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Éditorial

Vingtième anniversaire

 

Le 25 mars 1992, pour le premier anniversaire du décès de Mgr Marcel Lefebvre, paraissait le numéro « zéro » du Sel de la terre.

Ce n’était pas un hasard. Comme nous l’expliquions dans l’éditorial de ce numéro de présentation : « Cette revue répond à un vœu plusieurs fois répété de Mgr Lefebvre. » Nous reproduisons, ci-après, quelques passages des encouragements que Mgr Lefebvre nous a prodigués dans les deux dernières années de sa vie.

Nous précisions dans cet éditorial notre objectif : proposer une revue doctrinale thomiste fidèle à la Tradition.

Une revue doctrinale, c’est-à-dire une revue de sciences religieuses, permettant de mieux connaître Dieu et ses mystères, afin de les mieux aimer, selon l’adage : « On ne peut aimer que ce qu’on connaît. »

Une revue thomiste, puisque saint Thomas d'Aquin est le Docteur commun, celui qui a fait la synthèse de toute la Tradition, et qui donne les principes et la méthode recommandés par l’Église dans l’étude des sciences sacrées.

Une revue fidèle à la Tradition catholique, et pour cela une revue ouverte à tous ceux qui se reconnaissent dans l'œuvre de défense de la Tradition entreprise par Mgr Lefebvre, sans compromission avec les erreurs modernes, notamment celles professées par le concile Vatican II et par les papes qui s'en réclament (faux œcuménisme, liberté religieuse, nouvelle ecclésiologie, etc.)

Toutefois, nous ne voulions pas seulement combattre les erreurs, mais d’abord répandre la lumière de la vérité, en particulier en montrant les conséquences de la saine doctrine dans la vie spirituelle et pour la civilisation chrétienne : d’où les deux rubriques sur ces thèmes, qui sont présentes dans chacun des 80 numéros parus jusqu’à ce jour.

Sommes-nous parvenus à réaliser cet objectif ? Ce n’est pas à nous de répondre, mais à nos lecteurs. C’est pourquoi nous avons demandé à quelques-uns de nos fidèles lecteurs – à commencer par les deux évêques qui ont accepté successivement la lourde tâche de « censeurs ecclésiastiques » et que nous tenons à remercier particulièrement de leur patient dévouement » – de nous donner leurs témoignages.


Une nouvelle revue ? [éditorial du nº 1]

Une revue catholique doctrinale

 

Le Sel de la terre veut être une revue doctrinale fidèle à la Tradition catholique.

Certes on peut trouver encore aujourd'hui des revues doctrinales s'inspirant plus ou moins de saint Thomas d'Aquin. Mais, parmi celles-ci, il n'y en a pas beaucoup, à première vue, qui soient entièrement fidèles à la Tradition et qui fassent la critique des erreurs du concile Vatican II.

A l'inverse, on trouve de nombreuses publications catholiques qui prennent la défense de la Tradition, souvent avec talent. Pourtant il semble y avoir encore la place pour une revue doctrinale qui s'attache à donner un enseignement plus en profondeur, selon « la méthode, la doctrine et les principes de saint Thomas d'Aquin [1] ».

*

L'importance, pour ne pas dire l'extrême urgence, de l'étude doctrinale de la religion ne saurait échapper à celui qui réfléchit quelque peu. Cette nécessité de l'étude peut se résumer grâce à cet adage scolastique : « Nihil volitum nisi præcognitum » « on ne peut rien vouloir (ni rien aimer) qu'on ne connaisse d'abord. » On ne peut donc pas aimer Dieu , ni la religion, si on ne les connaît pas. Et on ne peut pas bien les aimer si on ne les connait pas bien. D'où l'utilité de l'étude doctrinale, que l'Église a toujours encouragée pour ceux qui en avaient la possibilité.

*

Mais on ne saurait étudier si on ne reçoit pas un enseignement. Le Sel de la terre désire vous proposer cet enseignement, quatre fois par an, sous la forme d'articles et d'études dans les domaines suivants : philosophie spéculative et pratique (y compris la politique), apologétique, théologie dogmatique et morale, spiritualité, exégèse, droit canon, liturgie et histoire ecclésiastique [2]. Ces rubriques constituent l'objet premier de la revue, parce qu'elles forment la matière du magistère de l'Église. C'est ce que l'Église a reçu comme mission de communiquer aux âmes, mais les âmes ne reçoivent plus, parce que « l'Église conciliaire » ne s'y intéresse pas.

Par ailleurs, comme l'Église ne s'est pas contentée de donner au monde les connaissances nécessaires au salut, mais qu'elle a encore encouragé et favorisé l'essor de la civilisation, nous ajouterons une rubrique de « culture chrétienne », ce que l'on pourrait appeler l'objet second de la revue.

Nous donnerons aussi quelques beaux textes peu connus de saint Thomas d'Aquin permettant de mieux juger les questions actuelles, ou encore donnant un bel éclairage sur la vie spirituelle, dans la rubrique « Petite chronique thomiste [3] ».

Il y aura aussi place pour des études sur des sujets qui sont plutôt des matières de recherche ; ce sera la rubrique « Libre parole [4] ».

Enfin nous aurons aussi notre rubrique de « Critiques de livres et de revues », où nous nous attacherons surtout à recenser les livres et les revues doctrinales à la lumière des principes du Docteur Angélique.

 

Saint Thomas d'Aquin

Le Sel de la terre aura pour premier souci de donner une doctrine sûre, fondée sur les principes vrais et solides de la philosophie et de la théologie. Aussi nous nous tournerons vers saint Thomas d'Aquin que l'Église vénère comme son Docteur commun et qu'elle propose comme guide à tous ceux qui veulent faire des études ecclésiastiques.

Il a donné plus de lumière à l'Église que tous les autres docteurs ; dans ses livres un homme apprend plus en un an que pendant toute sa vie dans l'enseignement des autres [5]. [Saint Pie X, en citant ces paroles, écrivait : ] L'expérience des siècles fait connaître, et il apparaît de plus en plus, combien est vraie l'affirmation de notre prédécesseur Jean XXII. [Et le saint pape d'ajouter :] Les points capitaux de la philosophie de saint Thomas ne doivent pas être placés dans le genre des opinions, au sujet desquelles on peut disputer en l'un et en l'autre sens, mais bien être regardés comme les fondements sur lesquels toute la science des choses naturelles et divines se trouve établie.

Aujourd'hui où tout s'écroule, il est plus important que jamais de remonter jusqu'aux principes pour retrouver une doctrine solide et adaptée aux difficultés de l'heure.

D’autre part, Le Sel de la terre veut pouvoir être utile à tout catholique qui connaît son catéchisme et qui veut approfondir sa foi.

Il ne veut pas être une revue de spécialistes, ni de recherche. Il n'est pas réservé au clergé, ni à ceux qui ont fait des études de théologie. Aussi s'efforcera-t-il de présenter cette doctrine de façon claire, de manière à pouvoir être utile même à ceux qui n'ont pas eu le loisir de beaucoup étudier.

Là encore, saint Thomas d'Aquin lui servira de modèle. En effet, dès le début de son enseignement, il frappa ses contemporains par sa clarté d'exposition.

Sa doctrine lumineuse et claire fit fleurir plusieurs maîtres, religieux et séculiers, grâce à sa manière d'enseigner, brève, ouverte et facile. Sa méthode d'enseignement était si nouvelle qu'on la croit avoir été inspirée du ciel en même temps que sa science [6]. 

Ce point nous paraît d'une extrême importance, car, si on a eu tort de négliger la doctrine de saint Thomas, on a peut-être fait encore plus de mal en négligeant sa manière d'enseigner. En effet, cette clarté d'exposition de saint Thomas permet à de simples fidèles d'avoir accès aux trésors de la doctrine.

En voici un récent témoignage : il y a peu de temps, une mère de famille, à qui son fils avait conseillé la lecture du commentaire de saint Thomas sur la seconde épître aux Corinthiens, écrivait ceci :

Ayant ici du temps et du calme, je me suis plongée dans saint Thomas d'Aquin. Je suis très passionnée, ayant l'impression de comprendre... au moins quelque chose. Quelle clarté et quelle richesse ! Je lis avec papier et crayon. [Et peu après :] Je m'étonne moi-même de lire saint Thomas d'Aquin. Mais finalement, en faisant bien attention, je comprends, alors que je pensais ne rien pouvoir lire ou comprendre. C'est fou ce qu'il décortique et trouve de choses importantes dans le moindre mot.

 

Mgr Marcel Lefebvre

Cette revue répond à un vœu plusieurs fois répété de Mgr Lefebvre. Nous espérons, avec la grâce de Dieu, rester fidèles à cet appel [7].

Notre orientation doctrinale est donc sans ambiguïté celle de la Tradition. Nous ne voulons en rien nous compromettre avec les erreurs modernes, en particulier celles qui ont été professées par le concile Vatican II et par les papes qui s'en réclament (faux œcuménisme, liberté religieuse, nouvelle ecclésiologie).

 

Notre volonté n'est pas d'abord de dénoncer les erreurs, mais de faire connaître et aimer la vérité catholique. Cependant, comme une lumière ne peut pas éclairer sans chasser les ténèbres qui s'opposent à elle, on ne saurait énoncer intégralement la vérité sans repousser les principales erreurs qui s'opposent à elle dans les esprits. Et, comme le remarque finement saint Thomas, si on doit dire que « l'illumination est première par rapport à la lumière qui éclaire, on doit par contre dire que l'éloignement des ténèbres est premier pour le sujet de ces ténèbres [8] » : ainsi, selon les circonstances et les sujets, il nous faudra tantôt donner d'abord un enseignement positif, et tantôt commencer par combattre les erreurs. Cette tâche, nous entendons la réaliser dans un esprit de charité, sans acrimonie envers les personnes, mais aussi sans faiblesse et sans respect humain.

La revue est dirigée par les pères dominicains du couvent de la Haye-aux-Bonshommes d'Avrillé. Toutefois elle ne veut pas être l'organe d'une école particulière mais servir au bien commun de la Tradition catholique. Aussi compte-t-elle dans son comité de rédaction deux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X et accepte-t-elle comme collaborateurs tous ceux qui se reconnaissent dans l'œuvre de défense de la Tradition entreprise par Mgr Lefebvre.

 

Le titre

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » disait Notre-Seigneur à ses premiers disciples lors du sermon sur la montagne. Et Notre-Seigneur s'adressait alors « aux foules », c'est-à-dire à l'ensemble des chrétiens. Chaque chrétien a donc le devoir d'être « le sel de la terre et la lumière du monde ».

Le sel symbolise la sagesse ; en effet le sel donne du goût aux aliments et les protège de la corruption, de même que la sagesse est un aliment savoureux pour l'esprit et protège l'âme de la corruption du péché. Chaque chrétien a donc le devoir d'étudier la sagesse du Christ et de s'en imprégner pour pouvoir la communiquer aux autres. C'est pour cette raison que le prêtre, au moment du baptême, a déposé du sel sur les lèvres du baptisé.

Notre-Seigneur ne dit pas à ses disciples : « Ayez la sagesse », mais il dit : « Vous êtes le sel de la terre ». Il préfère employer une comparaison, conforme à sa coutume de parler en parabole, afin de porter à la réflexion tout en se mettant au niveau des gens les plus simples. Ce titre manifestera aussi notre désir de faire réfléchir et de mettre à la portée du plus grand nombre les trésors de notre religion.

Par ailleurs, ce titre veut aussi montrer que la science de Dieu et des choses de la religion n'est pas quelque chose de rébarbatif, mais de savoureux et de goûteux, même s'il y a parfois une écorce à ouvrir avec quelque effort avant d'en sentir le goût !

« Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? » demande Notre-Seigneur. C'est-à-dire : si les chrétiens qui ont reçu les trésors savoureux de la Révélation ne les communiquent plus, c'est en vain qu'on cherchera ailleurs la sagesse salvifique. N'est-ce pas ce que l'on voit aujourd'hui ? La religion devient de plus en plus insipide et les chrétiens, de plus en plus dégoûtés de ces mets fades, ne savent plus de quels côtés se tourner, tandis que le monde s'enfonce toujours davantage dans le vice et l'ignorance de Dieu.

Pourtant nous disposons de véritables « mines de sel » : ce sont les trésors de la doctrine et de la Tradition catholique. Voilà ce que cette revue voudrait mettre à la portée de tous. Et parce que le sel de Notre-Seigneur a aussi la mystérieuse propriété d'être la lumière du monde, nous espérons que Le Sel de la terre aidera ses lecteurs à y voir un peu plus clair.

C'est là une tâche exaltante, mais aussi difficile ; c'est pourquoi nous la recommandons à vos prières. Confions-la tout particulièrement à la très sainte Vierge Marie, l'Etoile de la mer : qu'elle veuille bien se servir de cette revue pour éclairer les âmes et les conduire, à travers tous les dangers de l'heure, au port de la vie éternelle.

 

O Porta lucis fulgida,                 O resplendissante Porte de lumière

O Mater Verbi inclita,               O Mère illustre du Verbe

nos, tuos fideles sedulos,             nous, vos fidèles dévoués,

Verbi quaerentes semitas,            qui cherchons les chemins du Verbe,

defende a mentis hostibus,          défendez-nous des ennemis de l'esprit,

ab umbra erroris libera,              libérez-nous de l'ombre de l'erreur,

tuaque luce dirige                      et dirigez-nous par votre lumière

ad veritatis gaudia.                    aux joies de la vérité.

Amen                                       Ainsi soit-il.

 

Mgr Lefebvre et Le Sel de la terre 

 

Cher Père,

[…] Les modernistes sont des brigands, des révolutionnaires sous des peaux de brebis. Ils n’ont aucun esprit surnaturel.

C’est bien là que nous devons porter notre effort : réapprendre à vivre de la foi comme les apôtres, les martyrs, les Pères de l’Église, et saint Thomas d’Aquin, qui a réussi ce tour de force de se servir de toutes les sciences pour la reine des sciences : la théologie, qui s’ouvre sur le ciel par la grâce de l’Esprit-Saint. La Somme est le grand catéchisme de saint Thomas et celui de l’Église plus encore que celui de Trente.

J’essaie d’expliquer cela aux séminaristes pour qu’ils aient le souci de vivre du meilleur catéchisme qui existe et qu’ils l’enseignent.

 […] Il est très important que, dans nos séminaires, nous gardions une ligne sûre et approuvée constamment par l’Église, celle de saint Thomas, qui doit nous donner des principes de pastorale qui donnent aux fidèles la vraie spiritualité, les éloignant du jansénisme et du charismatisme. La morale qui se limite aux commandements est desséchante. La morale de la grâce, des vertus, des dons du Saint-Esprit, qui n’oublie pas les commandements, celle que préconise saint Thomas, est bien plus conforme à l’esprit de Notre-Seigneur, de l’Évangile, bien plus encourageante pour les âmes ferventes.

C’est bien le temps de rendre la foi catholique enthousiasmante, généreuse, missionnaire, comme elle le fut pour les premiers chrétiens. [Mgr Lefebvre, 20 février 1989.]

*

 

Bien cher Père,

Les textes que vous me communiquez sont tellement instructifs que je vous invite à faire une « revue dominicaine » et à les diffuser. Votre revue aura alors un grand succès.

 […] Que de substantielles vérités, dont auraient besoin nos contemporains. Vous feriez disparaître la mauvaise « Pensée catholique » et vous feriez ce que nous avons souvent souhaité de faire en supplément de « Fideliter ».

Nos fidèles auraient besoin d’études sérieuses, sur l’erreur du ralliement de Dom Gérard, sur l’erreur du sédévacantisme, sur la légitimité des sacres. […] [Mgr Lefebvre, 2 septembre 1990.]

*

 

[…] en attendant que vous puissiez réaliser mon vœu : d'une Revue détruisant les erreurs du Concile et de l'Église conciliaire professées de plus en plus ouvertement par le pape et la curie romaine, remettant en lumière la doctrine catholique. Désormais nous avons affaire à des assassins de la foi catholique, sans aucune vergogne ! [Mgr Lefebvre, 7 janvier 1991.]

*


Témoignages de lecteurs à l’occasion des vingt ans de la revue

Un bel anniversaire

Mgr Bernard Fellay

Un bel anniversaire pour la revue du Sel de la terre : vingt ans au service de l'Église, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Maintenir et conserver la saveur du sel quand tout autour devient insipide, c'est le défi que le nom même de la revue s'impose depuis vingt ans. Et ma foi ! je pense que nous pouvons la féliciter pour ce bel effort réalisé, ses rédacteurs, le père Pierre-Marie, pour leur inlassable énergie. Nous vous souhaitons tout autant d'ardeur pour les vingt années qui viennent, car il n'en faudra pas moins pour continuer à diffuser la vérité dans un monde qui ne s'intéresse que de moins en moins à l'essentiel, occupé qu'il est par une superficialité affligeante. Daigne Notre-Dame vous protéger et vous donner un succès encore plus grand dans la poursuite de ce noble but de la presse chrétienne.

 

Le sel ne s’affadit point

Mgr Bernard Tissier de Mallerais

« Vous êtes le sel de la terre ; si le sel vient à s’affadir… » (Mt 5, 13).

Heureusement, à Avrillé, le sel ne s’affadit point, pas plus que l’esprit dominicain d’un combat d’esprits : face à l’hérésie et à l‘apostasie répandues dans l’Église, on les combat d’abord par la prière et l’union à Dieu et ensuite par la parole et par la plume : « Notre combat n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres… C’est pourquoi, prenez l’armure de Dieu » (Ep 6, 12-13).

Que le Sel de la terre continue donc à nous monnayer à la fois la vie spirituelle et le combat de la plume qu’elle engendre, n’ayant que ce seul but : « que le Christ soit tout en tous : omnia in omnibus Christus » (Col 3, 11).

 

Congratulations

Mgr Richard Williamson

Le Sel de la terre is to be warmly congratulated on reaching its 20th Anniversary. "Nihil volitum nisi præcognitum", say the Scholastics. Nothing can be desired without first being known. For Catholics in an age of dreadful confusion, getting worse all the time, to want what is good, they need firstly to know what is good. Le Sel de la terre has generated a steady stream of Catholic articles and information to throw light on the Faith amidst most hostile circumstances.

Le Sel de la terre doit être chaleureusement félicité pour avoir atteint son 20e anniversaire. « Nihil volitum nisi præcognitum », disent les scolastiques. Rien ne peut être désiré sans d'abord avoir été connu. Pour les catholiques, à une époque de confusion terrible, qui s'aggrave tout le temps, pour vouloir ce qui est bon, ils ont besoin tout d'abord de savoir ce qui est bon. Le Sel de la terre a généré un flux régulier d'articles catholiques et d'information pour faire la lumière sur la foi au milieu des circonstances les plus hostiles.

May the Fathers of Avrillé be thanked for this demanding but immensely precious apostolate, and long may God grant it to continue into the future.

Que les pères d’Avrillé soient remerciés pour cet apostolat exigeant, mais immensément précieux, et que Dieu leur accorde de continuer longtemps dans l'avenir.

*

Une joie profonde

Abbé Régis de Cacqueray

Après la disparition de la revue Itinéraires, c’est avec une joie profonde que je me rappelle avoir appris la naissance du Sel de la terre. L’initiative des dominicains d’Avrillé, encouragée et demandée par Mgr Lefebvre, permettait de ne pas laisser béant ce trou provoqué par la cessation de la parution de la prestigieuse collection. Bien sûr, le Sel de la terre n’a pas cherché à remplacer Itinéraires qui demeure, pour tous ceux qui possèdent cette collection, une mine unique et irremplaçable d’articles toujours bons et souvent excellents.

Dirigé par des religieux, Le Sel de la terre s’est plus naturellement consacré aux sujets ayant trait à la foi catholique, à la théologie et aux différentes sciences ecclésiastiques. En cela, si cette revue succède évidemment à Itinéraires dont le rôle fut déterminant au cours de la crise de l’Église, elle s’impose également pour prendre le relais de La Revue thomiste. On sait, hélas, que la célèbre revue dominicaine n’a pas persévéré dans le combat de la foi.

Je considère donc Le Sel de la terre comme placé au confluent des traditions de ces deux revues et je crois qu’elle s’est fort bien inscrite dans ce double sillage. Elle a rendu et continue à rendre de fiers services dans ce grand combat de la foi où il nous faut persévérer au cours de cette époque d’apostasie. Elle le fait notamment en maintenant le goût de l’étude et de l’intelligence de la foi. Certes, elle n’est pas la seule à se trouver sur ce créneau. Mais elle y occupe une place majeure et l’on ne peut que saluer le travail exemplaire que les dominicains d’Avrillé mènent à sa tête.

C’est donc pour moi un honneur et une joie de me trouver dans le comité de rédaction de cette revue depuis une bonne quinzaine d’années. J’ai l’occasion d’y apprécier le sérieux de la préparation du travail qui s’y fait et d’admirer aussi la ténacité des frères d’Avrillé pour que Le Sel de la terre, revue de grande qualité, se maintienne à son excellent niveau et continue sa parution régulière.

Je tiens à exprimer ma reconnaissance aux religieux d’Avrillé pour leur travail auquel je suis heureux de pouvoir participer pour une modeste part.

 

Doser le sel

Gérard Bedel

Il existe dans le monde catholique de nombreuses revues traditionnelles estimables, et il en est d’excellentes. Par prudence, je ne citerai aucun titre de peur d’en omettre un.

Le Sel de la terre se distingue par la haute qualité et la diversité des études qu’il publie.

Notre-Seigneur déclare à ses disciples qu’ils sont le sel de la terre et il les prévient des dangers d’être un sel qui se dénature et s’affadit. Notre revue travaille à maintenir la qualité du sel de la Bonne Nouvelle. La tâche est délicate : on peut toujours ajouter du sel quand il en manque mais on ne peut en enlever du plat si l’on a commis la maladresse d’en trop mettre. La charité permet de doser au plus juste qu’il soit possible de faire.

Piété, dévotion sont évidemment indispensables à la vie chrétienne mais elles ne suffisent pas à nourrir et défendre la foi, surtout dans une période de troubles intellectuels, moraux et mentaux comme ceux qui affligent notre époque. Mais a-t-il existé une époque de tout repos pour la foi catholique ? L’Ennemi rôde toujours comme un lion qui cherche une proie à dévorer. A chaque génération il a fallu veiller au créneau et Martin Luther n’est-il pas un Béranger de Tours qui a réussi ?

C’est ainsi qu’à côté de « La vie spirituelle » Le Sel de la terre possède des rubriques comme « Études » et « Civilisation chrétienne » car le combat de la foi engage l’être humain tout entier, de sa sensibilité aux plus hautes parties de la raison.

Et n’oublions pas la rubrique « Écriture sainte ». J’ai pensé au Sel de la terre en lisant ces lignes de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Si j’avais été prêtre, j’aurais étudié à fond l’hébreu et le grec afin de connaître la parole divine telle que Dieu daigna l’exprimer en notre langage humain. »

Ainsi celle qui nous enseigna la « petite voie » rejoint les préoccupations d’Intelligence de la foi, sous-titre de notre revue.

 

Y voir un peu plus clair

Père Bruno O.S.B.

Si la revue fête ses vingt ans, je ne l’ai personnellement connue qu’il y a dix ans, en 2002 ; mais alors quelle découverte ! Au lieu de recevoir régulièrement chaque trimestre un numéro, comme les abonnés de la première heure, je me trouvais d’un coup face à la collection des quarante premiers. Je m’y plongeai avec avidité, un peu comme j’avais dévoré nombre d’articles d’Itinéraires à la fin des années 70, lorsque je découvrais la Tradition.

Cette fois, il s’agissait, quatorze ans après les événements de 88, de prendre une très grave décision afin de retrouver la voie de la véritable fidélité, dans le sillage du cher et vénéré Mgr Lefebvre. Le Sel de la terre m’y a puissamment aidé.

J’ai commencé par ce qui touchait à mes préoccupations du moment : l’étude théologique de l’abbé Mura sur les sacres (n°s 4, 5, 7, 8) fut une vraie lumière ; les analyses de l’encyclique Veritatis splendor par Mgr Tissier de Mallerais (no 9) et l’abbé de la Rocque (n° 10) me permirent de saisir comment l’erreur pouvait se dissimuler sous des apparences plutôt traditionnelles ; le no 12 bis, consacré au père Calmel, fut l’occasion de mieux connaître cette grande figure de la résistance catholique et de méditer son enseignement. Ce ne sont que trois exemples choisis parmi bien d’autres.

On comprendra quelle dette de reconnaissance me lie à la revue, ainsi qu’à la chère communauté qui en assure vaillamment la publication depuis vingt ans, malgré le travail considérable que cela peut représenter. L’éditorial du premier numéro exprimait l’espoir « que Le Sel de la terre aiderait ses lecteurs à y voir un peu plus clair ». Je puis témoigner que ce vœu a été réalisé en ce qui me concerne. La revue ne m’a pas seulement informé (ce dont j’avais grand besoin), elle a également formé – parfois réformé – mon jugement sur bien des questions actuelles.

Par la suite, j’ai très souvent puisé dans l’arsenal que constituent tous ces milliers de pages : lecture spirituelle, étude personnelle, préparation de sermons ou de conférences… Je me contente de relever sans ordre quelques numéros ou articles que j’ai particulièrement appréciés :

– Les numéros composés à l’occasion du 15e centenaire du baptême de Clovis (nos 17 et 19) : je viens d’en relire certains passages pour compléter des lectures à propos de sainte Jeanne d’Arc.

– Les deux gros numéros spéciaux, consacrés au père Emmanuel (no 44) et à Fatima (no 53) : on voudrait que tous les fidèles connaissent le second, et tous les prêtres devraient avoir lu le premier.

– La série d’articles intitulés « Le vrai visage de l’Église » (nos 23 à 27, 29, 31, 34, 37, 39, 40), dans lesquels le père Pierre-Marie commente des schémas préparatoires aux conciles Vatican I et Vatican II.

– La présentation du courageux « député du Syllabus », Émile Keller, par Philippe Girard (nos 77 et 79 – on attend impatiemment la suite).

– La belle étude sur les sacrements de Dom Maréchaux (nos 29, 31, 35, 38, 41, 43, 45, 47).

– Le Catéchisme de la médiation universelle de Notre-Dame, dû au mystérieux Filius Ancillæ (nos 20, 22, 24, 26, 27, 29, 31, 34, 37, 39, 41, 42, 46).

Il y aurait tant d’autres études à mentionner, notamment celles du père Marie-Dominique montrant la subversion de la morale dans la « nouvelle religion », ou encore les commentaires du père Emmanuel-Marie sur les psaumes.

Je termine… par le commencement, en citant la toute première phrase du premier numéro : « Le Sel de la terre veut être une revue doctrinale fidèle à la Tradition catholique. » Grâce à Dieu, Le Sel de la terre l’a été depuis vingt ans, rendant ainsi un immense service à bien des âmes. Souhaitons que sous la protection de la Vierge fidèle, Le Sel de la terre reste longtemps encore cette « revue fidèle » : ad multos annos !

 

Quinze ans avec Le Sel de la Terre

Un lecteur

J’ai découvert Le Sel de la Terre par l’achat, en librairie, du numéro spécial consacré au Père Calmel. C’était, je pense, en 1995. C’était alors une toute jeune revue. J’ai cependant décidé d’emblée de m’y abonner. Venu à la Tradition catholique à la suite de la lecture de la Lettre ouverte aux catholiques perplexes de Monseigneur Lefebvre, j’éprouvais le besoin de me former, de reprendre les bases de ma religion, devenue étrangère et incompréhensible au fur et à mesure que se développaient les expériences postconciliaires. Je sentais que ma foi était en péril et qu’il fallait réagir. Mais pour cela, il fallait des guides sûrs. A travers ses écrits, Monseigneur fut le premier de ces guides. Le Sel de la Terre prit en quelque sorte le relais.

Nos aînés avaient eu la chance de bénéficier de plusieurs revues doctrinales fiables : Itinéraires de Madiran, La Pensée catholique de l’abbé Lefebvre, Les Nouvelles de chrétienté de Dom Guillou, et quelques autres. De tout cela, au début des années 1990, il ne restait quasiment rien. Je lisais bien Fideliter et Le Courrier de Rome, mais je cherchais autre chose, de plus fondamental. Le Sel de la Terre est venu combler un grand vide, et depuis vingt ans, force est de constater que nulle autre publication n’est venue lui contester sa place.

N’étant ni philosophe, ni, encore moins, théologien de formation, je ne pouvais accorder total crédit à ce que je lisais qu’en vertu de la confiance faite, a priori, aux auteurs. Affirmant d’emblée se placer sous le patronage de saint Thomas d’Aquin et inscrire sa démarche « dans la ligne du combat pour la Tradition dans l’Église entrepris par S. Exc. Mgr Marcel Lefebvre », le Sel de la Terre me semblait digne de cette confiance. Quinze années de fidélité à la revue n’ont fait que confirmer le bien-fondé de ce choix.

Dès le départ, j’ai apprécié que le Sel de la Terre fît place, à côté d’articles d’auteurs actuels, à la publication de nombreux textes, devenus difficilement accessibles, d’auteurs du passé. La revue illustre ainsi la permanence de la pensée catholique dans le temps, et face à la crise actuelle de l’Église, l’importance des grands auteurs antilibéraux, ceux du 19e siècle en particulier. Au fil des lectures, j’ai pris la véritable mesure du combat de la foi contre l’erreur, combat permanent depuis les origines de l’Église. Comprendre que la crise présente n’est en rien conjoncturelle, qu’elle n’est qu’une forme particulière de la lutte permanente entre les forces de ténèbres et celles de la Lumière, était rien moins qu’évident pour moi. La revue, en m’aidant à y voir plus clair, m’a aussi préservé du risque de lassitude et de découragement. Le combat de la foi est le lot de tout chrétien, de toute époque et de tout continent.

Le Sel de la Terre s’est toujours efforcé, me semble-t-il, d’apporter à ses lecteurs des études solides et actuelles sur les grandes questions doctrinales touchant au dogme, à la morale, à la liturgie, en veillant à ce que ces études s’inscrivent dans la Tradition thomiste. Ces textes, souvent longs et ardus, ne sont certes pas de ceux qui se lisent dans le métro ou chez le dentiste ! Il m’est arrivé plus d’une fois de renoncer en cours de lecture, me disant que ce n’était pas fait pour moi, mais pour les nombreux prêtres, qui, à coup sûr, ne manqueraient pas d’y puiser matière pour préparer qui un sermon, qui une retraite. Mais je me rends compte, sur la durée, que les articles qui provoquent chez moi cette réaction, se font de plus en plus rares. Non pas que la revue en publie moins, au contraire, il me semble que leur nombre a plutôt augmenté dans les années récentes. Mais c’est la récompense de quinze années de fidélité en quelque sorte. Le Sel de la Terre est en effet l’une des rares revues dont je puisse dire qu’elle fasse progresser ses lecteurs persévérants. Si tel article, qui me semblait très abscons il y a dix ans, me paraît plus accessible aujourd’hui, c’est sans doute d’abord parce que la revue a atteint l’un de ses objectifs, qui est de former ses lecteurs. La pensée scholastique, qui m’était totalement étrangère au début, m’est aujourd’hui plus familière à force de lectures d’études thomistes dans le Sel de la Terre. Il est vrai aussi que la publication par la revue, en de nombreuses livraisons, du remarquable Catéchisme de la Somme théologique du Père Thomas Pègue, m’a beaucoup aidé à me familiariser avec la pensée thomiste.

Mais le Sel de la Terre n’est pas fait que d’études arides, loin de là. L’un des aspects les plus « séduisants » de la revue est précisément la diversité des sujets traités au sein d’un même numéro : Écriture sainte, spiritualité, civilisation chrétienne, notes de lectures, il y a là de quoi nourrir les attentes les plus variées. La parution étant trimestrielle, le volume moyen des numéros étant d’environ 200 pages, un seul numéro du Sel de la Terre est suffisant pour fournir les lectures spirituelles du trimestre, et accroître la culture chrétienne et « l’intelligence de la foi » (selon la promesse de la revue elle-même) du lecteur. Pour ma part, je suis particulièrement intéressé par les remarquables études historiques que fournit régulièrement le Sel de la Terre, sur des sujets qui, me semble-t-il, ne sont traités nulle part ailleurs. J’ai en tête le tout récent cas des articles consacrés à Émile Keller, le député du Syllabus, mais les exemples seraient nombreux. La revue donne également de manière régulière de très intéressantes études sur la doctrine sociale de l’Église, qui alimentent beaucoup ma réflexion, tant comme simple citoyen que dans l’exercice de mes responsabilités professionnelles ou associatives. Les recensions d’ouvrages qu’elle propose me sont aussi un guide utile dans le choix de mes lectures.

Si, comme toute œuvre humaine, Le Sel de la Terre est perfectible, je suis convaincu que les Pères dominicains d’Avrillé qui l’ont fondé et en assurent encore la direction, ont ce souci de toujours essayer d’améliorer la revue tout en veillant à ce qu’elle reste accessible à tout lecteur de bonne volonté. Je pense aux passionnants numéros spéciaux que la revue a publiés sur la vocation chrétienne de la France, sur Mgr Lefebvre et Mgr de Castro-Mayer, sur le Père Emmanuel, sur Louis Jugnet ou sur le Père Calmel dont j’ai déjà parlé, et qui sont devenus pour moi des ouvrages de référence. La publication, naguère, d’un CD-Rom contenant une version électronique des 50 premiers numéros a été un progrès important, car il facilite la recherche dans une matière abondante. Contrairement à d’autres, Le Sel de la Terre n’est pas une revue que je jette après l’avoir lue. Je la conserve, je la reprends au besoin pour en relire tel ou tel article, pour préparer un exposé par exemple. Grâce au CD-Rom, ce travail est plus aisé. De même, j’apprécie les efforts faits pour publier, en tirés à part, certaines études particulièrement importantes, sur des sujets ici encore très variés, et proposés à des prix très attractifs. C’est un bon moyen de faire connaître la revue autour de moi, à travers un sujet particulier susceptible d’intéresser plus spécialement telle personne de mon entourage.

Puisque le Sel de la Terre fête cette année ses vingt ans, je profite enfin de cette occasion pour témoigner de ma reconnaissance aux éditeurs de cette revue unique, pour leur adresser mes vœux et les assurer de mes prières pour que, dans les vingt ans qui viennent, elle poursuive son œuvre de diffusion d’une pensée catholique authentique dans laquelle les lecteurs de bonne volonté continueront de puiser l’aliment nécessaire pour mener « le bon combat ».

 

Le sel de la bonne doctrine

Un autre lecteur

Dans ce monde apostat et sans joie, la revue Le Sel de la terre nous apporte depuis vingt années déjà, trimestre après trimestre, le sel de la bonne doctrine du salut. Action de grâces à Dieu pour avoir suscité, par l’entremise de Mgr Lefebvre, la création de cette revue. Remerciements à vous, les dominicains et à vos collaborateurs pour nourrir, par vos articles, la sainte foi catholique attaquée de tous côtés.

Quelle est l’action du sel par rapport aux choses d’ici-bas ? Le sel fertilise, il enlève aux viandes leur fadeur, donne aux aliments un goût agréable, préserve de la corruption.

La revue donne, en effet, du goût pour les exercices saints de la religion ; elle préserve les lecteurs de la corruption de la foi et dissipe les ténèbres de l’ignorance par ses articles de doctrine et de civilisation chrétienne ; elle fait connaître la vie de héros chrétiens et de saints pour offrir des modèles dans ce triste monde, plongé dans l’apostasie mortifère ; elle enlève aux modernistes, ennemis de l’Église, la possibilité de « triompher » crânement ; elle procure, par ses numéros spéciaux, des dossiers qui se révèlent être des armes pour l’apostolat.

En somme, par ses articles de doctrine, d’exégèse, de spiritualité, de civilisation chrétienne, par ses conseils de lecture, ses publications de documents, ses recensions, par ses polémiques et ses controverses, Le Sel de la terre, malgré ses imperfections – qui n’en a pas sur cette terre ? – fournit aux lecteurs la doctrine catholique immuable, encourage les fidèles à vivre de la foi, donne aux âmes le feu de la charité (La première des charités, c’est la vérité disait Pie XII).

« L'ingratitude attire les reproches, comme la reconnaissance attire de nouveaux bienfaits », écrivait Madame de Sévigné ; alors, oui, reconnaissance à vous pour ce beau travail et pour cette régularité de parution depuis vingt ans. Puis-je émettre un souhait pour les vingt ans à venir ? Lire davantage d’articles des dominicains, des religieux amis et des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

*

Échos du conseil de rédaction

par un de ses membres

Depuis qu’ils existent, les conseils de rédaction du Sel de la terre se déroulent à Paris. Quoi de plus normal pour une « revue catholique de sciences religieuses et de culture chrétienne » bien française ?

D’abord hébergés chez Mgr de Ségur, rue du Cherche-Midi, dans les locaux de l’Association Saint-François-de-Sales, ils se sont transportés ensuite non loin du Val-de-Grâce puis à côté du Trocadéro, pour revenir enfin au Quartier Latin, rue Galande, près de Saint-Nicolas. Se réunir ainsi à côté du « phare de la Tradition » – comme Mgr Lefebvre appelait Saint-Nicolas libéré – et à deux pas de la place Maubert – du nom de Maître Albert, saint Albert le Grand, qui devait y enseigner en plein air à cause de l’affluence de ses étudiants –, cela convient tout à fait aux conseils de rédaction d’une revue qui entend « servir au bien commun de la Tradition catholique sous l’égide du Docteur commun» (présentation de la revue en troisième page de couverture).

Ils regroupent actuellement une douzaine de personnes, dont trois fils de saint Dominique, trois membres de la Fraternité Saint-Pie X et un fils de saint Benoît. Ce dernier réussit à quitter Le Barroux il y a quelques années déjà, grâce notamment à la lecture du Sel de la terre, en particulier du numéro spécial sur le père Calmel (n° 12 bis), qui lui apporta des lumières déterminantes sur le virage doctrinal qu’avait pris l’abbaye après son ralliement.

Les autres membres, laïcs, sont surtout des professeurs de lettres ou d’histoire.

Les travaux de la revue sont supervisés par un évêque de la Fraternité Saint-Pie X résidant à Écône. Toute publication dans l’Église doit être soumise au nihil obstat du magistère. C’est la loi depuis saint Pie X.

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Que fait-on dans les réunions d’un conseil de rédaction ?

Dans ses débuts, le conseil examinait les deux derniers numéros publiés, jusqu’au jour où le révérend père « rédacteur en chef » se rappela que Dieu lui-même ne peut faire que des choses passées n’aient pas été (saint Thomas, I, q. 25, a. 4) et qu’il ne servait plus à rien de se pencher sur ce qui avait été imprimé et diffusé. On travaillerait donc désormais sur les numéros à paraître.

Il n’y avait rien à répliquer à cet argument imparable, décisif, lumineux par son réalisme thomiste. Depuis cette réforme mémorable et sans appel, le travail se fait donc sur les maquettes de la revue, étudiées avant les réunions.

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« La revue », dit la présentation, « est ouverte à la collaboration de tous ceux (prêtres, religieux et laïcs) qui veulent travailler à cette œuvre doctrinale ». Malgré cette ouverture généreuse, les rédacteurs d’articles ne sont pas légion. Le manque de temps, de réflexion, mais aussi d’intérêt pour l’apostolat de la « bonne presse », la difficulté d’écrire, etc. en sont la cause.

Une tentation se présente alors, car il faut bien imprimer deux cents pages chaque trimestre : publier des réimpressions (des « repreintes »). Il s’agit d’exhumer des articles, bons au demeurant (sinon ils seraient tombés définitivement dans l’oubli), mais qui datent plus ou moins, et peuvent parfois sembler un peu hors propos au lecteur. Si l’on cède trop souvent à cette tentation, la revue se transforme petit à petit en « Annales d’Histoire de la Pensée Catholique ».

Le conseil a donc parmi ses tâches essentielles celle de rechercher des rédacteurs, en commençant bien sûr par ses propres membres (il y a à ce sujet un article très attendu sur Bossuet, promis depuis des lustres et dont on ne désespère pas qu’il voie enfin le jour). Cette recherche de collaborateurs vivants, plutôt que défunts même célèbres, demeure un souci permanent, car si l’on trouve de moins en moins de personnes qui lisent (sur le papier et non sur l’écran de leur ordinateur), il en est encore moins qui écrivent.

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Les articles étant obtenus, non sans peine, il faut encore les examiner quant à la forme et quant au fond.

Quant à la forme d’abord.

Tout a son importance pour que le lecteur s’intéresse à un article : le choix du caractère d’imprimerie, sa taille, la couleur du papier, la grandeur des marges et des interlignes, etc. ; ensuite la longueur des articles, quelquefois les illustrations ; enfin le style, avec la chasse impitoyable au franglais, aux néologismes et aux tournures à la mode, qui deviennent vite incompréhensibles. Ce qui est classique ne prend pas de rides.

Quant au fond ensuite.

Dans le bon combat de la foi que nous devons mener, saint Paul nous demande de rappeler la saine doctrine en insistant à temps et à contretemps (2 Tm 4, 2), « opportune et importune ». A temps, c’est clair. A contretemps, aussi, oui, mais jusqu’où ? Comme le rappelait Jean Madiran autrefois dans Itinéraires, citant Charles Péguy :

Une revue n’est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes qui soient dans le cinquième [9].

Il faut ensuite convaincre l’auteur d’un article du bien fondé de telle ou telle correction lorsqu’elle est nécessaire. Pour certains, c’est chose facile ; pour d’autres à la progéniture incorrigible, ils mériteraient bien d’entrer dans la caste des intouchables.

La variété des sujets traités, qui relève du choix des articles composant un numéro, joue son rôle car un public assez varié doit pouvoir le lire : clercs, pères de famille, étudiants, mais aussi mères de famille et personnes consacrées (cloîtrées ou non cloîtrées).

Cependant, pour des sujets importants, la revue édite des numéros spéciaux, en nombre limité à cause du surcroît de travail que demande leur préparation : « Le Père Calmel » (12 bis, déjà mentionné), « L’Histoire de France » (17 et 19), « Le Père Emmanuel » (44), « Le Cœur Immaculé de Marie » (53). Il y a enfin les dossiers, moins complets, mais donnant des études sur un thème particulier ou sur un auteur (Louis Jugnet, Père Fahey, etc.).

N’oublions pas le « Courrier des lecteurs », lu à chaque réunion, qui informe utilement sur les améliorations à apporter et sur l’intérêt des articles. On y trouve quelquefois des encouragements, ce qui est toujours stimulant.

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A l’origine, le conseil se réunissait sans boire ni manger. Sous ce rapport, c’était une pénitence certainement profitable au tonus spirituel de la revue. Mais il fallait bien bavarder un peu quand même et, parfois, les bavardages allaient bon train, au détriment du bon ordre et du travail. A tel point que les bons pères d’Avrillé se demandèrent un temps s’ils ne feraient pas pour le conseil de rédaction ce que Maurras, en cas de restauration de la monarchie, proposait pour la Chambre des députés : réunir tous les députés pour un grand banquet de remerciement à l’occasion de la dissolution de la Chambre et les laisser tranquillement rentrer chez eux.

L’instauration du déjeuner succédant au conseil a résolu le problème : la productivité des réunions est ainsi assurée et la partie de convivialité qui succède les rend plus attrayantes…

 *

La longue marche d’un lecteur atypique

par J.M.

Rien ne me destinait à devenir un lecteur assidu du Sel de la terre

Je suis né au milieu du siècle précédent, dans une ville de la ceinture rouge de Paris, la banlieue ouvrière et populaire qui entoure immédiatement la capitale, au sein d’une famille pauvre : une existence difficile, surtout dans la première moitié des années cinquante où nous habitions un petit deux-pièces, ancien local à poubelles durant la guerre, transformé – crise du logement oblige – en appartement très humide et sans eau courante.

Mon père, ouvrier métallurgiste, bien que baptisé, était militant actif du parti communiste et du syndicat cégétiste ; ma mère, également ouvrière, catholique par tradition familiale, n’avait pas de pratique religieuse régulière.

Je ne reçus pas l’eau du baptême à ma naissance mais six ans plus tard, la Providence y ayant pourvu. Mes grands-parents maternels vienaient d’apprendre la prochaine visite dans leur village de l’évêque du lieu. Je fus alors baptisé, puis confirmé lors de la visite épiscopale un mois plus tard.

Vers onze ans, j’ai suivi, sans aucun enthousiasme, quelques leçons de catéchisme et fait ma première communion. C’est tout, et c’est là que s’est arrêtée mon éducation religieuse.

En face de l’absence d’une foi ferme, construite et expliquée, en un mot, solide, j’avais, au quotidien, l’exemple actif et convaincu de mon père. Inévitablement, l’attrait de l’idéologie communiste l’aurait emporté sur une foi catholique en cours d’abandon. En outre, ce processus était accéléré par l’époque, l’air du temps. Au début des années soixante, le communisme apparaissait de plus en plus triomphant avec les succès spatiaux de l’URSS, la victoire de Castro à Cuba, l’annexion militaire du Tibet par la Chine rouge.

J’avais cessé toute pratique religieuse sans en éprouver le moindre remords ni le moindre besoin et je revendiquais un athéisme fondé sur le néant. La religion était perçue comme une sorte de superstition surannée et désuète tout juste bonne pour des nostalgiques du temps passé.

A partir de 1965, la Chine rouge arrive avec grand fracas sur la scène politique mondiale. C’est le début de la révolution dite « culturelle et prolétarienne ». La seule chose qui me semblait difficile à cautionner, c’était le côté « culte personnel » du chef, cette idolâtrie qui rimait avec l’agitation permanente du petit livre contenant sa pensée.

D’ailleurs, si j’avais réfléchi un peu, tout aurait été clair. Le fameux petit livre était d’une couleur rouge sang écarlate et, dès la première « pensée », il n’y avait aucune équivoque, car on pouvait y lire : « Chaque communiste doit se convaincre que le pouvoir est au bout du fusil ».

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De fait, je fus plus attiré par l’exemple de l’Albanie rouge. D’autant que ce petit état européen affirmait en 1967, être devenu le premier état sans aucune religion, à l’issue d’une campagne de « révolution­narisation » menée par la jeunesse communiste locale. Quoi d’étonnant à cela, quand les bambins albanais dès leur plus jeune âge, à la maternelle, étaient habitués à scander des slogans comme : « Parti, Enver, jemi gati kurdoher ! »

Autrement dit en français : « Nous sommes toujours prêts à suivre Enver et le parti ! »

Enver Hoxha (qui se prononce « hodja ») était le dirigeant fondateur du parti communiste d’Albanie. Toutes les églises et les mosquées avaient été fermées et les cultes supprimés… à la demande des masses laborieuses, comme il se doit. Cette opération rentrait dans le cadre du 5e congrès du PTA, alias le Parti du Travail d’Albanie (P.P.Sh. en albanais).

[…]

*

Quand, vers le milieu des années soixante-dix, j’ai quitté politiquement le marxisme-léninisme militant, suite à quelques lectures, j’avais fait reposer mon athéisme juvénile et sentimental sur une sorte de verbiage pseudo philosophique composé de quelques textes, d’ailleurs peu nombreux, tels que : « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » et Dialectique de la nature, d’Engels.

C’est surtout dans les Principes élémentaires de philosophie, de Georges Politzer que j’avais puisé quelques éléments pour me conforter dans ma vision matérialiste dialectique du monde, avec des sentences définitives du style :

Il y a une matière sans esprit, mais pas d’esprit sans matière. Si nous ne pouvons dire comment s’est formé le monde, la science nous permettra de le savoir.

Plusieurs changements politiques sont intervenus dans les années quatre-vingts : l’émergence du Front National, le déclin du Parti Communiste, la chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi les partis de gauche français, non seulement ne réagissaient pas face à la montée du péril islamique et de son impact sur l’insécurité, mais, au contraire, étaient, dans leurs actions, les agents serviles et zélés de cette politique d’immigration soit-disant incontrôlable. Pour quelles mystérieuses raisons, eux qui n’avaient pas assez d’éloges pour la république, la nation… refusaient-ils de défendre notre identité nationale menacée ?

Comme salarié, j’étais tenté parfois de m’engager syndicalement ; mais je constatais aussitôt que je n’avais le choix qu’entre des syndicats de gauche, d’extrême-gauche ou d’ultra-gauche. Étrange ?

Enfin, j’étais assez stupéfait par le comportement de tous les partis de gauche comme de droite, des syndicats, associations, groupes de pression, etc. qui clamaient quotidiennement leurs divergences et tout d’un coup, hurlaient à l’unisson pour faire un bloc dit républicain et mettre toute velléité d’expression nationale dans un ghetto qualifié selon le moment de nazi, fasciste, raciste, antisémite, intégriste.

Il y avait derrière tout çà un fil conducteur invisible car, moins qu’ailleurs, rien ne se fait au hasard dans la vie politique. Ce fut une véritable découverte de prendre en compte l’action des loges maçonniques dans tous les domaines politiques, sociaux, scolaires, administratifs et plus tard religieux.

*

Un mot de F. Mitterrand m’a particulièrement aidé. En 1989, sortant d’une cérémonie de célébration du bicentenaire de la convocation des États Généraux et répondant à une question lui demandant s’il allait aussi célébrer le bicentenaire du 14 juillet 1789, du 10 août 1792, des massacres de septembre 1792, de la Terreur et des guerres de Vendée, il répondit laconiquement mais clairement et sans équivoque : « La Révolution Française est un tout qu’on DOIT accepter dans son intégralité »

Quel intégriste, ce frère Mitterrand !

Si Mao avait été jacobin, il aurait certainement pensé : « Chaque républicain doit se convaincre que la guillotine est au bout de la Déclaration des Droits de l’homme ».

Insensiblement mais de façon parfaitement programmée, la France se préparait à la guerre à la fin des années 80, la guerre que G. Bush voulait contre l’Irak de S. Hussein. Le front national fut le seul parti qui sauva notre honneur en la circonstance. Cette guerre fut ce qui me fit vraiment comprendre que nous étions entrés depuis quelques décennies sous la coupe d’une sorte de Cinquième Internationale, mondialiste celle-là, qui suivait un programme établi (par qui ?), qui avait ses acteurs du moment qui parfois disparaissaient et étaient remplacés par d’autres, qui dépassait les notions de gauche-droite, de république ou monarchie, de nation et d’état.

L’évolution de ma vision politique ne s’était pas doublée d’une évolution au plan religieux. Certes, j’avais suivi à partir de la fin des années 70 et de la prise de l’église Saint-Nicolas le combat des traditionnalistes catholiques ; mais de l’extérieur, en spectateur, comme si c’était un autre monde que je ne connaissais pas.

 D’ailleurs, Mgr M. Lefebvre était, je l’affirme, quelqu’un de respecté par certains militants communistes, sans doute pour son authenticité. Sans l’approuver, ils sentaient en l’écoutant ou en le voyant à la télévision, qu’il croyait en son combat. Par contre, ils faisaient peu de cas de ceux qui se « conciliaient » avec eux.

Dans un premier temps, ce fut pour des raisons familiales et scolaires que j’entrais en contact avec la Tradition catholique et les écoles hors contrat qu’elle dirigeait. Le tout premier contact put se faire par le biais d’un laïc, militant actif dans la mouvance Ecclesia Dei, qui me fit connaître un vieux prêtre diocésain qui avait réussi à maintenir la messe en latin dans sa paroisse de grande banlieue parisienne.

Je fus très étonné d’apprendre par ce laïc qu’il y avait deux fraternités, deux pèlerinages et je me souviens avoir pensé à ce passage au commencement de La Guerre des Gaules où Jules César, avec une certaine ironie, décrit les Gaulois comme un peuple divisé en deux clans, dans chaque village et même chaque famille. J’en conclus que cette tendance semblait perdurer !

A vrai dire, j’avais suivi les sacres épiscopaux de juin 1988 d’un peu loin et n’y avais vu qu’une simple péripétie.

Pour quelle raison me suis-je alors abonné à Fideliter ?

La réponse tient certainement dans le respect de la personnalité de Mgr Lefebvre, et deux écrits y ont fortement contribué.

Tout d’abord, une petite brochure de F. Brigneau intitulée Pour saluer Mgr Lefebvre où ce militant nationaliste, qui s’avouait non croyant, rendait un hommage sincère à l’action militante de l’homme d’Église, ou plutôt à l’action de l’homme de l’Église militante.

 Le second document est le dernier livre écrit par Mgr Lefebvre, La petite Histoire de ma longue histoire, texte d’une conférence destinée aux Sœurs de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Ce qui m’a le plus surpris dans ce texte, ce fut la conclusion ; à savoir qu’il fallait faire confiance à la Providence et ne pas compter que sur ses propres forces, contrairement au précepte popularisé par Mao.

Je suis donc resté lecteur assidu de Fideliter tout en étant ni croyant ni pratiquant régulier et cela dura plusieurs années. Toutefois, chaque lecture suscitait des questions, des interrogations auxquelles je ne pouvais apporter de réponses dans l’immédiat. Elles devaient venir plus tard, notamment avec la lecture du Sel. Il fallait du temps. Si, extérieurement, mon évolution vers Dieu était très lente, intérieurement un travail s’opérait et, insensiblement, j’avais évolué d’un athéisme matérialiste vers une sorte d’agnosticisme.

*

Vers l’an 2000, la question d’une réconciliation avec Dieu, d’une conversion franche et complète, a commencé à me tarauder. Deux facteurs y ont contribué, et d’abord une phrase de Mgr Lefebvre :

En ouvrant les yeux de notre esprit, de notre intelligence, nous ne pouvons pas ne pas constater qu’il y a dans l’univers qui nous entoure un ordre magnifique. Cet ordre n’est autre que l’orientation de toutes les activités de cette nature vers une fin, vers une fin utile, vers un but qui a été assigné par Dieu à toute la Création.

Second point : comment affronter l’expansion de l’islam et là il m’apparaissait évident qu’on ne pouvait y répondre par une action au seul plan politique ; mais, au contraire, seule la vraie religion catholique pouvait garantir un combat efficace contre une fausse religion.

D’ailleurs, si Mao avait été musulman, il aurait pu écrire : «Chaque musulman doit se convaincre que le djihad est au bout de la sourate coranique »

Une de ses pensées avait eu son heure de gloire auprès des intellectuels prochinois, vers 1967, dans le film « La Chinoise » de J-L. Godard : « D’où viennent les idées justes : tombent-elles du ciel ? Non, elles viennent de la pratique. » En la paraphrasant, je me demandai un jour d’où venaient les idées fausses, voyant que des acteurs aussi différents que des communistes, des jacobins et des musulmans pouvaient parfaitement se retrouver à prôner la violence, la guerre, les massacres, le génocide pour parvenir à leur fin. La liste est loin d’être exhaustive et d’autres y ont leur place, les nationaux socialistes, les calvinistes, etc.

En définitive, n’y aurait-il pas derrière toutes ces diverses facettes d’une même culture de la haine, une force obscure qu’on pourrait appeler le démon ?

*

En septembre 2002, j’ai acheté mon premier exemplaire du Sel, le n°40. C’est l’article de l’abbé Nicolas Pinaud, au sujet de l’éruption de la Montagne Pelée, qui en fut la cause. C’est d’ailleurs le seul article que j’ai lu. Impossible de lire les autres articles et il en fut ainsi pendant une dizaine de numéros. Je ne lisais que les articles à caractère historique.

A l’été 2005, c’est avec le n° 53 consacré à Fatima que tout a changé, sans doute parce qu’il était composé à la fois d’articles historiques contemporains et de ce que j’appelais des « pavés ». C’est alors que j’ai compris la somme de travail, d’efforts et de connaissances que les auteurs devaient déployer pour rédiger ces fameux « pavés ».

A partir de ce moment, je me suis efforcé de respecter ce remarquable travail et petit à petit à les lire. Comme en mai 68, j’ai soulevé les pavés, et j’ai découvert autre chose que du sable. J’ai beaucoup appris, ce qui a suscité des questions dans des domaines jusque là inconnus. Je me suis dès lors procuré la collection complète du Sel. C’est facile et pas cher.

Peu à peu, mais tout de même sur plusieurs années, j’ai tout lu et en ai tiré beaucoup de profit. Au début, je notais une phrase dans ma mémoire, puis sur des feuilles de papier et aujourd’hui sur un fichier Excel. Dire tout ce que je dois au Sel serait trop long et fastidieux vu que je suis parti pratiquement de zéro ; mais je veux juste citer quelques points forts.

 Les articles historiques sont toujours ceux que je lis en premier. Les articles d’O. Dugon m’ont apporté bien plus que la découverte de la nature, l’importance de la contemplation de l’œuvre du Créateur. J’ai aussi beaucoup appris sur le concile Vatican II et les textes qui en sont issus.

Aller au fond des choses, avoir le souci du détail, comprendre qu’une simple expression comme « subsistit in » dans une encyclique pontificale conduit à de lourdes conséquences.

Pour être bref et concis, je dirai que ce qui me conforte dans le Sel, c’est le courage des rédacteurs et de son directeur, à dire simplement la vérité même si elle est difficile à dire, à accepter, si elle heurte ou exaspère, si elle n’est plus à la mode actuelle, au risque d’encourir les tribunaux ou la diabolisation de la part des gens sous influence.

C’est un petit espace de liberté, rare et donc précieux dans ce monde où règne le diktat de la pensée conforme aux visées mondialistes.

Il est des articles qui ne peuvent être lus et compris que dans le silence et demandent de la concentration ; autrement dit difficiles à lire dans un train de banlieue pendant le trajet pour se rendre à son travail.

Par contre, j’apprécie aussi une méthode ludique qui consiste à laisser sa main se promener sur toute la collection et de suivre la Providence ; d’ouvrir un volume et lire le premier article qui vient. Passer éventuellement à un autre article, ou à un autre volume si c’est une série et du coup, l’heure, qu’on ne savait comment occuper, va passer très vite et même parfois se prolonger.

Ainsi, sans vous en rendre compte, vous avez réfléchi, noté une phrase ou deux, retenu une expression, exercé votre mémoire et surtout fait appel à votre intelligence, ce qui n’aurait pas été le cas en écoutant la radio, en regardant la télévision, en pianotant sur le web ou en essayant de choisir un bon candidat pour la prochaine échéance électorale.

La lecture du Sel fait du bien, même à forte dose ; aucune addiction pathologique n’a jamais été signalée. Vous ne risquez pas d’aggraver le déficit abyssal de la Sécurité Sociale, d’autres s’en chargent et celle-ci pourrait même assurer un remboursement des frais d’abonnement.

Enfin, en guise de conclusion, le Sel est le fruit d’un travail humain et rien ne saurait remplacer une visite aux pères dominicains d’Avrillé. Échanger avec eux est toujours fructueux sans oublier d’admirer le magnifique couvent de la Haye-aux-Bonshommes, lieu chargé d’histoire, incrusté dans la verdure angevine.

Bonne lecture.

Deo gratias !



[1]  — Code de Droit canonique (1917), canon 1366, § 2.

[2]  — Ces rubriques ont rapidement été regroupées sous trois titres : « Écriture sainte », « Études », « Vie spirituelle ». (Note de 2012.)

[3]  — Cette rubrique n’a existé que dans les premiers numéros de la revue. Elle est remplacée maintenant par la rubrique « Documents ». (Note de 2012.)

[4]  — Cette rubrique n’a jamais vu le jour. (Note de 2012.)

[5]  — Paroles du pape Jean XXII au consistoire, en 1318, reproduites par saint Pie X dans Doctoris Angelici (29 juin 1914), le dernier Motu Proprio du saint pape, et Pie XI dans son encyclique sur saint Thomas Studiorum Ducem (29 juin 1923).

[6]  — Vie de saint Thomas par Guillaume de Tocco. Voir aussi le témoignage de Barthélémy de Capoue au procès. Cette phrase a été reproduite dans l'encyclique Studiorum Ducem de Pie XI.

[7]  — Nous reproduisons les textes de Mgr Lefebvre à la suite de cet éditorial. (Note de 2012.)

[8]  — Voir I-II, q. 113, a. 8, ad 1.

[9]  — Itinéraires nº 10 (février 1957), p. 13.

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Le numéro

Le Sel de la terre n° 80

p. 1-26

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