L’épopée des Zouaves Pontificaux
par Xavier Barthet
En complément aux Mémoires d’un zouave pontifical de Dom Bernard Maréchaux publiés dans Le Sel de la terre (numéros 77 à 80), voici une analyse d’un ouvrage de Henry Méhier de Mathuisieulx [1].
Cet ouvrage a fait l’objet d’un retirage, augmenté d’une préface du colonel Armel de Charette, à l’occasion du centenaire du décès d’Athanase de Charette : « Puissent les jeunes générations, comme leurs Anciens, puiser dans ces pages les exemples des mâles vertus de fidélité, d’abnégation, de foi, de courage et d’honneur, une sainte horreur de toute compromission et un grand amour de l’Église. Ce 9 octobre 2011, jour anniversaire de la mort du général baron de Charette ».
Le Sel de la terre.
L’auteur
Le vicomte Henry Méhier de Mathuisieulx (1860 - après 1913), est un ancien officier et un explorateur qui a parcouru l’Indochine, Madagascar, l’Éthiopie et la Lybie durant la période 1888-1907. Issu d’une ancienne famille aristocratique, il a suivi les opérations militaires du Tonkin en 1884-1885, il a effectué des expéditions dans tous les continents à partir de 1888, et un tour du monde de 1892 à 1894. Il a suivi de nouveau les opérations militaires de Madagascar en 1897. Pendant la période 1901-1907, il a effectué aussi des voyages en Cyrénaïque et en Tripolitaine, en mission pour le ministère de l’Instruction publique : certains de ses clichés illustrent les articles qu’il a ensuite écrits, notamment dans la revue Le Tour du Monde, et dans son supplément Autour du Monde. Il a été membre de la Société de géographie de Paris, de 1894 à 1903. On perd sa trace après 1913. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont En colonne au Menabe (Madagascar) et L’Orno (Voyage d’exploration dans le pays des Somalis et l’Éthiopie méridionale) en 1900, A travers la Tripolitaine en 1902, et plusieurs articles sur la Tripolitaine entre 1902 et 1907, Le Djebel tripolitain, la Cyrénaïque en 1907, et enfin cet ouvrage qui a paru à Tours en 1913, sous le titre : Les Zouaves Pontificaux. A sept ans, il assistait à l’arrivée à Rome du corps expéditionnaire français envoyé pour secourir les États pontificaux, le 29 octobre 1867.
Synthèse de l’ouvrage
Napoléon III s’est engagé par le traité de Villafranca de 1859 à soutenir le Royaume de Piémont-Sardaigne de Victor-Emmanuel II contre l’Empire d’Autriche. En échange de la cession à la France de la Savoie et du Comté de Nice, Victor-Emmanuel II a pu ainsi conquérir avec l’aide française la Lombardie, Parme, Modène, la Toscane, Venise, mais aussi malheureusement la Romagne, suite à des simulacres de plébiscites en mars 1860. Or, la Romagne était un des États pontificaux, ces territoires cédés à l’Église par Pépin le Bref. Le Saint-Père s’exclama alors : « Non devo, non posso, non voglio ! ». Il fit appel au général de La Moricière, vainqueur à Constantine, pour se défendre de ce début de spoliation qui ne pouvait que s’étendre au reste du territoire. L’épopée des zouaves pontificaux allait commencer, et durer dix ans, jusqu’à la chute de Rome le 20 septembre 1870. C’est le sujet de cet ouvrage de 314 pages, structuré en quinze chapitres.
A l’appel de Mgr de Mérode, c’est une véritable croisade qui s’organise, la neuvième comme elle fut nommée. Des volontaires catholiques, libres de service militaire et capables de porter les armes, venant de Belgique, de Hollande, de Suisse, d’Autriche, d’Italie, d’Irlande et même du Canada, accourent à Rome. La France fournit des hommes de tous rangs et de tous âges, et spécialement les officiers (p. 13). A partir de mai 1860, le gros des effectifs se compose déjà de 5 000 Autrichiens, 3 000 Suisses et 800 Irlandais. La Moricière réorganisa efficacement ses troupes « à la française » à partir de la faible armée pontificale déjà existante : 4 brigades furent constituées avec au total 8 000 baïonnettes, 1 000 chevaux et 30 canons (p. 20).
Les futurs zouaves pontificaux, aux ordres du comte de Becdelièvre, formaient le bataillon de tirailleurs franco-belges avec celui qui sera bientôt à leur tête, le capitaine Athanase de Charette. Ce bataillon d’élite appartenait à la 1ère Brigade du marquis de Pimodan, et s’illustra d’emblée et vaillamment au combat de Grotte di San Lorenzo, le 19 mai 1860, sur la frontière de Toscane, face aux bandes armées des chemises rouges. Première escarmouche dont « l’effet considérable [fut] de redonner à l’armée pontificale un sentiment de sa force [et] du courage » (p. 24). L’auteur nous décrit la montée en puissance de cette armée avec des soldats déjà aguerris mais aussi de toutes jeunes recrues (p. 27-38). On voit ainsi se développer la force morale du futur bataillon de zouaves au travers de l’entraînement à la marche, du choix de l’uniforme, des règles de la castramétation (art de choisir et de disposer l’emplacement du camp), de la musique bien exercée et des exercices répétés avec tirs et marches, de la fraternité d’armes et enfin de ce qui constitue leur identité commune et la force de leur engagement au service du pape : la messe, à laquelle l’armée assistait toute entière, formée en carré. « La scène, dit le comte de Saint-Sernin, était d’une beauté imposante. […] L’émotion arrivait à son comble, lorsque les clairons sonnaient, lorsque les crosses frappaient le sol au commandement de : " Genoux terre ! " ». Tout soldat catholique ne peut que vibrer devant cette véritable union d’âmes entre frères d’armes ; en offrant déjà leur sacrifice à venir, c’est un véritable esprit de corps qui se constitue entre ces soldats, guidés par des chefs valeureux et exemplaires, et disposant d’une discipline militaire et de signes distinctifs d’appartenance. Mais surtout, animés par une même foi, ce qui fera de ces soldats des héros d’épopée, voire des martyrs.
Cependant, profitant d’agents subversifs dans les villes pontificales et de la duplicité de Napoléon III qui garantissait la non-intervention de la France, l’armée piémontaise marchait le 9 septembre sur les États pontificaux. A un capitaine piémontais, envoyé en parlementaire pour sommer La Moricière de retirer ses troupes, ce dernier faisait la fière réponse :
« Évacuer sans combat les provinces qu’ils ont pour mission de défendre, serait pour les soldats du pape une honte et un déshonneur. […] Apprenez, si vous l’ignorez, qu’à certaines heures officiers et soldats ne doivent pas compter leurs ennemis. C’est une tradition dans l’armée française, vous n’auriez pas dû l’oublier » (p. 40).
Le jour de l’affrontement s’était levé.
Bataille de Castelfidardo – 18 septembre 1860
Deux corps d’armée piémontais, les 4e et 5e Corps, aux ordres du général Fanti, franchissent la frontière le 11 septembre 1860. Le 4e Corps commandé, par le général Cialdini, s’avance sur les Marches avec 25 700 hommes, en longeant l’Adriatique, et le 5e Corps vers l’Ombrie et Pérouse. Face à ces deux corps d’armée, La Moricère ne dispose que de 9 000 combattants, et choisit son point d’effort : Ancône, sur l’Adriatique, où se trouve la brigade de Courten, et où il fait rejoindre celle de Pimodan le 17 septembre, après 6 jours de marches forcées. A Lorette, les pontificaux communient dans l’Église de la Santa Casa (sainte maison de la Vierge transportée par les anges depuis Nazareth), et prennent pour étendards ceux de Lépante. Les piémontais, coupant la route de Camerano vers Ancône, à hauteur du promontoire de Castelfidardo, avec trois brigades, La Moricière essaie d’atteindre Ancône par le littoral, en plaçant la brigade Pimodan en couverture avec ses 5 bataillons d’infanterie, ses 2 escadrons de dragons et ses 8 canons avec des armes à canons lisses. En face, les piémontais alignent 18 bataillons, 10 escadrons et 22 canons sur des positions escarpées et bien établies (p. 53) et avec des armes plus précises, à canons rayés.
Le 18 septembre, la bataille s’engage avec la traversée du Musone au gué d’Arecini (voir carte). Après une préparation d’artillerie, la ligne de crête à hauteur des fermes (casa) est prise d’assaut, « zouaves » en tête (les franco-belges ne s’appelleront ainsi qu’après Castelfidardo). Devant un feu nourri et précis venant du bois voisin, deux tentatives se succèdent, suivies d’un repli.
Soudain, du bois sur la droite, sortent 8 000 bersagliers accourus à l’aide de ceux qui avaient été délogés de la ferme. C’est le 10e de ligne, qui assaille les pontificaux sous un ouragan de projectiles. Faisant volte-face, ceux-ci arrêtent l’ennemi par une décharge générale, puis se ruent sur lui la baïonnette en avant. Étonnés de tant de bravoure, les Piémontais se replient à leur tour (p. 56).
Les franco-belges poursuivent alors vaillamment vers Crocette. Devant le rapport de force très défavorable, en particulier de l’artillerie qui fait des ravages, La Moricière engage sa brigade de réserve et se porte lui-même sur Crocette « face à l’ennemi, le bravant par son impassibilité ». Le général de Pimodan excitera de même à l’offensive ses chasseurs italiens, qui refusent de quitter l’abri des fermes, en leur criant : « Vous voyez bien que ce sont des maladroits ; sans cela ils m’auraient déjà tué ! ». Et les chasseurs reprennent courage et avancent.
Mais si les franco-belges et quelques autres bataillons d’élite ont un courage hors du commun, ce n’est pas le cas du reste des troupes. L’écrasante supériorité numérique et l’aguerrissement des soldats piémontais auront vite raison de cette minuscule et jeune armée pontificale. Un grand nombre de faits héroïques émailleront cependant la bataille où le capitaine de Charette prendra une glorieuse part. Le général de Pimodan y laissera la vie, et les franco-belges perdront 190 hommes sur un total de 400. Finalement coupée en deux, l’armée des pontificaux ne peut éviter la débâcle. La Moricière se repliera avec quelques débris sur Ancône où, assiégé par terre et bombardé par mer, il devra capituler le 29 septembre. Pie IX n’avait plus d’armée.
La bataille de Castelfidardo démontre deux choses qui semblent se contredire et sont pourtant vraies : c’est qu’on ne peut rien avec une armée improvisée et qu’on peut beaucoup avec des soldats improvisés, s’ils ont le cœur ardent. Ainsi, des adversaires italiens ont été suffisamment loyaux pour reconnaître que si tous les pontificaux avaient eu l’attitude des futurs zouaves, La Moricière aurait gagné Ancône avec tout son corps d’armée.
Les Marches et l’Ombrie furent annexées au Piémont. Les États de l’Église étaient ainsi réduits au seul Latium (autour de Rome). En 1861, Monseigneur de Mérode fit renforcer le bataillon de tirailleurs franco-belges, qui devint régiment et prit le nom de zouaves pontificaux. Les zouaves furent 3 500 au total (puis 4 500 en 1866), dont 800 hollandais, 600 français, 450 belges, des suisses, des québécois, des espagnols ou des irlandais. « Parmi eux la communauté de foi religieuse était telle, que jamais le corps n’eut à souffrir de la diversité d’origine » (p. 80). Des 170 officiers, 111 étaient français.
De 1861 à 1867, il n’y eut que quelques combats limités contre des brigands ou des garibaldiens sous forme d’escarmouches et de contre-guérilla. Citons l’enlèvement du poste de Correse, le 26 janvier 1861, où l’habileté tactique des zouaves s’appuya sur une attaque crâne et soudaine (p. 95), le combat près de Ceprano, le 4 août 1862, sur la frontière napolitaine où une patrouille de reconnaissance de 17 zouaves mit en déroute trois compagnies de bersagliers piémontais (p. 136), ou encore la marche forcée de 18 zouaves sur Monte-Lupino, le 22 octobre 1866, pour déloger 65 brigands (p. 155). Rappelons également le dévouement admirable des zouaves auprès de la population lors de l’épidémie d’Albano, en août 1867, « bravant une mort cent fois plus effrayante que celle des champs de bataille » (p. 169). Mais à partir de septembre 1867, les escarmouches devinrent plus importantes jusqu’à la guerre ouverte face aux garibaldiens. Citons enfin les combats de Monte-Libretti, le 13 octobre (p. 199), et de Nerola le 17 octobre (p. 213), où la bravoure des zouaves, à un contre trois, voire un contre dix, défit les forces garibaldiennes. La Légion d’Antibes en particulier (créée en 1866), forte de 1 400 volontaires français, « recevait là le baptême du sang [et] fut admirable d’entrain et de discipline ». Cette guerre se prolongea par la tentative garibaldienne d’insurrection de Rome, le 22 octobre (p. 217), puis par la bataille de Monte-Rotondo, le 25 octobre (p. 243), où pendant vingt-sept heures 323 pontificaux seulement, fixaient 4 000 garibaldiens (qui accusèrent 500 morts contre 20 chez les pontificaux), et retardaient ainsi de quarante-huit heures la marche de l’ennemi sur Rome, permettant ainsi l’arrivée du corps expéditionnaire français. Cette guerre connu son paroxysme avec la bataille de Mentana le 3 novembre.
Mentana – 3 novembre 1867
Le corps expéditionnaire français du général de Failly, débarqué le 29 octobre à Cività-Vecchia, comptait 2 divisions d’infanterie, 1 brigade de cavalerie, 4 batteries d’artillerie et 2 compagnies du génie. Garibaldi voulut enlever Rome avant leur arrivée, mais 300 pontificaux les bravèrent en leur empêchant le franchissement du Teverone le 30 octobre. Garibaldi se replia, craignant d’être contourné, et le proto-ministre de Pie IX, le général Kanzler, prépara l’offensive. Deux colonnes d’attaque furent formées le 3 novembre avant l’aube, une brigade de tête aux ordres du général de Courten, forte de près de 3 000 pontificaux dont la moitié de zouaves, et une brigade française de 2 000 hommes aux ordres du général de Polhès. Garibaldi massa six brigades à Mentana, décidé à les y défaire, d’une part grâce à sa supériorité numérique (à 3 contre 1), et d’autre part grâce à sa position, préparée sur une hauteur et défendue par une citadelle.
Aux approches de Mentana, les compagnies pontificales de tête se déploient et essuient une pluie drue de balles de plusieurs bataillons garibaldiens. Le lieutenant-colonel Athanase de Charette fait déposer les sacs et donne l’ordre d’assaut. Il désigne de la pointe de son sabre le bâtiment à atteindre et jette cette menace, restée célèbre : « En avant, zouaves ! à la baïonnette ! Si vous ne venez pas, j’irais seul. » Et il s’élance à cheval.
Ces paroles, lancées comme un crépitement de foudre par un chef que la fougue belliqueuse emportait à l’avant de ses hommes, électrisèrent les quatre compagnies. Au cri de : « Vive Pie IX ! Vive le colonel ! En avant ! » elles s’élancèrent. Leur élan fut tel, qu’elles culbutèrent tout sur leur passage et que les garibaldiens se replièrent en désordre. Jamais les zouaves ne s’étaient montrés si terribles (p. 282).
Embrassant de son regard la situation sur le champ de bataille, le général Kanzler a le coup d’œil rapide du chef de guerre et décide de conquérir Mentana par les hauteurs qui le dominent à l’est, en s’emparant de la ferme de la Vigna Santucci, clef de la position. La rude tâche de la prise de la ferme est confiée à Charette. Plus d’un bataillon ennemi s’y est retranché et le terrain découvert est balayé par les feux des défenseurs du mont voisin Guarnieri. Ces derniers sont culbutés de la colline par le frère du colonel, le capitaine Alain de Charette envoyé avec sa compagnie de zouaves. Ainsi couvert sur son flanc, le lieutenant-colonel de Charette lance ses zouaves, qui enlèvent la ferme après un des combats les plus chauds de la bataille. Cependant, la résistance des positions du village reste opiniâtre. Après une préparation d’artillerie, une nouvelle charge pontificale « balaya effroyablement tout ce qui se trouvait devant elle, jusqu’aux murailles (de la citadelle) d’où partaient des milliers de projectiles ». Les ailes de l’armée pontificale enveloppaient les faubourgs. L’arrivée de trois compagnies pontificales sur les arrières de Garibaldi lui fit craindre une retraite coupée, et le décida à se sauver discrètement, en abandonnant ses troupes. Mais son départ ne fut pas remarqué par ses troupes, qui ne se débandèrent pas grâce à l’entrain de leurs chefs. Les pontificaux, eux, commençaient à être à bout de forces. Le général de Polhès se décida donc à faire donner sa brigade française, dont les régiments se tenaient l’arme au pied depuis le début de l’engagement. L’effet sur l’ennemi fut décisif, notamment grâce au tout nouveau Chassepot, ce fusil « d’une effrayante précision, d’une énorme portée et d’une rapidité inconnue jusqu’alors, précise l’auteur. […] En quelques instants le découragement fut général. Les compagnies, les bataillons se débandèrent ».
Seules les troupes retranchées dans le château résisteront jusqu’à la nuit tombante mais se rendront le lendemain. Plus de mille garibaldiens jonchaient le sol. Le nombre de prisonniers était encore plus considérable. Les pontificaux comptaient 32 morts et 150 blessés. Garibaldi, rassemblant à Monte-Rotondo ses troupes vaincues, regagnait la frontière près de Correse.
Avec la victoire de Mentana, les États de l’Église (réduits au Latium) obtinrent un répit de trois années, permettant la convocation des évêques pour le concile du Vatican, qui comme on sait ne pourra cependant s’achever.
En effet, Napoléon III, qui dans son jeu double garantissait officiellement l’intégrité de Rome, capitula à Sedan face aux Prussiens et fut déclaré déchu le 4 septembre 1870. Alors, le 12, certain de ne pas risquer une expédition française comme en 1867, Victor-Emmanuel lança, sous les ordres du lieutenant-général Cadorna, un corps formé de 3 divisions et d’une réserve, sur Rome, qui fut assiégée le 17 septembre. 75 000 italiens attaquaient 6 000 pontificaux (p. 296). Le 20, après un tir intensif d’artillerie, la muraille céda près de la porte Pia. Les zouaves reçurent aussitôt l’ordre de cesser le combat, le Saint Père ne voulant pas donner prétexte à un sac de Rome. La Ville fut néanmoins occupée et pillée honteusement, malgré la parole donnée. Ce fut la fin des États de l’Église, héritage des Francs. L’armée française capitulait à Metz le 27 octobre.
Analyse – conclusion
Ce récit historique, écrit d’une belle plume et comportant de très belles descriptions des lieux, des scènes et des personnages, possède sur bien des aspects des enseignements toujours d’actualité.
Du point de vue de la politique chrétienne et du droit public de l’Église, ce livre souligne la véracité des propos mémorables du cardinal Pie à l’Empereur Napoléon III, le 15 mars 1856 : si « le moment n’est pas venu pour Jésus-Christ de régner, eh bien, alors le moment n’est pas venu pour les gouvernements de durer ». Et l’Empereur qui mena un double jeu entre l’Église d’une part et la franc-maçonnerie d’autre part, abdiquant son rôle de souverain de la fille aînée de l’Église, et de défenseur de la papauté dans cet épisode de la perte des États pontificaux, dut abdiquer au lendemain de la chute de Rome, pour que l’on y voie une relation directe de cause à effet.
Subsidiairement, d’un point de vue militaire l’intérêt de l’ouvrage est de confirmer ou de rendre avec plus de relief, la nécessaire force morale d’une armée et le rôle capital des chefs exemplaires. L’épopée des Zouaves Pontificaux montre ainsi ce qu’une troupe peut donner de tout son corps quand elle donne de toute son âme. Ce livre entretient aussi l’esprit guerrier en donnant l’exemple de belles vertus militaires par de vibrants témoignages.
Après ces dix années dignes d’une grande fresque chevaleresque, les zouaves pontificaux français rapatriés se mettront au service de la patrie envahie et se reformeront en corps des Volontaires de l’Ouest, le 11 octobre 1870. Ce sera sous le commandement du général de Sonis que se déroulera la fameuse charge héroïque des zouaves pontificaux du colonel de Charette à la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870, avec la bannière du Sacré-Cœur déployée face aux prussiens.
[1] — Henry Méhier de Mathuisieulx, L’Épopée des Zouaves pontificaux, 2011, Éditions Sainte Philomène, 13, Chemin des Plaideurs, La Brévière, 60 350 Saint-Jean-aux-Bois. Réédition de l’ouvrage de 1913 publié à Tours sous le titre Histoire des zouaves pontificaux.







