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Lumière pour l'âme (III)

R.P. Emmanuel ANDRÉ O.S.B.

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Le Sel de la terre n° 8

Le numéro

Printemps 1994

p. 171-180

L'auteur

R.P. Emmanuel ANDRÉ O.S.B.

R.P. Emmanuel  ANDRÉ O.S.B.

Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.

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Lumière pour l’âme I — Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup (III)

par le père Emmanuel

 

Dans ce numéro du Sel de la Terre nous continuons de publier le texte du Catéchisme de persévérance aux jeunes filles du Mesnil-Saint-Loup, œuvre du père Emmanuel. L’introduction, les commentaires et la conclusion sont de Dom Maréchaux. Ces textes sont extraits du Bulletin de Notre-Dame de la Sainte Espérance (numéros d’avril à décembre 1911).

Nous publierons dans la suite, toujours sous ce titre de « Lumière pour l’âme », les Lettres aux jeunes filles de la paroisse et les Lettres à la conférence des jeunes gens chrétiens.

Tous ces textes seront également diponibles sous forme de tirés-à-part édités par les Publications du  Sel de la Terre au fur et à mesure de leurs publications dans la revue : voir les annonces en fin de numéro.

Le Sel de la terre.

 

 ⚜️

 

Huitième leçon  Les attributs divins, la simplicité divine

 

 

Nous avons parlé des moyens de trouver Dieu, de nous raisonner l’existence de Dieu. Nous allons travailler à avancer dans la connaissance de Dieu ; nous parlerons maintenant des attributs de Dieu. On appelle attributs de Dieu les perfections qu’il possède. Dans les créatures, les perfections s’appellent des qualités, parce qu’elles peuvent les avoir ou ne les avoir pas ; il y a des créatures qui ont de bonnes qualités et d’autres qui en ont de mauvaises. En Dieu, on dit des attributs, parce qu’il ne peut pas ne pas les avoir ; ses attributs, c’est lui-même.

Le premier des attributs que l’on considère en Dieu est sa simplicité. Pour bien comprendre cet attribut de Dieu, il faut faire comme quand nous avons parlé des êtres contingents et de l’Être nécessaire, nous allons prendre deux mots : les composés et l’Être simple. Toutes les créatures, excepté les anges, sont des êtres composés d’un certain nombre de parties. Ainsi, de la chair, des os, du sang, des veines, différents membres forment un corps humain.

Dieu n’est pas un composé, il est simple. A quelqu’un qui ne saurait pas, si on demandait si Dieu est composé, il dirait oui, le Père, le Fils, le Saint-Esprit ; mais non, les personnes divines ne sont pas un composé en Dieu. Pour que Dieu soit composé, il faudrait qu’il y ait un composant, ce composant serait antérieur à Dieu, il serait plus Dieu que Dieu lui-même, c’est impossible ; si Dieu était composé, il serait une créature, il ne serait pas Dieu.

Dieu ne peut pas être composé, il est simple, parce qu’il possède toutes les perfections à un degré qu’on ne peut pas dire autrement qu’infiniment parfait. On ne peut rien ajouter à Dieu : en Dieu, rien ne peut grandir, augmenter, changer ; si on pouvait ajouter quelque chose à Dieu, il ne serait pas infiniment parfait, il ne serait pas Dieu. Dieu ne peut être qu’infiniment parfait.

Toutes les perfections qui sont en Dieu ne sont en réalité qu’une seule perfection infinie ; c’est cette perfection infinie qu’on appelle la simplicité divine ; c’est lui-même, c’est Dieu.

Les anges qui sont des êtres simples diffèrent de Dieu en ce qu’elles ont une simplicité créée, et par conséquent bornée, tandis que Dieu a une simplicité incréée, sans bornes.

Il fait bon regarder dans les grandeurs de Dieu : et, quand on considère que le bon Dieu est si grand, infiniment grand, on reconnaît comme on est petit, on n’est pas orgueilleux ; et, quand on n’est pas orgueilleux, on plaît beaucoup au bon Dieu ; et, quand on plaît au bon Dieu, on va le voir dans son paradis [1].

 

Neuvième leçon La simplicité chrétienne

 

On m’a demandé de parler de la simplicité chrétienne. Je vais vous dire aujourd’hui ce qu’est cette vertu, comment on peut imiter la simplicité divine. Vous pouvez déjà en savoir quelque chose par une instruction de saint Léon qui vous a été lue il y a quelques temps. Nous avons dit que le bon Dieu est simple, à cause de la perfection de son Être, de la grandeur de ses perfections infinies. La simplicité est une vertu qui nous fait nous rapprocher le plus possible de cette perfection infinie de Dieu, qui nous fait aller droit à Dieu.

Adam et Ève, en sortant des mains de Dieu, étaient parfaits ; ils devaient se perfectionner encore, mais ils avaient déjà un certain degré de perfection. L’amour en eux était un amour qui allait droit à Dieu ; l’amour qu’ils avaient pour Dieu était pur, sans aucun mélange, il n’était pas composé ; l’amour qu’ils avaient pour le prochain était tout pour Dieu, allait droit à Dieu ; ils avaient la simplicité, mais ils l’ont perdue par le péché.

Nous, pauvres descendants de créatures tombées, nous naissons avec le péché, nous n’avons pas cette simplicité qui était dans nos premiers parents avant le péché ; ils n’ont pu nous donner que ce qu’ils avaient et, au lieu de la simplicité, nous portons en nous l’amour-propre. Vous voyez ce mot propre ; c’est un amour qui veut tout pour soi. L’amour-propre, c’est la source de tous les péchés ; l’amour-propre fait chercher ou la gloire, ou l’intérêt, ou le plaisir ; qu’il fasse chercher une chose ou l’autre, ou toutes les trois ensemble, ce qui n’est guère possible, c’est toujours péché. Tout ce qui vient de l’amour-propre est péché ; tous les péchés, possibles et impossibles, viennent de là.

La simplicité ne peut nous être donnée que par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le baptême efface en nous le péché, mais de telle manière qu’il reste toujours en nous un reste de péché ; toujours il faut travailler à détruire en nous l’amour-propre. Quand, avec la grâce de Notre-Seigneur, on travaille à se séparer de l’amour-propre ; quand on aime le bon Dieu et tout ce qu’on aime pour le bon Dieu ; quand on veut tout pour le bon Dieu, pour lui plaire ; quand on va à lui tout droit, on a la simplicité chrétienne. Elle ne se trouve que dans les vrais serviteurs du bon Dieu. La simplicité est une vertu très rare.

Dans bien des âmes, au lieu de la simplicité, il y a la duplicité. Qu’est-ce que cela ? La duplicité, c’est quand il y a une doublure. Une âme double ! On travaille pour son amour-propre, on veut tout pour soi, on cherche son propre plaisir, ou son intérêt, ou sa gloire ; avec cela on prend des airs, des manières, pour cacher l’amour-propre qui est au-dedans ; c’est composé. La duplicité, l’hypocrisie, ce qui est la même chose, sont des vices très communs ; vous ne vous imaginez pas comme c’est commun ; même dans les bons, si on fait une faute, une maladresse, on ne voudrait pas qu’on la voie, on cache cela du mieux qu’on peut.

Il faut travailler à nous séparer du malheureux amour-propre ; à aimer toujours le bon Dieu, à aimer tout pour le bon Dieu.

Notre-Seigneur s’est fait petit enfant pour nous enseigner la simplicité, allons à son école, nous apprendrons la simplicité, il nous enseignera à la pratiquer ; prions-le de nous donner cette vertu.

Aujourd’hui, nous n’avons pas parlé du bon Dieu ; le mois prochain [2], nous parlerons de la bonté de Dieu.

 

 ⚜️

Cette lumineuse instruction sur la simplicité chrétienne plaira à nos lecteurs.

Nous nous souvenons très bien de l’insistance avec laquelle le père Emmanuel recommandait de se défier de l’hypocrisie, de garder la simplicité et la droiture.

Il s’était nourri des Morales de saint Grégoire le Grand : or, dans les Morales, saint Grégoire nomme hypocrite non pas seulement celui qui trompe à dessein, mais encore quiconque se fait croire à soi-même qu’il suffit de certains dehors religieux pour plaire à Dieu alors que le cœur est livré à l’esprit du monde. De tels hypocrites le nombre est grand, malheureusement. Le père Emmanuel mettait en garde contre cette hypocrisie les âmes qui lui étaient confiées ; il répétait sans cesse que, si le cœur n’est pas gagné à l’amour de Dieu et ne fait pas les sacrifices commandés par cet amour, les pratiques extérieures sont sans valeur aux yeux de Dieu qui nous jugera.

La belle simplicité d’une âme, qui est toute à Dieu, dont la religion part du fond du cœur pour se manifester au dehors sans respect humain, voilà ce qu’il appréciait uniquement.

Soyez sincères, répétait-il : et il expliquait l’étymologie du mot. Sincère veut dire sine cera, sans cire. Quand un morceau de bois qu’on veut employer a des trous, on les bouche avec de la cire, et on fait croire que le morceau de bois est tout uni : ce procédé est un trompe-l’œil. L’âme ne doit pas avoir besoin d’être ainsi rebouchée, d’être artificiellement retouchée et aplanie. Il faut qu’elle soit toute solide et toute unie, que partout en elle on sente le plein. C’est alors seulement qu’elle est purgée de toute hypocrisie ; qu’elle est sincère, qu’elle est simple.

 

Dixième leçon La bonté de Dieu

 

Nous allons travailler à comprendre cette vérité que nous disons souvent : le bon Dieu. Pour cela il faut que je vous explique ce qu’est le bon ou le bien, c’est la même chose ; ce qu’est le bon en nous ; ce qu’est le bon en Dieu. Le bon, c’est ce que toutes choses désirent, ce que tous recherchent, c’est cela le bon. Il y aurait bien une difficulté à cela, mais la difficulté va s’évanouir.

Vous me direz : ceux qui font du mal cherchent donc du bien ? Eh bien ! oui, ils recherchent ou leur intérêt, ou leur plaisir, ou leur gloire ; ils recherchent là du bien ; il est vrai qu’ils se trompent et ce bien qu’ils cherchent, ils l’estiment au-dessus de tout. Il faut vous dire que le mal n’est pas, à vrai dire, une chose qui subsiste ; le mal ne peut être que là où il y a du bien ; le mal s’attache au bien qu’il gâte, qu’il diminue et même qu’il fait perdre.

Vous me direz encore : ceux qui se détruisent cherchent donc du bien ? Oui, ils cherchent la cessation d’un mal dont ils souffrent et ils mettent la cessation de ce mal au-dessus de la vie que le bon Dieu leur a donnée ; il est vrai qu’ils se trompent, ils ne voient pas qu’après cela ils recevront la punition de leur péché.

Tous recherchent du bien, quoiqu’il y en ait beaucoup qui se trompent ; nous ne pouvons chercher autre chose que du bien ; cela vient de ce que Dieu nous a créés uniquement pour lui, pour trouver en lui notre bien.

Maintenant le bien qui est en nous, c’est ce que le bon Dieu nous a donné, notre corps et notre âme, la vie, la raison : tout ce que le bon Dieu fait est bien et ne peut être que bien. En nous, à côté du bien qui vient de Dieu, il peut y avoir du mal, qui est le péché, qui vient de la faute de l’homme. En nous, il y a, surajouté à notre nature, le bien qui est la grâce de Dieu, qui nous a été donnée au baptême et tout le bien dans l’ordre de la grâce que Dieu nous a donné depuis ; il y a aussi pour les saints du paradis le bien qui est l’état de gloire. Ces biens qui sont en nous peuvent être plus ou moins grands ; ils peuvent grandir, diminuer et même se perdre [3] ; ils sont surajoutés à notre nature.

En Dieu, le bien c’est Dieu lui-même ; le bien n’est pas surajouté à son Être ; Dieu est tout bien, rien que bien, pour lui être Dieu et être bon, c’est la même chose ; on ne peut ni ajouter, ni diminuer rien à la bonté de Dieu ; si on pouvait diminuer le bien en Dieu, on anéantirait Dieu, c’est impossible. En nous, on pourrait ôter du bien sans nous anéantir. Dieu est la bonté même et la source de toute bonté. Quelquefois, en parlant d’une personne qui est bonne, on dit : c’est la bonté même ; cela n’est pas vrai, tant bonne soit-elle, elle n’est pas la bonté même. Dieu seul est la bonté même.

On pourrait faire une objection sur la bonté de Dieu, en disant : Si le bon Dieu est si bon, comment se fait-il qu’il y ait tant de mal sur la terre ? Cela n’ôte rien à la bonté de Dieu. Le mal c’est une juste punition du péché. On pourrait encore dire : Pourquoi punit-il les damnés dans l’enfer ? C’est une loi de la justice de Dieu que le mal soit puni et le bien récompensé, et ce n’est pas une objection contre la bonté de Dieu. Que dirait-on d’un juge qui ne punirait pas ceux qui font mal ? Chacun se dirait : mon bien va être à la merci des voleurs et des brigands. Le juge doit examiner toute chose selon la justice et punir les coupables ; de même, il est dans l’ordre que Dieu récompense ceux qui font bien et punisse ceux qui font mal.

Je pense que vous comprendrez bien ces mots que nous disons souvent : le bon Dieu. Autrefois, j’ai parlé de la dévotion au bon Dieu, c’est une bien bonne, bien salutaire, bien douce dévotion. La pensée de la bonté de Dieu est une pensée bien consolante, réjouissante, reposante. L’âme se repose sur la bonté de Dieu, elle en attend tous les biens : la grâce en cette vie, et la gloire du paradis que Dieu, dans sa grande miséricorde, lui donnera dans l’éternité.

 

 

Si les hommes voyaient avec évidence que Dieu est le bien, que le bien, c’est Dieu, tous désireraient Dieu par-dessus tout comme ils désirent le bien. Cette vérité est certaine, mais elle n’est pas évidente jusqu’à forcer l’adhésion de l’esprit. De là vient qu’un trop grand nombre s’éloignent de Dieu pour chercher leur bien dans les créatures. Mais en cela, ils pèchent ; car ils résistent à une vérité qui est certaine ; ils sont responsables de leur erreur.

Quelqu’un a dit : « Celui qui est convaincu pratiquement que le bien et Dieu, que c’est une même chose, a déjà un pied dans le paradis. » Ce quelqu’un est, si nous avons bon souvenir, Mgr Gay ; saint Augustin a dit, équivalemment, et bien des fois, la même chose.

 

Onzième leçon La volonté de Dieu

 

Aujourd’hui, nous allons parler de la volonté de Dieu. La volonté en Dieu est infinie, sa volonté c’est lui-même.

Il faut d’abord que je vous dise ce que c’est que la volonté. La volonté en nous est ce qui nous fait désirer, vouloir, rechercher, aimer ce qui est bon, afin d’y trouver le bonheur. Nous ne pouvons pas être sans volonté : parce que nous sommes des créatures, parce que nous ne pouvons pas nous suffire à nous-mêmes, et que nous ne pouvons pas trouver en nous notre bonheur. Ceci amènerait bien une petite difficulté au sujet de la volonté de Dieu ; on pourrait dire : si nous avons une volonté parce que nous avons des besoins, le bon Dieu, qui n’a besoin de rien, n’a pas de volonté. Le bon Dieu a une volonté.

En nous, la volonté a pour principe l’intelligence. Avec notre intelligence nous connaissons ce qui est bon et avec notre volonté nous aimons ce que nous connaissons être bon, et nous le recherchons.

Comme le bon Dieu a une intelligence infinie parce qu’il est un esprit infini, il a aussi une volonté infinie. Le bon Dieu connaissant qu’il est infiniment bon, se veut lui-même, s’aime lui-même (vouloir et aimer, c’est la même chose), trouve son bonheur en lui-même, sa volonté se repose en lui.

Ce n’est pas tout ce qu’il faut connaître de la volonté de Dieu. Le bon Dieu a voulu que sa volonté se porte vers des choses en dehors de lui-même. Se jugeant infiniment bon et aimable, il a trouvé bon de créer des créatures qui puissent le connaître et l’aimer, et il a créé les anges et les hommes. Cela explique la deuxième réponse du catéchisme : Dieu nous a créés pour le connaître et pour l’aimer ; il nous a donné l’intelligence pour le connaître et la volonté pour l’aimer. La volonté de Dieu s’est portée encore à créer d’autres créatures et il a créé tout ce qui existe parce qu’il l’a trouvé bon.

Ce n’est pas encore tout ce qu’il faut voir dans la volonté de Dieu. Il n’y a pas longtemps, on me posait une petite difficulté sur un passage de la Sainte Écriture ; c’est l’Introït du vingt et unième dimanche après la Pentecôte, où il est dit que rien ne résiste à la volonté de Dieu ; on me disait : « Mais ceux qui pêchent résistent à la volonté de Dieu ? » Il faut bien savoir qu’en Dieu il y a la volonté qu’on appelle de bon plaisir ; cette volonté demeure en lui, le bon Dieu veut les choses et elles s’accomplissent quand même, personne ne peut résister à cette volonté de bon plaisir de Dieu, car personne n’est plus fort que Dieu. Il y a aussi en Dieu la volonté signifiée, c’est celle qu’il nous a fait connaître par ses commandements ; l’homme peut résister à cette volonté et le bon Dieu permet quelquefois qu’il y résiste afin de faire voir comme il le laisse libre ; mais personne ne résiste à la volonté de bon plaisir de Dieu ; car c’est la volonté de Dieu de récompenser ceux qui obéiront à sa volonté signifiée et de punir ceux qui lui résisteront.

La volonté signifiée de Dieu est notre règle de conduite, la volonté de bon plaisir reste ordinairement cachée en Dieu. Quand nous disons : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, » c’est l’accomplissement de la volonté signifiée que nous demandons ; quand nous connaissons la volonté de bon plaisir, nous disons aussi : Que votre volonté soit faite.

Je vais vous donner un exemple qui vous fera voir comment la volonté signifiée de Dieu est notre règle de conduite et non sa volonté de bon plaisir. Une mère est malade ; les enfants doivent faire tout leur possible pour la guérison de leur mère ; ils doivent appeler le médecin, prier pour obtenir la conservation de cette vie si chère ; c’est la volonté signifiée de Dieu ; et pourtant sa volonté de bon plaisir est qu’elle meure et elle mourra ; mais tant que cette volonté de bon plaisir n’est pas notifiée, c’est la volonté signifiée qui est la règle de la conduite ; et, quand le bon Dieu a fait connaître sa volonté de bon plaisir, on doit se soumettre et dire : Que votre volonté soit faite !

 

 ⚜️

Cette leçon profitera sans doute à plusieurs de nos lecteurs, qui n’ont peut-être jamais entendu parler de la volonté de bon plaisir qui est en Dieu et de la volonté signifiée qui est de Dieu. Et pourtant n’est-il pas bien nécessaire de connaître cette distinction ? Plusieurs, ne voyant que la volonté de Dieu signifiée, croient que Dieu ne fait pas tout ce qu’il veut (contrairement à la parole du psaume, omnia quæcumque voluit fecit) ; d’autres, ne voyant que la volonté de bon plaisir, iraient à penser que l’homme n’est pas libre vis-à-vis de l’observation des commandements. Assurément, l’homme est libre et Dieu le veut libre ; mais, par sa liberté même et sans la violenter, les desseins de Dieu s’accomplissent. La volonté signifiée établit la liberté des causes secondes intelligentes ; et la volonté de bon plaisir maintient la toute-puissance et les droits inaliénables de la cause première.

 

Douzième leçon L’amour en Dieu

 

Jusqu’ici nous avons parlé du bon Dieu, de ses attributs, de ses perfections, de sa volonté ; maintenant il se pose une question devant nous : le bon Dieu aime-t-il ? C’est une question que tous nos auteurs ont traitée avec complaisance et tous ont répondu unanimement que oui. Le bon Dieu étant intelligence et volonté aime certainement, car vouloir et aimer, c’est absolument la même chose.

La Sainte Écriture nous parle très souvent de l’amour de Dieu : elle nous dit que Dieu nous aime, que Dieu est amour, que Dieu est charité.

On peut encore faire cette question : si le bon Dieu aime, qu’est-ce qu’il aime ?

Le bon Dieu aime tout ce qui est. Étant lui-même la souveraine bonté, il s’aime d’abord lui-même ; il aime ensuite toutes les autres choses qui sont, il nous aime. Comment sommes-nous ? Nous sommes parce qu’il a voulu que nous fussions. Remarquez bien ce petit mot, il a voulu, il a voulu que nous fussions, c’est-à-dire qu’il nous a aimés, et il aime tout ce qui est parce qu’il a voulu créer toutes choses.

Mais, vous me direz, il y a des péchés ; le bon Dieu aime donc les péchés ? Il y a des péchés, c’est vrai, et le bon Dieu n’aime pas les péchés, mais les péchés ne sont pas des choses qui sont, qui subsistent.

Qu’est-ce que le péché ? Le péché, c’est la destruction d’un bien que le bon Dieu a mis en nous ; le péché est une faute, mais, après que la faute est commise, il n’en reste pas une chose qui subsiste, tout au contraire, cette faute a détruit un bien qui était en nous ; et le bon Dieu déteste les péchés précisément parce qu’ils détruisent le bien qu’il a fait ; il déteste le péché et il aime tout de même le pécheur parce que c’est lui qui l’a créé. Ainsi vous voyez qu’il n’y a pas de difficultés à opposer à cette vérité que le bon Dieu aime tout ce qui est ; pas même les péchés, puisque les péchés ne sont pas des choses qui subsistent.

On peut dire encore : le bon Dieu aime-t-il également toutes ses créatures ? Le bon Dieu a mis dans ses créatures des degrés de perfection indéfinissables pour nous, et il aime ses créatures dans la proportion du bien qu’il a voulu leur faire ; ainsi il aime les arbres parce qu’il a voulu leur donner l’être, leur faire du bien. Il aime d’un amour beaucoup plus grand les créatures auxquelles il a voulu donner l’intelligence et la volonté, nous et les anges du ciel qu’il a créés avec les facultés de connaître, d’aimer, qu’il a faits à son image et à sa ressemblance, qu’il a créés pour entrer en participation de son bonheur éternel.

Le bon Dieu, aimant toutes les créatures intelligentes d’un amour beaucoup plus grand que celui dont il aime les autres créatures, ne les aime pas toutes également ; il a donné à chacune un certain degré de perfection qui lui est propre ; ainsi, parmi les anges du ciel qui sont pour nous innombrables, il n’y en a pas deux qui se ressemblent ; ils ont chacun leur degré de perfection et le bon Dieu a pour chacun un degré d’amour particulier. Il en est ainsi dans les âmes, il n’y en a pas deux qui se ressemblent, le bon Dieu donne à chaque âme un degré de perfection qui lui est propre et il aime chaque âme d’un amour particulier ; il aime tous, mais pas tous également ; la mesure de l’amour, c’est la volonté de Dieu. Parmi toutes les créatures, la plus aimée c’est la Très Sainte Vierge, il n’y a pas d’âme ni d’ange qui soit aimé autant qu’elle.

Cette vue de l’amour de Dieu, non pas en général, mais en particulier pour chaque âme, est très consolante, réjouissante, porte à la confiance.

Une personne qui dirait que le bon Dieu ne l’aime pas dirait une chose absolument fausse. Il y a des personnes qui, ayant de la peine, se trouvant en de grandes difficultés, disent que le bon Dieu ne les aime pas ; elles disent une chose absolument fausse ; et, si elles disaient cela avec réflexion, il y aurait là un blasphème.

Le bon Dieu aime tous, quoique pas tous également ; il veut du bien à tous, il veut nous sauver tous ; et, s’il y en a qui se damnent, c’est bien leur faute. Que cela vous porte à la reconnaissance, à la confiance, à l’amour du bon Dieu et ne dites pas qu’il ne vous aime pas.

Quand vous entendrez prononcer ces mots, le bon Dieu, que ce soit avec reconnaissance pour tout l’amour qu’il a pour nous ; et que cela vous porte à l’aimer. Ainsi soit-il.

 

Conclusion

 

C'est ainsi que le père Emmanuel instruisait ses enfants, dont l'intelligence réclamait une nourriture plus substantielle.

Evidemment, après Dieu, la Trinité réclamait ses explications ; après la Sainte Trinité, Notre-Seigneur, l'Église. Nous n'avons pas pu retrouver jusqu'à présent la suite de ses catéchismes.

Nous n'avons que la base ; elle est large, elle est de nature à porter un édifice magnifique d'ampleur.

Le père se complaisait dans les vastes aperçus ; il ne voulait pas d'une doctrine étriquée. Ne sentons-nous pas combien ces beaux développements sur la foi et la science, sur la matière dont se forme la connaissance, sur les étapes des âmes pour arriver à Dieu, sur les divers aspects sous lesquels Dieu nous impose doucement la conviction de son existence, sur les attributs divins résumés en celui de la simplicité, sur la bonté en Dieu, sur la volonté de Dieu, sur l'amour de Dieu pour toutes ses créatures ; ne sentons-nous pas combien ces beaux développements élèvent l'âme, la dilatent, la font respirer largement, la reposent heureusement ? C'est un bain de lumière, d'air pur et salubre, de senteurs vivifiantes.

Il était compris, voilà le merveilleux : nous n'avons pas, répétons-le encore, changé, retranché, ajouté un mot à ces comptes rendus.

Deux fois, un mot de la main du père Emmanuel redresse légèrement une expression, ou ajoute une petite explication. – Leçon X, la rédactrice écrit : Le mal n'est pas, à vrai dire, une chose qui existe. Le père Emmanuel rectifie : qui subsiste. On sent la différence. – Leçon XI, le compte rendu porte : Nous aimons ce que nous savons être bon. Le père ajoute : Et nous le recherchons.

C'est tout : mais cela prouve que le père Emmanuel lisait attentivement ces comptes rendus. Il les eût corrigés, s'il les avait trouvés fautifs. Ces deux légères annotations constituent, pour tout le reste, comme une approbation signée de sa main.

Sa pensée avait été saisie et rendue, bien saisie et bien rendue. Nous disons qu'il y a là une chose merveilleuse. Ne retirons pas cette expression. Mais le père Emmanuel l'eût-il admise ? A ses yeux, saisir la vérité, se l'assimiler tout entière, c'était l'état normal d'une âme chrétienne. La seule condition à cette assimilation est que la vérité soit présentée avec simplicité et clarté, selon la capacité de chaque âme, capacité destinée à s'étendre toujours davantage.

Le père Emmanuel honorait, dans l'âme chrétienne, le Saint-Esprit qui l'éclaire pour lui faire entendre toute vérité.

Saluons cet homme de grande foi, ce puissant éducateur.

 

(à suivre)


⚜️


[1] — La nuit, on allume une quantité de flambeaux pour chasser les ténèbres ; et ces innombrables flambeaux restent infiniment au-dessous du luminaire unique, à savoir le soleil, que Dieu a créé pour présider au jour. Ainsi les perfections multiples des créatures ne soutiennent pas, même de loin, la comparaison avec la perfection unique et simple qui est en Dieu et qui est Dieu.

[2] — On le voit par là, ces conférences avaient lieu une fois par mois.

[3] — Sauf ce bien définitif qui est l’état de gloire.

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