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Mgr Delassus et la démocratie 

par Hugues Bousquet

 

Dans la pratique, la Révolution progresse en distillant les erreurs de la fausse démocratie moderne. Mgr Henri Delassus l’a bien compris, et il indique aussi les principales vérités enseignées par l’Église sur la société qui nous immunisent contre ces erreurs. Hugues Bousquet résume ici l’enseignement sur cette question, tel qu’il est contenu dans le livre Vérités sociales et erreurs démocratiques [1].

On trouvera une confirmation des analyses de Mgr Delassus dans l’article de Philippe Girard sur « le drame du ralliement » un peu plus loin dans ce numéro.

Le Sel de la terre.

 

 

Introduction

 

La théologie est la première des sciences et toutes les autres (surtout les sciences économiques et sociales, qui rentrent dans l’ordre des sciences morales) sont fausses, au moins dans leurs conséquences pratiques, lorsqu’elles ne marchent point d’accord avec elle [2].

Cette pensée de Le Play s’accorde bien avec la manière dont Mgr Delassus envisage le sujet de son livre, en soi profane (politique, économique, social) : les thèses développées en la matière seront subordonnées aux vérités théologiques. Rappel salutaire, donc, de la subordination de l’ordre temporel à l’ordre spirituel, à l’heure où la plus grande partie du clergé, gagnée aux idées libérales, prêche la séparation de l’Église et de l’État.

Ce parti pris en faveur de Dieu affiché d’emblée prépare à la lecture de l’ouvrage, affirmant nettement le lien direct entre la forme de la société politique (le régime), la forme de l’économie (libérale, socialiste ou bien chrétienne) et la direction spirituelle imprimée à la société tout entière. Autrement dit, une théologie ou une philosophie libérale engendre des régimes politiques libéraux et des économies libérales (dégagées de toute morale objective) et une théologie authentiquement catholique suscite l’érection de régimes chrétiens et d’économies chrétiennes. Notons que l’auteur s’intéresse fortement à l’économie, jugeant que l’ordre social chrétien s’impose à tous les domaines de la vie sociale, pas simplement aux gouvernements des sociétés.

Le plan de l’ouvrage est en trois parties :

—     Première partie : Vérités et erreurs fondamentales, où il est question de vérités et d’erreurs théologiques, philosophiques et politiques.

—     Deuxième partie : Vérités et erreurs d’ordre secondaire, où il est question d’économie.

—     Troisième partie : Solution chrétienne de la question sociale.

 

I. Vérités et erreurs fondamentales

I.1. Conséquences sociales de la négation du péché originel

Mgr Delassus affirme dès les premières pages que toutes les applications économiques et sociales modernes découlent d’une erreur fondamentale : la négation du péché originel. Cette vision des choses n’est pas originale, même si elle est oubliée de nos jours.

Il est évident que les conceptions théologiques et philosophiques d’une société informent toute sa vie, jusque dans les moindres détails. Par conséquent, les nouvelles organisations économiques et sociales ne sont pas sans lien essentiel avec l’idéologie libérale de la philosophie maçonnique dominante. Cette philosophie antichrétienne sape les fondements de la religion, et notamment le dogme du péché originel, ce qui rend inexplicable l’existence du mal dans la société et inutiles les mystères de l’incarnation et de la rédemption. C’est ainsi que la Révolution va bouleverser tout l’ordre social.

Contre cette négation, Mgr Delassus évoque les enseignements du magistère, notamment :

1.       Le dogme de l’Immaculée Conception (8 décembre 1854) qui rappelle la règle générale du péché originel.

2.       Le Syllabus de Pie IX qui condamne toutes les erreurs modernes, conséquences du naturalisme.

A cette occasion, Mgr Delassus se livre à une considération « apologé­tique » importante fondée sur des observations sociologiques de Frédéric Le Play : les peuples qui reconnaissent le péché originel et fondent leurs institutions en conséquence sont des peuples prospères. Le Play insistait sur le fondement principal de la prospérité : la morale.

Plus généralement, le fondement de la prospérité des peuples est la théologie catholique qui informe la morale, celle-ci gouvernant les ordres politique et économique, contrôlant le progrès technique et son usage, ainsi que les diverses organisations sociales.

Retenons cette conclusion importante : il y a un premier dogme capital à enseigner, le péché originel et ses conséquences sur le genre humain.

 

I.2. Croyance en la perfection originelle de l’homme conséquences de l’absurdité

Bossuet écrit : « Le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet [3]. »

L’homme moderne veut nier le péché originel et croire en sa perfection originelle. Cette négation de la nature déchue amène un bouleversement total des choses, car elle fausse les rapports réels que l’homme doit entretenir avec son Créateur, et par suite avec tout ce qui l’entoure, à commencer par la société. Le faux dogme de la perfection originelle est source des désastres sociaux, de la décadence et de la paresse.

La religion chrétienne dans son essence était inspirée par une connaissance autrement profonde du cœur humain. Ce n’était pas dans des discussions de café et des discours parlementaires que s’élaborait le dogme philosophique qui lui sert de base. Ce dogme [...] imprime la notion de l’effort et du relèvement, commande d’effacer la tache […] ; il commande à toutes les institutions sociales de s’imprégner de cet esprit, de créer des freins, d’opposer une digue aux débordements impulsifs des passions [4].

Mgr Delassus poursuit son analyse du nouveau corpus philosophique révolutionnaire. Un certain nombre de faux dogmes viennent accompagner et soutenir naturellement l’erreur de la perfection originelle : « la liberté » illimitée (il est contraire à la nature de vouloir la restreindre) « l’égalité » (l’inégalité est la pire des injustices), « la souveraineté du peuple » (l’homme n’a pas besoin d’être gouverné) et finalement « l’illégitimité de la propriété » (inégalité sociale intolérable). Nous voyons ici l’influence du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau.

Cependant, l’histoire des peuples et des sociétés montre que partout et toujours, l’autorité, la hiérarchie et la propriété ont existé. Et même, la civilisation a d’autant mieux prospéré que ces trois réalités ont été reconnues dans la société.

L’homme, blessé par la faute originelle et prisonnier de ses passions, ne peut être libre au sens licencieux de la Révolution. L’autorité légitime, qui existait déjà avant le péché originel pour favoriser le bien, est encore plus nécessaire maintenant, car elle doit aussi restreindre le mal. D’où l’utilité des hiérarchies sociales. Quant au droit à la propriété privée, l’auteur signale assez simplement qu’il découle de la vertu de justice.

Enfin, Mgr Delassus répond au sophisme de Rousseau concernant la souveraineté du peuple. L’autorité, précise-t-il, appartient à la cause (celui qui produit a autorité sur ce qui est produit). Dieu est le Créateur de toutes choses, il est souverain. Par conséquent, toute autorité vient de lui. Or, les démocrates déclarent que « le principe de toute autorité est dans la nation [5] ». C’est une erreur, car la nation n’est pas la cause première de la société politique. Cette erreur populaire anéantit toute idée de hiérarchie et d’autorité jusqu’à celle de Dieu même. Notre auteur rappelle ici que les papes ont combattu l’idée de souveraineté du peuple : Pie VII, Grégoire XVI (encyclique Mirari vos), Pie IX (Quanta cura), Léon XIII (Immortale Dei). Comme le dit saint Paul : toute autorité vient de Dieu.

Ce rappel peut nous être utile pour corriger notre propre perception de l’action politique. Il n’est pas toujours aisé d’éviter, dans la pratique, tout engagement à saveur de souveraineté populaire, tous les mécanismes reposant sur la loi du nombre ; pourtant, c’est en acceptant les règles de l’armée de Gédéon, règles qui bousculent la tentation du nombre et des alliances trop humaines, que nous serons vraiment catholiques.

 

I.3. Démocratie et suffrage universel

Enfin, la cascade des fausses évidences, des faux dogmes et des applications désastreuses continue sa chute inéluctable. Le mal subit cette espèce de loi de gravité spirituelle, de chute accélérée à partir du premier principe biaisé ou retourné.

Ainsi, du faux dogme de la perfection originelle a découlé celui de la souveraineté populaire, et de celui-ci découle l’institution impie du suffrage universel. C’est la démocratie, fille de l’orgueil : l’orgueil fait refuser d’abord le péché originel, puis, comme on ne peut nier l’existence du mal en réalité, finit par en attribuer la cause à Dieu lui-même.

C’est un des paradoxes du démocrate athée : il nie Dieu et il le hait en même temps. Mais comment haïr celui qui n’existe pas ? Il nie Dieu dans ses livres, dans sa philosophie, et il le hait en pratique dans sa politique. La démocratie issue de 89, nous explique Mgr Delassus, sera toujours contre Dieu. Le terme de démocratie signifie : souveraineté du peuple, nation gouvernée par le peuple. Il y a là un refus de Dieu. Les démocrates « chrétiens », eux-mêmes, sont conduits à vouloir une démocratie non confessionnelle.

L’auteur attire ensuite notre attention sur le fait que les principes de la démocratie et la souveraineté populaire sclérosent la société, anéantissent sa vie intellectuelle et morale et mènent au chaos social en faisant de l’homme qu’ils prétendent déifier un pantin minable. Car la souveraineté populaire est un mensonge. L’homme se retrouve isolé par la Révolution, seul face à l’État, dépourvu des anciennes défenses naturelles que constituaient les corps intermédiaires. La Révolution les a sciemment brisés pour asseoir sa puissance et les a insidieusement remplacés par les partis, archétype des corps contre-nature [6], trompe-l’œil d’une vraie représentation fondée sur la nature de l’homme et des sociétés [7] :

La société démocratique considère, non pas les hommes réels de la vie pratique […], mais un type d’homme abstrait, dépouillé de toutes les qualités concrètes et qui est le même à tous les degrés de l’ordre social : le citoyen, les citoyens, valeurs identiques qu’il n’y a plus qu’à additionner, et dont le nombre fait la loi. C’est sur cette poussière d’homme que l’État établit sa dictature. Il a divisé pour régner. Le citoyen est roi sans doute, mais c’est un roi débile. « […] Le mécanisme représentatif [des partis] suppose, par définition, que le citoyen est impuissant. Il est impuissant parce qu’il est incompétent. Et il est incompétent, par cela même qu’il est un personnage abstrait, détaché des conditions réelles de la vie, ayant à se prononcer, non pas sur des problèmes qui tombent sous ses sens et font la matière de son existence, mais sur cet ensemble de questions vagues qu’on désigne sous le nom d’ “intérêt général” et qu’il ignore. Il lui faut donc se faire suppléer par un mandataire compétent, et, nouveau paradoxe, c’est à lui, qui est l’incompétence même, à choisir la compétence. Ce choix accompli, il reste inerte. […] Ce roi débile est en même temps un roi fainéant. Nul sentiment de responsabilité, nulle notion de l’effort, nul appel aux forces vives de l’individu ! Rien, ou si peu que rien : le geste facile de l’électeur […] [8]. » 

Notons l’intérêt de cette expression collectée par Mgr Delassus : « personnage abstrait, détaché des conditions réelles de la vie ». Voilà ce que la Révolution fait de l’homme : une idée, non une réalité. La chrétienté, au contraire, considérait l’homme incarné, celui de la réalité et lui octroyait ici ou là des pouvoirs de décision économique, sociale ou même politique conformes à ses compétences, respectueux de sa nature et de celle des sociétés dont il était membre. C’était la vie quotidienne des communautés de métiers et des communes.

Pour lutter durablement contre la Révolution, conclut Mgr Delassus, il faut redonner à l’Église sa place vis-à-vis du pouvoir temporel et reconstituer des corporations et des familles catholiques. Il n’est pas question pour lui de prendre le pouvoir par les urnes. Il n’est pas inutile de le rappeler à l’heure où l’on parle de façon décomplexée de « lobbying » catholique.

 

 

II. Vérités et erreurs d’ordre secondaire

Poursuivant son œuvre de réhabilitation de la vérité, Mgr Delassus montre, dans cette seconde partie, que, pour restaurer l’ordre social chrétien, il faut non seulement restaurer les vérités théologiques, mais également les vérités économiques.

 

II.1. Le capital

Il introduit son exposé en traitant du capital, mais ni comme Marx ni comme les théoriciens du libéralisme. Il dévoile toute l’importance de ce que nous pourrions avoir tendance à mépriser, tant l’usage qui est fait du mot, depuis deux siècles, a pu salir la chose.

Le capital, ce sont les richesses acquises et fécondées par l’homme depuis la Création. Chaque nouvelle richesse repose sur la production, la production sur un capital antérieur, le capital sur la vertu et la vertu sur la foi. Les sociétés qui oublient cela – dont l’ordre économique n’est pas fondé sur la vertu – vont à leur perte. L’économie qui ne puise pas sa sève dans les enseignements de l’Église, qui refuse sa morale objective – l’économie libérale, par conséquent –, engendre le paupérisme et suscite le socialisme, doctrine de haine et d’envie qui mène au chaos social.

Notre auteur précise : la science économique qui rend les peuples heureux et prospères est fondée sur le détachement des plaisirs d’ici-bas. C’est le fondement d’une économie chrétienne. En effet, Dieu a créé les éléments de départ et, par son travail, l’homme a produit des richesses et développé son capital. Il le conserve ensuite par sa modération à en user. Ainsi, après la vertu de force, intervient la vertu de tempérance : voici les bases d’une saine économie mortifiée.

Ajoutons que cette force et cette tempérance ne peuvent être établies dans la société d’une façon assez générale et constante que par la contrainte (esclavage antique et esclavage moderne [9]) ou par la vertu. L’Église engendra la vertu dans les sociétés catholiques, à commencer par l’amour du travail (force) et la mortification des appétits (tempérance), vertus personnelles et pourtant éminemment sociales dans leurs conséquences, indispensables à la fondation d’une économie chrétienne. Le rôle du christianisme est donc déterminant.

Notons que l’intelligence de l’homme développe aussi un capital : celui des connaissances intellectuelles, scientifiques, etc. La notion de capital n’est donc pas réservée aux seules richesses matérielles. Mgr Delassus sait le rappeler lorsqu’il parle de capital-homme ou de capital-hiérarchie sociale. Elle embrasse l’ensemble de ce que l’homme a acquis et conservé vertueusement depuis la Création : connaissances intellectuelles, possessions matérielles, institutions sociales, etc.

Ainsi, le capital, même sous son aspect matériel, n’est pas cette chose si affreuse que le libéral, homme carnalisé, adule pour les spéculations qu’il en retire aisément et sans frein aujourd’hui [10], ou que le socialiste révolté ou paresseux envie avec hargne. Non, il n’est pas cet argent amassé et aimé pour lui-même. Il est un moyen civilisateur, fondé sur la vertu :

Le capital est bien le caput de la société. C’est par lui qu’elle s’est formée, qu’elle s’est élevée en civilisation, et, en s’élevant, n’a cessé d’emporter l’homme lui-même vers les hauteurs de la perfection [11] . Sans capital, il n’y aurait jamais eu de civilisation [12].

Derrière cette parole de Mgr Delassus, entendons bien le capital fondé sur la vertu, elle-même provenant de la foi et de l’enseignement de l’Église. C’est un capital reposant sur le travail, sur la tempérance et sur la justice, capital dont l’utilisation fructueuse et civilisatrice ne peut être dégagée de ces mêmes règles de justice.

 

II.2. La propriété privée

Pour combattre les thèses socialistes concernant la propriété, il faut répondre à la question : à qui appartient le capital acquis, la richesse produite ? Mgr Delassus fait ici une réponse très thomiste :

La solution n’en peut être trouvée, écrit-il, qu’en remontant au premier principe de la raison humaine : le principe de causalité. Toute chose appartient à celui qui l’a faite. [...] C’est le principe qui me rend le maître de mes œuvres, sauf réserve des droits de Dieu [13], cause première de toutes choses [14].

La propriété privée n’est pas seulement légitime, elle est nécessaire, car elle constitue une motivation personnelle dans le travail, ainsi qu’un frein moral et social contre les passions. La propriété ne rend pas le capital statique, sauf cas notables d’avarice, mais elle en permet la circulation aussi nécessaire à la société que fructueuse pour le propriétaire, circulation dans laquelle le capital se développe à chaque fois qu’il rencontre le travail. Le propriétaire sait que le capital produit lorsqu’il est exploité et que c’est dans son intérêt et celui des siens de le faire. Le capital passe donc de mains en mains pour porter du fruit. C’est ici l’occasion de malmener le socialisme qui déclame contre la propriété et demande sa suppression :

Si le droit de propriété venait à être aboli, comme le veulent les socialistes, cette circulation [du capital] s’arrêterait aussitôt parce que personne n’aurait plus intérêt à faire valoir la richesse qu’il se trouverait avoir entre les mains. Chacun se hâterait d’en jouir, de la dévorer, plutôt que de l’employer au profit des autres. Le capital deviendrait alors une cause de corruption au lieu d’être un élément de vie et de prospérité. […] Ainsi en sera-t-il si le socialisme d’État continue à saper par le pic et la pioche, c’est-à-dire par les impôts et les droits de succession, le bassin de la propriété privée. Plutôt que de se voir ravir son capital, on voudra en jouir [15].

N’est-ce pas la description de nos sociétés libérales-socialistes qui, d’un côté, attaquent la propriété dans ses fondements par des lois et une fiscalité injustes (partage forcé, impôts et taxes démesurés, etc.) et de l’autre, poussent à la dilapidation du capital par l’achat d’objets de consommation inutiles ou luxueux, plutôt que de favoriser la tempérance qui permet ensuite d’entreprendre et de rendre le capital fécond. On a ainsi des familles qui font une remise à zéro à chaque génération, « profitant de la vie » et ne laissant rien, ou si peu, à leurs enfants.

 

II.3. Les sources du capital selon Mgr Delassus (gain, salaire, intérêt)

Nous nous permettrons, en exposant ce chapitre, quelques réserves ou précisions. Mgr Delassus enseigne ici que le gain, l’intérêt et le salaire sont les trois sources du capital-richesse. Il explique que le gain est le bénéfice du propriétaire, le salaire, le bénéfice du travailleur et l’intérêt, le bénéfice du bailleur de fonds. L’un est aussi juste que les autres [16], car si plusieurs causes ont concouru à la formation d’un produit, chacune a droit à une juste rémunération. Toujours le principe de causalité.

Pour expliquer le fondement moral du gain, Mgr Delassus prend l’exemple d’un propriétaire qui loue une terre végétale à un fermier qui la cultive. Il est juste que ce propriétaire reçoive une rémunération parce qu’il fournit au fermier un travail d’avance (des siècles d’entretien de la terre pour la rendre végétale et la maintenir dans cet état). Tout ce travail ne lui revient pourtant pas. Une partie est pour le propriétaire, une autre pour le fermier récompensant son travail récent. En cela, Mgr Delassus s’oppose encore à l’hostilité que le socialisme professe à l’endroit de la propriété privée. Affirmer, comme il le fait, que la valeur d’une richesse vient tout entière du travail immédiat est un mensonge. Une partie de cette richesse appartient aussi à ceux qui ont apporté une valeur ajoutée dans le passé. Cela se manifeste dans le droit de propriété et sa transmission.

Vient ensuite la question du salaire, autre source de formation d’un capital. Ici, Mgr Delassus s’attaque à une revendication socialiste pour rétablir ce qui lui semble être la règle de la justice dans ce domaine :

C’est exagérer les devoirs du patron et les droits de l’ouvrier, écrit-il, que de dire que la justice exige que le salaire de l’employé ait pour règle, non la valeur de son travail, mais ses besoins et ceux de sa famille. Cette règle est radicalement fausse en droit. La justice, c’est l’équivalence, […] la valeur du salaire égale à la valeur du travail, rien de plus. Et si la valeur du travail n’atteint pas les exigences du besoin, c’est à la charité et non à la justice de combler le déficit [17].

Il termine en invitant à bannir de notre langage l’expression socialiste, selon lui, de justice sociale [18]. Les démocrates l’utilisent pour remplacer la charité, qu’ils rejettent en affirmant qu’elle est humiliante. Mais on ne peut pas remplacer la charité par la « justice sociale », en faisant croire au peuple qu’il a tous les droits. Cela est vrai. Toutefois il nous semble que les affirmations de Mgr Delassus sur le juste salaire doivent être corrigées à la lumière de l’enseignement de Léon XIII et de Pie XI.

L’économie doit apporter une indépendance matérielle aux familles, en vue du bien commun de la société et de la fin ultime de chaque individu composant ces familles. En outre, il est traditionnel de considérer que les épouses ne doivent pas travailler en dehors du cercle familial ou de l’entreprise familiale, afin de prendre en charge l’éducation des enfants [19]. Comment considérer alors que le travail régulier et assidu d’un homme ne puisse lui procurer les biens nécessaires à cette indépendance matérielle pour l’ensemble de sa famille, indépendance matérielle nécessaire à la fin ultime de chacun de ses membres et au bien commun de la société ? Les lois de la justice chrétienne seraient-elles si contradictoires ? Le Créateur nous demanderait-il des choses impossibles ?

C’est la question du juste salaire qui est ici posée. Pour les socialistes, il n’y en a pas, car ils considèrent que la notion même de salariat est inique. Ils réclament la totalité de la valeur produite pour les travailleurs, déclarant que seul le travail est producteur de richesse économique [20]. Mais ce n’est pas parce que les socialistes réclament tout, ou que des démocrates plus modérés réclament trop, que la notion de juste salaire répond à ce que le libéralisme veut bien entendre à son sujet, à savoir que le juste salaire est celui fixé par contrat entre le patron et l’employé [21]. On retrouve bien dans la position libérale, comme règle directrice de l’économie, la loi de l’offre et de la demande, rien de plus. C’est ce qui semble être la position de l’auteur et elle ne nous paraît pas conforme à l’enseignement de Pie XI [22].

Voici comment le père Filion, théologien thomiste, résume la position catholique sur le juste salaire d’une manière plus conforme à l’enseignement du magistère, notamment dans Rerum novarum et Quadragesimo anno :

— Le juste salaire individuel est dû à l’ouvrier en justice commutative. Mais qu’est-ce qu’un juste salaire individuel ? C’est celui qui permet à un ouvrier de mener une vie décente, de prévoir raisonnablement pour ses besoins au temps de la maladie, de la vieillesse, du chômage, d’accéder, par l’acquisition de la propriété, à une certaine stabilité de la vie [23]. — Le [juste] salaire familial absolu est dû à l’ouvrier en justice sociale [24]. Pour mieux déterminer ce que nous entendons par le salaire familial absolu, disons que c’est le salaire qui permet à l’ouvrier, positis ponendis, de faire pour sa famille tout ce que le juste salaire individuel lui permet de faire pour lui-même [25].

Ce n’est pas le lieu de développer ici cette question, mais disons brièvement que ces deux affirmations s’appuient, l’une, sur le caractère nécessaire du travail, tant sur le plan individuel que social (car le travail a une valeur sociale donc le salaire a une valeur sociale) et l’autre, sur le bien commun de la société [26].

Par ailleurs, il nous semble que le juste salaire familial, dû en justice sociale, ne peut pas moralement reposer sur les épaules du patron pour deux motifs :

1. Il suppose une organisation économique avec des corporations de métiers responsables de ce salaire familial.

2. En pratique, on exclurait les pères de familles nombreuses du marché du travail si les patrons devaient assumer ce sursalaire.

Enfin, lorsque l’auteur aborde la question très délicate du prêt à intérêt, il y a lieu encore de s’interroger. En effet, il légitime le prêt à intérêt dans certaines conditions. En réalité, l’intérêt ne peut jamais être considéré par un chrétien comme source de richesse et de fécondation du capital. Il est intrinsèquement illicite [27].

 

II.4. Les diverses sortes de richesses, le commerce et ses abus, le luxe corrupteur

Avant d’aborder la question du commerce et de son rôle corrupteur, Mgr Delassus décrit brièvement quelles sont les différentes richesses et leur rôle dans la société. Elles sont de trois sortes :

1°). Les richesses de nécessité : ce sont les richesses nécessaires à la sanctification (y compris les enseignements de la foi). Elles ne doivent manquer à aucun homme.

2°). Les richesses d’amélioration qui constituent le capital. Elles permettent à une société de s’élever au rang de civilisation. Elles sont utiles pour donner du temps au développement de l’intelligence et à la sanctification.

3°). Les richesses de corruption qui répondent aux désirs suscités par les passions. L’homme qui écoute ses passions dissipe le capital, détruit son corps et corrompt son âme, abaisse sa famille et nuit à la société. Les richesses de corruption sont tout ce qui entretient la vanité (corruption de l’âme) et la sensualité (corruption du corps).

Il est évident que les hommes ne doivent rechercher que les richesses de nécessité et d’amélioration.

Constatant le progrès du luxe dans toutes les classes de la société, l’auteur explique que ce luxe est dû en grande partie à l’industrie et au commerce sortis de leur fonction légitime : répondre à des besoins réels.

En effet, l’économie a pour fonction de rendre les familles matériellement indépendantes. Cette indépendance est marquée par les réalités de la nature humaine. Elle est circonscrite par un ensemble de besoins réels, donc limités.

Le commerce, dit Mgr Delassus, est donc légitime lorsqu’il permet de fournir à tous les hommes les biens de nécessité et d’amélioration. Comme l’artisanat, il doit autant que possible fournir sur commande afin de ne pas tirer l’industrie dans un mauvais sens, celui de la surproduction, ce qu’on n’a pas su empêcher. La surproduction entraîne ensuite la publicité, une énorme concurrence (liée aussi à la liberté d’installation qui est une liberté révolutionnaire), la fabrication de produits à bon marché au détriment de la qualité et des ouvriers eux-mêmes (bas salaires, travail des femmes et des enfants). C’est le cercle vicieux de l’industrialisation.

Nous pensons, quant à nous, que le modèle économique de l’industrialisation (au sens de production en grande quantité et à faibles coûts) est conforme essentiellement aux règles du libéralisme économique. Ses dogmes fondateurs (même avant la Révolution) sont la liberté des marchés, la liberté d’installation et la libre concurrence. Il y a incompatibilité radicale avec les principes corporatifs d’une économie chrétienne. C’est pourquoi nous nous posons la question de la légitimité d’une telle industrialisation. Rappelons que la chrétienté a longtemps connu une vie économique féconde en son absence et qu’elle n’a commencé à se développer réellement qu’après la Renaissance, dans un contexte d’opposition systématique au monde corporatif chrétien dont les règles étaient fondées sur la propriété du métier (liée à une capacité professionnelle), et non sur la liberté des marchés (liée à une capacité financière). L’idée même d’industrie s’oppose à celle de besoins limités des familles. Une industrie se fonde pour produire en grande quantité et à faibles coûts et ne peut supporter l’idée d’une limitation de son activité comme c’était le cas dans les communautés de métiers. La conséquence immédiate d’une liberté d’entreprendre sans frein et d’une production sans limite, c’est qu’il faut susciter le besoin pour vendre. C’est le rôle de la publicité et du marketing. Dans le meilleur des cas, on produira sur commande, mais sur commande d’un besoin provoqué artificiellement [28].

A cela s’ajoute la dérive du commerce international, qui ne se contente pas d’être le serviteur de l’agriculture et de l’artisanat pour porter au monde les richesses de nécessité et d’amélioration. Comme il s’est constitué en troisième industrie, celle de vendre avant de rendre le service, il est à l’origine de la naissance de nombreuses manufactures de produits corrupteurs. D’où le développement du luxe et des richesses de corruption pour satisfaire les besoins du monde financier. De là bien sûr, le pourrissement des esprits et la carnalisation économique avancée de la société. Ces fortunes si heureusement gagnées (à la sueur du front de l’autre) ne sont donc pas seulement des causes de chute personnelle, mais des causes profondes de trouble social : le socialisme et le communisme sont enfantés par le libéralisme qui, par ailleurs, avait déjà dépouillé la société du ressort intellectuel et moral permettant de les rejeter comme de vulgaires torchons idéologiques. Ils n’existent que parce que le libéralisme leur donne une raison d’être et des conditions morales favorables. On a trop souvent coutume d’opposer libéralisme et socialisme (droite et gauche dans le langage courant). Ils appartiennent pourtant au même genre matérialiste et cohabitent fort bien ensembles pour donner l’illusion d’une société équilibrée mais pourtant en faillite. Le seul système qui s’oppose à eux vertueusement est celui qui découle de la doctrine sociale de l’Église, qui s’élève au-dessus du matérialisme, qui, comme l’enseigne Mgr Delassus, fonde l’économie sur l’effort et la mortification des appétits.

 

III. La solution chrétienne de la question sociale

III. 1. Ou la charité ou l’esclavage comme fondement de l’ordre social

Avant 1830, on trouvait encore couramment, au témoignage d’hommes comme Le Play, une saine entente dans les ateliers, dans les métiers. Après 1830, les économistes officiels, héritiers fidèles d’Adam Smith (1723-1790) et de Turgot (1727-1781), ont libéré les patrons de leurs devoirs en dégageant définitivement la société économique de ce qui lui restait de réflexes ou de coutumes catholiques – contraintes insupportables pour le libéralisme – par la soumission de la main-d’œuvre à la seule règle de l’offre et de la demande. Sans les freins moraux des coutumes corporatives jusqu’en 1791 et de leur rémanence dans la vie des ateliers jusqu’en 1830, les nouveaux patrons firent travailler hommes, femmes et enfants dans des conditions physiques et morales dégradantes pour tirer un bénéfice maximum de l’activité économique. En même temps, la presse licencieuse poussa le peuple au mépris de la religion et lui donna l’ambition des jouissances sensuelles et du luxe. Les conditions étaient créées pour donner naissance au conflit social.

Tout le désordre que nous avons signalé dans l’ordre économique rend de jour en jour plus angoissante la question sociale. Il y a toujours eu une question sociale, c’est la question de la coexistence des riches et des pauvres. […] Il est au vu et au su de tous que la question sociale est actuellement plus irritante qu’elle ne l’était aux époques imprégnées de l’esprit du christianisme […]. « La fraternité, dit un libre-penseur socialiste, Louis Blanc, parlant du temps ou régnait l’ordre social chrétien, la fraternité fut le sentiment qui présida dans l’origine à la formation des communautés de marchands et d’artisans, constitués sous le règne de saint Louis. Si, en pénétrant au sein des jurandes, on y reconnaît l’empreinte du christianisme, ce n’est pas seulement parce qu’on les voit, dans les cérémonies publiques, promener solennellement leurs dévotes bannières... Une passion rapprochait alors les conditions et les hommes, la charité. » […] Quelle était l’âme de cette fraternité entre les ouvriers, et qui vivifiait cette charité chez les maîtres ? Le libre-penseur Louis Blanc ne se défend point de le dire : « L’Église était le centre de tout... C’était le souffle du christianisme qui animait le moyen-âge » [29].

Nous n’avons pas résisté au plaisir de reproduire cette citation tant elle paraît stupéfiante. C’est l’ennemi, le franc-maçon, le socialiste, qui nous montre la voie de la solution à la question sociale, qui fait pour nous l’apologie du siècle de saint Louis ! Et il le fait contre tous les dogmes de son idéologie, contraint par la réalité de s’incliner devant la puissance de la vérité catholique. Notre-Seigneur Jésus-Christ a aboli, par son Évangile, le lien de la seule force. Il l’a remplacé par ceux de la justice et de la charité, de la fraternité surnaturelle des baptisés qui appartiennent tous à un même Corps mystique, qui sont enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ. Tous ont donc un rôle et des devoirs les uns par rapport aux autres, devoirs vivifiés par la charité. L’Esprit de Dieu incline tous les chrétiens dociles à réaliser généreusement l’ordre social chrétien par l’amour du bien commun.

Cette doctrine garantit paix et stabilité à la société. Dans son aspect le plus pratique, pour résoudre la crise sociale née de la Révolution, elle nous encourage à nous réformer sur trois points :

1. La prééminence d’estime de la pauvreté sur les richesses. 2. Le service des pauvres par les riches. 3. La conviction que les riches reçoivent par les pauvres les bénédictions divines ; et de persuader que c’est à cette triple condition, et par là uniquement que les uns et les autres peuvent être en paix en ce monde et se procurer les uns aux autres les félicités éternelles [30]

Les pauvres ont la première place. Les riches ont une place, à condition de servir Jésus-Christ par les pauvres. C’est une disposition divine. C’est la condition de la paix dans le monde et de la charité et c’est l’exemple donné par Jésus-Christ.

 

III. 2. L’effort, fondement naturel du relèvement individuel et social

La charité, loi surnaturelle, ne suffit pas à régler la question sociale. Si elle constitue bien le fondement surnaturel de la restauration de l’ordre social chrétien, ce relèvement s’appuie fondamentalement sur une loi naturelle qui est l’effort pour le progrès [31]. L’homme est établi dans l’indigence afin que, par l’effort, il lutte contre elle pour progresser. En effet, pour l’homme, rien n’est acquis sans effort. C’est une loi de la nature destinée à notre perfectionnement :

La loi du travail existait avant la chute ; et Dieu, avant d’y mettre la peine et la souffrance, avait mis dans cette loi un frein et un traitement ; un frein pour contenir l’homme et un traitement pour le former [32].

Dieu a créé l’homme avec des besoins pour stimuler sa volonté, le pousser au renoncement et au courage afin qu’il s’élève. L’indigence humaine – non la misère, qui est le fruit institutionnel de la Révolution – est un fait divin. Elle est une miséricorde divine pour nous faire fuir l’oisiveté. C’est la condition de notre progrès et de notre élévation morale, intellectuelle, et même spirituelle. Encore faut-il avoir l’humilité de reconnaître notre faiblesse, ce qui n’est pas facile à l’homme qui s’est fait Dieu...

En plus d’être un moyen de progrès personnel, l’effort est aussi un moyen de progrès social. C’est par l’effort, sur la nature d’abord, que sont nées les civilisations, et leur chute est toujours due à l’abus des biens acquis, à la corruption et à la dilapidation du capital constitué par les générations antérieures. Dans son exposé, Mgr Delassus reprend un beau trait de F. Le Play sur le travail, pour appuyer son apologie de l’effort personnel et commun :

Le travail, même peu fructueux, est plus utile que la richesse. Le peuple qui, par un privilège funeste, pourrait subsister sans travail, serait par cela même, frappé de décadence [33].

La mise en pratique des doctrines révolutionnaires est une cause d’effondrement personnel et social : moins d’effort, de goût des responsabilités, confort maximum, luxe, gratuité, aides systématiques mènent aux vices, à la corruption et à la misère.

Mgr Delassus poursuit en affirmant que :

tout ce qui sera tenté contre elle [la loi humaine de l’effort] aboutira nécessairement, non point à faire le bonheur du peuple, mais à substituer la misère à l’indigence [34]

En effet, si Dieu fournissait aux hommes les richesses que la démocratie prétend leur donner sans effort, ils croupiraient dans la misère à cause de leur oisiveté. Enfin, il nous livre ces quelques lignes à méditer :

Celui qui nous crée veut peu de bien-être pour beaucoup de travail et de vertu... celui qui nous crée veut le bien-être de notre âme pour les cieux. […] Vous allez sur les prémisses que l’homme doit être heureux sur la terre. Or il se trouve que l’homme n’est pas pour ce but-là sur la terre [35] .

 

Conclusion

Laissons à Mgr Delassus le soin de conclure :

Les considérations qui précèdent montrent à quel point M. Le Play était fondé à écrire en 1868 : « Il faut absolument attaquer de front la théorie démocratique ». […] C’est dans les esprits que doit se faire le changement. [...] L’attendre d’un coup d’État ou des élections, avant que les hommes soient éclairés, c’est se faire la plus naïve des illusions. […] Pour que la France, – et on peut dire le monde, car il est tout entier hors de sa voie – ait encore un avenir, il faut que la civilisation soit retrempée dans son principe, c’est-à-dire dans le christianisme ; il faut que la foi chrétienne rentre dans les âmes, non en quelques âmes, mais dans la masse. [...] Il n’y a point d’autre moyen que de revenir à la théologie [36].

Autrement dit, l’ordre social chrétien ne pourra être restauré que sur la Vérité, et la Vérité intégrale. C’est dans tous les ordres qu’il faut la proclamer et en accepter les conséquences réformatrices, y compris dans l’ordre politique et dans l’ordre économique.

Pour notre part, nous retiendrons de cet ouvrage la clarté de l’enseignement de Mgr Delassus, l’éclairage magistral qu’il peut donner aux esprits de notre temps sur les erreurs de Rousseau et leurs conséquences, l’insistance avec laquelle il nous invite à l’effort et à la tempérance. Il n’est peut-être pas inutile d’en conseiller la lecture aux jeunes gens, lecture qui, sans doute, les guérira du mal moderne de l’égalitarisme pour leur donner le goût de la hiérarchie familiale, sociale et ecclésiale. Notons toutefois la réserve avec laquelle nous devons accueillir le chapitre concernant le prêt à intérêts et les salaires.




[1]  — Mgr Henri Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, Lille, Desclée De Brouwer, 1909, réédité en 1986 par les Éditions Sainte-Jeanne d’Arc et en 2011 par les éditions Saint-Rémi (les références sont données selon cette édition).

[2]  — Frédéric Le Play, Lettre du 25 mars 1875 (cité en exergue sous le titre « Vérités sociales et erreurs démocratiques » dans le livre que nous analysons).

[3]  — Bossuet, De la Connaissance de Dieu et de soi-même, Œuvres complètes, tome XXII, Paris, Louis Vivès, 1857, p. 79.

[4]  — Mgr Henri Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, éditions Saint-Rémi, 2011, p. 32 et 33.

[5]  — Déclaration des Droits de l’homme, article III.

[6]  — Le cardinal Sarto, futur saint Pie X, parlait d’applications antisociales (cité par Mgr Delassus, p. 109 et 110.)

[7]  — Un corps naturel est un corps qui répond à la nature sociale de l’homme pour un besoin déterminé, d’une part (par exemple, la corporation des pâtissiers de Dinan défend le bien commun de ce métier à Dinan et les hommes de métier, quelque soit leur rang, s’associent à cette fin) et qui, d’autre part, est subordonné au bien commun de la société tout entière, unité de la paix disposant les hommes à la contemplation de Dieu. Les corps tels que les syndicats de classe ou les partis politiques que nous connaissons n’existent que pour diviser les hommes au sein de la société politique. Ils sont donc contre-nature car anti-sociaux.

[8]  — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 142 et 143 (citant Hubert Lagardelle dans Le mouvement socialiste, n° 199).

[9]  — Notons que nos sociétés, refusant et la vertu et la contrainte, transposent cette dernière à l’autre bout du monde et entretiennent un « esclavagisme » moderne pour pouvoir importer à faibles coûts ce qui est nécessaire à leur bien-être matériel. C’est le dernier subterfuge du libéralisme qui, en anéantissant la vertu chez nous, a de ce fait détruit le goût du travail, suscité le socialisme et pris finalement l’alibi de la paresse des travailleurs et de l’assistanat orchestré par l’État-providence pour justifier les délocalisations. Mais celles-ci ne sont ni plus ni moins que l’« esclavagisme » industriel du 19e siècle transposé dans des sociétés inférieures, donc des organisations économiques fondées sur la contrainte, non sur la vertu.

[10] — Ces spéculations, ou fabrications artificielles et injustes d’argent, lui sont particulièrement nécessaires. 1. Parce qu’il refuse le vrai travail qui est à l’origine du capital, travail trop dur. 2. Parce qu’il refuse de mortifier ses appétits et qu’il veut jouir sans limite. S’il est souvent intelligent (puisqu’il sait créer les conditions d’une vie facile pour lui), cet homme n’est ni fort, ni tempérant.

[11] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 169.

[12] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 196.

[13] — Par exemple, le devoir de charité, parfois même de justice de donner à manger à quelqu’un qui meurt de faim, même si ce que nous donnons nous appartient. Voir Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, tome troisième Éthique, Montréal, 1940, p. 272 et 273.

[14] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 184 et 185.

[15] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 198 et 199.

[16] — C’est ici que le bât blesse. Nous le précisons un peu plus bas.

[17] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 207.

[18] — Sur ce point, on peut ne pas être d’accord avec Mgr Delassus. Voir notre remarque à ce sujet note 3, p. 39.

[19] — Voir Pie XI, Quadragesimo anno, in Les encycliques sociales, éditions de la Bonne Presse, 1962, n°131, p. 162.

[20] — Voir Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, p. 316.

[21] — Voir Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, t. 3, Éthique, Montréal, 1940, p. 316.

[22] — Mgr Delassus écrit dans la note 1, p. 209 : « La justice n’exige point du patron un salaire en disproportion avec la valeur actuelle du travail. Elle n’exige même point d’un État particulier qu’il organise chez lui le travail de façon à rendre ce salaire possible, car la concurrence internationale ne le lui permet point. ». Concurrence internationale ? Si l’on réfléchit au régime économique idéal, est-ce bien à la finance internationale de nous dicter les règles de la justice ? Pie XI répondra indirectement à cela : « On n’épargnera donc aucun effort en vue d’assurer aux pères de famille une rétribution suffisamment abondante pour faire face aux charges normales du ménage. Si l’état présent de la vie industrielle ne permet pas toujours de satisfaire à cette exigence, la justice sociale commande que l’on procède sans délai à des réformes qui garantiront à l’ouvrier adulte un salaire répondant à ces conditions. » Quadragesimo anno, in Les encycliques sociales, éditions de la Bonne Presse, 1962, n° 132, p. 163.

[23] — Voir Léon XIII, Rerum novarum, in Les encycliques sociales, éditions de la Bonne Presse, 1962, n°34 et 35, p. 113 à 115.

[24] — Le terme de justice sociale, selon le père Filion, englobe justice distributive et justice légale (Voir Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, p. 74). Ici, elle semble désigner la part de justice distributive qui concerne la redistribution équitable (mais non égalitaire) d’argent aux familles par les organisations du travail soumises à l’autorité politique. Pie XI utilise aussi l’expression (voir la note 1 ci-dessus).

[25] — Voir Pie XI, Quadragesimo anno, Les encycliques sociales, éditions de la Bonne Presse, 1962, n°131 et 132, p. 162 et 163. — Voir Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, p. 316.

[26] — Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, p. 317 à 319.

[27] — Les lecteurs du Sel de la terre peuvent se reporter au texte de l’abbé Guillaume Devillers : « Si l’usure ou prêt à intérêt est un péché », Le Sel de la terre 45, p. 119-122. — Voir aussi saint Thomas, II-II, q. 78, a. 1 et Émile Filion P.S.S, Éléments de philosophie thomiste, p. 306, ainsi que l’étude d’Émile Keller reproduite dans Le Sel de la terre 80, p. 163-171.

[28] — Jacques Ploncard d’Assac fait, à ce sujet, une analyse très pertinente, opposant le capitalisme libéral (dont un des outils économiques est l’industrialisation) qui se développe sous l’égide du « libéralisme érasmien » et le corporatisme chrétien (Jacques Ploncard d’Assac, L’Église occupée, éd. de Chiré, 1975, p. 26).

[29] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 281 et 282.

[30] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 303.

[31] — Mgr Delassus ne parle pas explicitement dans ce livre d’une autre nécessité naturelle de l’ordre social chrétien : la justice. Celle-ci est sans doute sous-entendue par la charité (il n’y a pas de vraie charité sans justice), mais on peut regretter que le prélat n’ait pas développé une réflexion sur la nécessité de respecter la justice par l’obéissance au décalogue.

[32] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 340.

[33] — Id., ibid., p. 343.

[34] — Id., ibid. ,p. 347.

[35] — Blanc de Saint-Bonnet, cité par Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 368.

[36] — Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques, p. 384, 385, 394 et 398.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 81

p. 29-45

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