'ont plus la foi orthodoxe croît de jour en jour. Les sectes infidèles se multiplient dans l'Église, au point qu'on ne sait plus ceux qui en sont et ceux qui n'en sont plus. Car, n'oublions pas qu'il suffit de nier ou de mettre en doute un article du Credo, un dogme de l'Église, pour être hérétique de fait. La foi est un tout, elle est intègre ou elle n'est pas.

 

L’aggiornamento

Quel est le mot magique, ou les mots magiques, que le démon a mis en circulation dans votre vocabulaire, pour ébranler toutes les vérités révélées, toute la foi, toute la morale, la constitution de l'Église, la liturgie, les sacrements ? Les voici : le changement, le progrès, le développement, qui font suite à l'aggiornamento du pape Jean XXIII, qui n'imaginait certes pas que ce mot servirait à ébranler l'Église jusque dans ses fondements.

Sous prétexte que notre monde est un monde en mutation rapide, toujours plus rapide, et que l'Église serait demeurée figée, allergique à tout changement, inadaptée au monde moderne, il était donc urgent qu'on change l'Église, qu'on lui fasse perdre son retard. Le résultat des démolitions depuis 10 ans, c'est qu'on n'a pas seulement changé l'Église, mais qu'on a changé d'Église.

On a, soi-disant, voulu rénover. En fait, on a changé de religion. Des catholiques, on fait des protestants, des modernistes, des marxistes.

Pour y arriver, on a démoli le culte catholique, on a dénaturé le sacerdoce catholique, dénaturé la messe, dénaturé le baptême, la pénitence, etc. On a dénaturé l'Église et sa définition, sa raison d'être, sa constitution, et par le fait même, toute sa hiérarchie. En conséquence, on a ruiné les séminaires, les vocations religieuses, la raison d'être des missions.

On a changé radicalement l'enseignement de la foi dans les universités, par la recherche théologique ; dans les écoles, par les nouveaux catéchismes.

On s'efforce d'introduire dans la morale la primauté de la conscience sur la loi morale, encourageant tous les vices ; la ruine de la famille et de la société par l'absence d'autorité. L'objection de conscience en est un exemple manifeste.

Chacun de ces objectifs de démolition demanderait de longs développements. Les exemples qui les illustrent ont fait l'objet de communiqués scandaleux, dans toute la presse mondiale, mais, ce qui ne paraît pas, et n'est pas moins grave, c'est la liquidation de toute la Tradition, qui s'exprime dans la liquidation de toutes les œuvres de l'Église, séminaires, noviciats, écoles, universités, aussi bien à Rome que dans tous les diocèses, sans parler de la transformation des lieux de culte en locaux à multiples usages.

 

L'Église investie par les idées maçonniques

 

Il ne s'agit pas là d'exceptions ou d'exagérations, il s'agit d'une situation universelle, à l'échelle du monde catholique, exception faite, peut-être, de quelques pays derrière le rideau de fer.

Bien plus, les plaintes, les lamentations montent de partout, depuis le Saint-Père lui-même, en passant par de nombreux évêques en privé, la plupart des bons prêtres et l'immense majorité des fidèles; mais l'Église, dans ses conseils, ses synodes, ses assemblées, continue à subir la démolition, comme fascinée par des mirages, par des chimères : le progrès, la liberté religieuse, les droits de l'homme, la justice sociale, le développement, l'ouverture au monde; ainsi en fut-il au moment de la Révolution française, et dans sa préparation psychologique des foules : liberté, égalité, fraternité devaient conduire à une libération universelle des peuples ! De quel joug ? Pour les initiés comme Voltaire et ses semblables : libération de l'Infâme, c'est-à-dire de la croix de Notre-Seigneur, et de Notre-Seigneur lui-même. Les têtes des rois catholiques, soutiens officiels de la religion catholique, soutiens de Rome et de son évêque, devaient tomber. L'obstacle renversé, la société civile dans le monde entier pourrait se laïciser, se libérer de l'évêque de Rome, de la croix de Constantin.

Et 150 ans après, lorsque la société laïque aura laïcisé les catholiques, les séminaristes, les prêtres, les religieux, les religieuses, les évêques, on pourra laïciser l'Église elle-même, la rendre au monde profane. Ainsi, l'Église a été investie dans ses membres, par les idées maçonniques des fausses liberté, égalité et fraternité.

C'est ainsi que, par l'idée d'adapter l'Église au monde moderne, la foi étant effectivement ruinée et disparue dans le cœur de beaucoup de religieux, de prêtres et d'évêques, la Tradition de foi de l'Église devenait insupportable. La foi est exigeante par sa piété, par son sacrifice, par sa croix, par l'honneur unique dû au Christ et à son Église. Tout cela devenait inadapté, retardataire, anti-pastoral.

 

Le Concile, Satan s’introduit dans l’Église

Le Concile pastoral allait changer tout cela, par de nouvelles orientations, dans tous les domaines. Le pape Pie XII n'était pas acquis à ces changements. Il a même fortement résisté aux pressions. Mais le pape Jean XXIII a accepté l'idée de l'aggiornamento, et le pape Paul VI a été persuadé de l'utilité de la réforme de l'Église.

C'est le moment voulu par le démon, pour lancer ses suppôts à l'assaut de l'Église. Juifs, maçons, protestants, orthodoxes, multiplient les assauts d'amabilité à l'Église, pour qu'elle accepte enfin la liberté des religions, l'œcuménisme ou les compromis dans les déclarations communes et l'intercommunion, enfin la collégialité ou la démocratisation de l'Église. Des cardinaux, Bea, Willebrand, se laisseront prendre à ces avances fallacieuses. Enfin, on allait atteindre le but recherché, l'union des croyants, la collaboration avec les juifs, maçons, communistes.

Le Concile pastoral se chargera d'ouvrir enfin l'Église à toutes ces perspectives alléchantes. Enfin, plus d'ennemis de l'Église, plus d'hérétiques, mais des frères séparés, l'Église au service de la libération des peuples, précédant les communistes afin de les éviter, et pour cela, plus d'États catholiques, plus de reconnaissance officielle de l'Église, mais la liberté pour l'Église de travailler à la justice sociale, c'est-à-dire aux prêtres de devenir des leaders syndicalistes, d'entrer comme militants dans les partis socialistes, marxisants.

Mirages, chimères, où Satan se meut à son aise, car il est chez lui dans le mensonge, l'équivoque, l'ambiguïté. Et voici que le 21 juin dernier (1972), le pape proclame devant les cardinaux : « Satan s'est introduit dans l'Église par des fissures. Nous espérions tant de bons fruits du Concile, et voici que beaucoup de ces fruits sont comme empoisonnés. »

 

La folie du changement

La folie du changement a été admirablement exploitée par Satan, et c'est à qui aurait manifesté sa hâte de changer. La Hollande s'est particulièrement distinguée dans ce domaine !... Avec quel profit, sinon de devenir une Église, en bonne partie hérétique et schismatique, de fait sinon de droit, avec la ruine de toutes les œuvres catholiques.

Sous prétexte de changement dans la théologie, on a lancé le mot à la mode : la recherche théologique. Moyennant quoi, tout théologien ou soi-disant théologien, peut affirmer n'importe quoi sans danger d'être inquiété. Il peut nier la résurrection de Notre-Seigneur, nier tous les récits de l'enfance de Jésus, nier l'enfer, le purgatoire, les limbes, affirmer l'utilité des relations prématrimoniales, l'usage licite des contraceptifs, le libre accès des divorcés à la communion, etc. Personne ne le réprimande : il fait de la recherche théologique.

Les résultats de cette folle recherche se retrouvent dans les catéchismes modernes et dans les enseignements des écoles catholiques. Vous en savez quelque chose au Canada, où la situation est dramatique dans ce domaine. Un cardinal de la curie me disait récemment du catéchisme canadien, qu'il n'était pas catholique ! C'est consolant pour les familles chrétiennes du Canada !

Et si l'on s'aventure dans les changements de la réforme liturgique et sacramentaire, on a aussi l'impression d'être en continuelle recherche. D'ailleurs, on parle d'un nouveau décret à paraître, qui laissera à chaque prêtre l'initiative de la composition des prières de la messe, selon l'assistance qui l'entoure ! C'est déjà en pratique dans de nombreux endroits, et c'est déjà enseigné dans certaines universités catholiques par les professeurs de liturgie. On pourra alors, dire en vérité, qu'il n'y a plus de liturgie.

 

L'Église n'est plus nécessaire au salut

Et nous devons attirer votre attention sur un domaine très grave, celui de la nécessité de l'Église pour le salut des âmes. A ce sujet, les erreurs se répandent, de plus en plus nombreuses. L'Église n'est plus nécessaire pour le salut des âmes, mais seulement utile. On fait son salut dans et par toutes les religions. L'Église n'apporte qu'un complément de vie spirituelle, car les non-chrétiens sont des chrétiens qui s'ignorent.

Cette fausse conception de l'Église ruine le zèle missionnaire et la raison pour l'Église d'être missionnaire. L'appartenance à l'Église a toujours été affirmée de nécessité de moyen. De Notre-Seigneur viennent toutes les grâces de salut et Notre-Seigneur les a confiées à son Église, son Épouse. On ne peut recevoir de grâces de salut que par le canal de l'Église catholique et romaine, seule épouse mystique de Notre-Seigneur, d'où l'adage toujours affirmé par l'Église : « Hors de l'Église, point de salut. »

Si cela n'est plus vrai, à quoi bon être missionnaire, et même à quoi bon être prêtre ?

Cette déviation doctrinale est sous-jacente à tout cet œcuménisme, qui accorde aux hérétiques et aux schismatiques la vie de la grâce comme aux catholiques, ou peu s'en faut. Il ne s'agit pas d'examiner certains cas individuels, mais de connaître la doctrine de l'Église sur ce sujet très important, capital pour les conséquences que nous devons en tirer, en particulier dans la fameuse « liberté religieuse », devenue faussement la liberté des religions.

 

Que devons-nous faire ?

Devant ce débordement d'erreurs, de démolitions, de ruine pour votre foi, que devons-nous faire ?

La réponse est simple : répondre aux attaques du démon par les mêmes armes que celles employées par Notre-Seigneur lui-même : soit, avant tout, le sacrifice de la croix. « In hoc signum vinces, par ce signe, tu vaincras ». La croix doit être notre livre, notre exemple, l'objet de nos méditations. Tout s'y trouve, toutes les réponses à tous nos problèmes. Satan a été vaincu par la croix, c'est encore par la croix qu'il le sera.

Donc, par le sacrifice de la messe, et non par le repas eucharistique, car le sacrifice de la sainte messe est la continuation du sacrifice de la croix sur nos autels. Nous devons donc avoir une grande dévotion au saint sacrifice de la messe et encourager nos prêtres à demeurer fidèles au rite traditionnel, qui affirme explicitement les dogmes de notre foi en la sainte messe, tandis que le nouveau rite, qui s'est voulu œcuméniste, n'exprime plus notre foi et ne la nourrit plus de la même façon.

La présence de la sainte Vierge Marie à la croix et au sacrifice de Notre-Seigneur au Calvaire est significative de la dévotion de la Vierge Marie à la Passion de Notre-Seigneur et au sacrifice de la messe. Elle a participé de toute son âme à ce sacrifice, et le fait encore aujourd'hui sur nos autels.

Et si Notre-Seigneur a voulu que sa sainte Mère soit présente aux noces de Cana, au Calvaire et à la Pentecôte, c'est pour nous montrer sa volonté de faire participer Marie à toute l'œuvre de la rédemption, et donc à la vie et au développement du Corps Mystique de Notre-Seigneur. Il l'a faite dispensatrice de toutes les grâces et médiatrice. Elle est bien Mère de l'Église. Il faut qu'elle le devienne toujours plus, et qu'elle soit vraiment Reine des cœurs, des individus, des familles, de la société tout entière. C'est l'objet de votre congrès. Je vous en félicite, et souhaite que vous soyez de zélés propagateurs du règne de Marie, partout dans votre patrie.

La grande dévotion envers Marie, Reine des cœurs, vous donnera aussi le zèle pour la défense des écoles catholiques. Organisez-vous pour faire des écoles entièrement libres, où vous serez assurés de l'éducation chrétienne de vos enfants. Si cela n'est pas encore possible, organisez le catéchisme par groupes. Ne reculez pas devant de grands sacrifices à accomplir. La foi de vos enfants est un trésor, qui vaut tous les sacrifices. Rappelez-vous ce que vous avez répondu au baptême : « La foi procure la vie éternelle. »

Enfin, n'hésitez pas à faire de la vraie et bonne politique. En tant que citoyens, vous avez à tout faire pour avoir un gouvernement catholique, ou au moins défenseur des valeurs catholiques. L'exemple du Brésil est frappant; par contre, celui du Chili est désastreux. (*)

C'est par leur dévotion envers Marie, que les militants de TFP [2] du Brésil ont préservé leur patrie du communisme. C'est aussi par cette même dévotion, que vous concourrez à faire régner Marie sur votre pays.

On a toujours dit du pays de France : « Regnum Galliæ Regnum Mariæ ». Hélas, peut-on le dire encore aujourd'hui ? Puissiez-vous dire aussi que votre patrie du Canada est le royaume de Marie ! Ce jour-là sera le signe que le Canada a recouvré sa vraie foi. Que Dieu fasse que ce jour soit proche, grâce à votre zèle et à votre piété.

 

† Marcel Lefebvre, Évêque

 

(*) Depuis que ces lignes ont été écrites, grâce à Dieu, le Chili a retrouvé la voie de l'ordre voulu par Dieu, mais hélas ! le Portugal semble l'avoir abandonnée, au profit d'une fausse liberté génératrice de l'athéisme et des révolutions sanglantes.

 

†M.L.

 

 



[1]  — Gilberte Côté-Mercier prit la suite de la direction du mouvement, jusqu'à son décès en juin 2002.

[2]  — La T.F.P. (Tradition, Famille Propriété) est un mouvement brésilien fondé en 1960 par le professeur Plinio Corrêa de Oliveira. La T.F.P. a rendu des services à la Tradition, notamment à Mgr Lefebvre durant le Concile. Mais, peu à peu, elle a pris un caractère sectaire, avec un aspect anticlérical et un culte anormal du fondateur. Mgr de Castro Mayer, qui soutenait le mouvement, a dû rompre avec lui en 1982. En 1972 Mgr Lefebvre n’avait pas encore découvert le vrai visage de la T.F.P. Voir à ce sujet l’étude détaillée de Carlo Alberto Agnoli et Paolo Taufer parue dans les numéros 7, 8 et 10 du Sel de la terre sous le titre « T.F.P. : le masque et le visage » ; la recension de la biographie de Plinio Corrêa de Oliveira (fondateur de la T.F.P.) parue dans notre numéro 25 (p. 184-194) ; les importants documents publiés dans notre numéro 28 (p. 185-199). De façon plus anecdotique : Sel de la terre 27 (p. 191-193) et 39 (p. 262). Voir aussi l’article de Roger de la Brenne « Une étrange association “catholique” : la TFP », dans Fideliter 138 (novembre-décembre 2000), p. 54-59.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 78

p. 168-176

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