TFP, Le masque et le visage (II)
Carlo Alberto AGNOLI et Paulo TAUFER
T.F.P. Le masque et le visage
par Carlo Alberto Agnoli et Paolo Taufer
Nous avons commencé, dans le numéro précédent du Sel de la terre, la publication du livre de Carlo Alberto Agnoli et Paolo Taufer sur la « Société française pour la défense de la tradition, famille et propriété, T.F.P. », connue par les associations qui lui servent de « courroies de transmission : (« Avenir de la culture » et « Lumières sur l’Est »), ainsi que par divers ouvrages (par exemple Noblesse et élites traditionnelles dans les allocutions de Pie XII [1] du professeur Plinio Corrêa de Oliveira) et diverses activités (par exemple « Le droit de naître », questionnaire sur l’avortement à adresser aux candidats des élections législatives [2]).
Nous continuons à donner dans ce numéro de larges extraits de ce livre.
En annexe de cette publication de la première partie du livre d’Alberto Agnoli et Paolo Taufer, nous donnons la traduction d’un article de monsieur l’abbé Emmanuel du Chalard, tiré de La tradizione catholica, anno IV, n° 1, 1993, article qui complète et confirme les affirmations contenues dans ce livre.
Le Sel de la terre.
Première partie (suite)
La dangereuse équation : révolution = communisme
Dans l’enseignement de Plinio Corrêa de Oliveira, il y a une autre erreur encore plus dangereuse qui ne se trouve pas tant dans Révolution et contre-révolution que dans la suite de son « magistère » : il finit par confondre la révolution avec le communisme et la contre-révolution avec l’anti-communisme. Il suffit de lire le premier volume de la réplique au Rapport français pour s’en rendre compte au-delà de tout doute possible.
Or, une conception aussi restrictive conduit à faire le jeu de la révolution.
Nous nous sommes toujours appliqués, dans la ligne de l’enseignement traditionnel, à répéter que le premier ennemi de l’Église n’est pas le communisme mais bien le libéralisme, c’est-à-dire la doctrine politique qui a séparé la société de la religion, le droit humain du droit divin, prenant l’homme et sa volonté pour la source de la loi et la mesure du juste et de l’injuste.
Nous l’avons toujours dit : supprimez le libéralisme, restaurez la société empreinte de sacré, où toute autorité se relie à Dieu, et le communisme disparaîtra comme neige au soleil ; abattez le communisme en laissant vivre le libéralisme, et toutes les monstruosités, y compris le communisme, seront toujours possibles. Soyez certains qu’alors l’arbitraire et le crime continueront à être la règle des gouvernements et à s’étendre sur tout le corps social.
Les faits de 1989 et la chute du communisme nous ont donné raison : qui oserait affirmer aujourd’hui que la révolution s’est terminée avec « l’écroulement » de l’empire soviétique ? L’événement, au contraire, a constitué une importante étape nouvelle de l’établissement du nouvel ordre mondial maçonnique.
Il est dès lors évident que la Déclaration des droits de l’homme est mille fois plus dangereuse que le Manifeste ou Le capital de Karl Marx. Il ne s’agit pas seulement de la déclaration française de 1789, mais aussi de sa mise à jour formulée par l’O.N.U. en 1948, qui réalise le projet prométhéen de Rousseau de fonder la société sur le sable du Contrat social en abandonnant le roc de la loi divine.
Une étude qui, comme Révolution et contre-révolution, s’en tient aux généralités sans s’arrêter sur cette erreur fondamentale n’établit même pas le b.a. ba de la lutte contre la révolution. Il faut commencer par soumettre à une critique radicale le concept même de « pouvoir législatif », élaboré par les loges et diffusé par le franc-maçon Montesquieu dans le cadre de la théorie de la séparation des pouvoirs. Car, si la subversion a inventé un « pouvoir » législatif, c’est pour remplacer par la volonté des puissants le droit coutumier fondé sur la règle religieuse et morale et sur les applications des jurisconsultes. De la sorte, on a prêté à « l’homme », en fait à ceux qui s’emparent des leviers de commande, la faculté de faire et défaire les lois à leur gré, de renverser les notions de juste et d’injuste et de détacher ainsi le droit de la morale. De même, on ne peut pas affronter le problème de la révolution sans examiner la notion de « constitution », fondement déclaré de l’État laïc moderne. Les constitutions ne sont que des applications nationales des principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qu’elles reproduisent souvent servilement, et de la très fausse doctrine du Contrat social.
Est-il possible de s’opposer à la révolution sans dénoncer dans les Droits de l’homme le présupposé philosophique, juridique et théologique de ce gouvernement mondial que Plinio lui-même reconnaît comme le but final de la pluriséculaire tourmente révolutionnaire ? Ne sont-ce pas là les bases du droit mondial qu’on veut malléable entre les mains des hauts initiés et apte à relier entre eux les peuples les plus différents ?
Ce droit, faisant abstraction de toute religion et de toute morale, finit par les effacer au nom d’une « tolérance » universelle, syncrétiste et œcuménique, relativiste et panthéistique, dans laquelle disparaît toute distinction entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal.
Il faudra d’abord désigner ces voies et ces objectifs de la secte. Ensuite on pourra et devra montrer que la révolution, justement par son caractère théologique, est un processus unitaire et totalisant, qui entraîne l’homme tout entier, dans son existence et ses opérations. Elle manifeste sa puissance dissolvante non seulement dans le droit, mais aussi dans les beaux-arts, la musique, les lettres et, au plus haut degré, dans la philosophie pratique et théorique.
Concluons ce chapitre en notant l’efficacité de la Déclaration des droits de l’homme, bien supérieure à celle du mensonge marxiste. C’est en son nom, par l’encyclique Pacem in terris de Jean XXIII, véritable commentaire de la Déclaration, et par le concile Vatican II (cf. surtout les « déclarations » Dignitatis humanae et Nostra aetate) la révolution a pénétré dans le temple et est en train de renverser les autels.
Les États-Unis champion de la contre-révolution ?
Selon le numéro d’octobre 1988 de Catolicismo, revue officielle de la T.F.P., le professeur Plinio Corrêa n’a pas hésité à prendre des contacts publics avec des représentants de l’establishment nord-américain et il en est venu à reconnaître, au cours d’une conférence commune avec eux, que les États-Unis d’Amérique sont « le plus grand rempart temporel de l’Occident contre le communisme ». Oui, il s’agit bien de ces États-Unis qui sont nés de l’hérésie calviniste et de la franc-maçonnerie, à tel point que le très autorisé théoricien de cette secte, le frère Ernest Nys, les définit résolument comme une création maçonnique [3], eux dont la constitution anticipe la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Un semblable comportement n’aurait pas été possible si la T.F.P. avait eu une notion exacte de l’essence du phénomène révolutionnaire et avait étudié attentivement la conjuration anti-chrétienne. Il eût été clair pour tous ses membres que l’on ne peut combattre la révolution en s’associant aux systèmes politiques et aux hommes qui en sont une expression si qualifiée.
La présidence des U.S.A. a toujours été un apanage maçonnique. L’actuel président George Bush [4] est un 33e degré du rite écossais ancien et accepté : c’est le grand maître de la F.M. italienne, G. di Bernardo, qui le déclara dans une interview à La Stampa du 23 mars 1990 [5].
Les membres de la T.F.P. devraient avoir présente à l’esprit une notion fort élémentaire pour ceux qui veulent étudier l’action politique en se gardant des mensonges de l’école d’État : la révolution bolchevique fut annoncée, encouragée, financée et gérée par la haute finance anglo-américaine et juive et par la franc-maçonnerie [6].
Plinio Corrêa, au contraire, prend comme critère de sa lutte contre-révolutionnaire [7] l’opposition entre les U.S.A. et l’U.R.S.S., dont le caractère artificieux était pourtant bien clair dès avant la tragi-comédie de 1989 avec ses accolades entre Bush et Gorbatchev (tous deux agents du nouvel ordre mondial). Il est frappant de voir comme le professeur ignore ou oublie que les Rockfeller contrôlent et manipulent la politique des U.S.A. par l’entremise du Council on foreign relations (C.F.R.) et autres organisations aussi « discrètes ». Cette famille a pourtant fait de la diffusion de la contraception et de l’avortement son propre drapeau et, à travers l’écologisme, elle marche vers la synthèse syncrétiste et panthéiste de la nouvelle religion mondiale destinée à supplanter toutes les autres et connue désormais, chez nous aussi, sous le nom de New-Age.
Il n’est pas si ancien, le scandale retentissant qui a mis en lumière les plans d’une politique américaine de génocide et d’extermination concernant surtout le Brésil lui-même : de 1974 à 1991, elle a mené à la stérilisation de plus d’un tiers de la population féminine de ce pays. Ce scandale a trouvé un écho dans la presse italienne du 4 août 1991. Parmi les quotidiens qui rapportèrent la nouvelle, L’Adige titrait ainsi son article : Brasile, sterilizzato un terzo delle popolazione femminile – Finanziata dagli USA l’enorme campagna clandestina (Au Brésil, un tiers de la population féminine a été stérilisée – L’énorme campagne clandestine a été financée par les U.S.A.). Le journal soulignait que cette initiative avait été étroitement liée à la diffusion par les U.S.A. des sectes protestantes « qui encouragent souvent ce type d’intervention ». Mais l’article le plus exhaustif sur cet événement – quels que soient par ailleurs les grands démérites de ce périodique – est celui de Famiglia cristiana (n° 38 de 1991). On y avance que, dans les États brésiliens les plus pauvres, le succès de l’opération a atteint des sommets inouïs : dans le Maranho, par exemple, les trois quarts des femmes d’âge nubile auraient été stérilisées. Famiglia cristiana ajoute que ce plan d’extermination indirecte, voulu pour l’anéantissement de la plus grande nation catholique, qui se poursuit certainement aujourd’hui et qui s’étend à douze autres peuples, fut formulé avec précision en 1974 par le National security council de Washington. Il est contenu dans un document rendu public, fin 1989, inspiré par Henry Kissinger et à l’étude duquel collaborèrent George Bush, alors directeur de la C.I.A., et Brent Scowcroft, responsable de la sécurité à la Maison Blanche. Tous trois étaient, comme par hasard, membres de cette très mystérieuse « commission trilatérale » rockfellerienne qui est une des centrales opératives de la grande conjuration maçonnico-mondialiste.
Une fois de plus est mise au jour la nature de la révolution : conspiratrice et menée par un petit nombre. Ses plans, inspirés par des chefs qu’anime une doctrine gnostique, sont étudiés et mis en application par des centrales occultes riches et puissantes.
Il est bien certain, dans ces conditions, que renoncer, comme fait la T.F.P., à l’étude du mysterium iniquitatis dans ses profondeurs, en se bornant à des recherches sur les « tendances », signifie se condamner à comprendre trop peu de chose au processus de la subversion. On court même le risque de finir par collaborer avec des organes ténébreux, mis au monde pour manipuler ce que les initiés appellent le monde profane et qu’ils comparent à une « pierre brute à équarrir ».
Caractère équivoque du schéma « révolution / contre-révolution »
Nous ne partageons pas l’idée qui se fait jour dans le titre même de l’ouvrage fondamental du professeur Plinio Corrêa : Révolution et contre-révolution. Il suggère en effet une interaction de deux termes antagonistes mais complémentaires (thèse-antithèse), comme si le bien, figuré par la contre-révolution, ne se qualifiait qu’en opposition au mal de la révolution.
C’est bien là la pensée du professeur : on peut s’en rendre compte d’après un de ses articles, publié dans le Jornal da tarde du 9 juin 1979 et reproduit en italien dans le mensuel Cristianità d’octobre de la même année.
On y lit notamment que les termes droite et gauche sont « corrélatifs » et tous deux « indispensables pour qui développe habituellement des analyses idéologiques ». La « zone claire », celle qui permet la lecture du problème politico-social, serait la gauche. On en conclut que la droite s’identifie seulement en tant qu’opposée à la gauche et dotée d’une existence dérivée et subordonnée.
Soulignons que le vrai n’est pas l’anti-erreur, mais que l’erreur est une fausse perception du vrai. Si l’erreur présuppose le vrai, le vrai ne présuppose par l’erreur, de même que Dieu, souverain Vrai et souverain Bien, n’est pas l’anti-démon : c’est le démon qui se fait l’ennemi de Dieu. Nous ne pouvons perdre de vue le concept fondamental formulé par saint Augustin : le mal n’a pas une essence propre ; il est une privation d’être, un défaut, un manque.
Qu’on nous permette aussi de relever la particularité du schéma dialectique de Plinio par rapport à celui que répandent couramment les mass-media : tandis que ceux-ci présentent la droite conservatrice comme la thèse et la gauche comme l’antithèse, dans la perspective plinienne, c’est l’inverse.
Sous le nom de « Mystère de la balance », la dialectique universelle constitue l’enseignement du trente-deuxième degré de la F.M. de rite écossais ancien et accepté. Le souverain grand commandeur de ce rite, Albert Pike, dans son commentaire des rituels de la secte, explique que le mystère de la balance exprime « l’équilibre entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres. Cet équilibre nous assure que tout est l’œuvre de la sagesse infinie ou d’un amour infini, et qu’il n’y a pas de démon rebelle ou prince des ténèbres [8] ». Le point d’équilibre représente la synthèse entre la thèse du bien et l’antithèse du mal.
Conclusion de cette première partie
Abstraction faite de l’incroyable culte rendu au professeur Plinio et à sa mère, lequel ne constitue que la particularité la plus voyante et déconcertante de la T.F.P., et sans revenir sur les considérations qu’inspire sa structure politico-philosophique, il est opportun de relever certains éléments qui jettent sur sa constitution mentale d’autres reflets inquiétants.
• L’attente d’une nouvelle ère où l’Église, en tant que structure, doit disparaître avec le sacerdoce rappelle de près les vaticinations du moine visionnaire Joachim de Flore, qui introduisit le germe de la gnose dans la pensée chrétienne. Or, gnose et F.M. ne font qu’un.
• Dans le numéro du 5 septembre 1984 de la revue brésilienne Isto è, on lit que l’organisation des « ermitages » de la T.F.P. s’inspire de l’ordre des templiers. Or, cet ordre est la référence notoire des plus hauts degrés, les « degrés de vengeance », de la secte maçonnique, dont le but déclaré est la destruction de la monarchie chrétienne et de l’Église elle-même. Ils veulent aussi venger la mort du grand maître Jacques de Molay, condamné en 1314 sous le roi de France Philippe Le Bel, et la suppression de l’ordre par le pape Clément V la même année.
Il est étonnant que, dans la formation des militants, on s’inspire d’une institution disparue depuis tant de siècles et dont l’héritage spirituel, justement sur la base des soupçons de déviation gnostique, est revendiqué par la franc-maçonnerie.
• Enfin, on ne peut se dispenser de remarquer que la T.F.P. tient ses étranges chevaliers à l’écart du ministère sacerdotal et à l’écart du mariage. En sorte qu’elle s’attaque aux deux piliers de la société chrétienne : le sacerdoce et la famille, en parfaite convergence de fait avec les objectifs qu’elle déclare vouloir combattre.
Un témoignage
par l’abbé Emmanuel du Chalard
A la suite de la publication d’une étude de C.A. Agnoli et P. Taufer intitulée T.F.P. : la maschera e il volto, il m’a été demandé un avis sur cet ouvrage. Sincèrement, je ne sais si je suis la personne qu’il faut pour cela, étant donné que beaucoup connaissent mon attitude critique et négative vis-à-vis de l’organisation T.F.P. (Tradition, Famille, Propriété), un mouvement né au Brésil en 1960. Mais voilà peut-être l’occasion d’expliquer comment je suis arrivé à un jugement défavorable envers la T.F.P.
Quand, vers les années 1970, j’entends parler de la T.F.P. et de son activité, j’en suis plutôt bien impressionné a priori. Je trouvais ses militants courageux, même si leur façon d’agir pouvait sembler inadéquate à la mentalité européenne. Certaines conduites, en effet (comme les manifestations publiques avec d’énormes bannières, les capes et mégaphones), pouvaient s’expliquer par leur origine sud-américaine. L’appui ensuite, de S.E. Mgr Antonio de Castro Mayer, évêque de Campos, représentait une certaine garantie sûre de l’activité de la T.F.P.
Ajoutons, pour démontrer que ma prise de position n’est pas le fruit de préjugés ou de questions personnelles, que dans les années 1976 et 1977 deux amis demandèrent mon opinion sur leur désir d’entrer à la T.F.P. à temps plein (ils étaient mariés et l’un d’entre eux se trouvait au début d’une belle carrière) ; je ne m’opposai pas le moins du monde à leur projet, qu’ils mirent à exécution ; au contraire, je nourrissais une certaine admiration pour leur choix.
En 1978, un de mes frères entra à l’école de la T.F.P. en France et je ne m’opposai aucunement à ce choix, alors qu’il m’eût été possible de le faire.
Cependant, une série d’événements commença à susciter de ma part des soupçons sur l’association :
— la vénération du livre Révolution et contre-révolution du professeur Plinio, fondateur de la T.F.P., livre porté en procession tous les matins dans leur école ;
— les litanies dédiées à la mère du professeur Plinio, donna Lucilia, calquées sur celles de la sainte Vierge ;
— le fameux Ave donna Lucilia copié sur l’Ave Maria ;
— le mépris envers le sacerdoce ;
— la propension à décourager systématiquement les vocations sacerdotales.
Par la suite, on découvrit d’autres faits.
Enfin l’attitude ambiguë des membres de la T.F.P. acheva de détruire en moi toute confiance.
Un exemple concret : en 1978, peu de jours avant la Fête-Dieu, un haut dirigeant brésilien de la T.F.P. vint en Italie avec un militant français. Ils s’arrêtèrent à Plaisance pour voir Giovanni Cantoni, le responsable et fondateur d’Alleanza cattolica ; pendant plus de deux heures, le dirigeant brésilien de la T.F.P. ne cessa de faire des compliments et éloges à l’action d’Alleanza cattolica, en la considérant comme l’espoir de l’Italie et en la désignant comme le seul mouvement de valeur présent dans le pays. Le repas terminé, ils poursuivirent leur voyage vers Rome et tout le long du trajet le Brésilien ne fit autre chose que dire du mal de Giovanni Cantoni et d’Alleanza cattolica.
Cette attitude étrange est typique de la T.F.P., qui a eu pendant plusieurs années de bons rapports soit avec Alleanza cattolica soit avec le centre culturel Lepanto du professseur De Mattei, quoique les deux associations se soient séparées à la suite de positions différentes au sujet du grave problème du référendum sur l’avortement en 1981.
Je pourrais encore mentionner d’autres faits déconcertants.
Au mois de septembre 1992, je me suis rendu au Brésil, où j’ai pu m’entretenir avec le clergé de Campos, qui a bien connu la T.F.P. J’ai également rencontré à Sao Paulo d’anciens militants de cette association.
Pendant des heures et des heures, j’ai entendu les témoignages les plus surprenants sur la T.F.P., à propos notamment de la vénération des reliques du professeur Plinio. J’ai vu un reliquaire en argent avec des cheveux et des ongles du professeur ! Ces reliques sont vénérées par les militants. De plus, il y a le culte rendu aux reliques de donna Lucilia : le professeur Plinio détient des os entiers au-dessus de son lit. Les restes des repas du professeur sont terminés par les militants qui, avant de les consommer, font une prière de préparation, et ensuite une action de grâces, comme s’ils recevaient la sainte communion. La liste de ces exemples pourrait encore continuer.
Quant au livre de Agnoli et Taufer, on peut dire qu’il a contribué à démasquer la T.F.P., qui n’est autre que la façade officielle de la secte secrète la Sempre viva, dont les membres font le vœu d’esclavage au professeur Plinio.
Il existait déjà des dossiers sur la T.F.P. : le rapport français et différentes études en portugais publiées au Brésil. Ces études ont toujours été faites par d’anciens membres de la T.F.P. ou par des personnes qui ont collaboré avec elle.
C’est la première fois qu’une étude est faite par des personnes étrangères à son milieu.
On pourra objecter que les auteurs, n’ayant pas eu une expérience directe, ne sont pas qualifiés pour démasquer cette société secrète. En réalité, l’étude en question se fonde sur des faits et des textes bien établis et, en outre, prend en considération les relations externes de la T.F.P. pour appliquer l ’axiome : « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es ».
Elle constitue donc une analyse sérieuse et profonde. La T.F.P. ou ses défenseurs ne pourront crier à la calomnie, car toute la documentation s’appuie sur les publications officielles de la T.F.P. et sur les fameuses réponses données par les responsables de l’organisation au rapport français ou au professeur Fedeli.
Certains se sont demandé quelle est l’opportunité de ce livre. La T.F.P. a-t-elle véritablement une grande influence ? Est-il vraiment nécessaire de provoquer la division parmi les groupes qui cherchent à résister à la décadence de la société ? De fait, la T.F.P. est en phase de récession, surtout au Brésil. Pour se donner un nouvel élan, elle est à la recherche de nouveaux masques.
En France, est très répandue « Avenir de la culture », association qui est une émanation de la T.F.P. et qui lutte contre l’immoralité des programmes télévisés. Avec son savoir-faire et une image de marque très soignée, elle sait toucher les points sensibles des familles.
Elle réussit donc à obtenir la contribution financière de beaucoup de fidèles, même traditionalistes, qui ne se doutent pas qu’ils apportent ainsi un soutien à la T.F.P. et à ses membres. Les fonds qui tombent ainsi dans les caisses de cette association ne sont pas négligeables, comme le montre l’acquisition par l’association d’une belle propriété à une centaine de kilomètres de Paris.
En Italie existent également des associations satellites, comme Luci sull’Est, Famiglia domani, Lepanto (responsable de l’agence de presse Corrispondenza romana), lesquelles, avec le prétexte de combattre pour une juste cause répandent les idées de la T.F.P.
C’est donc un devoir de montrer publiquement ce qui se cache derrière ces associations, ce qu’est la T.F.P. et ce qu’il y a derrière elle. Bref dénoncer les faits et les liens incompatibles avec la foi catholique.
Il faut souligner, en outre, que l’association Luci sull’Est utilise pour sa propagande une lettre du cardinal Oddi qu’un de leurs amis brésiliens a réussi à obtenir.
Le cardinal a par la suite retiré son appui, comme il est dit à la page 57 de l’étude. Mais l’association continue, encore aujourd’hui, à répandre abondamment la lettre du cardinal en prenant la précaution d’effacer la date, pour donner l’impression que cette lettre est récente, tandis qu’elle remonte désormais à plus de trois ans.
Le devoir de démasquer la T.F.P. et ses associations est d’autant plus urgent que, face à la trahison de tant d’hommes d’Église, les pauvres fidèles sont attirés par tout ce qui a l’apparence du bien, en se laissant ainsi tromper.
Nous remercions donc le docteur Agnoli et le professeur Taufer d’avoir consacré leur temps à la réalisation de cette précieuse étude, que nous encourageons vivement à lire et à répandre.comme un témoignage de vérité et une aide aux fidèles tentés de s’égarer sur de mauvais chemins.
⚜️
[1] — Plinio Corrêa de Oliveira, Noblesse et élites traditionnelles dans les allocutions de Pie XII, Albatros, Paris ; livre à commander au siège de la T.F.P. Par exemple, des tracts ont été distribués lors des cérémonies commémoratives de l’assassinat de Marie-Antoinette, le 16/10/1993.
[2] — La « Société française pour la défense de la tradition, famille et propriété, T.F.P. » est une association déclarée, dont le siège est 6 avenue Chauvard, 92600 Asnières. Elle publie un bulletin périodique dénommé « Aperçu ».
« Avenir de la culture » est une association déclarée juridiquement distincte. Son siège est à Paris, 40 avenue Bosquet (VIIe). Organe de liaison : « Flash ».
Les opérations « Lituanie », « Lumières sur l’Est » et le « Droit de naître » sont ouvertement des initiatives directes de la T.F.P. La dernière possède toutefois une adresse particulière à Paris, 12 avenue de Lowendal (VIIe).
[3] — Ernest Nys : Massoneria e societa moderna , éd. Castogi, 1988, p. 92, 93. L’auteur poursuit, au sujet de la constitution des U.S.A. : « Les idées primordiales de la franc-maçonnerie furent affirmées par les glorieux fondateurs de la république qui, presque tous, appartenaient aux loges. » Il cite à l’appui ces mots du frère Choslin, de la loge « Constance couronnée » de Paris : « Pour signaler davantage quelle a été l’influence de notre sage institution, Franklin a donné aux Etats-Unis les étoiles que l’on voit sur les voûtes de nos temples. Les emblèmes de la franc-maçonnerie flottent sur toutes les mers sous la forme d’un drapeau révéré par les plus puissantes nations du monde. »
[4] — En 1992 (NDT).
[5] — L’interview, avec la signature de Giovanni Bianconi, a paru sous le titre : Voilà le serment des francs-maçons.
[6] — Cf. Yann Moncomble : La trilatérale et les secrets du mondialisme (1980, p. 55 et 56). Les vrais responsables de la troisième guerre mondiale (1982, p. 22, 23, 85), et L’irrésistible expansion du mondialisme (1981, p. 185). Ainsi que Pierre Faillant de Villemarest : Les sources financières du communisme (éd. C.E.I., 1984).
[7] — Sur les dessous de la chute du communisme, cf. Crisi del communismo alla luce della cospirazione massonica par les auteurs de la présente étude, dans Chiesa viva, avril-mai-juin 1990.
[8] — Albert Pike, Morals, dogma and clauses commentaries. – I Gradi filosofici Bastogi, 1986, t. VI, p. 227, 228). Il est évident qu’une pareille doctrine, fondée sur la négation panthéistique du principe de contradiction, est absurde si l’on considère que rien ne peut être affirmé ou nié qu’en fonction d’elle. Si l’on récuse la distinction entre le vrai et le faux, il devient impossible d’émettre une proposition affirmative quelconque, fût-ce celle de la fausseté du principe de contradiction. Manifestement, les « initiés », et avec eux la philosophie moderne, une fois qu’ils ont perdu Dieu, le bien de l’entendement, font voile vers les mers de la démence. Cf. notre article I lo punti dell’uomo della verità e della tradizione, dans le n° 195 de la revue Chiesa viva de Brescia. Nous y faisons un bref mais clair examen du mécanisme par lequel la triade dialectique thèse-antithèse-synthèse (connue dans le domaine politique sous la forme droite-gauche-centre) fourvoie les esprits, efface de la législation l’idée même de loi divine éternelle et immuable, et produit un progressif et systématique éloignement du Décalogue et de la parole du Christ.



